III. — Penthimia atra Fabricius
Synonymie. — Cercopis nigra Goéze 1778; C. sethiops Schrank 1781 ; Cercopis atra Fabricius; C. sanguinicollis (var.) Fabricius, 1794; Cicada hœmorrhoa Panzer; C. Thoracica Panzer, 1794; Cercopis castanea Gmelin; C. biguttata Gmelin, 1788; Penthimia atra German, 1830; Penthimia atra Audouin, 1842.
Cette Cicadelle, signalée depuis le siècle dernier sur la vigne, a été, comm e l'indique la longueur de sa synonymie, étudiée par beaucoup d'auteurs. La disposition des couleurs varie et môme la teinte générale du corps, qui d'babitude est noire, et c'est ce qui fait que le môme auteur a décrit comme espèces distinctes de simples variétés ; Audouin, qui ne connaissait pas d'autre cicadelle sur la vigne, en a donné une bonne description ainsi qu'une bonne figure.
Le genre Penthimia ne comprend en Europe que cette seule espèce. Comparée aux deux cicadelles précédentes, elle s'en distingue par sa forme courte et élargie; ce qui la fait placer de suite dans une autre tribu que les T>,pblocybides, celle des Tettigonides (fig.38).
Le corps, long d'environ de cinq millim. et large
Fig. 38. — Penlhi- de trois, est en général d'un noir brillant ; la tête noire, mia atra. . . ... .
large, avec un chaperon saillant, est fortement recourbée latéralement en arrière, ce qui lui donne la forme d'un croissant; les antennes sont insérées dans une fossette sous le bord proéminent du chaperon. Le prothorax rouge, avec le bord antérieur noir, est souvent traversé longitudinalemeut par uue large bande uoire qui s'élargit parfois à tel
point que tout le prothorax est noir. Les élytres, plus larges à l'extrémité qu'à la base, sont tantôt noires, tantôt rouges, tantôt jaspées de rouge et de noir. Le dessous du corps est d'ordinaire entièrement noir, parfois cependant l'abdomen est rouge. Les pattes sont longues, surtout les postérieures, servant au saut ; les tibias postérieurs, très arqués, offrent une double rangée d'épines aiguës.
La forme larvaire, plus aplatie que l'insecte parfait, est généralement de couleur rousse.
Audouin a observé cet insecte dans les vignes du Maçonnais; nous l'avons trouvé à Lyon, à Valence, et nous l'avons reçu de Toulouse et d'Avignon. Nous ne l'avons rencontré qu'une fois sur la vigne dans l'Hérault, à Valflaunès (canton de Claret) ; mais çà et là nous l'avons vu sur le chêne. Il est généralement plus commun dans le Nord que dans le Midi. Nulle part nous ne l'avons vu exercer des dégâts sérieux. Il est polypbage et vit souvent dans une région sur divers buissons, tels que les jeunes taillis de chêne, sans attaquer la vigne. S'il se multipliait outre mesure, on pourrait le chasser le matin comme les autres espèces au moyen de l'entonnoir a altise et avec un succès plus certain, l'insecte étant plus gros, plus lourd, partant moins agile.
FAMILLE DES FULGORIDES.
Hysteropterum grylloides Fabricius.
Synonymie: Hysteropterum flavescens Olivier.
La famille des Fulgorides, dont les Hysteropterum font parlie, renferme les insectes, aux formes bizarres, bien connus sous le nom de Fulgores porte-lanternes, porte-chandelles, etc., espèces presque toutes exotiques. Les Fulgorides, intermédiaires entre les Cicadelles et les Cigales, ayant, comme ces deux groupes, les tarses à trois articles, peuvent se distinguer de suite par la tête souvent pourvue de grands appendices, en tout cas garnie de crêtes saillantes; l'abdomen est parfois couvert d'une poussière cireuse analogue à la sécrétion dont nous avons parlé à propos des Cochenilles et des Pucerons. Nous n'avons guère en Europe que les représentants dégradés de ce groupe.
Le genre Hysteropterum, le seul dont nous ayons à parler, est un des plus nombreux dans la zone tempérée; il se compose d'une trentaine d'espèces environ. Ce sont des insectes assez petits, sautant comme les Cicadelles et souvent confondus avec ce'les-ci.
L'espèce qui nous occupe doit être citée parmi les ampélopbages, non
pas à cause des dommages qu'elle occasionne, dommages insignifiants, mais à cause de tout le bruit qui a été fait sur son compte ces années dernières.
