‹ Les insectes (volume 2)Chapitre 10 sur 53 · ANATOMI'.; F,T PHYSIOLOGIE. — SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

ANATOMI'.; F,T PHYSIOLOGIE. — SYSTÈME NERVEUX

pseudonymphe immobile, ressemblant à une pupe, d'où sortira une troisiùme larve devant donner la nymphe ordinaire d'un Coléoptère, enfin l'adulte. Nul doute que ces curieux exemples ne se multiplient dans la science par les observations ultérieures, surtout si l'on considère que beaucoup d'Insectes sont encore inconnus dans leurs premiers états, et que, malgré les analogies extérieures des adultes, des conditions spéciales de régime des larves peuvent amener des particularités imprévues dans leurs métamorphoses.

Après cette étude sommaire des fonctions qui permettent à l'Insecte de vivre et de se continuer indéfiniment par des individus semblables à lui dans certaines limites, il nous reste à étudier un appareil sans lequel tout resterait inerte et vague. Le système nerveux, qui coordonne les fonctions, est l'expression la plus élevée de l'être vivant et de son existence intrinsèque. C'est pourquoi nous l'avons réservé pour la fin, regardant comme la marche la plus philosophique de décrire d'abord toutes les pièces de l'admirable mécanisme vital, avant de les relier les unes aux autres par une sorte de fil commun.

§ III. — Système nerveux.

Après l'étude générale des deux ordres de fonctions, nous devons examiner le système régulateur de Tadmirable machine organisée qui constitue l'Insecte, celui qui envoie aux organes les ordres ou volitions, et qui ramène aux centres vitaux, sous la forme de perceptions, les sensations éprouvées par les organes périphériques ou profonds. On a cru autrefois que les Insectes, comme tous les animaux annelés, ne possédaient qu'un système nerveux végétatif, analogue au nerf vague des Vertébrés. Une étude plus approfondie a permis d'y reconnaître une complication qui indique que nous sommes en présence d'un type des plus élevés du règne animal, par l'existence simultanée d'un système de la vie animale, d'un nerf vague ou stomato-gastrique et d'un grand sympathique.

Une analyse naturelle du système nerveux de la vie animale nous est offerte par les Anuelés inférieurs et par certaines larves. Dans la tête, au-dessus du tube digestif, sont deux ganglions dits cérébroïdes, analogues de Uencéphale des Vertébrés; au-dessous de ce tube digestif règne une double série de ganglions sternaux, au nombre normal de deux par zoonite. Ils sont réunis longitudinalement par des cordons nerveux appelés connectifs et transversalement par d'autres, dits commissures. A mesure que l'animal annelé se perfectionne, soit dans la série générale, soit de la larve à l'adulte, un double mouvement de coalescence se produit. Les ganglions tendent, d'une part à se réunir en un seul dans le sens transversal, et d'autre part un certain nombre de ganglions se centralisent plus ou moins complètement en trois groupes, selon les trois régions de la tête, du thorax, de l'abdomen, de sorte que.

i08 INTRODUCTION.

selon la loi générale chez les animaux, le système nerveux de la vie animale se modèle suivant la forme générale du corps. Très-allongé chez les larves des Insectes, plus rétréci chez les nymphes, il devient encore plus court chez les adultes. Un collier circa-œsophagien réunit toujours les ganglions cérébroïdes aux deux premiers de la chaîne ventrale.

