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Les Congrégations de la Très Sainte Vierge

Les congrégations de la Sainte Vierge doivent leur naissance au zèle et à la piété d'un jeune religieux de la Compagnie de Jésus, le P. Jean Leunis-', né à Liège en Belgique, et alors professeur de grammaire au Collège Romain. En l'année 1563. il commença à réunir les plus fervents de ses élèves, le soir après la classe et surtout les dimanches et jours de fête. Dans ces réunions, il les faisait prier ensemble, les édifiait par une pieuse lecture, et les excitait à honorer de tout cœur la très sainte Vierge, par limitation de ses vertus et la réception fréquente des sacrements. Peu à peu, des élèves des autres classes se joignirent à ceux du P. Leunis, l'œuvre prit plus de

1. Cf. Histoire des congrégations de la Sai/ite Vierge, par le P. Délit. ace. S. J., Lille et Bruges, 1884. — Les Congrégations de la très sainte Vierge, notice abrégée par le P. A. SfcHGUEH, S. J ., Lille, 1885. — La Congrégation de la très suint? Vierge, souvenir du troisième centenaire (1384-1884), par le P. A. Doyotte, S. J., Paris, 1885. — Histoire abrégée des congrégations, par le P. Carayon, chez Périsse. Paris. — Nouveau Manuel des congrégations de la très sainte Vierge, à l'usage des jeunes gens ou des hommes, par te P. J. Anglade, S. J. — Nouveau Manuel de la congrégation de la sainte Vierge, à l'usage des jeunes filles ou des dames, par le P. V. Vieille, S. J. — Manuel des directeurs des congrégations de la sainte Vierge, par le P. y. Vieille, S. .1. — Voir aussi Notizie sioi'iehe e regole délia Congregazione Prima Primaria nel Collegio Roman», Roma, Salviucci 1865.

■2. Jean Leunis, né en 1535, entra dans la Compagnie de Jésus le 18 janvier 1556; il est mort à Turin le 19 novembre 1584. — Autrefois on le nommait Leunis (en latin Leonius), et lui-même écrivait son nom de cette manière dans les dernières années de sa vie. Mais de deux documents qui se trouvent aux archives de la Compagnie de Jésus, le P. Dejplace, S. .).. a fixe ie vrai nom « Leunis », comme il l'a publié dans la Correspondance des Sodales pour les congrégations de la sainte Vierge (Vienne, 1896, p. 12), Sou- cette forme le nom se trouve encore maintenant dans la province de Lnubourg, la partie flamande du diocèse de Liège. (Cf. la même Correspondance des Sodales, 1897, 61-62.)

'2^'i'J. Il PART., i\ -1(1. CONFRÉRIES 11 kSSOClATIONS PIEUSES

consistance, et devint dès lors une véritable école de vertu.

« C'est en 1564 que ces jeunes étudiants, au nombre de soixante-dix. l'élite du Collège Romain, se placèrent sous la protection spéciale de la sainte Vierge, et que furent rédigés les premiers règlements. En voici la substance : les congréganistes se proposaient comme but le progrès dans la piété et d;ms les belles-lettres; toutes les semaines ils s'approchaient du tribunal de la pénitence, afin de puritier leur cœur des moindres souillures et de se rendre ainsi plus agréables à leur Patronne immaculée; tous les mois au moins ils recevaient la sainte Eucharistie ; chaque jour ils assistaient à la messe, et disaient ou le chapelet ou certaines prières du Manuel de la congrégation ; à la fin de la classe du soir, avant de quitter le collège, ils méditaient pendant un quart d'heure quelques pensées pieuses, et pendant un second quart d'heure ils s'entretenaient de leurs bonnes résolutions. Le dimanche, après le chant îles vêpres et une courte exhortation du Père directeur, ils se rendaient aux hôpitaux pour y consoler les malades et y exercer d'autres œuvres de charité. Un préfet et douze dignitaires se partageaient le soin d'aider de leurs conseils leurs jeunes condisciples : un Père de la Compagnie présidait à tous les exercices " P. Dklplace, l. c. , p. 7 .

Avant leur approbation par le Saint-Siège, les congrégations de la sainte Vierge étaient déjà répandues en France, en Allemagne, dans les Pays-Bas, et y opéraient parmi la jeunesse studieuse un bien extraordinaire; elles parvinrent même, dans ces pays ravagés par le protestantisme, à refouler l'erreur et à raviver la foi des catholiques par le culte plus ardent de la Mère de Dieu ; les sacrements furent fréquentés davantage, et les jeunes gens, non contents de se préserver eux-mêmes du mal, devinrent les apôtres de tout bien par la parole et par l'exemple (P. Delplacb, p. 17 et suivanl

Étudiant alors à Paris au collège de Clermont, saint François de lut pendant six ans membre de la congrégation : tour à leur luit et préfet, il y préludait à son futur apostolat.