MM. Blanchard, membre de l'Institut, professeur au Muséum et à l'Institut agronomique ; Ferez, professeur à la Faculté des Sciences de Bordeaux, et Lichtenstein, ont été en effet consultés à plusieurs reprises, ainsi que nous-mème, concernant des petites coques à aspect terreux remplies d'œufs, ayant de 3 à 5 millim. de long sur 2 à 3 de large, et qui se trouvent fréquemment en hiver sur le tronc et les bras de la vigne, ainsi que sur les troncs d'arbres voisins.
Divers viticulteurs avaient cru trouver là un nouvel ennemi de la vigne, d'autres y avaient vu des œufs d'hiver du Phylloxéra, d'autres enfin en avaient vu sortir des Phylloxéras ailés.
D'après les diverses Notes publiées à ce sujet [Comptes rendus de l'Institut, Messager agricole de Montpellier, etc.), ces petites coques terreuses seraient construites par l'espèce qui nous occupe.
« Elles contiennent chacune, dit Lichtenstein », huit à dix petites loges rangées symétriquement sur deux lignes parallèles, dans lesquelles sont enchâssés de petits œufs d'un rose pâle placés bouts à bouts sur deux rangs.
«Ces œufs ont 0mm,60 de long sur 0mm,20 de large. Après avoir passé l'hiver sans changement, ces œufs éclosent fin mars et donnent naissance à de petites larves de Cicadelles d'un gris jaunâtre avec les yeux rouges.
»Cet insecte pique les feuilles de la vigne et d'une foule d'autres arbres, mais sans faire beaucoup de mal. En tout cas, il n'y a pas le moindre rapport entre cet insecte même jeune et le Phylloxéra. Ces coques ont existé de tout temps et sont très communes sur tous les arbres.
»Ce qui peut avoir fait croire encore à ceux qui ne sont pas entomologistes que le Phylloxéra naissait de ces œufs, et même tout ailé, c'est que, malgré leur petitesse, ces œufs ne sont pas à l'abri des parasites. En effet, dans ces coques deOmm,60 vit et se développe un minuscule Hyménoptère qui est peut-être le pygmée de tout l'ordre.
»I1 est noir, à pieds jaunes en partie, et ne mesure guère que 0mm, 44 à 55; il est donc plus petit de beaucoup que le Phylloxéra ailé.»
Lichtenstein range à tort l'insecte dans les Cicadelles, et lui donne à tort aussi le nom cVHysteroptcrum apterum. M. Blanchard est tombé dans la même erreur. Nous répétons, avec tous les auteurs, qu'il doit être rangé auprès des Fulgores, mais nous dirons de plus que s'il se trouve souvent sur la vigne, ce qui est vrai, il n'est pas absolument certain qu'il soit l'auteur
1 Lichtenstein ; Messager agricole du Midi, 1880, pag. 205.
des coques terreuses dont nous avons parlé. On ne l'a jamais observé les construisant, et les jeunes obtenus n'ont pas été élevés.
« La matière granuleuse qui les compose, dit M. Blanchard ', est sans doute une sécrétion et non de la terre. » Nous pouvons affirmer que cette matière est positivement terreuse. En présence d'un acide, la réaction est nulle sur les coques reçues des pays siliceux, tels que le Médoc, énergique au contraire sur les coques provenant du territoire calcaire de Montpellier. Comment un insecte muni d'un rostre suceur peut-il confectionner un nid terreux? C'est ce qu'il est difficile d'expliquer. Nous faisons donc nos réserves en ce qui concerne l'auteur de ces coques.
Il y a toutefois une présomption en faveur de l'hypothèse de Lichtenstein, qui le premier a attribué les nids terreux à noire Fulgoride: c'est que la fréquence de ces nids coïncide généralement avec celle de l'insecte. Celuici, très commun dans le Sud-Ouest, est moins répandu en Languedoc; il en est de môme des coques terreuses. Que VHysleropterum soit ou non l'auteur de ces nids, il vit souvent sur la vigne; nous en donnerons donc la description suivante :
Corps court, épais, 5 millim. environ de long sur 3 de large, de couleur rousse ou feuille morte; la tête large et saillante, surtout à cause du développement hémisphérique des yeux et du vertex qui est carré, séparé du front et des joues par une carène élevée ; \q prothorax très court avançant en pointe obtuse sur le vertex, le mésothorax fortement prolongé en pointe en arrière ; les élytres très inclinées en forme de toit, plus larges à leur sommet qu'à leur base, recouvrant des ailes inférieures à demi avortées, donnent au corps, vu de profil, une hauteur considérable, 2mm,50 à 3 millim. L'insecte, ne pouvant pas voler, saute, et les pieds postérieurs sont organisés pour cela; les tibias, très développés, en triangle allongé, sont garnis de nombreuses épines à l'extrémité.