Si nous considérons un Insecte adulte, nous trouvons un cerveau formé de deux masses globulaires plus ou moins confondues, en général avec une gouttière centrale, trace de la soudure médiane. .Jamais, même dans les larves, on ne peut apercevoir de vestiges transversaux de séries longitudinales de ganglions dans ce cerveau, correspondants aux zoonjtes céphaliques soudés. L'étude du système nerveux sur l'embryon contenu dans l'œuf des Insectes n'a pu encore être faite, et donnerait la clef de bien des difficultés qui restent à éclaircir sur les soudures. Le cerveau envoie des nerfs au vertex, aux antennes, aux stemmates ou yeux frontaux, quand ils existent, puis aux yeux composés. Les nerfs optiques sont très-gros chez les adultes, grêles chez les larves. Enfin de minces filets nerveux vont se ramifier dans le labre ou lèvre supérieure. Sous l'œsophage, toujours dans la tête, la chaîne sternale commence par un ganglion doublé, dit céphalique ou sous-(rsophagien. Il fournit trois paires de nerfs au reste des pièces buccales, une aux mandibules, une aux mâchoires, une à la lèvre inférieure. La constance de ces paires de nerfs est d'un grand secours à l'anatomiste comparateur pour homologuer les pièces .buccales diversement transformées selon les ordres d'insectes. Puis viennent trois ganglions thoraciques, bien séparés dans les larves, plus ou moins soudés chez les adultes. Le ganglion prothoracique donne des nerfs aux muscles du prothorax et d'autres aux pattes de la première paire. Le ganglion mésothoracique donne des nerfs aux premières ailes et à la seconde paire de pattes ; le ganglion métathoracique des nerfs aux secondes ailes , nerfs qui persistent même chez les Diptères, où ces ailes sont transformées en balanciers, et aux pattes postérieures. Les ganglions abdominaux sont en nombre très-variable. Chez les larves, on en trouve très-rarement dix, neuf le plus souvent, comme les anneaux, parfois huit ou sept, 11 en reste beaucoup moins chez les adultes, par suite de soudures dans le sens longitudinal, et non pas, comme le pensriit Cuvier, par une disparition due à une récurrence ou rétrogradation. Chaque paire de ces ganglions abdominaux médianement soudés envoie des nerfs aux muscles des arceaux dorsaux et ventraux de l'abdomen, et aussi quelques filets aux trachées et aux stigmates. Le dernier ganglion abdominal est plus volumineux que les autres, et l'on y voit bien, chez certaines larves, les traces de plusieurs noyaux. Le dernier anneau de l'abdomen représente en effet deux ou trois anneaux soudés. Du dernier ganglion partent des nerfs en queue de cheval, se rendant aux armures génitales et à diverses parties des derniers anneaux.

Il est bien certain que, par ses fonctions, le système nerveux que nous venons d'esquisser brièvement correspond au système cérébrospinal des Vertébrés. Aussi a-t-on cherché à établir son assimilation, et par suite à rattacher l'Insecte au Vertébré par des comparaisons aussi fausses que séduisantes. Toutefois elles ont pour elles l'autorité de noms si illustres, que nous ne pouvons omettre d'indiquer en quelques mots tes erreurs du génie. Elles montrent le danger de lâcher la bride à l'imagination dans les sciences physiques, et d'abandonner le contrôle, parfois importun, d'une continuelle et rigoureuse expérience. Ampère et Etienne Geoffroy Saint-Hilaire virent dans l'Insecte^, et en général dans l'Articulé, un Vertébré renversé. La chaîne nerveuse abdominale devenait l'analogue de la moelle épinière entraînée par la pesanteur, en l'absence d'un canal vertébral, et venant occuper le plan inférieur du corps. Les quatre ailes devinrent les quatre pattes retournées des Vertébrés ; les six pattes de l'Insecte, des côtes sorties ; le cœur à chambres dorsales, l'analogue du cœur ventral des Vertébrés, etc. Dans ce retournement le cerveau passait en dessous. On alla chercher les Notonectes (Hémiptères aquatiques), qui nagent sur le dos, et l'on en lit l'Insecte normal. Seulement, quoi qu'on fasse, les connexions relatives au tube digestif font toujours évanouir ces brillantes chimères ; le cerveau reste toujours par rapport à lui à l'opposé de la chaîne ganglionnaire, et ce grand fait montre un plan de constitution fondamentalement différent. On reste toujours arrêté par celte diversité de plan dans l'idée plus restreinte qui a fait regarder les ganglions cérébroïdes et sousœsophagiens seuls comme analogues du système cérébro-spinal, l'œsophage venant séparer les hémisphères cérébraux de la moelle allongée. Tout au plus peut-on dire que chez les Vertébrés la partie sternale nerveuse disparaît complètement, tandis que la portion cérébroïde gagne en importance et se prolonge en moelle épinière. Les ganglions cérébroïdes des Insectes restent alors à eux seuls une ébauche raccourcie de tout le système cérébro-spinal des Vertébrés, et le système sousœsophagien est une partie nouvelle , sans analogues. Encore ceci ne serait-il complètement fondé que si les ganglions cérébroïdes étaient le centre nerveux unique. Il n'en est rien, comme nous le verrons; chaque paire de ganglions tend à être un centre, il ne reste à la paire superœsophagienne qu'une prédominance limitée. Ce fait que les ganglions des Insectes sont de vrais centres spéciaux est une objection capitale à l'opinion de Serres, que le système nerveux sous-abdominal des Insectes est l'analogue des ganglions des racines postérieures de la moelle épinière des Vertébrés, cette moelle ayant disparu. Ces ganglions ne sont pas le siège des actions réflexes ou involontaires, qui exigent l'intégrité de la moelle, et qui apparaissent très-étendues, très-fréquentes chez les Insectes.

