VISITE DE LA STATUE DE SAINT PIERRE A ROME
Plus grand que nature, l'apôtre est représenté assis sur un trône, dans une attitude digne et solennelle ; sa main droite s'élève pour bénir; l'autre main, ressortant du pli de sa toge, tient les clefs, signe de la primauté apostolique.
Plusieurs savants ont pensé que ce magnifique et antique monument de l'art chrétien avait été dans l'origine la statue de quelque divinité païenne, à laquelle on aurait suJDStitué une autre tête et d'autres mains. Mais l'unité de masse et de coulée de la statue contredit cette assertion, et prouve à l'évidence que c'est l'œuvre d'un artiste chrétien. Selon l'opinion prédominante des connaisseurs, et notamment du célèbre archéologue de Rome, M. de Rossi, elle date des dix dernières années du iv« siècle. Il paraît que cette œuvre d'art se trouva en grand danger du temps des iconoclastes : car beaucoup de savants croient que c'est de cette célèbre statue en bronze que veut parler Grégoire II {71o-731), quand il écrit à Léon l'isaurien, alors à Ravenne : « Si en effet vous aviez l'intention d'envoyer des forces militaires à Rome pour y détruire l'image de l'apôtre, sachez que vous aurez à porter seul la responsabilité d'une démarche aussi téméraire. Nous sommes innocents du sang qui sera versé à cette occasion ».
Avant la reconstruction, au xvi^ siècle, de l'église de Saint- Pierre, la statue se trouvait dans la chapelle de Saint-Martin, derrière la basilique; mais, ce sanctuaire ayant été démoli, elle fut transférée d'abord dans la chapelle des saints Processe et Marlinien, baptisés par le prince des apôtres dans la prison Mamertine ; puis, après l'achèvement de la coupole, elle fut mise à la place qu'elle occupe actuellement, tout près du tombeau de saint Pierre, du côté droit de la nef du milieu.
Le trône a été renouvelé plusieurs fois dans le cours des siècles ; actuellement, il est en marbre blanc ciselé, et posé sur un piédestal d'un mètre et demi de hauteur.
Les fidèles debout, peuvent commodément baiser le pied droit de l'apôtre. Ce pied, qui s'avance un peu, est tout poli et quelque peu usé par suite de cette dévotion. Le baldaquin qui cou-
Société catholique d'enseignement, Roma, Borgo vecchio 1G5). — Son Em. le cardinal Bartolini, étant encore secrétaire de la Congrégation des Rites, a rédigé en 1867 un^ Dilucidaiione storico-critica sur celte même ^taïue. — Voir aussi Mignanxi, Jndulgenze délia basilica Vaticana. Roma, 1864, page 86 sqq.
tonne la statue, a été décoré en 1871 et surmonté de la magnifique mosaïque représentant le pape Pie IX, Une inscription commémoralive rappelle que c'est le clergé du Vatican qui fit faire ces travaux, en souvenir du jubilé papal du glorieux pontife. Des deux côtés de la statue jusqu'à la hauteur du baldaquin, se trouvent enfermés sous verre beaucoup de cœurs et de figurines en or et en argent : ce sont les témoignages des nombreuses faveurs que Dieu accorde aux prières des fidèles pour glorifier son apôtre.
Ceux qui vont prier au tombeau de saint Pierre, baisent, comme nous l'avons dit, le pied droit de la statue, puis le touchent de leur front, ou bien courbent un instant la tête jusqu'au-dessous du pied de l'apôtre. C'est de cette dernière manière, usitée surtout parmi les Romains, que le savant cardinal Baronius pratiqua cette dévotion tous les jours pendant trente ans, en prononçant chaque fois ces mots : Paiv et obéissance. Par le baisement du pied, il désirait exprimer la paix, c'està-dire, l'union avec le chef de l'Église, et par l'inclination profonde il voulait signifier Vobéissance de la foi (Rom., xvi, 26). Pour encourager et récompenser cette dévotion, Pie IX, par un bref du 15 mai 1857, accorda une Indulgence de cinquante jours chaque fois à tous ceux qui, véritablement contrits, baisent le pied de cette statue, pourvu qu'en même temps ils prient pour l'union entre les princes chrétiens, l'extirpation des hérésies et Texaltation de notre Mère la sainte Église.
On gagne la même Indulgence, mais seulement une fois par jour, en baisant le pied d'une petite statuette de saint Pierre, bénite à cet effet par le Pape lui-même (v. plus haut, p. 385, n. 13).