‹ Les infractions aux lois & conventions de la guerre commises par les ennemis de la Serbie depuis la retraite Serbe de 1915. Résumé de l'enquête exécutée sur le front de MacédoineChapitre 1 sur 28 · Les infractions aux lois & conventions de la guerre commises par les ennemis de la Serbie depuis la retraite Serbe de 1915. Résumé de l'enquête exécutée sur le front de Macédoine · texte numérisé non relu

Les infractions aux lois & conventions de la guerre commises par les ennemis de la Serbie depuis la retraite Serbe de 1915. Résumé de l'enquête exécutée sur le front de Macédoine

J'avais été chargé par le gouvernement serbe, en automne 1914, d'étudier sur place les atrocités commises par l'es Austro-Hongrois lors de leur première invasion en Serbie, en août et septembre 1914. Le rapport que j'ai dressé de mes constatations fut publié par le gouvernement en langue anglaise, sous le titre : « Austro-Hungarian Atrocities Report ». Ce rapport est suffisamment connu et je ne reviendrai pas sur son contenu.

Le présent travail est un résumé de l'enquête que j'ai menée, après invitation du même gouvernement, sur le front macédono-serbe depuis septembre 1916, c'est-à-dire à peu près depuis la reprise des hostilités par l'armée serbe reconstituée à Corfou et à Salonique après la douloureuse retraite d'Albanie. Pour pouvoir me rendre compte de la façon d'agir des ennemis des Serbes, j'ai suivi l'armée du vieux roi Pierre pendant les combats et je suis entré avec elle dans les villages et la ville délivrés par la bravoure des soldats serbes et de leurs alliés.

J'ai interrogé immédiatement les quelques habitants qui n'ont pas voulu abandonner leurs pauvres demeures malgré le danger de mort qu'il y avait pour eux.

Ainsi, j'ai pu connaître la vérité sans qu'elle ait été déformée par l'excitation de gens qui causent de leurs malheurs entre eux. D'autre part, j'ai évité aussi de cette

façon, au moins partiellement, les réticences qui, dans une longue guerre comme celle que nous subissons, sont inévitables par le fait que les habitants, ne connaissant pas encore le vainqueur définitif, ne veulent pas se mettre mal avec celui qui vient d'être chassé et qui peut revenir. Les Macédoniens, ayant subi de longs siècles d'oppression, sont tout spécialement enclins aux réticences. Comme j'ai pu les interroger aussitôt après leur libération d'un joug qu'ils ont trouvé insupportable, ils se sont départis de leur ancienne habitude de prudence extrême et ils ont raconté franchement ce qui s'était passé. Cependant tous mes témoins n'ont pas spontanément conté ce qu'ils ont souffert. Leurs dépositions, pleines d'omissions voulues, ont été complétées par d'autres témoins, moins prudents ou moins peureux. Confrontés avec ces derniers, ils ont bien été forcés d'avouer qu'ils avaient « oublié de rapporter » ces faits.

11 ne faut pas négliger non plus le fait que la grande majorité de mes témoins étaient des paysans et que les paysans de tous les pays sont connus pour leur prudence dans leurs dépositions devant les autorités, prudence qui est souvent poussée jusqu'à la cachotterie. Est-il étonnant alors que les paysans macédoniens, qui ont encore beaucoup plus de raisons d'être sur leurs gardes que les autres, n'aient pas toujours dit tout ce qui pouvait les compromettre aux yeux des Bulgares, de la défaite définitive desquels ils ne sont pas encore certains?

Il est possible que je n'aie pas toujours pu savoir toute la vérité, précisément par suite de la peur qu'ont les gens de se compromettre vis-à-vis d'un ennemi qui peut revenir et redevenir le maître du pays. Les Macédoniens sont payés pour savoir ce qu'il en coûte d'avoir été l'ami des adversaires des Bulgares! Toutefois, j'ai cherché à éviter dans la mesure du possible cet inconvénient en interrogeant séparément autant de témoins que j'en trouvais. La comparaison des dépositions et, en cas de besoin, la confrontation des témoins m'ont fourni la -possibilité d'établir l'exactitude des renseignements obtenus. D'ailleurs, la peur même qu'ont les paysans de se compromettre aux

yeux des Bulgares est un garant que les renseignements fournis peuvent être au-dessous de la réalité mais ne sont sûrement pas exagérés.

Chaque fois que cela était possible, j'ai contrôlé par une inspection sur les lieux les faits avancés par mes témoins. J ai ainsi vérifié personnellement des traces de pillage, des marques provoquées par les mauvais traitements sur les corps des victimes, la présence des tombes des massacrés, etc.

Lorsque je le pouvais, je n'ai jamais manqué d'interroger aussi les habitants connus par leur attachement à la cause bulgare lors de la domination turque ou pendant le régime serbe. Il est vrai que le nombre de ces anciens bulgarisants était relativement très petit, car tous ceux qui se jugeaient trop compromis par leur attitude, sont partis avec l'armée bulgare. Les autres, ayant maintenant goûté du régime bulgare, ne veulent plus en entendre parler.

En dehors des témoins civils de la partie de la Macédoine serbe qui est aujourd'hui libérée, x'ai procédé aussi à l'interrogatoire de nombreux témoins militaires^: prisonniers de guerre bulgares et allemands et soldats serbes évadés de la Serbie envahie ou de la captivité. Ceux-ci m'ont aussi mis au courant de ce qui se passe dans les pays serbes qui sont encore aujourd'hui aux mains des adversaires de 1 Entente. Il va sans dire que je ne pouvais pas vérifier personnellement les faits concernant ces contrées et rapportés par eux. Je me suis cependant efforcé de constater leur réalité par la comparaison des divers témoignages faits indépendamment les uns des autres. Les faits que je rapporterai dans ce résumé d'enquête sont contrôlés de cette façon et ont été reconnus authentiques.

En ce qui concerne le bombardement de villes ouvertes, celui des formations sanitaires, etc., défendu par les lois et les conventions de la guerre, les faits rapportés dans ce travail ont tous été constatés par moi personnellement. Pour pouvoir les constater je me suis rendu dans les villes, etc., bombardées et j'y ai procédé à une enquête aussi approfondie que possible et en utilisant tous les moyens d'investigation à ma disposition. Ainsi pour

savoir si, à une certaine hauteur, on pouvait distinguer les croix indicatrices d'une formation sanitaire j'ai utilisé un aéoplane, pour étudier raction des gaz asphyxiants je me suis rendu aux endroits où étaient jetés les engins contenant ces gaz, etc.

J'ai divisé le présent résumé en deux parties. La première consacrée à mon enquête à propos des infractions aux lois et conventions de la guerre commises par les adversaires des Serbes et de leurs Alliés sur le front macédono-serbe ; la seconde renfermant celle qui a trait aux infractions commises en Serbie encore envahie. La première partie contient tous les témoignages [que j'ai recueillis sur le territoire aujourd'hui libéré, augmentés de mes observations personnelles et d'un certain nombre de documents provenant de l'Etat-Major serbe et des Ministères serbes de la Guerre et de l'Intérieur. La seconde partie est formée par des témoignages contrôlés par leur concordance et produits ou bien devant moi, ou bien devant les autorités serbes compétentes. Elle se base également sur des documents authentiques provenant de l'ennemi et tombés entre nos mains.

Toutefois il n'a pas été possible de procéder à une séparation stricte de l'enquête concernant la petite partie de la Serbie libérée à l'heure actuelle, de celle relative à la Serbie encore envahie. Beaucoup de sujets se confondent à un tel point qu'il était impossible de les traiter séparément.

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