Gratiolet, adoptant l'idée de Treviranus, regarde la chaîne abdominale des Insectes comme la réunion des systèmes cérébro-spinal et

sympathique des Vertébrés. Dans cette manière devoir, une coupe normale à l'axe dans une vertèbre coupée nous présente supérieurement un segment de moelle épinière et inférieurement un ganglion du grand sympathique. Le plus généralement, par prédominance de la moelle, l'anneau nerveux s'ouvre à son chaton inférieur, et le ganglion du sympathique se divise en deux ganglions de chaque côté. Au contraire, dans l'Insecte, la partie nerveuse inférieure prédomine, le ganglion supérieur se divise, et l'anneau s'ouvre du côté de son chaton supérieur. Puis on peut supposer, par une sorte d'attraction, les deux moitiés du ganglion supérieur descendant dans la sphère du sympathique, se joignant au ganglion inférieur. L'anneau céphalique circaœsophagien conserve seul la disposition typique.

C'est encore en poursuivant ces assimilations , si ch'ères aux naturalistes philosophes, qu'on a cherché à retrouver dans le système nerveux animal des Insectes la distinction des deux ordres de libres, sensibles et motrices, découverts par Ch. Bell chez les Vertébrés. Il est certain que les ganglions sous-abdominaux sont les analogues physiologiques du système céphalo-rachidien. Les noyaux des ganglions sont formés par une foule d'utricules nerveuses d'où partent des filets nerveux. Ce sont les cordons inférieurs ou externes, les plus voisins de la surface du corps, qui portent seuls les ganglions ventraux. Dans les ganglions cérébroïdes on distingue à la fois de grosses et de petites cellules. Des iilets nerveux, issus de l'intérieur des ganglions, vont se rendre aux divers nerfs. Quand on solidifie et colore le système nerveux des Insectes au moyen de l'essence de térébenthine, les ganglions et une partie des fibres de réunion prennent une couleur d'un blanc jaunâtre, les nerfs restant d'un blanc opaque. Il y a donc deux éléments nerveux distincts , comme la matière grise et la matière blanche du système nerveux des Vertébrés. En outre on voit deux cordons supérieurs longitudinaux, tranchant sur les ganglions par leur couleur plus blanche, passant au-dessus du ganglion , sans y pénétrer, sous le môme névrilème des connectifs que les autres filets nerveux qui entrent dans les ganglions. Ces colonnes blanches régnant d'un bout à l'autre du corps, à la partie la plus interne, sans ganglions ventraux, aboutissent aux seuls ganglions cérébroïdes , et donnent latéralement des fibres qui s'ajoutent dans les nerfs à celles parties du milieu des ganglions. Newport, qui a reconnu ces deux ordres de fibres chez les Insectes, regarde comme motrices celles qui sont issues des deux colonnes longitudinales supérieures, et seulement appuyées sur les ganglions, et comme sensibles celles qui partent de l'intérieur des ganglions ventraux. Les expériences directes pour justifier cette opinion très-plausible n'ont pas été faites par Newport. Elles sont, on le- comprend, d'une extrême difficulté. En effet, ces fibres de deux sortes sont unies intimement sous le même névrilème et ne s'isolent pas à leur origine en racines distincteSj comme chez les Vertébrés. La petitesse des sujets, la dureté des tégu-

ANATOMIE et physiologie. — SYSTÈAIE NERVEUX. 111

ments mettent aux expériences de nouvelles difficultés accessoires. M. Faivre a cependant cherché à vérifier la distinction de la sensibilité et de la motilité chez les Insectes, en opérant sur des Dytiques (Coléoptères aquatiques de forte taille et dont les mouvencients dans l'eau sont très-nettement observables). 11 a annoncé avoir reconnu que la face inférieure des gan'glions ventraux est sensible et la face supérieure excitable. Le ganglion cérébroïde sus-œsophagien est très-peu sensible. La sensibilité n'est bien marquée qu'à sa face inférieure , au niveau de l'origine des connectifs. Elle est excessivement vive à la face inférieure du centre nerveux sous-œsophagien. Les connectifs, les nerfs des pattes sans racines apparentes distinctes, sont des nerfs mixtes, à la fois sensibles et excitables. Ces expériences indiquent de profondes analogies entre la chaîne ganglionnaire des Invertébrés et la moelle des animaux supérieurs. On doit remarquer qu'il faut bien se mettre en garde contre les actions réflexes, encore moins aisées à séparer, chez les Insectes que chez les Vertébrés, des phénomènes directs.

Outre le système nerveux de la vie animale, les Insectes, et c'est une des grandes preuves de leur perfection organique, possèdent d'autres appareils nerveux, entrevus partiellement par d'anciens analomistes, mais dont l'étude complète et la séparation sont récentes.

