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AUTRES PUNAISES DES CHAMPS ATTAQUANT ACCIDENTELLEMENT

Il nous reste à parler des quelques espèces d'IIétéroptères qui, ne se trouvant que rarement en nombre sur la vigne, ne sont signalés comme nuisibles que de loin en loin et dans des circonstances particulières.

Cette petite liste peut être dressée comme suit : Pyrrhocoris apterus Linné, Camptotelus minutus Jakowleff, Nyzius senecionis Schiller, hurydema oleraceum Linué et Sehirus bicolor Linné.

Les trois premières espèces appartiennent à la famille des Lygœides, les deux dernières à celles des Pentatomides !.

Les Lygœides sont caractérisées par un corps allongé, les antennes de quatre articles, l'écusson petit ou médiocre. Les Pentatomides, appelés vulgairement punaises des bois, se reconnaissent à leur corps large, à leurs

4 On trouve encore, spécialement sur la vigne, une espèce de punaise d'un bleu métallique (Zicroma cœrulea Linné), qui a été présentée par certains auteurs (Maurice Girard: Insectes nuisibles, 1878, pag. 162) comme très nuisible aux vignes. C'est une erreur que nous devons rectifier. Ce Pentalomidc est au contraire utile, puisqu'il est carnassier et se nourrit principalement dus larves de V Attise de la vigne (Altica ampelophaga). Eu parlant de cette dernière, nous parlerons aussi de cet utile auxiliaire du vigneron. Nous nous empressons d'ajouter que dans sou Traité élémentaire d'Entomologie (Paris, Baillière et 111s, 1685), Maurice Girard a rectifié sou erreur.

antennes de trois à cinq articles, à leur écusson grand, recouvrant parfois entièrement l'abdomen .

Pyrrhocoris apterus (Linné). — Cette punaise rouge et noire si commune dans nos jardins, sur les tilleuls surtout, est appelée vulgairement le suisse, le cherche-midi, la punaise tète de mort, etc. Elle se reconnaît à son corps long de 1 centim. environ, large de 4 millira., de couleur rouge écarlate variée de noir, la tête, le milieu du prothorax, Yècusson, le clavus et la membrane, quand elle existe, noire, deux taches rondes et noires sur la corie, l'une grande sur le milieu, l'autre petite près de la hase, entre le clavus et le bord externe. L'abdomen, les pattes et les antennes sont également noirs, les hords de l'abdomen, un collier, une bande étroite à chaque segment du sternum, les hanches et l'extrémité du dernier segment ventral rouge. D'ordinaire, les ailes inférieures manquent et les supérieures sont réduites à la coric et au clavus. Les individus ailés se voient surtout dans le midi de l'Europe et en Algérie. L'espèce se trouve jusqu'en Suède, dans les endroits abrités, et aux Etats-Unis.

L'insecte est omnivore, suce les jeunes pousses des arbres et les fruits ; il se nourrit aussi de proies vivantes, voire même des jeunes individus de son espèce, si on le prive d'une autre nourriture. Plusieurs auteurs l'ont signalé sur les vignes en espalier suçant les grains de raisin. Nous doutons fort que le dommage puisse être jamais bien grave .

Camplolelus minutas (Jakowlclf). — Eu 1882, nous avons reçu de M. Fabries, pharmacien en chef des hôpitaux à Oran (Algérie), une grande quantité de petites punaises grises, signalées comme attaquant la vigne en masses énormes, au point de faire périr un certain nombre de pieds. Soumise à M. Puton, l'espèce a été reconnue être le C. minutas de Jakowleff décrit des bords de la Caspienne, et dont l'aire géographique s'étend, parait-il, jusqu'à l'Algérie. Le type de l'auteur russe étant entre les mains de M. Puton, il n'y a pas de doute sur l'exacte détermination de l'insecte. C'est un petit Lygœide long de 2mm,50 à 3 millim. et large de 0mm,75 à 1 millim., de couleur gris clair un peu jaunâtre, avec la tête et surtout les yeux rembrunis. Le prothorax porte à sa partie antérieure deux larges taches diffluentes qui sont de même teinte, ainsi que la bordure antérieure du mêsothorax, le clavus et la pointe postérieure de la corie de Vélytre ; la membrane de celle-ci est aussi développée que la corie .

Comme ampélophage, cette espèce n'a encore été signalée que d'Oran.

Nysius senecionis (Schiller). — Cet insecte, appelé par certains auteurs N. cymoides (Spinola), a été depuis quelques années signalé en Algérie et

rnèmc en France comme nuisible à la vigne, et a fait l'objet de plusieurs Notes un peu trop alarmistes, selon nous.

La première mention qui en ait été faite, et la plus importante aussi, se trouve dans une longue communication du général de Valdan, lue à la Soc. entom. de France par M. Sigaoret (22 mai 1887). D'après ce document, où se trouvent de nombreux détails sur l'insecte, sa grande multiplication et sa manière d'attaquer le bourgeon, les ravages peuvent devenir graves, et certaines vignes au sud de Constantinc ont été sérieusement atteintes en 1887. « L'insecte, y est-il dit, attaque le bourgeon à la base, et la sève, s'écbappant par la piqûre qui est marquée par une tac.be rouge, la partie supérieure encore herbacée, se fane et meurt». Licbtenstein, de son côté [Bull. Soc. entom. de France, II août 1869), parle de l'espèce comme trouvée en grand nombre dans les vignes de Sorgues (Vaucluse) .

