‹ Les infâmes! [microforme]Chapitre 5 sur 6 · ICE · texte numérisé non relu

ICE

Trève aux plaisanteries.

Citoyens de Montréal, une créature s'est cassée la jambe l’autre jour, rue St. Paul, par le mauvais état du trottoir. Ces accidents arrivent fréquemment : cela peut êtro votre tour demain.

Citoyens de Montréal, des cas de variole se déclarent, hélas ! bien souvent dans notre cité.

D'où proviennent généralement ces faits ?

De l'insalubrité de la ville, des rues, des cours intérieures, du manque de surveillance, d'égoûts pour écouler les eaux.

Voilà la vérité.

Et l'on ose faire un Pare sur la Montagne, on ose dépenser des

*ommes énormes, Coiossales pour le plaisir de l'œil, pour l'agréa-

al

ni

ra

ce

co

ble, lorsque l'état de la ville demande, au nom de la santé, de la sûreté publique, si impérieusement de grandes améliorations ?

Et c’est pour faire ce Parc que l'on a augmenté les taxes cette année, dans cette année rigoureuse et terrible pour tous !

Quoi ! nous sommes donc tous devuaus aveugles et stupides, pour nous laisser diriger ainsi, comme un troupeau de bétail, par les vingt sept voraces de la Corporation !

Il ne nous reste donc plus ni intelligence, ni sens, ni courage ni volonté !

Non, il n'en est pas ainsi, il ne peut'en être airsi. Nous en avons la preuve dans le faubourg de Québec.

Allez par là et vous entendrez, comme nous avons entendu :

«Non, non ! nous ne paierons pas l'augmentation des taxes ; « nous ne voulons pas les payer, nous ne les paierons pas ! »

Et ne croyez pas que ce ne soient que quelques individualités tapageuses qui s'expriment ainsi. Non, et nous ne craignons pas d'être démentis : c’est la majorité du faubourg de Québec, les femmes comme les hommes.

Ab ! il vous faut un surcroit de taxes, Messieurs de la Corporation, et le peuple n’a ni travail ni pain !

Il vous faut un surcroit de taxes dans cette année terrible, et cela pour faire un parc !..…

Arrière ! arrière ! crétins, misérables, infâmes !

Qu'avez-vous donc à la place d’entrailles, Messieurs les vingtsept ?

Qu’y a-t il donc dans vos cervaux ?...... Est-ce un grain de la pierre philosophale, par laque!'e vous auriez pouvoir de faire rendre gorge à tous les citoyens de tout ce qu'ils ot ?

Ah! prenez garde ! Tant va la cruche à l’eau qu’elle se brise, et vous pourriez bien un jou: être brisés comme des cruches,

comme vingt-sept cruches.

Au-dessus de la Corporation, il y a la justice, le Droit; ce n'est pas sans danger qu'une bande quelconque attaque ces deux grands principes sociaux.

Vous n'êtes que des atomes sans le vote qui vous a placé là pour régir consciencieusement les deniers publics ; le souffle populaire veut vous balayer dans un jour; on dirait que vous l'avez oublié.

Quant à nous, nous croirions ravaler notre caractère d'homme libre, de citoyen, si nous n'élevions pas la voix pour protester contre ces abus de pouvoir dont les Ediles Montréalais donnent le triste spectacle.

Quelqu'un a osé leur distribuer publiquement des louanges ; nous, moins hypocrites, nous leur offrons nos dédains et nos mépris.

Nous remeraions pourtant sincèrement le ciel qu’il n’y ait que vingt-sept membres dans la Corporation de Montréal, car si malheureusement il y en avait ie double, la ville serait vendue, archi-vendue, et ce serait les armes à la main que l’on viendrait chercher les piastres dans la poche des citoyens.

Il faut que le publie de Montréal ait commis un grand crime en nommant ses Ediles, puisque l'Egypte coupable n'eut que sept plaies, sept fléaux, et que nous nous en subissons vingt-sept |...

Et ces messieurs nous regardent avec compassion, ils ont des larmes de crocodiles |

La preuve, c'est qu’ils se sont lamentés sur les vitres cassées, et que leur douleur a été si grande, mais si grande, qu'au lieu de cinquante piastres de frais tout au plus, dans leur trouble, ils ont porté la somme à trois cents piastres !

Si de 50 ils trouvent moyen de faire 300, jugez ce qu'ils

doivent empocher dans une affaire comme celle du Parc |

su 10

On boit du champagne à la santé du public, et le publie se meurt de faim.

Infâmes, voleurs, lâches, bourreaux !

Crétins ! car le public voit tout, et il vous juge !.… P ) Jug

(À continuer)

Montréal, Août 1875.

Page 1