Un premier appareil, placé au-dessus du tube digestif, comprend deux parties, l'une impaire et médiane, l'autre formée de deux moitiés disposées de chaque côté delà précédente. Sous le nom de nerf récurrent, Swammerdam avait entrevu la partie antérieure de ce système, et Lyonnet avait reconnu plusieurs de ses ganglions voisins du cerveau. 11 fut ensuite étudié plus complètement par Brandt et par G. Newporl. La partie médiane du système naît d'un cordon qui unit les deux ganglions cérébraux et va se rattacher en avant de ceux-ci à un ganglion dit frontal (Lyonet), envoyant des filets au pharynx et aux pièces buccales. De ce même ganglion part en arrière un cordon nerveux, passant sous les lobes cérébroïdes et sur l'œsophage, et se rendant au ganglion œsophagien^ ainsi nommé parce que les filets qui en dérivent vont à l'œsophage. Vient ensuite le ganglion gastrique, donnant ses filets à l'estomac ou ventricule chylifique, sans aller plus loin, car c'est du dernier ganglion abdominal que le rectum reçoit quelques filets. L'Abeille n'a qu'un seul cordon nerveux réunissant les ganghons œsophagien et gastrique, le Hanneton en a deux. Outre ce système médian, on trouve, se rattachant au cerveau de chaque côté, deux paires de ganglions (Straus-Durckheim). La paire antérieure de ganglions donne un nerf rampant sur l'aorte et sur le vaisseau dorsal : ce sont les ganglions angéiens ou vasculaires, destinés à la circulation. Derrière eux sont deux noyaux oblongs, placés sur un plan inférieur, et reposant sur les gros troncs trachéens. Les nerfs qui en partent s'étendent sur les tubes trachéens principaux : ce sont les ganglions trachéens. Chez l'Abeille, les ganglions angéiens et trachéens sont très-rapprochés ; les

ganglions trachéens, dans les Hémiptères, se conTondent en une seule masse placée sous l'aorte. Ce système n'éprouve^, à ce qu'il parait, que très-peu de changements pendant les métamorphoses, ce qui se comprend parce qu'il est incontestablement lié aux fonctions de la vie organique ou végétative, qui demeurent très-constantes. Brandt donna à ces nerfs le nom de stomato-gastriques ou d'intestinaux ; Serres, Jean MûUer, y virent le grand sympathique des Insectes. Cette opinion fut combattue par Newport, qui regarda ces ganglions et leurs filets comme les analogues des nerfs pneumogastriques des Vertébrés, qui envoient leurs rameaux à l'estomac, aux poumons, au cœur et aux gros troncs vasculaires. C'est là l'idée généralement admise; en effet, les ganglions stomato-gastriques ou impairs, les ganglions pairs angéiens et trachéens, ne partent que du cerveau, <;omme les pneumogastriques.

Il existe enfin un troisième appareil nerveux, impair, médian, superposé à la chaîne abdominale. Il est bien visible dans quelques larves. Certains Insectes adultes le montrent encore assez nettement dans la région thoracique, où l'on voit ses ganglions en saillie sur les ganglions thoraciques, comme collés au-dessus : ainsi dans le Ver à soie et son papillon. Chez la plupart des Insectes, la coalescence des nerfs le masque, et empêche de l'apercevoir le long de la chaîne abdominale ; il y a soudure intime. Cet appareil avait été entrevu par Lyonet dans sa Chenille du Saule {Cossus ligniperda, Lépid.) : il le nommait brides épinières. Ne\vport l'étudia, sans chercher sa signification, et l'appela système nerveux surajouté. Du collier circa-œsophagien partent deux grêles filets nerveux qui viennent se réunir médiaiiement en une mince chaîne nerveuse, offrant par chaque anneau un petit ganglion triangulaire, d'où partent des nerfs latéraux rejoignant par anastomose les nerfs latéraux issus des ganglions de la chaîne abdominale. D'une manière très-plausible, M. E. Blanchard a fait de ce petit système le grand sympathique des Insectes. Comme dans le grand sympathique des Vertébrés, où les nerfs nés de la double chaîne ganglionnaire se lient aux nerfs rachidiens, il y a réunion des nerfs des petits gangUons triangulaires et des ganglions ventraux. Si ce système est simple chez les Insectes, cela résulte d'une soudure médiane qui a été empêchée pour le grand sympathique des Vertébrés par l'intercalation de la colonne vertébrale et de la moelle épinière. L'absence de portion dure chez les Insectes a permis au contraire la fusion. Il serait bien à désirer de pouvoir étudier de très-jeunes embryons d'Insectes.