Cet insecte a été souvent confondu2 avec Y Hysteropterum apterum aux ailes inférieures entièrement avortées, espèce du sud extrême de l'Europe et de la Barbarie, et qui d'après M. Puton n'a jamais été trouvé en France.
1 Emile Blanchard ; Sur les juntes de l'Hysteropterum aplerum (Comptes rendus Acad. des Sciences, 1er semestre 1880, pag. 1103). - Spinola ; Ann. Soc. entom. de France, 1839, pag. 3G2.
FAMILLE DES CICADIDES»
Le caractère principal de ces Hémiptères Homoptères consiste dans un appareil stridulaut placé en dessous du corps, appareil compliqué2 manquant souvent chez les femelles. Leur taille est généralement grande. On en connaît environ 400 espèces répandues dans les régions chaudes et tempérées des deux hémisphères. La faune circaméditerranéenne en compte environ une vingtaine d'espèces que l'on pourrait, à la rigueur, comprendre dans le genre Cicada.
Les Cigales, peu nuisibles dans nos régions, occasionnent, parait-il, en Orient de sérieux dommages à la vigne. A plusieurs reprises, on a signalé
1 Bibliographie. — Mentzel ; De Cicadis et aliis insectis canoris et primo de Cicada Bononiensi (Eph. Acad. nat. curios., 1688. — Pontedera ; De Cicada in epistota ad Sherardum (Compend. tabular. Botanicum Patavii, 1718. — De Réaumur ; Mémoires, tom. V, 1740. — Westwood ; An Introduction to the modem classification of Insects, tom. II, 1840, pag. 421. — Amyot et Audinet Serville ; Hist. nalur. des Insectes hémiptères, 1843, pag. 477. — E. Blanchard; Métamorphoses, mœurs et instincts des Insectes, 1868, pag. 620. — "Willam Harris ; A treatise on some of the Insects of New-England, wich are injurions to végétation. Cambridge, 18 42 r pag. 172. — Mis Morris ; Remarks on the larva of the Cicada septemdecim (Proceed. Acad. nat. Se. of Philadelphia, tom. III, 1846-47, pag. 122. — Asa Fitch ; First an second Report on the noxious, bénéficiai and other Insects of the State New-York. Albany. 1856, pag. 144. — Lepori ; Nuove ricerche anat. et fisiolog. sopra l'organo sonoro délie Cicale (Bull. Soc. eut. ital., 1869, pag. 221. — Ch. Riley ; First annuai Report on the noxious, bénéficiai and other Insects of the State of Missouri, Jefferson city, 1869, pag. 22. — Id. ; The Periodical Cicada (Missouri entomol. Reports. Report I, 1869, pag. 18; Report IV, 1872, pag. 30, et Départ, of Agricult., Bulletin 8. Washington 1885. — Packard ; Third annuai Report on the injurious and bénéficiai Insects of Massachusetts. Salem, 1873, pag. 119.
— Carlet ; Mémoire sur l'appareil musical de la Cigale (Ann. Se. natur., 1877.
— Kunckel d'Herculais ; Dispositions particulières des pattes chez les nymphes des Cicada (Ann. Soc. ent. de France, 1880, pag. 358).
2 G. Carlet ; Mémoire sur l'appareil musical de la Cigale [Ann. Se. nat. Zool., 6e série, tom. V, 1877).
leurs dégâts en Perse, en Asie-Mineure, et plus récemment M. Gennadius, d'Athènes, a parlé de ceux qu'elles exercent dans l'Archipel grec, spécialement dans les îles de Paros et de Naxos. C'est à ce titre que nous les comprenons dans les ampélophagcs d'Europe; Riley et d'autres entomologistes américains les ont, de leur côté, signalées comme nuisibles aux arbres fruitiers aux Etats-Unis.
