SCÈNE I
DUBOIS, raillant.
Ah! oui, à deur pas, place Vendôme, c’est une occasion; et si Monsieur rentre...
HÉLÈNE
Oh! le bon apôtre, comme s’il ne savait pas bien que Monsieur ne rentrera pas de sitôt.
DUBOIS
Je n’en sais rien du tout, le diable m’emporte!
HÉLÈNE
Vous ne savez pas où il est, n’est-ce pas?
DUBOIS
Non.
HÉLÈNE
Voulez-vous que je vous le dise?
DUBOIS
Vous me ferez plaisir.
HÉLÈNE
Oui, n’est-ce pas, ça vous amuserait de me faire poser.
DUBOIS
Oh ! je la connais, celle-là ; vous ne savez rien du tout.
HÉLÈNE
Vraiment? Voulez-vous que je vous dise l’emploi de votre semaine, jour par jour.
Voyons!
HÉLÈNE
A partir de mardi dernier.
DUBOIS
Allez...
HÊLENE.
Mardi, à deux heures, vous étiez chez Constantin, le marchand de fleurs, rue Louis le Grand.
DUBOIS
C’est historique.
HÉLÈNE
A deux heures et demie, vous en sortiez, accompagné d’un homme portant une jardinière en bois de rose avec incrustations de vieux Sèvres.
DUBOIS
Oh! oh! voilà des délails.
HÉLÈNE
Mercredi soir, vous entriez chez Duvelleroy l'évenlailliste, passage des Panoramas, et hier, enfin, vers quatre heures, vous vous trouviez dans les ateliers d’Erler, le carrossier, rue de Ponthieu. Eh bien?
Eh bien?
Suis- je bien informée?
HÉLÉNE.
LES JimSÉLES.
DDBOIS.
, Pas mal,
HKI,ÈNE. , . ,,
Effronté !
I DUBOIS., ,
Qui est-ce qui vous a dit ça?
HÉLÉ.NF,,
Mon petit doigt. ^ • o -
DUBOIS
Eh bien ! je l’engagerai à ne pas le dire à voire pouse.
HÉLENK.
C’est-à-dire que si je parlais?...
DUBOISj
Madame ne vous croirait pas, et Monsieur vous mettrait à la porte.
HÉLÈNE
Ça me serait bien égal, Croyez*vous que je ne gagnerais pas autant ailleurs? • '•
Parddnnci'tooi , je crois même que vous pourriez gagner davantage, attendu que votre maltresse est la vertu même, et qu’il n’y a pas de profits avec elle; ce dont vous enragez du fond du cœur...
HÉLÉaB. ^
Qu’est-ce à dire?...
DUBOISi
C’est-à-dire que dans la maison où il y à' ütie vertu fragile, c’est aux domestiques que l’on paie la casse, et qu’il n’y a pas de casse ici pour vous.
Hélène. .,
Cë'n’est pas êaùitfic pour Vous alors... '
bt'BOié.
Peut-être bien.
HÉLÈNE
Comme c’est joli un homme de quarante ans qui a un amour dé femme de vingt-cinq ans cl qui la trompe encore.
DUBOIS
Bon petit cœur! comme ça vous serait bien égal que Monsieur passât dans le camp des infidèles, si Madame suivait Monsijyur dans ce camp-là. ,
HÉLÈNE. ■ |-
,, Ainsi vous convenez... '
DUBOIS
Je ne conviens de rien, je ne sais rien, je dis seulement que, si M. Albert d’Orly, le cousin de madame la comtesse de Sidiane, vous glissait un beau jour dans la main un louis bien brillant et un billet bien parfumé, vous remettriez bien fidèlement l’un et garderiez scrupuleusement l’autre,,. . i. <
Quelle horreur !
ABins lit'
rAléué.
DUflOIS.
Du reste, il n’y a pas de dan^rj car pôùf M. Albert d’Orly, tout apprenti diplomate qu’il soit...
rAlè.nb.
Il est trop bète.
DÜBOI9.
Voilà un cri du cœur. ' ■
HÉLÈNE, se prenant.
’’ Madame est tt-op vertueuse. - ‘ “ < • •
DüBOlS *.
• Lé fait est qué c'est désolant; fu en.) ' ■
HÉLÈNE, frappant du pied
Oui, je suis indignée, c’est vrai/ on n’a pas moins de chance que moi. J'ai été déjà dans cinq maisons et jè tombe toujours sur des dragons de vertu , sur des maîtresses qui n'ont pas la plus petite chose à se reprocher. J’ai beau chercher, fouiller, écouter, fureter, rien de rien; jaiimis le plus petit secret, l’intrigue même la plus innocente. " 1 11 . .
DUBOIS, riint.
11 y a pourtant quelques femmes qui en ont, mais voua ave la main malhenreuse , voilà tout.
• ' HÉLÈNE, furieuse. ‘ '
Ne m’irritez pas, vous ! (EIIc prend une alliétte.) I
DUBOIS, lui reprensnt l’assiette.
Ohl retenez-vous, cetÈe casse-là ne rapporte pas, au contraire; mais chut ! voici Madame. '