Pour terminer celte importante étude du système nerveux des Insectes, nous devons appeler l'attention sur une différence physiologique capiteQe qu'il offre par rapport aux Vertébrés. L'encéphale, chez ceux-ci, est le centre unique des volitions et des sensations dont l'être a conscience. Pour le Vertébré décapité, la portion de l'animal séparée de la tête ne présente plus que des phénomènes nerveux réflexes, involontaires, qui n'exigent que l'intégrité du tronçon de moelle où aboutissent

les nerfs des organes. Il n'en est pas ainsi chez les Insectes. A l'état adulte, ils ont trois centres nerveux, dans la tête, le thorax, l'abdomen. Chaque ganglion d'un Annelé est une espèce de cerveau , les noyaux cérébroïdes conservant toutefois une sorte de prédominance sur les autres. Un Insecte dont la tête a été coupée, ce qui amène la paralysie complète et bientôt la mort chez un Vertébré, peut, si la blessure est fermée à la cire, vivre trois ou quatre jours, voler, faire (Jes actes réfléchis et volontaires, comme porter la patte au point de son corps que l'on pique et le frotter, etc. Dugès prit un Insecte orthoptère commun dans le midi de la France, la Mante religieuse, qui offre les deux gangUons céphaliques au-dessus et au-dessous de l'œsophage, un ganglion prothoracique,. un ganglion soudé pour les deux derniers anneaux du thorax, puis une chaîne de ganglions dans l'abdomen. Si l'on coupe la tête de cette Mante, on enlève le cerveau, l'insecte cesse de voir et d'entendre, mais garde ses autres facultés, cherche à se défendre, quand on l'irrite, par la trépidation de ses pattes, vole pour fuir l'ennemi, se retourne si on le place sur le dos. Si l'on coupe le corselet ou prothorax, les deux derniers anneaux thoraciques ou l'abdomen présentent les mêmes phénomènes. Le long prothorax seul, isolé des parties anlérieures et postérieures, offre un résultat analogue. Quand on l'irrite, les pattes ravisseuses se dirigent sur l'instrument et le saisissent avec force. Dans ce fragment d'animal, où il reste seulement un ganglion nerveux, il y a perception d'une sensation, transmission et manifestation d'une volition, c'est-à-dire tous les actes d'un cerveau de Vertébré. Qu'on sépare une Guêpe en ses trois tronçons fondamentaux, les antennes de la tête s'agitent en tous sens et les mandibules mordent l'instrument irritant; les pattes du thorax se cramponnent à lui pour le repousser ou pour détruire son effet; les ailes s'agitent par l'effet d'une volonté de fuir d'un vol rapide, volonté trahie par l'affaiblissement; enfin l'abdomen touché redresse aussitôt son extrémité et fait sortir le cruel aiguillon dans la direction de l'objet qui l'irrite, et cherche à l'enfoncer. On a donc en quelque sorte trois animaux séparés. Dans l'état normal, ces êtres réunis en un individu par les connectifs conducteurs coordonnent des sensations et des volitions qui peuvent aussi se manifester isolées et indépendantes.

Des faits de même ordre ont été plus tard établis par Yersin dans ses expériences sur la physiologie du système nerveux chez les Insectes orthoptères, qui furent de sa part l'objet de prédilection de remarquables et consciencieuses études. La section d'un nerf près de son origine entraîne toujours la paralysie complète de l'organe dans lequel il se rend. La section des deux cordons nerveux qui lient entre eux les ganglions formant la chaîne médullaire ventrale a pour effet d'isoler les deux parties du corps situées de chaque côté de la section. Ces deux parties continuent à vivre, en conservant la sensibilité et la mobilité, mais sans avoir conscience l'une de l'autre et sans pouvoir concourir

il4 INTRODUCTION.

aux mêmes actes. Ainsi, en coupant la chaîne ganglionnaire entre les ganglions du mésothorax et du métathorax qui sont séparés chez les Orthoptères à paires de membres très-espacées, la tête et les deux premiers segments du thorax n'ont plus connaissance des circonstances extérieures qui peuvent agir sur le reste du corps. Les quatre pattes antérieures et la première paire d'ailes paraissent alors seules mues par une force subordonnée à une intelligence active et en rapport avec les sens qui ont leurs organes dans la tête. Pendant la locomotion des pattes antérieures, celles de la troisième paire restent immobiles et sont traînées sur les côtés du corps sans concourir à la marche. Le métathorax et l'abdomen n'obéissent plus aux ordres qui pourraient provenir des parties antérieures. D'autre part, leurs actes défensifs, si on les excite directement, sont tout aussi précis que si l'Insecte n'était pas mutilé, et aucun des moyens de défense n'est mis en usage par l'Insecte opéré, si la cause qui l'irrite s'exerce sur les parties en avant de la section nerveuse. Eu général, un organe demeure sensible et mobile quand ses nerfs prennent leurs racines sur un ganglion sain. On le démontre en faisant la section de la chaîne gangliojinaire en avant et en arrière à la fois de l'un des ganglions du thorax. Les paires de pattes et d'ailes en relation avec le ganglion isolé conservent les deux propriétés, mais sans relation avec les autres parties du corps ; celles-ci, réciproquement, nont plus aucune conscience du segment isole.

