LES INCIDENTS DUS AUX INJECTIONS
Les injections d'alcool, si elles n’ont provoqué aucun accident mortel, ont été la cause, au début de leur emploi, d'accidents sérieux.
1° Incidents généraux.
LES ICTÈRES. — Thursz, partisan des doses massives, signala des cas d’ictère; Landau, après lui, employant les mêmes doses (100 cc. d’alecol à 33 %) observa également un cas d’ictère.
LA TUBERCULOSE. — Le professeur Rathery a attribué à ce traitement le développement d’une tuberaulose pulmonaire. L'alcool congestionne en effet le parenchyme du poumon et peut réveiller une tuberculose latente, mais nous verrons plus loin que lalcool a été employé avec succès contre la bacillose,
LE SHoCK. — Landau signala un autre genre d'incident : le shock. Trois ou quatre heures après l'injection, le sujet est pris de frissons, il ressent une sensation de froid, d’affaiblissement et il transpire abondamment. Cette crise dure peu : 30 minutes environ, elle est bientôt suivie d’une sensation de bien-être due à l'injection.
On n’observe ce phénomène de shock que pour des doses supérieures à 100 em° ou bien quand le taux de glucose est
POESAEE
; 1 à re. ‘ A Aie f À 1lico CS inférieur à 40 %, c’est-à-dire chaque fois qu'on utilise des
solutions non isotoniques.
L’ALCOOLISME AIGU. — L’alcoolisme aigu, caractérisé par des phénomènes congestifs, de la rougeur de la face, des sueurs et um état d’euphorie, ne s’observe plus maintenant depuis l'emploi de doses réduites, ou bien moins prononcé
il passe inaperçu.
LA GLYCOSURIE, — Burnand a signalé un cas de glycosurie consécutif à une série d’injections intra-veineuses d’alcool dans une broncho-pneumonie gangréneuse.
ELÉVATION DE LA TEMPÉRATURE. — Très fréquemment les injections d'alcool sont suivies d’un clocher fébrile et cela chez 60 % des malades, la température baisse ensuite.
2° Incidents locaux.
A côté de ces incidents généraux, on rencontre des incidents locaux immédiats ou tardifs : immédiats ils sont représentés par l’impossibilité de la ponction veineuse, par les fausses routes et la douleur — tfardifs par la sclérose veineuse suivie où non de thrombose.
a) Immédiats. L’impossibilité de la ponction veineuse, incident banal, se rencontre chez les sujets gras, surtout chez les femmes dont les veines sont peu apparentes.
Les fausses routes se traduisent par l’arrêt de l’écoulement sanguin au moment où l'aiguille traverse la paroi postérieure de la veine, elles peuvent entraîner la forma- Üon d'un hématome ou bien si la solution alcoolique a été injectée dans le tissu péri-veineux d'une tumeur légèrement douloureuse,
LA DOULEUR. —— La douleur est instantanée, son maximum d'intensité suit immédiatement l'injection, elle revêt
l'allure d’une brûlure ou d’une chaleur euisante partant du pli du coude et irradiant vers la racine du bras en suivant le trajet de la veine.
Cette douleur dure peu, cependant M. Manceaux d'Alger a relaté ‘un cas où elle a persisté pendant six mois et fut très pénible pour le malade, empêchant même les mouvements et s’'irradiant au loin, entre les épaules dans le dos et vers Les lombes.
Ces douleurs revêtaient la forme de crises paroxystiques surtout nocturnes se greffant sur un fond douloureux. Les mouvements de lépaule ne redevinrent jamais parfaits. Un incident aussi grave serait une contre-indication de la méthode mais il est très rare qu’il atteigne une telle intensité, peut-être est-ce une question de susceptibilité individuelle. Le plus souvent, sa durée n’excède pas 24 heures. La douleur s'accompagna de périphlébite et d’œdème dans un autre cas.
Il faut savoir qu’on ne peut léviter complétement et que peu prononcée elle ne doit pas faire interrompre le traitement.
b) Incidents locaux tardifs. LA SCLÉROSE, — La sclérose veineuse est un incident inévitable si on ne fait que des
injections intra-veineuses et toujours au même endroit. Elle peut se produire après trois ou quatre piqûres seulement, parfois au bout d’un plus grand nombre. Cette sclérose est due à l’action irritante de lalcoo!l sur lendoveine, elle s'étend sur une longueur de 3 à 4 em. et elle est d'autant plus précoce que la solution est plus forte. Incident sans gravité, elle n’est pas définitive, elle dure pendant deux ou trois semaines en moyenne et elle gêne
alors les injections ultérieures.
LA THROMBOSE. -— La thrombhose est consécutive, elle aussi, à l’action irritante de l'alcool sur la paroi interne du vaisseau injecté, elle se manifeste par un gonflement dou-
loureux. Deux cas de thrombose ont été signalés, un décrit par Hamburger et Guérin, Pautre par Vernejoul, Audier et Picaud à la troisième injection intra-veineuse d'alcool pour une congestion pulmonaire post-opératoire. Elle dura plus d’un mois, il subsista des séquelles vaso-motrices, Les auteurs qui l'ont observé attribuent cet incident non pas à l’action irritante de l’alcool à 33 % mais à une infection sanguine et ils concluent qu’il faut éviter le plus possible les injections intra-veineuses d'alcool lorsqu'il existe (un foyer d'infection capable de donner une bactériémie passagère où même un état septicémique latent.
On n’a jamais relevé de cas d’embolie.
Comment éviter ces incidents. —— Le shock serait dû à la différence de tension superficielle existant entre la solution injectable et le plasma sanguin, cette différence entrainant une hémolyse partielle.
Pour l’éviter, il suffit d'employer une solution isotonique, c’est-à-dire une concentration suffisante de glucose ; à partir de 40 % de glucose il ne se produit plus. Cette solution a l'inconvénient d’être très sirupeuse ce qui rend nécessaire l'emploi d'une forte aiguille pour pousser Pinjection.
Il est facile d'éviter la sclérose, si l’on en croit Gürfinkiel, en se servant d’une solution isotonique à base de thiocol. Un gramme de thiocol remplace dix grammes de glucose. Gürfinkiel prescrit :
A ICO AaROP ETES ES 33 Cm° (GIHCOSC DUT ESS PENRRE 30 gr.
TRIOCOL DUT IEEE ANR ER 1 gr. 60 Eau distillée q. s. p. . ....... 100 cc.
Cette solution est plus fluide que la solution à 40 % de glucose, elle agit en outre grâce au thiocol comme antiseptique pulmonaire direct et n'irrite pas l’endoveine, mais une solution légère à 20 % d’alcool seulement peut la
remplacer avantageusement. Il est recommandé aussi dans les cas chroniques où ïil est nécessaire de faire de nombreuses injections, d’injecter en descendant peu à peu du pli du coude vers le poignet, d'alterner bras droit et bras gauche. Enfin si l’on constate, en dépit de ces précautions, un début de sclérose on peut injecter lalcool par voie intra-musculaire ou sous-cutanée.
L’ictère, bien qu'il ne se rencontre plus actuellement depuis l'emploi de solutions à 20 % d’alcoo!l et des faibles doses, sera prévenu chez les insuffisants hépatiques par les injections sous-cutanées d'insuline.
En résumé, on voit que les incidents dus aux injections n’atteignent que rarement un certain caractère de gravité. ils peuvent être évités ou :!ténués par un choix judicieux de la concentration de la solution et grâce à une technique sûre facile à acquérir.