V. Prog^d^ Sandmeybb, de la maison R. Geigy, à Bâle
Indépendamment des procédés que nous venons de décrire, nous croyons devoir mentionner celui dû à M. Sandmeyer, le savant ingénieux auquel la chimie des matières colorantes est redevable de tant de découvertes originales.
Ce procédé, breveté par la maison R. Geigy de Bâle, repose sur les réactions suivantes :
1** Préparation de la diphénylsidfourée symétrique au moyen de l'aniline, qu'on traite par du sulfure de carbone en présence de potasse alcoolique
CS^ + aCWAzH^ + KHO =- KHS + CS ( AzHC^H^y^ ;
2** Action du cyanure de plomb ou d'un mélange de cyanure de potassium et de carbonate basique de plomb sur la diphénylsulfourée , pour la transformer en liydrocyancarbodiphénylimide de M. Laubenheimer^^l
a ( HSC< ) + (GAz)*^Pb =9 V ~ CAz + PbS + H'^S
• Dipfaénylralfourée. Hydrocyanrarbodiphcuyliinide.
3" Transformation de Timide en thioamide de constitution
CW-^AzH.C = AzC«H«
H^AzC^S
en la traitant par le sulfure jaune d'ammonium.
4° Traitement de la thiamide par l'acide sulfurique pour donner l'a isatine anilide
et réduction de l'isatine anilide par le sulfhydrate d'ammoniaque. H
y^y m: — AzC«H* 4- S( )*JJ> — /\>^ ^
I I ^ - Azu 11 -t- DU II - ^ I ^ .^^jiçeH^ + AzH^ + S0« -f- H^O + S
A jjs Isatiiieanilulc.
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"■^A^ InAco/ j \coA,
Indigo.
Ce procédé de synthèse do la matière colorante se recommande non pas par sa simplicité, mais par le peu de valeur des matières mises en œuvre, et l'élégance des réactions mises en jeu,
(» Uer. der deul$ch. chem, Ge9., t. XIII (1880), p. ^107.
Nous ignorons s'il pourra réellement entrer en concurrence avec celui de la Badische Anilin und Soda Fabrik et avec celui de la maison de Hœchst; dans tous les cas, il existe sur le marché de l'indigo préparé par cette voie , la fabrique s'étant mise en mesure d'en produire une centaine de kilogrammes par jour. (Brevet anglais iBAgy, juillet i8()() et mai 1900, Moniteur merUtJique du docteur Quesneville, 1901. Brevets,
En outre des synthèses que nous venons d'énumérer et qui seules, jusqu'à présent, ont reçu la consécration de la pratique, on a breveté plusieurs autres procédés, les uns plus élégants que les autres; mais, en raison de leur complication et aussi de la cherté des matières premières, ils ne paraissent pas actuellement susceptibles d'être réalisés industriellement dans la forme sous laquelle ils sont présentés.
Conclusions.
Dans notre exposé, nous avons envisagé le problème de la production de l'indigotine sur toutes ses faces.
Indigo naturel. — Nous avons d'abord montré qu'avec une culture intelligente, tenant compte dos avantages de l'assolement, sous un climat approprié, dans les pays où le sol ainsi que la main-d'œuvre sont à bon marché, il était possible de produire de l'indigo à haute teneur, à la condition que le traitement de la plante se fasse d'une manière rationnelle, et qu'on ne perde pas dans les diverses manipulations une bonne partie de la matière colorante. Maintenant qu'on connaît les principes auxquels est due l'indigotine, ainsi que le mécanisme de sa formation dans les cuves à fermentation, on ne tardera pas à pouvoir régler avec soin la marche des opérations, de manière à obtenir le maximum de rendement, et partant une baisse des prix.
On a souvent comparé le cas de l'indigo à celui de la garance. Rien de moins comparable cependant, au point de vue de la production de la plante et du traitement de cette dernière. Tandis que la garance était cultivée dans des pays où la terre et la main-d'œuvre étaient relativement onéreuses , les plantes à indigo poussent dans des régions beaucoup plus favorisées sous ce rapport, et rien n'empêche même de les cultiver dans nos nouvelles colonies, 011 les conditions sont encore plus favorables. De plus, alors que la garance est une plante bisannuelle et que la racine n'est utilisable qu'au bout de deux et même trois ans de culture, les Indtgofera sont des plantes annuelles qui fournissent deux et parfois trois coupes par chaque campagne.