Ces insectes sont bien connus de toutes les populations méridionales, et nous n'aurions pas à décrire avec détails ces gros Hémiptères, si bruyants pendant les mois d'été, si aux environs de Paris, où ils n'existent pas, ils n'étaient confondus avec la grande sauterelle verte (Locusta viridissîma) .
Celle-ci est un Orthoptère au corps allongé, de couleur vert clair, y compris les ailes, à la bouche broyeuse, généralement carnassier, aux longues antennes filiformes, àl'oviscapte en forme de sabre, et qui n'a, en un mot, aucun rapport avec les Cigales.
On reconnaîtra ces dernières à leurs corps épais, à leur tête large et courte portant deux gros yeux composés et trois ocelles, à leur bouche suceuse, à leurs antennes courtes, de sept articles, à leurs ailes membraneuses, du moins dans les espèces d'Europe; enfin à l'appareil musical bruyant placé sous l'abdomen du mâle.
Les femelles sont munies d'un oviscapte ou tarière1 à l'aide de laquelle elles percent les bois tendres, surtout ceux qui ont de la moelle, pour y déposer leurs œufs qui écloront avant l'automne.
La larve qui en sort, longue de 1 et demi à 2 millim., au corps blanc allongé et garni de quelques longs poils, ne tarde pas à s'enfoncer dans le sol pour s'y nourrir de racines. Au bout de quelque temps de séjour dans ce nouveau milieu, sans doute après une ou plusieurs mues, ces larves ont changé de forme, elles sont devenues trapues, à corps glabre, de couleur rousse ou testacée. La tête, triangulaire, aveugle, la place des yeux seulement indiquée, porte des antennes de huit articles. Le thorax, bien distinct de l'abdomen dans sa partie prothoracique, l'est moins dans le mésothorax et presque pas dans le métathorax. \u abdomen, court, gros, comme ballonné, est composé de neuf segments. Les pattes de devant sont remarquablement organisées pour le travail souterrain qu'elles ont à accomplir. La cuisse et le tibia aux bords tranchants, armés, la première surtout, de fortes dents ou épines, fonctionnent l'un contre l'autre comme des tenailles, ce qui permet à l'insecte d'entailler les sols les plus compacts. Il ri y a pas de
1 Pour la description de la tarière des Cigales, appareil perforant compliqué, voir Maurice Girard ; Traité élémentaire d'Entomologie, vol. III, pag. 851.
tarse l, et cependant on trouve cette partie de la patte chez la nymphe et chez l'insecte parfait.
Ces larves, parfois très abondantes dans les vignes, n'y produisent pas, nous l'avons dit, de dommages appréciables chez nous. « En Bourgogne, dit M. André, leur action malfaisante n'est pas absolument démontrée.)) Il en est de môme dans le midi de la France, et d'après M. Targionien Italie; il faut aller en Grèce pour les trouver nuisibles. Cette innocuité presque générale peut s'expliquer, soit par la préférence marquée qu'elles ont pour les racines de graminées croissant dans les vignes, soit par leur peu de voracité.
Le rostre, assez court, ne pénètre que superficiellement dans le parenchyme cortical, et, d'après M. Riley, l'insecte ne ferait que sucer la légère exsudation de sucs produite par sa piqûre. La lenteur dans le développement est une preuve à l'appui de cette théorie. Les cigales d'Europe apparaissant chaque année en nombre à peu près égal, n'étant pas, en un mot, périodiques comme celles d'Amérique, on ue sait pas au juste combien elles mettent d'années pour atteindre l'état parfait, mais à coup sûr elles en mettent plusieurs. Aux États-Unis, l'apparition de certaines espèces étant périodique, il y a les années à cigales, et le temps qui s'écoule entre deu> apparitions est celui que l'insecte passe à l'état de larve. Dans notre Introduction, nous avons cité, d'après Riley, la Cicada trydecim et la Cicada septemdecim, qui passent, l'une treize ans, l'autre dix-sept ans à l'état de larves. Cette lenteur de croissance vraiment extraordinaire prouve bien que, sous sa forme larvaire, l'insecte se nourrit peu.