Sur la demande du P. Claude Aquaviva, Général de la Compagnie de Jésus, les congrégations de la sainte Vierge furent approuvées par le pape Grégoire XIII dans la bulle Omnipo-

LES CONGHKGATIONS DE LA T. s. VIERGE ~2i\'.>

tentis Dei, du 5 décembre 1584, et la congrégation du Collège Romain sous le titre de - L'Annonciation » fut érigée en congrégation primaire et centrale sous le nom de prima-primaria. Dans cette bulle étaient renfermées une concession d'Indulgences et l'autorisation, pour le Général des Jésuites, d'établir des congrégations semblables dans les autres collèges de la Compagnie, et de les agréger à la congrégation primaire du Collège Romain.

Dès l'année 1569, !'v grand nombre des membres de la congrégation avait obligé de la sectionner; ceux des congréganistes qui étaient âgés de plus de dix-buit ans et qui suivaient au Collège Romain les classes de rhétorique, de pbilosopbie et de théologie, tenaient leurs réunions régulières dansl'églisede « l'Annonciation », qui faisait alors partie du même collège. C'est de ce sanctuaire que vient le titre donné à la congrégation. Les élèves plus jeunes qui n'avaient pas atteint l'âge de dix-huit ans entraient dans les autres congrégations. 11 y en avait quatre au Collège Romain en t:J81, et chacune d'elles était regardée comme une division de la congrégation principale : de là les noms de prima-primaria, secunda-primaria, etc.

Les faveurs et droits accordés par Grégoire XIII aux écoliers congréganistes ont été étendus plus tard par les papes Sixte-Quint, Clément VIII et Grégoire XV, à toutes les autres cono-ré^ations de fidèles établies dans les églises, maisons ou séminaires de la Compagnie de Jésus. Ce dernier Pontife a déclaré de plus qu'aucune des décisions prises, soit par lui-même, soit par ses prédécesseurs, ne soumet ces congrégations aux prescriptions de Clément VIII relatives à l'érection et à l'agrégation des confréries.

Benoît XIV, par sa bulle d'or Gloriosse Dominée, du 27 septembre 1748, ajouta de nouvelles faveurs à celles de ses prédécesseurs, et en même temps il fit le plus magnifique éloge de ces congrégations :

« Il est à peine croyable », dit ce grand Pape, « quels fruits de salut, parmi les fidèles de tous les rangs de la société, ont été obtenus par ces pieuses et louables institutions ». Et après avoir énuméré ces fruits, il continue : « Nous-mème, qui, dans notre jeunesse, avons été membre de la congrégation de l'Assomption, établie dans la maison professe des Jésuites à Rome, nous nous rappelons volon-

zili-i il' PAItT., I\' SECT. — CONI RBHIES i: I ASS04 FATIONS Cil .1 SES

tiers que nous prenions pari aux pieux exercices de la congrégation pour le grand l>i*Mi el la consolation spirituelle de notre âme. Aussi -nous comme un devoir de notre charge pastorale de prendre sous notre protection apostolique et de eombler de nos faveurs ces pépinières de solide piété qui servent tant à former la jeunesse chrétienne et à procurer efficacement le salut des âmes. »

Dans cette bulle, le Pape déclare expressément quêtantes les congrégations agrégées ouà agréger à la congrégation primaire du Collège Romain doivent aussi prendre la très sainte Vierge pour patronne, et choisir ou conserver un de ses mystères ou le ses fêtes pour titre de la congrégation. On peut cependant y ajouter un autre titre ou patron. De plus, il déclare dfl nouveau les congrégations entièrement exemptes des prescriptions delà bulle de Clément VIII Quseeumque voir p. .'18, sqq.

Après que la Compagnie de Jésus eut été supprimée, les congrégations surent se maintenir, grâce à la prévoyance des Papes et aux soins de prêtres zélés. En l'an 182i. il y avait déjà 2.476 congrégations qui turent agrégées à la primaire du Collège Romain di érection canonique en 1584.

Quand la Compagnie de Jésus fut rétablie en 181 i, Léon XII, par un bref du 17 mai 1824, lui rendit tous ses droits et privilèges passés par rapport aux congrégations de la Sainte Vierge. De plus, par un rescrit du 7 mars lttio. il donna plein pouvoir au Général de la Compagnie d'agréger à la congrégation romaine comme à une arebiconfrérie centrale, et de faire participer à toutes ses Indulgences et avantages toutes les autres congrégations d'hommes, de femmes, de jeunes gens et de jeunes filles, celles même qui ne sont pas dirigées par des religieux de la Compagnie.

De 1 82'.» à juillet tsv»2 il y avait IG.GTi congrégations agrégées à la primaire de Rome (dans les dix années 1882 à 1892-, il y en avait L758 ; depuis le Ier juillet 1892 jusqu'au 31 décembre 1899 on • h comptait 4.:ir>8.

