‹ Les industries chimiques et pharmaceutiquesChapitre 152 sur 160 · COLONIES · texte numérisé non relu

COLONIES

«Nos colonies — comme l'a dit excellemment M. Bonvalot — sont une matière première qui ne vaut que par la façon dont on les manipule, v

S'inspirant de cette idée, M. Charles Roux, le distingué commissaire général de Texposition des Colonies en 1900, s*est ingénié à trouver la forme la meilleure, celle qui frappe le mieux les esprits, pour faire valoir cette matière première dans l'espace réservé à nos possessions aiLx alentours du Trocadéro.

Au lieu de réunir dans un même édifice les produits naturels et manufacturés de nos colonies, M. Ch. Roux a pensé que chacune devait être représentée par un pavillon ayant une certaine couleur locale, et contenant des spécimens choisis de sa production. Et, pour permettre au visiteur, à Thomme d'étude, de se renseigner avec fruit, et de connaître exactement la natmre, l'usage et la mise en valeur éventuelle des produits qu^l avait sous les yeux, M. Roux n'a pas hésité à provoquer la publication d'un ensemble de monographies contenant l'histoire ainsi que tous les détails d'organisation de nos colonies, leurs voies d'accès et de communication, leur nombre d'habitants, leur climat, les richesses minérsdes et les denrées qu'elles sont susceptibles d'exploiter, leurs transactions, en un mot tous les renseignements indispensables pour se faire une idée nette et juste de ce que l'on peut attendre d'elles.

Toutes ces brochures sont signées de noms connus, d'hommes qui ont vécu ou qui vivent encore de la vie des colonies, qui y ont fait leur carrière et qui, par conséquent, les connaissent dans tous leurs détails.

La lecture de la plupart d'entre elles est très attachante et très suggestive , car elles nous montrent d'abord toute l'énergie, toute l'initiative qu'il a fallu déployer pour conquérir-et conserver notre domaine colonial, et ensuite la réserve de produits de toute nature qu'il recèle.

Maintenant que monuments et pavillons, œuvres éphémères, ont disparu sous la hache des démolisseurs, que les précieuses collections qu'ils renfermaient ont été en partie dispersées, il nous reste au moins un inventaire fidèle des sources de richesses que peuvent devenir pour nous nos possessions lointaines, si nous savons et voulons en tirer parti.

Nous devons donc être reconnaissant à M. Ch. Roux et à ses collaborateurs de la trace sérieuse et durable qu'ils ont laissée de cette exhibition colossale , qui fut intéressante à bien des titres , malgré son aspect bigarré et hétéroclyte en apparence.

Comme le cadre de ce travail ne nous permet pas de faire l'analyse des brochures auxquelles nous venons de faire allusion sans empiéter sur les attributions des rapporteurs des Classes 5 A et 41 , nous nous bornerons à en donner la liste avec le nom de Icui's

auteurs, et en recommandons la lecture à tous ceux que lavenir de nos possessions coloniales ne laisse pas indifférent.

Congo français, par M. Marcel Guillemot, commissaire adjoint du Congo;

CôteiJvoxre, par M. Pierre Mille, commissaire de la colonie;

Côte Jrançaise des Somalts, par M. Sylvain Vignéras, rédacteur au .Ministère des colonies;

Dahomey, par M. Jean Fonssagrivbs, administrateur des colonies:

Etablissements français de finie, par M. Camille Guy;

Etablissements français de tOcéanie, par M. H. Lemasson;

Guadeloupe et dépendances, par M. L. Guesde, conunissaire de la Guadeloupe;

Guinée française , par M. Famechon, chef du Service des douanes à Konakry;

Guyane française, par M. BASsiiRBS, directeur du Jardin d'essai de Baduel;

Guyane française , par le docteur G. Devez, ancien professeur d'agriculture à Cayennc,

Indo'Chine^^\ par M. Pierre Nicolas, commissaire de Tlndo-Chine;

Madagascar et ses dépendances, par le Commissariat général de l'exposition coloniale ;

Martifiique, par M. Gaston Landes , professeur au Lycée de Saint-Pierre de la Martinique;

Mayotte et les Comores, par M. Emile Vienne, rédacteur au Ministère des colonies;

NouveUe-Calédonie et dépendances, publiée par Y Union agricole calédonienne;

Réunion, par M. A. G. Garsault et collaborateurs;

Saint-Pierre et Miquelon, par M. Maurice Caperon ;

Sénégal et Soudan, par le Comité local d'organisation.