Il se demande si, au lieu de voir en elle un ennemi des souebes, on ne doit pas la considérer comme carnassière et vivant aux dépens du Phylloxéra. M. le Dr Signoret (même Recueil 1869, pag. 559) combat cette opinion. Ayant personnellement fait vivre l'insecte en captivité sur des bourgeons de vignes portant des galles, l'ayant vu sucer les tiges et ne jamais s'en prendre au Phylloxéra, nous sommes de l'avis de M. Signoret.

M. le Dr Desmartis, enGn, a mentionné l'espèce comme causant des ravages sérieux sur la vigne dans le département de l'Aude [Revue de l 'Aquitaine et du Languedoc. Bordeaux, 1870).

De ces diverses Notes, il ressort pour nous que le Nysius senecionis, qui est partout dans nos cultures, n'attaque la vigne qu'accidentellement. « L'biver avait été sec, dit le général de Valdan ; la vigne n'ayant reçu aucun binage depuis plusieurs mois, des berbes nombreuses, surtout des crucifères, l'avaient en vabie. Aussitôt après le binage, l'invasion a eu lieu. » Ne doit-on pas supposer que les Nysius étaient en grand nombre sur les crucifères et que, brusquement privés de leur nourriture habituelle, ils ont été forcés de s'attaquer aux vignes? Tel est notre avis concernant cet insecte, que l'on pourra reconnaître aux caractères suivants :

Longueur 4 millim. à 4mm,50 ; largeur lm,u,50 environ; corps de couleur gris clair un peu jaunâtre rembruni sur la tête, la partie antérieure du prothorax moins la bordure, et ïécusson moins la pointe terminale. La tête parfois teintée de rouge avec trois bandes longitudinales de cette teinte, deux auprès des yeux et une médiane se prolongeant parfois sur le prothorax, celui-ci ainsi que Vécusson criblé de gros points enfoncés, les antennes rousses, les pieds de couleur fauve avec les cuisses piquetées de points bruns et les articles des tarses rembrunis au bout. Les élytres, d'un gris clair, parfois tirant sur le verdâtro et piquetées de brun avec une bor-

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dure brune au bord postéro-interne de la corie, la membrane terminale, aussi développée que la corie, d'un gris blanc un peu irisé. Dessous du corps brun avec le bord et la partie postérieure de l'abdomen jaunes .

Eurydema oleraceum (Linné). — Cette espèce, appelée par beaucoup d'auteurs Pentatoma oleraceum, vit d'ordinaire dans nos jardins aux dépens de diverses crucifères cultivées, telles que les choux, les navets, les raves, les giroflées, etc. Nous ne l'avons vue nulle part mentionnée comme ampélophage; mais nous la trouvons personnellement en si grande quantité chaque année dans les vignobles créés dans les sables du littoral de l'Hérault, principalement au domaine de Maguelone, et vivant sur la vigne, que nous la mentionnons au même titre que les précédentes.

Cette punaise se montre de mai en août. Dans les dunes non défrichées, elle se trouve sur une crucifère abondante sur le littoral, le Nathiolasinuata, et, dans les parties défrichées, exclusivement sur la vigne, qu'elle attaque au point de l'affaiblir sur certains points. Elle enfonce son bec dans le parenchyme des feuilles tendres, qu'elle crible de petites surfaces desséchées, à la manière des divers Phylloxéras vivant sur les feuilles du chêne.

Le corps est long d'environ 7 uiillim., large de 4, d'un vert bronzé ou d'un bleu métallique en dessus, marqué de plusieurs bandes et taches d'ordinaire jaunes, mais tirant parfois sur le rouge ou sur le blanc. La tête est finement bordée de même couleur en avant; le prothorax, entièrement bordé, porte une large tache ou bande dans sa partie médiane ; Yécusson porte trois taches, deux marginales en forme de bandes étroites partant des angles de la base et une à son extrémité. La corie de l'élytre, bordée extérieurement, porte aussi une tache vers son extrémité. Le dessus du corps est jaune avec de points métalliques verts ou bleus au bord de chaque segment.

L'insecte, assez gros, très visible par suite de ses couleurs bigarrées, peut être ramassé à la main.

Sehirus bicolor (Linné). Ce Pentatomide, appelé aussi Cydnus bicolor et Canthophorus bicolor, long de 7 millim. environ, d'un noir luisant, finement ponctué, avec des taches blanches, une au bord antérieur du prothorax, une autre en forme de croissant à la base des élytres, une plus petite à l'extrémité de la corie, est commun dans nos haies et dans nos jardins. C'est la Punaise à quatre taches blanches de Geoffroy, qui vit sur différentes plantes potagères et divers arbres fruitiers. Elle a été vue assez souvent sur la vigne, suçant les jeunes pousses ou les raisins, et signalée par plusieurs auteurs.

Elle ne se multiplie jamais en nombre tel que la plante ait à en souffrir sérieusement.

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