Lanymp/ie, comme forme, tient le milieu entre la larveet l'insecte parfait. Les yeux, très gros, font saillie latéralement; le thorax, dans ses segments antérieurs et médians du moins, a pris un grand accroissement, et latéralement, partant des méso et métathorax, on voit les quatre moignons d'ailes appliqués contre Yabdomen ; celui-ci est beaucoup moins volumineux en proportion que chez la larve. Comme chez celle-ci, nous trouvons les pieds
1 Nous ne voyons relaté par aucun auteur ce manque de tarse au pied antérieur de la larve. Dans un article cité dans notre note bibliographique, M. Kunckel d'Herculais, parlant du tarse de la nymphe logé dans un sillon, en dessous du tibia, dit que telle est aussi la disposition du tarse chez la larve. Dans la série de larves de Cicada atra que nous avons sous les yeux, aucune n'a de tarse ; le sillon du tibia, si remarquable chez la nymphe, est remplacé chez ces larves par une saillie allongée. On dirait que le tarse est en réalité présent dans son sillon, mais à l'état d'ébauche sous la cuticule épaisse qui recouvre le membre. Pour nous, au moment de la transformation en nymphe, le tarse dégagé de ses langes apparaît brusquement à la place où le tibia de la larve présentait sa saillie allongée.
LES CIGALES NUÎSIBLÉS A LA Vl&NË. 177
antérieurs organisés pour creuser les sols les plus durs, avec les mômes formes de la cuisse et du tibia; mais par une disposition curieuse, observée par M. Kunckel d'IIerculais, le tibia est muni en dessous d'un tarse replie dans un sillon qui l'abrite pendant que le membre fouille le sol. Ce tarse ne sort définitivement de cette sorte d'étui que lorsque la nymphe quitte le sol pour se transformer en insecte ailé.
L'état de nymphe dure un temps plus ou moins long, deux ou trois mois, suivant l'avance ou le retard des chaleurs. Sous cette forme, l'insecte se nourrit comme la larve et prend même un certain accroissement. La sortie du sol, qui se fait généralement fin juin dans la région de l'olivier, est provoquée par une continuité de jours chauds suffisante pour échauffer le sol à une certaine profondeur et l'apparition de tous les individus d'une même espèce est presque simultanée. Les nymphes quittent le sol au lever du soleil, montentà un arbre ou à un objet quelconque, de préférence en bois, s'y fixent solidement au moyen des épines dont leurs pieds sont armés, et, la partie dorsale de leur cuticule s'étant fendue sur la tête et le thorax, l'insecte parfait en sort. Il est alors d'une couleur verdâtre qui peu à peu tourne au brun. Les quatre ailes, tout d'abord chiffonnées, dirigées vers le bas, s'étendent assez rapidement par un mécanisme analogue à celui que nous avons décrit à propos du Phylloxéra ailé, et avant le milieu du jour l'insecte a pris son vol. La dépouille très solide de la nymphe reste fixée à l'arbre, parfois jusqu'à l'année suivante.
Sous leur forme parfaite, les cigales ne vivent guère que quelques semaines, le temps de s'accoupler et de pondre. Elles mangent moins encore que sous leurs premiers états. Les mâles même, d'après M. Oarlet, vivent le plus souvent sur leurs réserves graisseuses, sans plonger, comme les femelles, leur rostre dans les pousses vertes des arbres.
Du matin au soir pendant les journées de grand soleil, et même la nuit tombée si le temps est chaud et la lune pleine, ils font vibrer leur organe sonore pour attirer les femelles.
L'accouplement opéré, les mâles meurent et les femelles déposent leurs œufs dans les bois à moelle, comme nous l'avons dit. Réaumur est le premier qui ait observé et figuré ces pontes de cigales. Les sarments de vigne morts ou malades, surtout les extrémités sèches des plantiers de l'année, sont souvent ainsi piqués de trous semblant faits avec une pointe mal ellilée qui aurait grossièrement déchiré et traversé l'écorce. Maintes fois on nous a envoyé de ces bouts de sarments comme attaqués par un nouvel ennemi de la vigne.
Si avant l'éclosiou, qui se fait à la fin de l'été, on fend le bois, on trouve au fond de chacun de ces trous, pratiqués jusque dans la moelle, un œuf
blanchâtre, long de 2 millira. environ, très allongé, qui donnera naissance à la jeune larve.
Les cigales se trouvent principalement dans les terres de consistance moyenne, profondes et pas trop humides ; les sols pierreux et sans épaisseur, ainsi que les terrains très compacts, ceux qui sont sablonneux ou irrigués, en ont peu. Les quatre espèces suivantes se rencontrent abondamment dans les vignes du midi de l'Europe :
Cicada alra, C. hœmalodes, C. plebeja, et C. orni.