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IV. Rendbiibnts. — Améliobations

Bien que toutes les parties de la plante renferment de l'indican , en pratique on ne traite que les feuilles. Les plus belles tiges mêmes ne contiennent que des traces de colorant.

Selon IVI. Hazewinkel (^), qui a fait des dosages au moyen de l'hypobromite de soude, les feuilles Xlndigofera leptostachya contiennent environ o gr. 6o d'indigotine p. 1 00, tandis qu'un mélange à parties égales de feuilles et de tiges n'en renferme que

gr. 3o p. 100.

Avec les méthodes actuellement en usage aux Indes, la plante fraîche fournit (selon M. Rawson) environ a kilogr. 5oo d'indigo par i,ooo kilogrammes, et d'après d'autres renseignements venus de Calcutta, i kilogr. 65o seulement par tonne ^^^ En ce qui concerne le rendement k l'acre, les données indiquées par M. Rawson concordent approximativement avec celles qui nous sont parvenues, c'est-à-dire qu'il est dans le premier cas de 6 kilogr. 8oo, et dans le second 6 kilogr. 5oo.

Cet indigo renferme en moyenne 6o p. loo d'indigotine.

L'indigo de Madras est inférieur et titre de 3o à 5o p. loo.

Celui des provinces du Nord-Ouest (Oudhe, etc.) est intermédiaire entre celui de Bengale et de Madras.

^') Loc. cit. — ^') Le rendement au Cambodge est à peu près identique, cVflt-À-dire qu^on obtient de

1 kilogr. 900 à i kilogr. 8oo d^indigo à 68-65 p. loo d*îndîgotine quand la plante est épuisée et traitée à la manière européenne.

L'îndigo de Java est le plus riche et a une teneur de 7a jusqu'à 8a p. 100.

L'indigo de Guatemala renferme environ Uo p. 100 d'indigo ^^^

Un échantillon d'indigo de la Martinique, que nous avons trouvé au pavillon de cette colonie à l'Exposition de 1900, adonné, à l'analyse, 76 p. 100 d'indigotine.

Enfin, les indigos du Cambodge, de la Chine et du Tonkin ont des teneurs qui varient deSàiap. 100 d'indigotine. Cette faible teneur provient de ce que le liquide de macération de la plante est précipité par la chaux, avant d'être soumis au battage.

Au Béhar, avec deux coupes, le kilogramme d'indigo revient à 6 fr. 5o.

A la Martinique, d'après des renseignements qu'a bien voulu nous fournir M. Thierry, le producteur de l'indigo analysé, le prix de revient ne dépasserait pas 3 francs le kilogramme.

Au Cambodge, où l'on peut faire jusqu'à trois coupes, si les circonstances sont favorables, et où la question des engrais est résolue par l'apport périodique de limon laissé après le retrait des eaux, le picul de 60 kilogr. lioo d'indigo frais renfermant 65 p. 1 00 d'eau, et de a. 5 à8p. 100 d'indigotine, s'achète au producteur qui, jusqu'à présent, est l'indigène, à des prix variables suivant l'époque et débutant à a piastres 5o, soit environ 6 fr. a5^^^.

Mais en opérant d'une façon plus rationnelle et en n'employant que des tiges herbacées, on arrive à obtenir 5 à 6 kilogrammes d'indigo à 6 0-6 5 p. 100 d'indigotine par tonne de plantes.

Telle qu'elle se présente actuellement, la situation de certains producteurs ne semble pas être en péril , bien que les méthodes de culture et surtout d'extraction ne soient pas arrivées au degré de perfection qu'elles sont susceptibles d'atteindre.

Nous avons déjà vu qu'à la Martinique un assolement judicieux entre la canne à sucre et les Indtgofera permettrait d'augmenter le rendement de l'une et l'autre culture.

