COMPARAISON DK LA CIVILISATION DES ARYAS AVEC CELLE DES SÉMITES
XVIII. D*aprës un linguiste dont le jugement fait autorite, le peuple père aryen, à l'époque où le peuple âls se sépara de lui, avait déjà vécu au moins dix mille ans(®*). Qu'avait-il produit pendant cette longue période? Abstraction faite de sa langue, produit du premier rang, presque rien. C'était un peuple de pâtres fort arriéré dans les choses de la civilisation extérieure, ainsi que nous l'avons prouvé au livre L 11 ne connaissait ni l'agriculture, ni le travail des métaux ; il n'avait point d'outils ni d'armes en fer, mais seulement des haches de pierre et des lances de bois; point de monnaie métallique, le bétail la remplaçait. L'emploi de la pierre pour bâtir lui était inconnu, donc pas de maisons de pierre, mais seulement des huttes de bois, de joncs, de paille; pas de villes, mais des villages aux maisons espacées. Il ne pratiquait aucun commerce avec les peuples étrangers qui auraient pu lui apporter leurs produits ; ce qu'il créait lui-même se réduisait à fort peu de chose. Son droit était resté rudimentaire, très imparfait ; même le nom de droit par opposition à usage lui était inconnu. Et pour atteindre cet infime degré de civilisation, il lui avait fallu dix mille ans, tandis que mille auraient parfaitement pu sufSre ; — il a vécu neuf mille ans sans sortir de la constante uniformité de sa vie.
A l'époque où, chez les Âryas, elle était encore au berceau, la civilisation parvenait déjà à une brillante floraison dans la plaine qui s'étend entre l'Ëuphrate et le Tigre. Le mérite de l'avoir implantée dans cette région, d'où elle s'étendit
(**) V. ci-dessus p. 23 note 14.
ensuite daDsIe monde entier, et d'avoir notablement contribué à son avancement, appartient à une race qui plus tard a complètement passé à Tarrière plan dans l'histoire de la civilisation: la race turque, et spécialement à deux peuplades qui avaient échangé leur siège originaire dans les montagnes pour les vallées de la Mésopotamie : les Accadiens au Nord, et les Summériens au Sud(''). Soumis par un peuple d'une autre langue, les Sémites, ils se fondirent en un seul peuple, les Babyloniens. Ceux-ci élevèrent jusqu'au plus haut degré la civilisation sémitique; ce ne fut que plus tard que les Assyriens, les Phéniciens et les Juifs, leurs congénères de race, se séparèrent d*eux. L'histoire primitive des Sémites correspond donc entièrement avec celle des Aryas sous le rapport de la séparation des peuples, et le motif de celle-ci a probablement été le même: le manque de nourriture sufiSsante pour la population fortement accrue. Nous avons donc à considérer la Mésopotamie comme le sol originaire de la civilisation sémitique, et les Babyloniens comme le prototype de la race sémitique. Nous verrons en son temps ce qu'il peut y avoir de spécial aux Juifs.
Au tableau sommairement esquissé ci -dessus de la civilisation de l'Aryas, j'en oppose un autre, tout aussi sobrement tracé, de celle des Babyloniens. Avant même de venir en Mésopotamie, le Summérien avait drainé par des canaux les marécages^ autrefois couverts par la mer, s'étendant bien au loin des embouchures de TEuphrate et du Tigre, et les avait soumis à la charrue, qui fait ici sa première apparition dans l'histoire. Dans les parties hautes du pays compris entre les deux fleuves, jusqu'au Taurus, boisées à
(93) Fbitz HosdMisL Qeschichte Babyloniens und Assyriens, Berlin, 1883, p. 2 8., p. 237 B. Bd. Mbteb GeschtMe des AlUrthums^ T. I. Stuttgart, 1884, p. 157. Les preuves linguistiques que Hommbl, p. 246, rapporte de l*origiae turque des deux peuples me paraissent tout à fait convaincantes.