PARFUMS NATURELS
Les méthodes employées pour l'extraction des parfums naturels sont :
i** L'expression, qui s'applique aux produits végétaux qui sont très riches en huiles essentielles, comme par exemple les zestes de citron, d'orange, de bergamote, etc. Cette expression peut se faire au moyen de presses spéciales (Morane) ou bien encore en frottant les écorces, préalablement débarrassées de la pulpe acide, contre des éponges qui s'imprègnent de l'essence et qui sont ensuite exprimées à la main. (Procédés alla Spugna, à la Scorzetia, à la Machina).
Dans ce mode d'extraction on peut aussi ranger le procédé à ficueUe, qui consiste à utiliser une sorte de plat creux en étain , dont le fond est hérissé de nombreuses pointes de laiton destinées à percer les cellules remplies d'essence qui se trouvent à la surface des fruits des hespéridées. Au centre du vase se trouve un tube dans lequel s'écoule l'essence des fruits qu'on frotte sur l'appareil.
Ces divers procédés sont toujours usités dans le midi de la France, dans les Calabres, en Sicile, en un mot partout où on exploite les fruits des hespéridées au point de vue de l'extraction des huiles essentielles.
â"" La distillation en présence de l'eau, dans des appareils de formes et de dimensions variées, chauffés à feu nu ou au moyen d'un serpentin à vapeur.
Ce mode d'extraction des huiles essentielles n'a pas subi de changement dans ses grandes lignes , mais il a été modifié par d'importants perfectionnements résidant dans l'emploi d'appareUs utilisant mieux la chaleur mise en jeu.
3° La macération à chaud des plantes à parfums avec des corps gras, liquides et solides. Cette opération donne des parfums plus délicats, plus fins, les éléments constitutifs des produits odorants ne subissant pas des réactions de saponification ou de polymérisation comme dans le cas de la distillation à la vapeur. Mais ce procédé, comme le suivant du reste, a le grand inconvénient d'employer comme fixatifs du parfum, des corps gras qui, au bout d'un temps plus ou moins long, deviennent rances sous l'influence de l'oxygène de l'air et de ferments solubles contenus dans les plantes.
4° L'enfleurage qui a pour but de saisir, de dissoudre le parfum des fleurs dans des corps gras solides ou liquides à la température ambiante. Il se pratique en étendant sur des châssis à fond de verre une couche de graisse épaisse d'environ 6 à 7 centimètres, sur laquelle on répand les boutons de fleurs ou les pétales que l'on renouvelle tous les jours. On obtient ainsi des pommades parfumées dont on peut extraire les produits odorants en la faisant macérer avec de l'alcool.
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Comme nous 1 avons dit plus haut , ce procédé fournit des pommades possédant le parfum pur et suave de la plante, mais ces produits ne se conservent pas bien, malgré le traitement préalable qu'on fait subir à la graisse de porc et à la graisse de bœuf. C'est ainsi que le corps gras destiné à l'enfleurage du jasmin est cuit quelquefois avec de l'eau de roses ou de fleurs d'orangers, de l'alun et du benjoin, ce dernier généralement dans la proportion de i p. loo^^^.
Il est vrai qu'on peut employer pour l'enfleurage, de la paraffine, de la vaseline, de la lanoline, à la condition, bien entendu, que ces matières soient exemptes, les premières de l'odeur du pétrole, et la dernière de celle de suint. Nous devons encore faire remarquer que la méthode à l'enfleurage n'extrait qu'une partie du parfum contenu dans la plante , de sorte qu'en soumettant cette dernière à la distillation , on peut encore en extraire de l'huile essentielle.
5"* La dissolution, c'est-à-dire l'extraction des parfums au moyen des dissolvants volatils. Cette méthode, préconisée dès i835 par Robiquet, qui employa de l'éther, a été l'objet de bien des essais et de bien des tâtonnements depuis cette époque. Elle nécessite l'emploi de liquides très volatils, susceptibles d'être éliminés à une température relativement basse, pour que les matières odorantes ne soient ni entraînées ni altérées, n faut de plus que ces dissolvants ne laissent après leur évaporation aucun résidu odorant qui puisse dénaturer le parfum extrait.
La grande volatilité des solvants spécialement indiqués pour cet usage, leur extrême inflammabilité, en rend le maniement difficile et dangereux.
