I. — DESCRIPTION ET BIOLOGIE
Malgré le nombre d'auteurs qui ont parlé de l1 Anomala vitis, personne, avant nous, n'a décrit ses métamorphoses. Il y a lieu de s'en étonner, car la larve abonde dans les nombreuses localités sablonneuses où se trouve l'insecte parfait, et sa taille ne lui permet guère d'échapper aux recberebes.
Elle vit dans le sable bumide, à 15 ou 20 cent, de profondeur au pied des plantes qui y croissent, mangeant de préférence les racines des graminées, mais s'accommodant parfaitement de celles de la vigne. Le défriebement récent de la plus grande partie de nos dunes maritimes semble avoir augmenté plutôt que diminué la fréquence de l'insecte.
Cette larve, à part la taille, qui est des deux tiers plus petite, a les plus grands rapports avec celle du banneton commun (fig. 79). Le corps blauc, couvert de poils blonds, peu serrés, a la même forme allongée, semicylindrique, fortement courbée en arc à l'état de repos. Y compris la tète, il est composé de quatorze segments. La tête, d'un roux jaune plus clair, est plus petite en proportion, surtout plus étroite; Yèpistome et le labre plus allongés; les mandibules ne sont rembrunies que dans leur moitié antérieure. Les pattes sont à peu près dans les mômes proportions que clic/, le ver blancdu banneton ; mais les tarses, beaucoup moins dilatés, plus cepeudant que cbez les pentodons et les cétoines, sont terminés par des ongles pointus relativement plus grands, bien visibles aux six pattes. Outre les poils blonds dont il a été parlé, la partie dorsale de l'abdomen, composé de dix anneaux, est garnie, du deuxième au sixième, d'une large rangée «le poils très courts, spiniformes, produisant sous le doigt l'effet d'une lime; les septième, huitième et neuvième anneaux glabres; le dixième ou dernier, aussi grand que les onzième et douzième réunis, garni à L'extrémité, en dessus de poils soyeux dirigés en arrière, et en dessous, comme die/, le banneton, de poils raides, courts, recourbés en crochets. Il y a également en dessous, comme cbez le ver blanc du banneton, deux rangées de spinules ; mais elles sont de forme et de disposition différentes, et, pour donner une idée exacte de ce caractère distinctif, nous préférons renvoyer
à la description comparative que l'on trouvera plus loin à propos de la larve du hanneton commun.
Vers la fin de mars, la larve, qui parait vivre un an et demi, se creuse dans le sable une loge dont elle durcit les parois au moyen d'un liquide, salive ou suc gastrique, rendu par la bouche et gâché avec du sable au moyens des pattes. La nymphose a lieu vers le milieu de mai. Pour cette métamorphose, notre larve présente une particularité curieuse qui n'a été signalée chez aucune larve de Lamellicornes. Au lieu de faire glisser vers la partie postérieure de son corps la peau qui s'en détache pour laisser apparaître la nymphe, celle-ci reste dans celte peau flétrie, qui, ouverte étroitement d'un côté seulement, comme chez les Dcrmestides, l'enveloppe ainsi que ferait un cercueil. Il en est de même chez VAnomala œnca, dont nous parlerons plus loin, et, observation que nous n'avons pas encore publiée, il en est de même aussi chez un genre voisin des Anomala, les Anisoplia, insectes nuisibles aux céréales. Certaines larves (VAnomala ne se métamorphosent pas au printemps. Elles passent à l'état de nymphe en août seulement, sont insectes parfaits en septembie et ne paraîtront hors de terre que l'année suivante. C'est la réserve destinée par la nature à perpétuer la race, en cas de destruction totale des insectes parfaits de la génération éclose en juin. Ces insectes d'automne, qui auront vécu près de dix mois sur leurs réserves graisseuses, se confondront l'année suivante avec les insectes de printemps1.
La nymphe est blanche, des deux tiers plus petite que celle du hanneton commun, relativement longue par rapport à l'insecte parfait. Elle en montre toutes les parties sous sa cuticule translucide. Le corps est un peu arqué, avec un sillon dorsal bien visible sur le thorax et l'abdomen, les trois derniers segments de celui-ci longitudinalement ridés, le dernier segment bilobé, mais les lobes non terminés par les appendices pointus avec une épine brune recourbée au bout qui caractérisent la nymphe du hanneton commun. Cet appareil, destiné à faciliter les mouvements dans la loge, est remplacé, chez notre espèce, par des poils ras et serrés qui font paraître l'extrémité du dernier segment comme veloutée.
