‹ Les insectes de la vigneChapitre 72 sur 187 · IV. — MOYENS DE DESTRUCTION · texte numérisé non relu

IV. — MOYENS DE DESTRUCTION

Si la Cochylis est moins dangereuse que la Pyrale, elle est par contre plus difficile à combattre. De tout temps on a extrait au moyen d'une pointe les chenilles de printemps du milieu des grappes en fleurs ; mais au moindre contact une grande partie de ces larves se laisse tomber en filant, et pour les détruire toutes il faudrait sacrifier la grappe. Pour la génération d'automne, de tout temps aussi on a coupé l'extrémité des grappes attaquées, mais ces moyens ont toujours été peu efficaces. Le clocbage et l'écbaudage en hiver, si utiles contre la Pyrale, ont été essayés sans résultats contre la Cochylis.

En ce qui concerne le clocbage, ayant fait personnellement quelques expériences sur la résistance des Lépidoptères sous leurs diverses formes, nous nous expliquons sans peine le peu d'action que peu\ent avoir sur ces insectes les gaz insecticides. En hiver, du moins à partir de janvier, la Cochylis est en chrysalide; or sous cet état, et surtout quand il est enfermé dans un cocon, le lépidoptère est beaucoup plus résistant que sous les formes de chenille ou d'insecte parfait. Nos expériences ont été faites sur diverses espèces de Noctuelles et sur le Bombyx du mûrier au moyen de deux gaz insecticides, les vapeurs de sulfure de carbone et l'acide sulfureux.

Le récipient employé a été une boite en parlievitreecndossus.de forme aplatie, soigneusement jointéc, d'une capacité d'environ un décimètre cube. Pour le sulfure de carbone, environ 2 gram. ont été verses sur de la sciure de bois grossière emmagasinant immédiatement le liquide tout en

augmentant la surface devaporation. Pour l'acide sulfureux, 2 grain, environ de mèche soufrée ont été brûlés.

L'action asphyxiante des deux gaz est presque égale, un peu plus puissante pourtant chez l'acide sulfureux.

La chenille est tuée en six ou huit minutes; le papillon cesse presque instantanément de se mouvoir rapidement, ses ailes vibrent faiblement pendant deux ou trois minutes ; les derniers mouvements, ceux de l'extrémité abdominale, cessent au bout de quatre, et l'asphyxie est complète au bout de cinq à sept minutes; une chrysalide âgée de 8 jours, sortie du cocon, résiste de douze à quinze miuules, et, enfermée dans son cocon, environ trois heures. Bien que le tissu soyeux filé par la Cochylis ne soit pas aussi épais que celui du Bombyx du mûrier, étant donné que la souche ne peut supporter sans inconvénient l'action du gaz asphyxiant pendant plus de dix minutes, on voit de suite qu'il n'y a rien à faire au moyen de la cloche à soufre contre une chrysalide enfermée dans son cocon1.

Le procédé le plus généralement employé est l ecorçage en hiver. Le remède n'est pas nouveau ; dès 1811, le D'' Menning l'avait expérimenté sur les vignes de l'Ile de Reicheneau (lac de Constance)3 et disait s'en être bien trouvé ; mais l'écorçage avec un couteau, comme il le pratiquait, est dispendieux et souvent inefficace, parce qu'il est nécessairement mal fait. L'invention du gant de cotte de mailles de M. Sabaté, de Bordeaux, est venue récemment rendre l'opération moins dispendieuse et plus efficace. Il faut avoir soin d'entourer la souche d'un linge reposant sur le sol, pendant que, recouverte du gant de fer, la main fait tomber les écorces. Celles-ci sont soigneusement recueillies et brûlées. Nous avons suivi en février l'opération chez un propriétaire de Béziers, M. J. Coste, et la quantité de

i M. Verson a signalé ce fait curieux que les cocons peuvent séjourner dix heures dans le vide pneumatique sans que les chrysalides périssent. M. Francczon a observé qu'elles résistent également bien à un séjour de dix heures dans l'oxyde de carbone pur, de dix-huit heures dans l'acide carbonique, l'hydrogène, le protoxyde d'azote, etc. (Maillot, Leçons sur le Ver à soie. Montpellier, 1885.)