Yersin a essayé aussi de voir ce que produit la section d'un seul des deux cordons accolés de la chaîne ganglionnaire. 11 est difficile de présenter ici des résultats généraux , ils 'varient selon les sujets et selon le point où la section est pratiquée. L'Insecte manifeste d'abord de l'agitation; les membres et les organes postérieurs à la section, du côté opéré deviennent moins facilement mobiles ei moins sensibles au toucher que ceux du^côté sain. [Quelques minutes après ropération,'la plupart des Insectes frottent avec leur patte antérieure, et comme pour les nettoyer, le côté de la tête et l'antenne correspondants au côté lésé. Puis lorsque l'Insecte est immobile, la même antenne se dirige vers la terre l'autre demeurant droite ou élevée. Quelquefois, mais rarement, Yersin a constaté une absence d'équihbr.e dans les mouvements qui se trahit en ce que l'Insecte, en marchant, décrit de petits cercles en tournant presque sur lui-même du côté opéré au côté sain.

L'influence de la section des cordons de la chaîne ganglionnaire sur les fonctions de nutrition ne paraît pas considérable. Un Grillon auquel pn vient de couper les cordons nerveux qui réunissent le thorax à l'abdomen mange à l'instant et ne semble pas éprouver de souffrance» Quant aux fonctions de la reproduction, le mâle perd, par cette même section, la possibilité de se réunir à sa femelle qu'il recherche néanmoins, mais sans réussir à la féconder. Une femelle qui a subi le même traitement peut se laisser féconder," mais elle est devenue incapable de

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pondre. Dans les Orthoptères, insectes à métamorphoses incomplètes, la section de la chaîne ganglionnaire ne met pas un obstacle absolu aux mues successives ou changements de peau d'une larve ou d'une nymphe.

Yersin a obtenu de très-intéressants résultats par les lésions ou piqûres sur les ganglions (1). Il ne laisse pas supposer qu'il ait aperçu des différences entre leurs deux faces, de manière à isoler la sensibilité et le mouvement, comme M. Faivre dit l'avoir reconnu dans de plus récentes expériences. Selon Yersin, le trouble produit dans les fonctions de relation se manifeste diversement suivant les individus et les sexes, et n'est pas toujours facile à bien caractériser. En général, toute altération de l'un des ganglions de la tète ou du thorax est immédiatement suivie d'un état de torpeur qui dure plus ou moins; à cet état succède fréquemment un tremblement convulsif, pouvant se renouveler plusieurs fois, soit de tout le corps, soit seulement des organes qui reçoivent leurs nerfs du ganglion lésé. Yersin a reconnu ce fait curieux qu'une lésion du cerveau ou ganglion sus-œsophagien est presque toujours suivie d'une absence d'équilibre dans les mouvements. L'Insecte, au lieu de marcher en ligne droite, décrit des cercles en tournant sur lui-même avec une certaine rapidité, et ces cercles s'agrandissent ordinairement au bout de quelques heures. Après un ou deux jours, l'Insecte peut quelquefois se mouvoir un moment en ligne droite, puis recommence à décrire des cercles. Il peut tourner de droite à gauche, puis, au bout d'un certain temps, en sens inverse. Les cercles décrits par le même individu quand il marche lentement sont parfois dans un sens contraire à ceux qu'ilparcourt en marchant d'un pas rapide. Le sens de la rotation n'est pas en rapport constant avec le point du ganglion piqué; toutefois on observe en général que l'Insecte tourne du côté lésé au côté sain. Cette absence d'équilibration des mouvements se manifeste d'une manière analogue dans la locomotion aérienne. Une Libellule ou une Mouche piquée sur le front, assez profondément pour atteindre le ganglion sus-œsophagien, ne vole plus qu'en décrivant des cercles ou une spirale. Le désordre produit dans la locomotion peut encore se manifester en ce qu'au lieu d'aller devant lui, l'animal marche le flanc droit ou le flanc gauche en avant; ou bien encore parce qu'il marche en arrière, l'abdomen le premier. Enfin, le plus souvent, que l'Insecte soit en repos ou en mouvement, l'un des côtés du corps est plus élevé que l'autre, tellement que l'animal est plus ou moins couché sur l'un de ses flancs.