Signalons enfin un autre avantage en faveur de l'indigo. Avec les moyens dont nous disposons, rien n'est plus facile que d'extraire du produit naturel Tindigotine, de manière à la mettre en concurrence avec la matière colorante artificielle , opération à laquelle ne se prêtait point la garance. Comme nous l'avons indiqué, cett^ extraction est loin d'être coAteuse et donne d'excellents rendements.
Pour toutes ces raisons, nous ne voyons pas, étant donnés les prix actuels de l'indigotine
artificielle, que la culture de l'indigo soit compromise et qu'il faille Tabandonner à bref délai. Nous croyons au contraire que, sous l'aiguillon de la concurrence, les producteurs d'indigo amélioreront culture et traitement, au point de pouvoir fournir la matière colorante à un prix auquel le produit artificiel ne pourra peut-être pas atteindre, avec les procédés actuellement en vigueur.
Ce prix devrait-il même être atteint par l'indigotine de synthèse qu'il y aurait encore intérêt pour le consommateur à encourager la culture de l'indigo naturel, qui permet d'obtenir des effets et des nuances impossibles à réaliser actuellement avec le produit artificiel. Il est vrai que les fabricants réussiront tôt ou tard à composer des mélanges d'indigotine, d'indigorubine et de brun d'indigo qui, à la teinture, produiront les mêmes effets que les indigos naturels. Mais il y a encore un autre intérêt qui milite en faveur du maintien de la culture de la plante à indigo. Le jour où cette culture aura disparu, les producteurs de colorant artificiel se syndiqueront, comme c'est le cas pour l'alizarine, et imposeront leurs conditions aux consommateurs. Rien n'empêche d'ailleurs que les produits naturel et artificiel vivent côte à côte et se partagent la nombreuse clientèle qu'ils ont à satisfaire.
Indigo arùfideL — Des trois procédés qui sont actuellement en concurrence, celui de la Société badoise s'impose à l'admiration des hommes de science, comme à celle des industriels, par l'ingéniosité et la ténacité déployées pour vaincre les difficultés de toute nature qui se sont présentées, par l'utilisation rationnelle des sous-produits qui rentrent dans le cycle des opérations et par l'ensemble des perfectionnements introduits dans la fabrication de produits connexes. Cette admiration, que suscitent de tels efforts et une telle initiative ^^^ de la part d'hommes qui n'en sont plus à compter leurs succès, ne saurait cependant nous faire oublier que, sur le terrain industriel, le petit nombre ainsi que la simplicité des réactions mises en jeu sont des facteurs aussi importants que celui do prix des matières premières, pour arriver au point essentiel que vise tout fabricant, — le prix de revient du produit final. Nous croyons savoir qu'à l'heure présente ce prix de revient ne justifie pas les espérances qu'on a fondées sur ce procédé , et que l'indigo de culture, comme l'indigotine préparée par la méthode de la Scheide- Anstalt, ne sont pas près de s'effacer devant leur puissant rival.
Quoi qu'il advienne de cette lutte, qui, dès maintenant, est engagée sur presque tous les points du globe, on ne saurait méconnaître le haut mérite des hommes qui, par leur initiative, leur volonté persévérante, n'ont pas hésité à l'entreprendre. Elle montre une fois de plus combien est étroite, en Allemagne, l'alliance de la Science et de l'Industrie, et combien l'une et l'autre peuvent se prêter un mutuel appui, grâce à l'organisation rationnelle du haut enseignement, et grâce aussi à la foi profonde qu'a le peuple allemand dans les progrès de la science et à la grande habileté avec laquelle il sait s'en servir.
f') La Sociét*^ bndoise n dépensa 9 9,5oo,ooo francs pour monter la rabriralion do Tindigo.
Née pour ainsi dire en France, l'industrie des matières colorantes s'est surtout développée chez nos voisins , et si dans cette production nous arrivons au second et même au troisième rang, nous en connaissons la cause, et partant aussi le remède.
Nous ne saurions aujourd'hui insister sur ce sujet, grave entre tous; mais qu'il nous soit permis de déclarer que , si nous avons une perception très nette de la haute tâche qui incombe à l'homme de science , nous avons aussi le ferme désir, dans la modeste sphère qui nous est échue, d'accomplir la nôtre, si les circonstances et les hommes nous le permettent.
Dans ce vaste domaine de la Chimie et de ses applications, la France a été l'initiatrice de toutes choses depuis le commencement du siècle, elle ne saurait donc se désintéresser de la plus minime partie de son œuvre et abdiquer entre les mains de l'étranger, car elle manquerait ainsi à ses traditions et k tous ses devoirs.