Le pape Léon XIII, qui, comme son prédécesseur, a été congréganiste au Collège Romain, témoigna à différentes reprises sa grande bienveillance envers la congrégation de la T. S. ^ i< Alin d'en faciliter la diffusion, ce Pape accorda au Généra] de

il-, CONGRÉGATIONS m LA I. S. V1IIG1 -<>•>

la Compagnie de Jésus h droit de l'établir en tout lieu avec la permission de l'Ordinaire, et il déclara que les congrégations étrangères à la direction des Pères Jésuites, qui ont été établies et agrégées jusqu'alors, on qui le seront a l'avenir avec la permission des évêques, restent exemptes, elles aussi, des prescriptions de la bulle de Clément VIII, comme c'était déjà le cas pour les congrégations établies dans les maisons ou églises de la Compagnie.

Enfin, le Souverain Pontife déclara valables toutes les érections, gâtions èl réceptions d'associés faites jusqu'au 23 juin 1885, malgré les irrégularités dont elles auraient pu être entachées. ■ Déjà, le 29 août 1864, la Sacrée Congrégation des Indulgences

avait déclaré que les décisions par lesquelles le décret du S janvier 1861 prescrivait de nouveau la rigoureuse observation de la bulle de Clément VIII voir p. 39 et p. 50 . n'étaient pas applicables aux congrégations de la sainte Vierge, De la concession de Léon XIII qui vient d'être signalée il résulte que la décision antérieure de la Sacrée Congrégation du 22 février 1847 Decr. etuth., n. 340 aussi d'avoir son effet, en sorte que toutes les congrégations de la Sainte Vierge, celles même qui se trouvent établies en dehors des maisons ou églises de la Compagnie, mais qui ont été agrégées, ou le seront plus tard à la Congrégation prima-primaria de Rome, sont exemptes des prescriptions de la bulle de Clément VIII. C est pour ce motif que, par exemple, plusieurs congrégations semblables peuvent exister simultanément au même endroit.

Plus récemment, dans le bref Nihil etdeo, du 8 janvier 1886, le pape Léon XIII accorde de nouveau une Indulgence plénière pour la communion générale mensuelle, pratique que les congrégations de la Sainte Vierge avaient déjà propagée autrefois (v. t. I, p. 387, n. 258) et à cette occasion le Pontife appelle ces congrégations « d'excellentes écoles de piété chrétienne, et les asiles les plus sûrs pour maintenir la jeunesse dans l'innocence ».

Ces écoles de piété se sont répandues dans tout l'univers chrétien avec une admirable profusion, et le bien qu'elles ont fait depuis trois siècles est vraiment incalculable.

En l'année 1600, chacun des 200 collèges que possédait la Compagnie de Jésus avait une ou plusieurs congrégations (trois au collège de Rome, cinq à celui de Cologne, etc.). Mais

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bientôt les congrégations franchirent l'enceinte des maisons d'éducation secondaire. « On en érigea dans les universités, et pour toutes les classes delà société: il y avait des congrégations de prêtres, de nobles, de magistrats, d'artisans, de serviteurs. Dans certaines villes, comme à Rome, à Vienne, à \aples, à Cologne, à Lyon, à Lille, on comptait jusqu'à sept, douze et treize congrégations différentes, qui servaient à sanctifier les différents états ' . »

Saint Alphonse de Liguoiï. après avoir rappelé le zèle de saint François de Sales et de saint Charles Borroméeà répandre les congrégations de la Très Sainte Vierge, ajoute : « Nous-même, par la pratique des missions, non- avons très bien reconnu leur utilité. Régulièrement parlant, on trouve plus do péchés dans un seul homme qui ne va pas à la congrégation que dans vingt qui la fréquentent2. « Le même saint docteur applique notamment aux congrégations de la Sainte Vierge les paroles de la sainte Écriture : Turris David : mille clypei pendent ex ea, omnis armatura fortium iCant., iv, 4). « Et telle est la raison », poursuit-il, « pour laquelle les congrégations produisent de si grands fruits : c'est que les congréganistes y recueillent grand nombre de moyens de défense contre l'enfer, et y trouvent pour conserver la grâce divine des pratiques dont l'usage est bien difficile aux séculiers hors des congrégations ».

Ces paroles de saint Alphonse sont confirmées par les faits, non seulement en Europe, mais jusque dans les pays de mission. I.e P. Sacchini, S. J., traitant dans son HMoria S. •/., de la mission du Paraguay, rapporte ce mot de don Pedro Faxardo, évêque de Buénos-Ayres, à propos des réductions, oii tlorissaient les congrégations île la Sainte-Vierge. « Je crois que dans les rédactions il ne se commet pas un seul péché mortel pendant une année. »

L'établissement et Y agrégation des congrégations dans les maisons et églises de la Compagnie de Jésus appartiennent au Général ou au vicaire général de la Compagnie; en dehors de ces lieux, leur érection canonique peut être faite par l'évèque diocésain; mais pour participer aux Indulgences, les congrégations érigées ainsi par l'Ordinaire doivent obtenir du Géné-

1. Sbsgler, les Congrégations de la très sainte \ierge. p. 5-6.

2. Cf. Vertus de Marie, septième pratique, initio, «'• dit. de Clermont-Ferrand. 1S32. p. 66.

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