L'altération d'un des ganglions thoraciques est d'abord accompagnée d'une paralysie momentanée d'une partie ou de tous les organes qui en reçoivent des nerfs. Puis la sensibilité et la mobilité volontaire reparaissent soit ensemble, soit l'une de ces facultés seulement. Parfois il y

(1) Yersin, Bull, de la Soc. vaudoise des se. natur., t. V, n» 39.

a absence d'équilibre dans les mouvements et rotation de l'Insecte en décrivant de petits cercles toujours dans le même sens.

La volonté paraît pouvoir être affectée et troublée comme les mouvements. Ainsi, en pratiquant une lésion du ganglion sus-œsophagien d'un Grillon, Yersin a vu l'insecte mordre en marchant à un morceau de pain et paraître le manger avec avidité, en s'y attachant avec force par ses mandibules, sans que les pattes cessassent de se mouvoir; de sorte que l'animal, poussé comme sans le vouloir en avant, était obligé de se tordre sur lui-même et finissait par faire une culbute complète, la tête demeurant fixée au pain et les pattes en agitation. Un Grillon mâle qui a subi la môme opération court devant lui en chantant pour appeler sa femelle, s'approche vivement d'elle s'il la rencontre, s'arrête devant elle, puis passe outre, toujours chantant. Il semble entraîné par deux volontés contraires, l'une qui le pousse à courir, l'autre qui le retient auprès de la femelle qu'il paraît appeler et rechercher. D'une manière générale, toute opération sur les ganglions ou sur les cordons qui les lient produit une diminution manifeste dans l'intelligence et dans l'instinct.

. § IV. — Inntinct et intelligence.

L'étude du système nerveux nous conduit naturellement à présenter quelques notions sur les facultés instinctives et intellectuelles des Insectes, en rapport nécessaire avec la perfection et la complication de l'appareil de l'innervation. Comme le disait Linnœus, avec sa concision élégante, à propos des Insectes : Natura maxime miranda in minimis, et cette phrase célèbre est devenue l'épigraphe de la Société entomologique de France. La grande majorité des actes des Insectes est due à l'instinct, sans éducation préalable, sans préoccupation du résultat qui doit souvent ne se produire qu'après la mort de l'Insecte. L'intelligence des animaux ne s'élève en général jamais bien haut et n'est pas le mobile de la plupart de leurs actes. Ce n'est d'ordinaire ni l'expérience ni le raisonnement qui les dirigent. Ils se comportent à la façon de l'enfant nouveau-né qui a l'instinct de sucer le sein maternel sans savoir qu'il en fera jaillir l'aliment approprié à ses faibles organes digestifs. Chez l'enfant^ l'instinct, qui doit bientôt céder sa place à l'intelligence, ne détermine que des actes très-simples; chez beaucoup d'animaux, l'instinct devient le mobile d'actions variées, combinées avec une science profonde. Il est réellement une providence pour ces êtres aveugles guidés par une Intelligence suprême, connaissant l'avenir aussi bien que le présent.

Les phénomènes instinctifs des Insectes comprennent d'abord des actes individuels assurant la conservation de l'espèce. De ce nombre sont les recherches si complexes des aliments, soit de l'Insecte, soit de sa progéniture. Ainsi les Fourmis savent soigner les Pucerons, dont elles sucent les transsudations sucrées, ^t les transporter de branche en

branche sur les feuilles où ils trouveront la meilleure nourriture. Certains Hyménoptères récoltent exclusivement pour leurs larves des chenilles ou des adultes d'une seule espèce déterminée, et savent les trouver avec une sagacité admirable. Ainsi le Cerceris bupresticida, du midi de la France, s'empare de Coléoptères du genre Bupreste souvent trèsrares, très-difficiles à rencontrer. De même les Sphex chassent aux Insectes, les Pompiles aux Araignées, et, en piquant leur proie et lui inoculant certaine dose de venin, produisent en elle une anestliésie qui la prive de toute force pour résister aux jeunes larves, sans armes aucunes pour l'attaque, de sorte que celles-ci ne cessent de trouver des victimes toujours vivantes, une pâture toujours fraîche. 11 est des Insectes qui dressent les pièges les plus industrieux. Qui ne connaît^ dans les terrains sablonneux exposés au soleil, ces entonnoirs à parois abruptes, formés de grains de sable mouvant, au fond desquels est ■tapie la larve du Fourmilion (Névroptères), à mandibules acérées, ou la larve du Verlion (Diptère), aux mouvements de serpent.

