‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 147 sur 215 · I. VER SACRUM · texte numérisé non relu

I. VER SACRUM

bien qu'inhabiles à Taction, sont cependant, grâce à Texpërience de leur âge, les plus dignes d'entrer au conseil. Il semble absolument oiseux de rechercher le motif de ce changement ; ce ne peut être, dira-t-on, que l'évolution du sentiment moral ? Mais pourquoi ne s'est-il pas fait jour pendant la migration? Si les circonstances n'avaient point changé, il aurait également continué à se faire attendre. Or. elles ont changé. L'établissement à poste fixe vint remplacer 1 état nomade, et la question des vivres prit ainsi une toute autre physionomie. Pendant la marche, ce soin incombait à l'administration de l'armée; désormais il était à charge de l'individu domicilié; le pain qu'il mangeait, il se le devait à lui même, il vivait à ses frais, et non aux dépens du peuple. En route, quand on était réduit au bétail des troupeaux que l'on menait avec soi, aux fruits sauvages et au butin fait sur l'ennemi, on avait toute raison de traiter prudemment et parcimonieusement la nourriture. Désormais, la charrue aidant, il était devenu possible d'en produire en quantité plus que suffisante. La stabilité du foyer et Tagriculture ont fait table rase chez les Latins de la mise à mort des vieilles gens; si cet usage s'est maintenu jusque dans l'époque historique chez les Germains et les Slaves, cela prouve que la charrue n'avait pas encore accompli sa mission chez eux; dès qu^elle y fut parvenue, cette coutume barbare disparut.

3. Dans le i>er sacrum^ tout lien avec le peuple père est rompu.

D'après la conception populaire romaine, la raison de cette rupture gît dans l'abandon de la troupe émigrante aux mains des Dieux; le peuple doit se désintéresser de ceux qui partent. Comme nous l'avons remarqué, cette idée était étrangère à Texode des Aryas. A coup sûr ils ont, eux' aussi, imploré la faveur et la bénédiction célestes, mais s'ils s'expatriaient, ce n'était pas dans le but de faire œuvre agréable à la divinité, mais simplement pour s'aider eux-

marnes. La séparation du peuple përe était la condition inéluctable d'un meilleur sort, et lors même qu'au début on eût pu conserver certaines relations avec la patrie, ces liens devaient fatalement se relâcher, pour se dénouer complètement à mesure que la distance croissante augmentait les difficultés. La situation résultant pour les émigrants primitifs et le peuple përe d'une séparation purement matérielle, créée par l'espace, prend dans le ver sacrum le caractère d'un divorce politique ; ce qui n'était, à l'origine, qu'une suite inévitable de l'exode devint plus tard la condition du ver sacrum lui-même.

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