Nous ne saurions quitter ce sujet sans signaler encore la publication , sous les auspices du Ministère des colonies, pour l'Exposition de 1900, d'une œuvre d'ensemble sur la production agricole et forestière dans les colonies françaises. Ce travail , dû à la plume de M. H. Legomte, docteur ès-sciences, un de nos naturalistes les plus distingués et les mieux au courant de toutes les questions de botanique coloniale, questions qu'il a pu étudier surplace, grâce à plusieurs missions dont il fut chargé dans nos colonies, est une sorte de revue de toutes les matières, denrées alimentaires ou produits susceptibles de recevoir une application industrielle, que nos colonies sont en mesure de fournira la métropole. L'auteur des belles monographies sur le coton , le café, le cacaoyer, les arbres à gutta, le vanillier, les textiles végétaux, etc. , était particulièrement désigné pour traiter ce sujet au triple point de vue scientifique, agricole et commercial.

Cette sorte de grand Musée temporaire de nos produits coloniaux, que constituait l'exposition du Trocadéro, existe, sous une forme réduite il est vrai, à Marseille, grâce à l'initiative et à la volonté persévérante d'un colonial de vieille date , doublé d'un homme

(') A celto publication vient de s'ajouter une autre, lëes à Tœuvre remarquable qu^il a accomplie durant

du pluB haut intérêt et intitulée Situation de Vlndo- les quatre années pendant lesquelles il a eu entre

Chine (1897-1901), où M. Paul Doumer, gouverneur les mains et dirigé les destinées de nos possessions de

général , a résumé Tensemble des contributions appor- Tlndo-Ghine.

Gr. XIV. — Cl. 87. — T. II. jH

IMPRIULItlE XAnuaALE.

de science, nous voulons parier du docteur Heckel, professeur à la Faculté des sciences de Marseille.

Chercheur infatigable, organisateur éprouvé et méthodicjue , le docteur Heckel, en esprit clairvoyant, a compris dès 1898, «que la période de conquête cessant, la France devait s'occuper sérieusement de mettre en valeur par la science, le vaste empire colonial qui lui avait coûté tant de sang versé et tant de lourds sacrifices, n Dès cette époque, il eut donc l'idée de créer le Musée et Vlnsdiui colonial de Marseille, œuvre personnelle, réalisée sur un plan longuement étudié, et qui lui fait le plus grand honneur ^^K

A quel but tendait cet établissement spécial, et quel moyen a-t-il mis en œuvre pour l'atteindre?

(^Le but vei*s lequel il a tendu sans défaillance, avec les forces limitées dun seul homme d'abord, puis avec le concours bénévole de quelques travailleurs désintéressés et entraînés par la foi robuste qui anime le fondateur, est de faire le bilan de nos richesses naturelles coloniales, connues ou inconnues, de les mettre en évidence dans des collections bien méthodiquement et géographiquement classées, de les mieiu étudier ou de les faire connaître, enfin, dans une publication périodique propre à l'Institut colonial et à caractère absolument scientifique, qui leur permette ensuite, s'il y a lieu, de prendre grande ou petite place, selon leur valeur, dans le commerce ou l'industrie de la métropole.

Voilà l'enseignement par les yeux. La méthode suivie est celle qui a si bien réussi à d'autres nations, notamment à l'Allemagne, dont toute l'industrie s'est faite la servante de la science et marche à grands pas vers ce guide infailhble. Il faut que nos colonies soient mises en valeur scientifiquement. Trop longtemps, celles que nous avons possédées sont restées livrées à l'empirisme le plus complet. Aujourd'hui la méthode scientifique pénètre partout dans nos institutions européennes, et il faut qu'elle régente l'exploitation de nos possessions d'outre-mer de la même façon qu'elle dirige et agrandit en France le domaine économique entier. Mais ce n'est pas tout. Ces collections rassemblées à grand peine dans un musée colonial doivent servir aussi à instruire par la parole. C'est ce qu'a bien compris la Chambre de commerce de Marseille qui, dans un mouvement de générosité dont , tout le fait présager, elle sera la première à tirer un légitime profit, n'a pas hésité à s'imposer les sacrifices pécuniaires nécessaires pour créer, en les confiant uniquement à des Universitaires, six chaires d'enseignement colonial de divers ordres, dans lesquelles dominent numériquement l'enseignement consacré à l'histoire des produits végétaux, minéraux et animaux de nos possessions d'outre-mer. . .

... Cet enseignement servira à l'instruction de nos populations méridionales trop peu portées jusqu'ici à connaître la valeur et les origines des produits qui forment la principale matière commerciale et industrielle de leur petite capitale : Marseille. Mais il servira surtout à faire naître et à mûrir des vocations coloniales parmi les jeunes géné-

^') Il est juslc de faire remarquer que Paris possédera également, aux galeries d^Orléans, son musée colonial qui s'organise peu à peu sous la haute direction de M. Anricosle, entouré de collaborateurs pleins de foi dans ravenîr de nos colonies.

rations auxquelles l'École supérieure de commerce de Marseille va ouvrir ses portes, par la création dune section coloniale qui sera inaugurée dès le mois d'octobre 1900. Or, un enseignement de cet ordre ne peut être fructueux qu'à la condition d'être concret; de là l'indissoluble connexion qui existe entre la fondation d'un musée colonial et la création des cours didactiques : l'existence de l'une devant nécessairement impliquer la pré* existence de Tautre^^^ ».