On a successivement préconisé l'éther, le sulfure de carbone (Millon), le chloroforme (Wille), le chlorure de méthyle (C. Vincent), l'éther de pétrole (Hirzel). Ce dernier dissolvant semble avoir réuni tous les suffrages. Il convient naturellement de le débarrasser au préalable de cette odeur désagréable dont le produit commercial est souillé et qui est due à des combinaisons sulfurées (thiophène, mercaptans, sulfures alcooUques, etc.). Pour le purifier il suffit de l'agiter à plusieurs reprises avec de l'acide sulfurique concentré , de laver ensuite avec de l'eau et de dessécher sur du chlorure de calcium. On peut aussi abandonner pendant quelque temps le carbure avec 0.3 à 0.5 p. 100 de chlorure d'aluminium, d'agiter de temps à autre, de distiller le produit dans un ballon bien sec, de laver le liquide avec une solution de carbonate de soude et d'abandonner sur du cuivre métallique pour enlever des traces d'acide sulfhydrique qui aurait pu se former. Ce procédé, dont nous nous servons constamment, fournit un carbure absolument exempt de l'odeur caractéristique que possède le produit commercial.
Quant aux appareils à employer pour le traitement des plantes avec ce dissolvant , un des premiers en date est celui de M. L. Naudin. La distillation des solvants se fait en vase clos dans le vide et à très basse température. Il se trouve décrit dans la plupart des ouvrages classiques concernant l'extraction des parfums ainsi que dans les traités généraux de chimie ^^\
tO Bull. Soc, chim.,^Van8 [3] £i3 (1900) 555.— (*) Dictionnaire de Wurtz, 1" Supplément, t. I, p. 687.
Cet appareil a sans doute subi des modifications diverses depuis qu'il a été imaginé, et il est également probable que les industriels n'emploient pas tous indifféremment le même solvant.
Dans tous les cas, comme nous l'avons vu dans l'énumération que nous avons faite des différentes maisons qui ont exposé, on a réussi à extraire, soit le produit brut provenant de l'évaporation du liquide extracteur, produit concret qui, outre les constituants du parfum, renferme encore les matières cireuses et grasses que contiennent toutes les plantes ou parties de plantes, soit les matières odorantes elles-mêmes.
Huiles essentiélleB. — Pour donner une idée exacte des progrès réab'sés dans l'industrie des essences vers la fin du siècle dernier, il nous faudrait maintenant passer en revue l'ensemble des recherches d'ordre analytique dont ces produits ont été l'objet pendant cette période. Or, tous ces travaux ont eu pour but de déterminer la nature et la fonction des composants, parfois multiples, dont le mélange imprime à l'huile essentielle ses propriétés physiologiques et son parfum caractéristique. On est, en effet, loin aujourd'hui de l'idée simpliste, qu'on se faisait jadis, qu'une huile essentielle doit son odeur à la présence d'un seul et unique composé. Sans doute, les essences de badiane, d'anis, de gaultheria, de cannelle, de girofles, etc., doivent en majeure partie leur odeur, respectivement à l'anéthol, au saUcylate de méthyle, à l'aldéhyde benzoïque, à l'eugénol; mais ces derniers composés ne constituent que les principes dominants et chacun d'eux est parfois accompagné de tout un cortège de satellites qui n'existent qu'en petite quantité , mais dont la présence a pour effet de modifier et souvent d'atténuer, d'adoucir ce que la dominante a d'actif et de pénétrant.
Mais il existe aussi un grand nombre d'essences dont l'odeur résulte d'une union judicieuse d'un ensemble de composés, parmi lesquels on rencontre non seulement des parfums proprements dits, c'est-à-dire des corps que les hommes considèrent conununément comme tels, mais encore des matières à odeur extrêmement désagréable quand elles sont odorées à l'état pur. Il en est ainsi de l'indol, isolé en petites quantités de l'essence du jasmin, et qui, dans un état extrêmement dilué n'est, semble-t-il, pas préjudiciable au parfum du jasmin.
Sans vouloir faire une étude complète, voire même approchée, de tous les composés naturels et synthétiques qui sont employés en parfumerie, nous croyons cependant devoir donner un aperçu général de ces corps et insister principalement sur ceux qui jouent actuellement un rôle prépondérant dans l'industrie spéciale qui fait l'objet de ce chapitre.
La classification que nous adopterons est celle qui est basée sur la fonction, car nos connaissances dans le domaine des composés définis possédant une odeur sont encore trop restreintes pour qu'il soit possible de tirer une règle, même approchée, sur les rapports qui existent entre l'odeur d'un même corps et sa fonction et sa constitution. Deux substances de même composition et de même fonction , différant seulement entre elles parles positions relatives cpie, d'après nos théories actuelles, nous assignons
aux groupements fonctionnels dans la molécule, peuvent ne pas avoir la même odeur, ou peuvent Tune être un parfum et l'autre inodore. Il en est ainsi des ortho , meta et para oxybenzoates de méthyle, dont le premier, qui n'est autre chose que du salicylate de méthyle est un parfum constituant l'essence de gaultheria , tandis que les isomères n'en sont pas.