I.ISE. Aujourd'hui Jean Leblanc
CVPR1EN. Et c’est bien ici qu’elle demeure ?
USE. Oui , c’est bien ici qu’elle demeurait.... mais depuis un an...
CYPUIEN. Eli bien ! depuis un an?...
lise , tristement. Elle n’est plus avec nous... c’est là-bas , au bout du village...
auprès de l’église... Vous savez... où il a une croix.
CYPhien. Quoi ! elle serait...
lise. Morte !...
lypriey. Morte !...
lise. Nous l’avons bien pleurée. .. moi surtout!... Elle était si bonne!... elle m’aimait tant!... Aussi, tous les jours , je vais m 'agenouiller devant son dernier asile , pour prier le ciel de lui donner làhaul un bonheur qu’elle n’a jamais pu trouver ici -bas... car, tant que ma pauvre mère a vécu , elle a conservé un chagrin secret... dont je ne puis encore comprendre le motif.
c.ypuiey , a /'art. Pauvre Lisette ! moi je le comprends.
Am f/e r Angélus Je ne 1* verrai plus, lirhis!
Ailieu, ma ilcrnière e.péranre!
AU! loin it’r.lle «Ion* le* combats,
J'aurais il à mourir pour la France !
( Prenant h main de Lise.)
Chaque loir, aveç vous, je veux,
Sur sa tombe , rn ami fidèle,
M'agpimuillcr... car c'esi nous deux Qui île Vu us prier Dieu pour elle.
LISE, trouhUe. Yous l’avez donc aimée aussi , vous ?
Cypriea. Oh! oui, morbleu! Personne,
,e crois , ne l’a jamais tant aimée que moi.
lise. Mais qui donc êtes-vous ? cypricv. Son meilleur ami ; car je lui dus auUefois la liberté , l'honneur et la vie.
lise. 01. ! cela ne m'étonne pas ; elle était si obligeante , si généreuse !
o.ypriey , à part. Oui... trop peut-être!
Mais, silence, Gyprien... sa mémoire doit rester pure, comme le fut son cœur!.. Et |
dire que jamais je ne pourrai la revoir !...
qu’elle n'existe plus !
LISE, s'approchant Je lui aoec intérêt.
Eli bien ! qu'avez-vous donc ? vous pleurez ?
CYPRIEN , essuyant ses larmes Mais , non... je la reverrai... elle existe encore j car la voilà telle qu’elle était à vingt ans, telle que je la vis autrefois , quand, par ordre de ma vieille tante, je traversais ce village pour aller me faire bénédictin....
{Lise fait un muiwement.) Oui, mon enfant, sans elle je serais curé ; je ferais des serinons, je chanterais matines, au lieu de chanter des refrains de soldats... Mais ne parlons plus de ça... Tout ce que je vous demande , à vous , jeune fille , c'est de m’accorder un peu de l’amitié que votre nicre eut pour moi.
lise. Oh ! je vous le promets ; car je ne sais... mais ce que vous m’avez dit sur ma mire... ces larmes que j’ai vu couler de vos yeux... tout ça a déjà fait naître dans mon cœur cette confiance , cette amitié que vous me demandez.
CYPniBN. Merci ; ça me fait plaisir...
parce que, maintenant , je n’ai plus que vous à aimer... Je me figurerai que c’est Lisette , et cette illusion-là me donnera quelques beaux jours de plus .. Vous lui ressemblez tant !
lise. C’est vrai que maman me répétait toujours que je lui ressemblais sous tous les rapports, etjecrois qu’elleavait raison.
Air : Lise chantait dans la prairie.
On me dît légère et roquette ; r/cll possihf , je l’.tuisun p'lit brin...
Mais l'prenib souvent sur ms toilette,
Pour rendr* service A mon prochain.
J'pav’ l’c'cole à la p’lit Fane nette,
L’tabac ilu père Mathurin,
Kt j'mêti’ prom’ner la vieill' Babette.
CtPMr.s , attendri.
Voilà bien, voilà bien le cœur Je Lisette.