II. ORGANISATION MILITAIRE
àQ Camay la déesse des gonds de portes('*'). Applique à la période de migration, cela revient à dire : ce joar on commence à bâtir des huttes, tandis que jusque là on a campé en plein air. Dès lors chaque famille s'isole dans un espace clos. La clôture, c'est la porte; de là les gonds : clausa aperity claudit aperta^ et la qualification de la déesse C^*). Le 1 juin, tout comme le 1 mars, reçoit ainsi sa signification pour l'expédition militaire.
Celle-ci dure trois mois. Ainsi s'explique qu'il fut ordonné aux Helvétiens, lors de leur départ pour la Gaule (p. 311), de se munir de vivres pour un trimestre. L'idée qui présidait à cette organisation était la suivante : la marche ne peut être entravée par la question des vivres ; point d'arrêt pour fourrager; ce que l'on trouve sur la route, on l'emporte, mais on avance sans interruption. Ce n'est qu'à la fin de l'expédition que l'alimentation peut être abandonnée au peuple, c'est à lui dorénavant de se pourvoir.
Lorsque les Cimbres, faisant irruption dans la haute Italie, eurent obtenu sur Catulus une brillante victoire, ils arrêtèrent en été leur marche victorieuse, bien qu'il fût facile de réduire les Romains au plus extrême embarras. En laissant s'écouler l'été et l'hiver, ils leur permirent d'organiser la défense. Ce fut une faute stratégique aussi impardonnable qu'incompréhensible, et qui causa leur perte; au printemps suivant, les Cimbres furent anéantis. Pourquoi s'arrêtèrent-ils dans leur course triomphale? Il n'y a pas d'autre explication que Tusage primitif des peuples indoeuropéens, de ne migrer que pendant les mois du printemps et de s'arrêter au commencement de Tété. L'armée tenait
(SI») Ovide Fast. 101, 102: Prima dies tibi, Carna^ daiur. Dea cardinis haec est ; numtne clausa aperit, claudit aperta suo,
('<*) Vaniczek, II, 1098: Cardo,,. Car-da, Car-dea, Car-fta, déesse des gonds de portes, des seuils de portes, de la vie de £unUle chez les Romains.
à cette coutume, la considérait comme un droit. Les hommes d'expérience, occupant de hautes positions, comprirent sans doute les dangers d'une pareille inaction, mais probablement leurs conseils n'auront pu prévaloir, et Tarmée des Cimbres exigea le temps de repos traditionnel.
Je ne soutiens nullement que la halte ait toujours eu lieu au 1 juin, date qui nous est indiquée par le calendrier romain. Si les circonstances climatériques ont causé plus tard un retard dans le départ (p. 337), elles peuvent avoir eu un effet analogue par rapport au repos. Il serait à souhaiter qu'un homme compétent recherchât une bonne fois quand les Oermains se mettaient en marche et quand ils s'arrêtaient, Cet examen sort trop du cercle de mes connaissances et de mes études, mais je crois au moins devoir le recommander à l'attention des spécialistes, et je suis disposé à croire que les sources, si toutefois elles donnent des renseignements à cet égard 9 résoudront la question dans le sens que j'ai indiqué.
J'en reviens, une fois encore, au ver sacrum des Romains. Précédemment je ne l'ai invoqué que pour établir que les Aryas quittèrent leur patrie au printemps; ici il me servira d'attestation linguistique de leur arrêt à la an de cette saison. La force probante des termes est palpable. S'il fallait les appliquer au premier départ, Us eussent contenu un contre-sens, car ils expriment plutôt la durée^et signifient que le fait qu'ils rappellent a duré pendant tout le printemps. L'idée que présentaient originairement aux Romains les mots ver sacrum^ nous pouvons donc la rendre par : expé^ dition militaire à la manière du temps primitif. La jeune troupe émigrante, ne doit pas seulement partir à date fixe, mais poursuivre sa marche pendant tout le printemps ; au début de l'été, son expédition guerrière prend fin, tout comme celle des ancêtres.
S'il m'est permis de me résumer encore, pour finir, je dirai qu'il résulte de mes explications antérieures et actuelles