Comme nous l'avons déjà fait remarquer, d'après les analyses faites par M. Hazewinkel, à Java, Y Indtgofera étudié par lui renfermerait 6 kilogrammes ^indigoiine par tonne de feuilles, et 3 kilogrammes par tonne d'un mélange à parties égales de feuilles et de tiges. A Java on ne cultive d'ailleurs que YIndigofera leptostachya qui vient de l'Afrique du Sud et qui est régénéré tous les 3 à 5 ans. Suivant des essais provoqués au Jardin botanique de Calcutta par M. Karpelès et exécutés sous les auspices du docteur Prin, il a été établi, d'une façon irréfutable que la plante du Natal, comme celle de Java, présentait les avantagss suivants : 1° Proportion de feuilles à tiges 5oà6op. 100 contre 9 à 3o p. 100 dans YIndigofera tinctoria; a"* proportion d'indican dans la feuille 1 p. 100 contre i/a p. 100 dans celle à'Ind. lincL; 3° résistance extraordinaire aux intempéries des saisons; 4* pérennité de la plante, qui depuis trois ans au Jardin botanique de Calcutta a donné trois ou quatre coupes par an, sans jamais cesser de porter des feuilles invariablement chargées d'indican.

(*) Dans la Revue générale de$ matière» colorantes, 1901, t. V, p. /t, on trouve une s<^rie d'analyses d'indigos de Java et du Bengale. — (*î Nous devons ces renseignements à M. Gueugnier qui s'est efforcé d'extraire «iip place rindigotine, et qui en a exposé nu Trocadéro des échantillons en pâte à ao p. 100.

Au Béhar, où Ton cultive Tindigofera tinctoria, la teneur n'est pas considérable, mais il doit néanmoins y avoir un déchet dû aux procédés dWraction et en particulier à la fermentation ^'^

Sous rimpullion de certains planteurs et en particulier de notre compatriote M. Karpelès, on va essayer de substituer 17. lepostachya à VI, tinctoria. A cet effet, le Ministre d'agriculture du gouvernement indien a envoyé dans l'Afrique du Sud un planteur, pour récolter des semences d'/. leptostachya et établir sur plusieurs points des pépinières destinées à approvisionner les Indes de façon continue. Dne somme de 10,000 francs a ét^ mise à la disposition du planteur pour cette mission ^^^

On a d'autre part établi, au cœur du Béhar, une fabrique d'engrais artificiels sous la direction d'un planteur et de deux chimistes, qui en est encore à sa période d'essai, mais qui a déjà fourni le moyen de porter de â à 1 la puissance de production de certains champs épuisés qui avaient dû être abandonnés , leur produit ne pouvant couvrir les frais de culture. Ajoutons enfin que, sous l'aiguillon de la concurrence et de la nécessité, beaucoup de factoreries ont réduit certaines dépenses inutiles, tout en maintenant la même production. M. Karpelès nous a cité l'une d'elles dont les frais généraux étaient, il y a 5 ans, de 9/10,000 francs par an, alors qu'ils ne sont plus maintenant que de i AS, 000 francs pour une même récolte. Telle autre a réduit ses frais de surveillance de 9 0,000 francs par an.

Toutes ces améliorations, ainsi que celles qui résulteront d'un traitement rationnel de la plante et d'une fermentation bien conduite, font espérer à M. Karpelès que les planteurs pourront livrer l'indigo à 6â p. 100 d'indigotine , au Havre, à 3 fr. /lo le kilogramme.

De nombreuses tentatives ont été faites pour régler la fermentation , et nous nous bornons à signaler deux procédés de traitement qui ont été brevetés, l'un par M. Gueugnier et Valette (brevet fr. n" Soaifig), et l'autre par M. Calmette (brevet fr. n- 300896).

Dans le premier, sans doute inspiré par les communications de M. Bréaudat, on aseptise la cuve, tout en déclarant que l'opération n'est pas indispensable, et on opère le dédoublement de i'indican par une diatase oxydante (laccase de l'arbre à . laque, tyrosinase, ferment de la gomme arabique).

L'addition d'eau oxygénée augmente la rapidité de la formation d'indigo bleu. Le rendement serait sensiblement doublé.