2 En Suisse, d'après M. Forel, un certain nombre de chenilles de la seconde génération s'enloncent en terre en septembre et se filent un cocon entouré de grains de terre agglomérés -, il a observé, dit-il, le fait en très grande proportion dans ses éducations de laboratoire. Nous u' avons rien vu de semblable en Languedoc, où nous avons donné à la fois à l'insecte des morceaux de vigne avec leur écorce et de la terre. Le cocon s'est toujours fait sous les écorces. Il est possible que dans les pays froids comme la Suisse, l'insecte ait l'instinct de se mieux protéger que chez nous. Dans ce cas-là, la destruction des individus enterrés est à peu près impossible.

chrysalides recueillies mélangées aux écorecs était considérable. M. Coste nous a dit s'être souvent à [jeu près débarrassé de l'insecte de cette façonlà. Cette opération doit être complétée dans les pays où on échalasse la vigne par L'échaudage des échalas.

Un moyen radical consiste à vendanger avant que la chenille soit adulte. La chose est possible avec les plants à maturité précoce, tels que l'Aramon, plus difficile avec les cépages tardifs, tels que le Terret ; et, comme nous l'écrivait tout récemment M. Jaussan, le praticien observateur toujours bon à consulter, il est fort possible qu'en réalité le cépage soit indifférent à l'insecte. Si le Terret est plus attaqué, c'est qu'il mûrit plus tard que l'Aramon ou la Carignaoe. La Cochylis, sur ce plant-là, a près d'un mois de plus pour achever ses ravages et se métamorphoser tranquillement en chrysalide pour l'année suivante, tandis que lorsque l'Aramon, par exemple, est infesté, raisins et chenilles étant mis ensemble à la cuve, ces dernières sont toutes tuées par la fermentatiou.il nous est souvent arrivé de voir, sur les parois et au bord des comportes de vendange ou des cuves, des milliers de chenilles ayant quitté les raisins foulés et cherchant à s'échapper. «Une année, nous écrit M. Jaussan, j'avais fait mes Terrets en blanc. La cuve fermentant tumultueusement, je Cs enlever par-dessus un certain nombre de comportes de moût : toute ia surface était couverte de chenilles. »'

Si le moyen est bon pour détruire le plus grand nombre des Cochylis, il n'est pas toujours possible de vendanger hâtivement, et si l'on y gagne en quantité de vin, c'est, bien entendu, au détriment de la qualité. Même abandonné des chenilles, le raisin plus ou moins sec ou fermenté, rempli de déjections de l'insecte, fait un vin détestable, et, selon Vallot, si l'on veut connaître en Bourgogne les années où le ver coquin a donné mauvais goût aux vins, on n'a qu'à consulter la Statistique de la vigne dans le départ, de la Côte-d'Or par le D1' Morelet (Dijon, 1831, pag. 215-222).

Le remède infaillible contre la Cochylis est donc encore à trouver. Peut-être est-il dans l'échaudage direct des souches, sans cafetière, tel que nous l'avons décrit, à propos de la Pyralc. On se souvient que l'eau arrive sur le cep à environ 9G°. Étant donnée la vitalité de la chenille, beaucoup moins grande que celle de la chrysalide, sa résistance à la chaleur moindre1, si l'on a le soin de faire l'opération en novembre ou en décembre, c'est-à-dire avant que les chenilles se soient transformées en chrysalides, on les tuera, croyons-nous, presque toutes.

1 Une chenille de ver à soie plongée dans l'eau à GO^ meurt presque instantanément. Le degré nécessaire pour tuer instantanément les Chrysalides parait être de 75 à 80° (Maillot, Leçons sur le Ver à suie, pag. 180).

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