Fin juin, parait l'insecte parfait. C'est un joli mélolonthide d'un vert métallique brillant, long de 12 à 17 millim., large de 7 à 10, au corps un
1 Comme pour les Pcntodon, ces diverses observations ont été faites sur des larves enfermées dans des bocaux de verre remplis de sable à la surface duquel de l'avoine était semée. En n'opérant que sur la moitié de Ju suriace du bocal et en n'ensemençant que quinza jours après l'autre moitié, qui vient ainsi alterner avec la première, les larves ont en permanence des racines fraîches à manger.
peu ovale, avec les antennes, le bord externe du prothorax, et ordinairement celui des élytres, roux. Tête, prothorax et écusson densementet finement ponctués. Élytres convexes, deux fois plus longues que le prothorax, moins densement ponctuées, à sept ou huit stries distinctes, La deuxième bordant le côté externe du calus ou proéminence postérieure. Dessous du corps d'un vert bronzé, garni de poils, sauf sous la partie ventrale qui est presque glabre. Comme teinte, cette dernière est souvent d'un brouzé violacé. Pattes robustes, de même couleur que le corps, avec un des ongles des pieds antérieurs bifurques, la base et le bord antérieur des cuis postérieures jaunes.
Parfois la couleur vert métallique des élytres, peut-être die/ un individu sur cent, tourne au vert doré ou Qavescent; parfois elle vire au bleu ; on trouve même des individus entièrement bleus, un sur mille environ; parfois enfin la teinte est d'un vert violacé vineux et même entièrement vineuse, ce qui est toutefois très rare.
Ces diverses variétés ont été observées par nous aux environs de Montpellier, d'Aiguesmortes et de Cette. Les exemplaires reçus de Grèce sont d'un vert métallique foncé ; la bordure jaune du prothorax est très étroite , celle des élytres et du devant des cuisses nulle, le dessous de la tète et du thorax très peu velu. Chez les individus qui nous viennent d'Alger et de Tunis, la teinte est normale, mais le corps est relativement allongé ; la bordure jaune des élytres parfois nulle, les poils du sternum également rares. Si jamais notre espèce est réunie avec la suivante, les individus d'Orient et de la côte barbaresque pourront servir de trait d'union. En France, les deux formes sont toujours faciles à séparer. D'après la Monotjraphie des Lamellicornes deMulsant (187 1), VA wmala vitis est toujours distincte de VA. senea par ses antennes entièrement fauves, la bordure jaune de son prothorax, les poils touffus de son sternum, la forme de ses élytres non parallèles, toujours un peu élargies dans le milieu, légèremenl rugueuses et à stries moins distinctes; sa taille enfin est d'habitude plus grande.
L'insecte, avons-nous dit, parait fin juin. Parfois sa sortie du sol est retardée jusqu'aux premiers jours de juillet, mais elle dure toujours très peu, quinze jours au plus. Pendant ce temps-la, VAnomala se jette avec tant de voracité sur les pampres de la vigne, broutant les feuilles et les sarments verts, qu'elle arrive, notamment sur notre littoral méditerranéen, aux environs d'Aiguesmortes, à faire, certaines années, d sérieux.
Les feuilles sont comme lacérées par la grêle.
Le soir, au crépuscule, nos insectes volent par milliers, tourbillonn u I dans l'air en valses folles. Ils s'abattent en grand nombre sur certai
points et par centaines parfois sur une même souche. Puis, s'écartant circulairement de leur centre d'attaque, les bandes affamées forment au milieu des vignes des taches d'huile faciles à apercevoir au loin, d'un point élevé, tel que les remparts d'Aiguesmortes.
L'accouplement opéré, vers le milieu de juillet, brusquement, l'insecte disparait. Les mâles meurent et les femelles s'enfoncent dans le sable pour y pondre une trentaine d'œufs arrondis, légèrement allongés, quiécloront première quinzaine d'août.
LSAnomala vilis est signalée de France, d'Espagne, d'Italie, de Grèce, de Hongrie, d'Autricbe ; nous l'avons reçue de Tunis et d'Alger. Elle se trouve donc dans toute la région de l'olivier, principalement sur le littoral ; mais elle s'écarte un peu de ces limites .
D'après Mulsant, elle remonte la vallée du Rhône jusqu'à Lyon ; on la trouve dans le Tyrol d'après M. Von Heyden, en Hongrie d'après M. Horvath. En Italie, les vignobles plantés dans les cendres du Vésuve ont beaucoup à en souffrir, d'après MM. Jatta et Savastano. Les points les plus éloignés delà mer signalés par M. Targioni sont: Vérone, Côme, Alexandrie, Avellino et Sassari dans l'île de Sardaigne. L'insecte abonde à Montpellier dans les terrains sablonneux des environs de la ville (sables tertiaires de Montpellier), à 12 ou 15 kilom. de la mer. Nous l'avons reçu aussi, comme nuisant à la vigne, de l'intérieur du département, de Lamalou-les-Bains et de Clermont-l'Hérault .
Les dégâts apparents sont dus à l'insecte parfait ; mais la larve souterraine, vivant de racines, est parfois nuisible aux jeunes plantiers.