{>) Dans un article intitulé Indigo- Fabrikation {Chem. Ztfit, t. XXV, 1901, p. 197, M. W. Gallenkamp, ancien chimiste de la maison Williams et G'*, â Madras, insiste également sur la façon primitive dont on extrait Tindigo dans les factoreries de la région , et sur les pertes de matières colorantes que Ton fait. L^auf eur a , en particulier, étudié les gaz de la fennentation et a trouvé qu^ils renfermaient, au boni de 19 heures, jusqu^à 67 p. 100 de CO', ainsi

que de notables quantités d^bydrogène. Pour lui, cett(^ longue fermentation est inutile, sinon préjudiciable. '^^ Le gouvernement de la province de Bengale a voté Tannée dernière une somme de 5o,ooo roupies destinée à des recbercbes de tout ordre permettant de venir en aide à l'Industrie de Tindigo. Cette subvention est renouvelable pendant trois ans et a été mise à la diflposilion de T Association des planteurs du Béhar et du Syndi&tt de production de' Tindigo.

La méthode de M. Galmette n'est qu'une application des découvertes faites dans son aboratoire, par M. Bréaudat.

Elle consiste :

(t 1° A broyer, par écrasement entre des cylindres de bois ou de métal, les tissus des plantes indigofères.

fc â* A recueillir la bouillie végétale sortant des cylindres dans des cuves profondes remplies d'eau épurée, débarrassée des sels calcaires, ceux-ci ayant l'inconvénient de hftter la précipitation de l'indigo, précipitation qu'il faut empêcher dans cette phase de l'opération.

(c Les cuves doivent être munies d'agitateurs pour maintenir la masse en mouvement pendant un temps suffisant, variable suivant la température de l'eau et les sortes de plantes indigofères employées.

(c 3^ On passe au filtre-presse le liquide de macération des cuves et on l'envoie dans des cuves en bois ou en métal couvertes, contenant une très petite quantité de chaux, de baryte, de magnésie ou d'un carbonate alcalin ou alcalino-terreux quelconque. Ces cuves sont munies de dispositifs permettant la précipitation rapide de l'indigo à l'état d'indigo bleu, par émulsion continue d'air (îltré, comprimé, ou par la chute en cascades dans une série de cuves superposées.

« 4** Le dépôt d'indigo est recueilli, comprimé en pains et séché à yB degrés jusqu'à ce qu'il ne renferme pas plus de 5 à 7 p. i oo d'eau.

«5* Le liquide sortant du filtre-presse renferme encore des diastases oxydantes extraites des sucs cellulaires de la plante, diastases à l'action desquelles est due la précipitation de l'indigo à l'état d'indigo bleu. Ce liquide retourne en totalité ou en partie dans les cuves à émulsion d'air, oîi l'excès de diastase oxydante qu'il renferme est utilisé à hâter la précipitation d'une nouvelle cuvée d'indigo.

« Ce procédé d'extraction a pour objet essentiel d'éviter l'intervention de toutes les bactéries auxquelles on attribuait jusqu'à présent la faculté de dédoubler, au sortir de la plante indigofère, l'indican en indigotine et en indiglucine. Ce dédoublement et la précipitation de l'indigo bleu sont effectués ici exclusivement par l'action successive de diastases hydratantes et oxydantes qui préexistent dans le suc cellulaire des Indigofera, et qui sont mises en liberté par le broyage des cellules végétales.

^ On obtient ainsi la transformation complète de l'indican et le maximum de rendement en indigo bleu. Ce rendement, avec les sortes d*Indîgofera ordinairement cultivées, atteint toujours avec ce procédé un minimum de 6.6 à 8 kilogrammes, par 1 ,000 kilogrammes de plante.

«Il peut s'élever à 10 kilogrammes avec des plantes de qualité supérieure, récoltées immédiatement avant la floraison.

«L'indigo ainsi obtenu titre constamment 80 à 8s p. 100 d'indigotine, avec une teneur en eau ne dépassant pas 7 p. 1 00. 1)

Si les prévisions de l'auteur sont confirmées par l'expérience, il est facile de voir que le prix de l'indigo, et partant de l'indigotine qu'on peut en extraire, baissera con-

sidérablement. Nous avons d'aiUeurs vu |>ius haut à quel prix M. Karpelès estime qu'on pourra fournir le kilogramme d'indigo, grâce à l'ensemble des améliorations introduites dans la culture et le traitement de la plante.

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