SG£M£ IX
ALBERT
Minuit bientôt; et vous vous étonnez sans doute de me trouver ici à cette heure , je vais vous dire le motif qui...
RAOUL
Le motif!... cst-ee que je vous le demande?... (Bruit de Toiture. — A part.) Une voiture, c’est ma femme; le voilà, le motif! il revient.
ALBERT, à part.
Mais ces maudits papiers, il faut pourtant... (a tu pour prendre
le chapeau de Raoul. 1
, Pardon, vous vous trompez... . .
ALBERT. ,
Vous croyez?...
, RAOUL, lui donnant son chapeau.
Tenez , voici le vôtre.
ALBERT
Merci ! (n remonte.) Partons-nous ?
RAOUL , à part.
Il veut m’emmener. ‘
ALBERT
Eh bien!... (Hourement de Raoul. — Regardant Raoul.) qu’CSt-CC •
que vous avez donc ?
RAOUL
Je ne sais , j'ai mal aux nerfs.
ALBERT
Venez... la musique vous calmera.
RAOUL, i part.
C’est d’une audace !
ALBERT
Ne venez-vous pas retrouver Léona?
RAOUL, qui se contient aree peine.
Léona ! (a part.) Voilà mon prétexte, car Blanche ne peut être mêlée à tout ceci.
,, ,, . ALBERT
Quelle diable de guerre faites-vous donc à votre gant ?
RAOUL
Dites-moi. Léona vous a aimé, n’est-ce pas?
ALBERT
Plaît-il?
' RAOUL
Oui... j’entends : bien aimé!... aimé exclusivement, enfin? j
ALBERT
Exclusivement! oh! non; elle aimait beaucoup aussi le point d’Alençon, les bonbons et les petits oiseaux.
RAOUL
Mais enfin, de votre temps, il n’y avait pas d’autre locataire que vous dans le cœur de Léona? " ' ,
L£s‘lNPlDiL£â.
ALBERT, riant.
Soit «jti’elle eût donne pour moi congé à toute la maison, ou que ses locataires l’cuSscnt quittée parce qu’elle avait voulu les augmenter... le fait est que le cœur était désert quand j’y suis descendu à mon retour d’Italie.
R.XOÜL.
Descendu... descendu... il semblerait qu’on débarque dans le cœur| de Léona comme a« Plat-d’Étain... c’est assez impertinent, cela, mon cousin.
ALBERT
Je fais comme vous, je Joue sur les mots... mais si cela vous contrarie, je les relire... (Mouvement de Raoul. — Riant.)Ah çà! à qui en avez-vous décidément?
RAOUL
A vous.
ALBERT. ■ '
A pro|K)S dequi? et de quoi? . .. ,
RAOUL. ■ '
A propos de Léona et de vos amours avec elle.
ALBERT
Vous plaisantez!
’ . - RAOUL
Pas du tout. Je sais que Léona vous a aimé , et cette' pensée m’est insupportable.
ALBERT
J'en suis désolé. Mais Je ne puis faire cependant que le passé n’ait pas existé. ' ' '
■ RAOUL. ■'
Assurément; mais eniin il me déplaît qué Cë passé existé.
ALBERT
Et puis? OÙ voulez-vous en venir? " ' '
RAOUL
Je voudrais que Léona ne vous eût pas aimé avant....
ALBERT, riant.
Avant de vous aimer vous-même?... et avez-vous un moyen pour cela? : ' ‘ '
RAOUL
Non , mais je vous répète que cette pensée ra^est insupportable. • ,
ALBERT
Encore !... Ah! mais prenez garde, Raoul. Cette persistance me forait croire que c'est une querelle que vous me cîierchez, et franchement ce serait comique si vous vous battiez avec tous ceux' qui vous ont précédé. Vous aurez déjà bien assez à faire avec ceux qui vous suivront.
RAOUL
C'est possible ; mais cette pensée m’est insupportaule, je ne peux pas vous dire autrement.