‹ Les influences ancestralesChapitre 1 sur 50 · A EMILE LACOUR · texte numérisé non relu

A EMILE LACOUR

l'UOlKSSECIl A LA lAClI.TÉ DES SCIE>CKS I)K HE^^ES

Cher maître et ami,

A l'heure OH paraîtra ce volume, il y aura riiujt ans que s'inauiiurait le lycée Janson de Sailly. feus le bonheur d'y suivre voire cours et je me rappelle encore certains étonnements que me fit éprouver votre manière de concevoir Vensei- (jnement des mathématiques spéciales.

Vous commençâtes par nous démontrer l'origine expérimentale de la numération et de l'addition, et, provincial avide de merveilles, je trouvai cela bien terre à terre pour un « lycée de Paris »; à mon avis, la supériorité du « taupin » sur les autres élèves, venait surtout de ce quon lui apprend des choses mystérieuses, inaccessibles au bon sens des simples rhétoriciens; je fus donc vivement déçu...

Plus tard, ii propos de Vinfinimeul (jrand et de l'infiniment petit, notions que mon jeune cerveau de métaphysicien trouvait parfaitement claires, vous vous donnâtes beaucoup de mat pour nous enseigner une nouvelle manière de parler, absolument rigoureuse et ne lai.saant prisé à aucune équivoque.

.le constatai ■d'ailleurs. Vannée suivante, le même souci philosophique, dans les leçons de Jules Tanner y, à l'École Sormale, et je pense que ce langage impeccable s'est généralisé depuis dans l'enseignement secondaire.

Vous revîntes ii la charge, avec une insistance que je déplorai, quand il fut question de la continuité, de la convergence des séries, de la définition des dérivées, etc.. Quelque temps

apr(''s,vous nous fi tes saisir les conventions hUiitinies qui S3 cachent derrière la théorie des imaginaires, et je dus renoncer a voir en rêve les points cycliques de V Infini!

A un âge ou Von est encore curable, vous m'avez guéri de la métaphysique héréditaire, vous m'avez appris à redouter l'emploi des mois qui ne sont pas parfaitement définis, et à prendre toujours comme point de départ les éléments mesurables des choses. Enfin, secret auquel bien peu furent réellement initiés, vous m'avez fait toucher du doigt ladifférence qu'il faut établir, dans l'étude de toutes les questions, entre le point de vue scientifique et le point de vue humain.

De vos leçons, peut-être insuffisamment appréciées par mon intelligence de quinze ans, j'ai conservé cependant une empreinte indélébile, et maintenant que je prétends avoir trouvé, dans la lixation des caractères acquis par l'expérience ancestrale, l'origine des croyances absolues contre quelques-unes desquelles vous m'avez mis en garde, vousdecez accepter en pur'.ie la responsabilité d'un livre que beaucoup, inéme parmi les libres penseurs, trouveront trop librement pensé, et oit je me suis simplement efforcé, ainsi que vous me l'avez appris il y a vingt ans, de me soumettre sans réserve aux règles salutaires de la méthode scientifique.

'l'y plad en Pleuniour-Bodoii. '2 septembre 1904.

FÉi.ix LE DANTEC.

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