II. CIVILISATION DBS ARTAS BT DBS SBMfTBS
ressort de la relation de cet auteur que le bëtail poutalt être transporte de cette façon, et que les conducteurs du radeau prenaient avec eux des ânes sur lesquels, au retour, ils chargeaient les peaux et les marchandises échangëes.
A partir du point où TBuphrate et le Tigre quittaient les montagnes, ils étaient navigables ; ce que la nature avait laisse à désirer fut supplée par Tart au mojen de la régularisation du lit des fleuves et de grands canaux servant aussi à la navigation (***}. Il ne manquait que le bateau, et les habitants de cette contrée surent de bonne heure en confec** tionner, à une époque où tous les autres peuples du monde se serYaient encore de radeaux, de troncs d'arbres creusés, de véhicules en clajonnage et misérablement garnis de peaux de bêtes pour empêcher l'entrée de l'eau. La haute antiquité du bateau, voire du navire de mer chez les Babyloniens se trouve mise hors de doute par des faits que je citerai plus loin ; la construction navale remonte ici au quarantième siècle au moins. L'objection que Ton a tirée de Fabsence des matériaux nécessaires, pour contester la navigation maritime des Babyloniens, est repoussée par l'indication que je viens de donner de leur source. Mous constatons ici un phénomène surprenant que nous avons déjà rencontré (p. 12(^. De même que la première maison de pierre a été bâtie là où la nature refusait cette matière, le premier bateau fut construit là où le bois faisait défaut. L'origine de l'art de bâtir comme de Part des constructions navales se place là où manquaient les matériaux appropriés et non là où la nature les avait prodigués.
Je vois dans le bateau une des œuvres les plus admirables qui soient jamais sorties de la main de l'homme ; c'est à croire
(**') Parmi eux il importe de citer spécialement le canal de Jonction entre l*£aphrate et le Tigre* L'obetacle réaaltant de la différence du niveau dans les deux fleuves tai écarte par des écluses.
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que pendant des milliers d'années il a dû penser, essayer, améliorer jusqu'à ce qu'il en eût trouvé la construction correcte définitive. Comment a-t-il été amené à concevoir la quille? et tous les autres éléments du bateau qu'exigent la facilité de ses mouvements, sa forme obiongue, arrondie, re£31ement de la charpente aux deux extrémités ('"*] et en dessous, et les membrures qui en assurent la solidité ? Tout cela ne se conçoit pas spontanément, comme le prouve l'arche de Noé, dépourvue de ces perfections et qui ne pouvait être imaginée que par un peuple n'ayant aucune idée des exigences nautiques. Le Babylonien n'a-t-il acquis ces connaissances que par fragments, au cours d'une longue expérience, ou ne possédait-il pas un prototype qu'il n'avait qu'à imiter?
J'ai démontré plus haut (p. 150) que dans sa tour à étages il reproduisait la montagne; dans son bateau, à mon avis, il a pris pour modèle le poisson. Celui-ci lui représentait le problème résolu, la facile flottaison assurée; il suffisait de copier le poisson pour que le bateau nageât aussi bien que lui. Tous les traits cités plus haut comme caractéristiques du bateau se retrouvent dans le poisson. Que Ton se représente la membrure, la quille avec les côtes qui y sont encastrées, et on a sous les yeux le squelette du poisson, l'épine dorsale avec ses arêtes; que l'on ajoute la forme extérieure, la forme oblongue, arrondie, Teffîlement aux deux bouts et en dessous, et le poisson est complet; il ne manque que les nageoires et à leur place viennent les rames mobiles. Avec la voile s'est s'ajoutée au bateau une partie qui ne trouve point son modèle dans le poisson; pour le reste la concordance est telle qu'il faut
(is*) Les bateaux des anciens avaient des formes identiques aux deux bouts parce que le gouvernail n'était pas attaché, disposition permettant au bateau d'aller en avant et en arrière sans virer. Brbusing, Dif Geschichte der Nautik bei den ÂUen. Brame, 1886, p. 97.