Nous venons de voir quel est le but poursuivi par M. Heckel. Nous passons sous silence les démarches faites personnellement auprès des pouvoirs publics locaux et des particuliers pour recueillir les sommes nécessaires à la fondation de son musée et de son institut, les difficultés nombreuses qu'il a rencontrées, difficultés malheureusement inséparables, en France, de toute œuvre d'initiative, les maigres ressources dont il disposait pendant quelques années pour alimenter ses collections et ses laboratoires, la façon heureuse dont il a compris et appliqué le principe de la division du travail, les collaborations précieuses qu'il s'est assurées, et arrivons aux résultats obtenus dans un si court laps de temps.

Musée et insMtU colonial sont actuellement en pleine prospérité et comprennent :

i*^ Une salle d'exposition très vaste, dans laquelle la plupart des produits sont rangés par pays d'origine (toutes les colonies étant représentées par leurs productions des trois règnes) et un laboratoire qui sert à la fois à la manipulation, au classement des produits et à des recherches microscopiques ou physico-chimiques touchant leur composition. L'outillage n'y est pas compliqué, mais des recherches plus délicates se poursuivent dans des laboratoires de chimie spéciaux. Au musée se dégrossissent les recherches: on y prend une première impression de la valeur des produits et le reste s'achève ailleurs t^);

3" Une bibliothèque qui recèle les documents bibliographiques et les pubhcations capables de renseigner sur les produits mis en étude; enfin :

3** Un jardin botanique colonial avec son laboratoire annexe qui constitue un instrument important d'études.

<*) Notice sur le Musée et lUnstitut colonial de Marseille, publiée à Toccasion de TËxposition universelle de 1900.

(^) 11 est fort à souhailer que, dans Tintérét de Tœuvre du docteur Heckel, le nouvel Institut colonial projeté par la municipalité de Marseille comprenne, outre ce laboratoire dressai, un véritable laboratoire de recherches, ayant à sa tête des chimistes de carrière, bien familiarisés avec les méthodes d'extraction, de séparation des principes immédiats, et susceptible de pousser les investigations jusqu'à leurs dernières limites.

S'il est en effet nécessaire et légitime de mettre à la tête des musées coloniaux des naturalistes connaissant à fond la faune et la flore de tous les pays^ il est non

moins utile de leur adjoindre des chimistes dont le rôle est d'étudier la composition des produits coloniaux, d'en démontrer la valeur et d'en indiquer r utilisation éventuelle.

Ces établissements auraient ainsi plus de cohésion, formeraient un tout bien coordonné, dans lequel toutes les forces intellectuelles se prêteraient un mutuel appui et tendraient vers le même but. Ils rendraient plus de services encore, non seulement à l'industrie locale et régionale, mais à la science et à toute l'industrie française. Complétée de la sorte, l'œuvre de M. Heckel serait unique dans son genre en Europe , et constituerait un véritable modèle d'établissement colonial , dont Marseille pourrait tirer une légitime fierté.

à36 EXPOSITION UNIVERSELLE INTERNATIONALE DE 1900

Cet établissement appartient à la municipalité de Marseille et n'est qu'une dépendance du jardin botanique de la ville, placé sous la direction de M. Heckel, au parc Borély.

Il conviendrait maintenant d'analyser l'ensemble des recherches qui ont porté sur les produits coloniaux, les résultats qui ont été acquis, et la répercussion qu'ils ont eue sur le commerce et l'industrie.

Publiées dans les Annales de ^Institut colonial de Marseille, dont la fondation par M. Heckel remonte également à 1898, ces recherches comprennent un ensemble de mémoires répartis dans les huit années parues de cet important recueil. Voici le sommaire de ces travaux avec le nom de leurs auteurs :

i" année [18 g 3). — 1* Les Kolas africains au point de vue botanique, chimique, commercial et climatologique; a° Des beurres de Dika et de Cay-Cay et des plantes qui les produisent au Gabon et en Gochinchine par MM. Heckel et Schlagdenhauffen (avec figures en noir, en couleur dans le texte et hors texte).

a* année [i8gâ). — Voyage d'exploration scientifique en Haute Gambie par le docteur Rançon, médecin principsd des colonies (avec figures, dans le texte et hors texte).

5* année ( 1 8g5). — Sur le Robinia Nicou de la Guyane (liane à enivrer le poisson), par E. Geoffroy; â"" Contribution à l'histoire botanique, chimique et thérapeutique des Adansoma, par le docteur Gerber; 3° Le Quassia africana (botanique, chimie et thérapeutique), par le docteur Claudel; à'* Sur le Bakis et le Sangolàu Soudan par E. Heckel et Schlagdenhauffen; 5"* Etude sur le Goyavier, par Khouri, pharmacien de i"* classe de Paris.

4* année [i8g6). — Flore phanérogamique des Antilles françaises , parle R. P. Duss (avec annotation du professeur Heckel sur l'emploi de ces plantes), 1 volume de 656 pages.

6* année (^î8gy). — 1° Rapport de mission scientifique à la Martinique et à la Guyane, par E. Geoffroy; 9"" Les plantes médicinales et toxiques de la Guyane française, par E. Heckel; 3" Recherches sur les graines grasses nouvelles et peu connues des colonies françaises , parE. Heckel; 4"* Sur un Strophantus du Congo français (5<raphanius d'Autran), par Schlagdenhauffen et Louis Planchon; 5° L'Ëroumade Nouvelle- Calédonie et sa résine, par H. Jumelle; 6° De l'écorce fébrifuge du bois piquant (Zantlioxylum Perrotetii DC), par E. Heckel et Schlagdenhauffen; 7° Sur les Murraya de Cochinchine, par le docteur Laborde, de Toulouse.

6' année (i5p8). — 1** Les plantes à caoutchouc et à gutta des colonies françaises, par H. Jumelle; â"" Les graines grasses nouvelles ou peu connues des colonies françaises, par M. E. Heckel; 3"* Un nouveau Jaborandi des Antilles {PHocarpus racemosus Wahl), par le professeur docteur Rocher, de Clermont-Ferrand.

7* année (1 8pp). — 1° Le Cacaoyier, sa culture et son exploitation dans les colonies françaises, par H. Jumelle; q*" Gommes, résines et gommes-résines des colonies françaises, avec les végétaux qui les produisent , parle docteur J. de Cordemoy.

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8' atmée (tgoo). — A paru, avec une vaste étude sur le tabac, par M. Laurent, des travaux de zoologie sur les Grillidés et les Acridiens qui causent des ravages considérables dans nos cultures coloniales, par M. le docteur Bordas, de la Faculté des sdences de Marseille.

En dehors des faits acquis à la science pure par les études ci-dessus mentionnées, un certain nombre de produits végétaux de nos colonies françaises ont pu , après examen scientifique approfondi , être tirés de leur inutilisation et se sont créé , grâce à ces études , une place soit dans le commerce, soit dans l'industrie de la France, rapportant ainsi à la métropole les sacrifices, légers du reste, qu'elle s'impose pour l'entretien du musée colonial de Marseille et de son institut, ce sont :

1^ Les Kolas africain» dont le commerce et la manipulation manufacturière en France sont très importants;

â"" Les graines de JuTheniamari (^Cassia occidenialis L.) qui se substituent de jour en jour à la chicorée comme succédané du café et arrivent en grande quantité notamment à Bordeaux et à Marseille;

S"" VOwala et le Latny, graines grasses qui prennent une place marquée dans l'industrie de la stéarinerie , avec la graine de Karité qui donne aussi une bonne huile concrète et est employée pour être mélangée en nature à la graine de cacao, dans les fabrications des chocolats inférieurs;

A** le Pihcarpus racemosus des Antilles françaises (bois flambeau) qui remplacera bientôt le Jaborandi du Brésil dans les drogueries; le beurre et la graine de Dika du Gabon appelés à remplacer à bas prix le beurre de cacao et déjà utilisés en Espagne;

5° Le Kinkélibah (^Combrelutn Raimbaultii Heckel), très demandé et qui entre franchement dans le commerce de la droguerie comme remède très efficace contre la fièvre bilieuse hématurique ;

6** La Tannorésine de Spermokpis tannifera Heckel, de Nouvelle-Calédonie, très utile pour les tanneurs à cause de sa richesse exceptionnelle en acide tannique ;

y"" La Gutta de Karité (Butyrospermum Parkii) , du Soudan français , demandée en Angleterre et utilisée comme succédané de la vraie gutta des tles de la Sonde ; la Résine fossile de Kaori (de Nouvelle-Calédonie) mise en œuvre pour remplacer l'ambre vraie dont elle a l'aspect et quelques propriétés;

8" La Gomme de Mbeppe du Sénégal-Soudan , (pii est appelée à jouer un rôle comme gomme arabique à bon marché ;

9° Les gommes-résines des Araucarias (Nouvelle-Calédonie), sources dégomme arabique industrielle et d'une résine qui peut remplacer avantageusement et à moins de frais, la gomme copal pour la fabrication des vernis gras et à l'alcool.

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