Malheur à l'Insecte étourdi qui s'avoisine sur les bords du trou meurtrier ; il chancelle sur les grains qui se détachent sous lui, et une pluie de sable lancée par la larve perfide l'aveugle, le meurtrit, le précipite au fond. Les larves des Cicindèles creusent de longs trous verticaux où elles demeurent tapies, s'arc-boutant en sorte d'S contre les parois. Leur large tète en ferme l'ouverture, pareille à un pont-levis sur lequel marche l'Insecte sans défiance. Alors, par une brusque bascule, la Cicindèle fait tomber la victime au fond du trou et la dévore. 11 paraît que les larves des grandes espèces de Staphylins se tiennent à demi enterrées dans des trous, se jetant avec impétuosité sur les Insectes qui passent li leur portée. Les femelles des Driles (Coléoptères), aptères et pareilles à des larves, se jettent sur les mollusques du genre Hélix au moment où ces animaux sortent de leur coquille, et les dévorent afin de se loger dans la coquille. Une de leurs espèces, étudiée par M. Lucas, en Algérie, s'attaque aux mollusques terrestres du genre Cyclostome, dont la coquille est bouchée par un opercule qui met l'animal à l'abri de sa voracité. Elle sait guetter et attendre patiemment le moment où le mollusque, sortant d'abord la portion de son large pied charnu qui soutient l'opercule, ait volontairement ouvert la porte de sa coquille à son ennemi. Elle s'élance alors sur lui et s'y cramponne avec ses mandibules, de façon à l'empêcher de refermer la clôture protectrice. D'autres Insectes purement défensifs assurent la conservation de l'individu. Beaucoup de chenilles dites arpenteuses, dressées sur leurs fausses pattes anales, imitent des brins de bois sec et trompent l'œil de leurs ennemis. De même les Phasmes sans ailes , à corps cylinjlrique, les Phyllies, les Ptérochroses (Orthoptères), dans leur longue immobilité, se confondent avec des branches, avec des feuilles vertes ou sèches : les Lasiocampa (Lépidoptères) simulent des paquets de feuilles piortes, etc. Des chenilles, ainsi celle du papillon appelé le Vulcain,

cachent sous des feuilles assemblées par quelques fils soyeux pour échapper aux Ichneumons qui cherchent à déposer leurs œufs sous leur peau; d'autres font sortir des tentacules menaçants ou agitent leur tête entourée d'épines, ou les appendices fourchus de leur extrémité abdominale, pour effrayer leurs ennemis. Il en est de même des Malachies, ou Cocardiers (Coléoptères), qui, lorsqu'on les touche, se bordent de caroncules rouges protractiles. Beaucoup d'Insectes, ainsi les Coccinelles, les Méloés (Coléoptères), les larves de Chrysomèles, etc., laissent suinter de leur corps des liquides acres ou infects. Les Carabes lancent par l'anus de l'acide butyrique; les Fourmis, troublées dans leur fourmilière, émettent une vapeur corrosive d'acide formique ; les Brachines, ou Bombardiers (Coléoptères), éjaculent avec de petites explosions d'acres ■vapeurs, etc. De nombreux Insectes déjouent l'ennemi en se laissant tomber à terre, rentrant leurs pattes sous le corps et faisant le mort: tels sont les Anobkim, les Hister, les Byrrhus (Coléoptères), certaines Noctuelles (Lépidoptères), etc.

L'instinct préside aux merveilles de l'architecture de certains Insectes. Les Fourmis et les Termites sculptent le bois et y creusent des galeries. D'autres Termites savent construire d'énormes monticules en terre gâchée, assez solides, dit-on, pour que les taureaux sauvages montent dessus sans les enfoncer.'Les femelles des Guêpes, les grosses femelles des Bourdons, les seules de l'espèce qui aient passé l'hiver, commencent au printemps, soit en terre ou sous la mousse, soit contre une branche, un nid qu'elles divisent en cellules approvisionnées de miel. Elles y pondent d'abord des œufs d'où naîtront bientôt des neutres, et dès lors la mère se reposera, abandonnant à l'instinct de ses premiers enfants la continuation et l'agrandissement du nid, où elle déposera ensuite des œufs de mâles et de femelles fécondes. La Xylocope, ou Abeille charpentier de Réaumur, creuse dans le vieux bois une longue galerie où elle déposera ses œufs, chacun entouré d'une bouillie mielleuse et séparé des autres par deux compartiments ou planchers de sciure gâchée. L'approvisionnement de chaque cellule est calculé avec une véritable précision mathématique pour nourrir la larve sans aucun excédant inutile, depuis sa sortie de l'œuf jusqu'cà sa transformation en nymphe. Les mêmes précautions sont prises dans le nid de la Mégachile, tube fait de feuilles de Rosier coupées, enroulées et emboîtées en cornets ; dans le tuyau terreux de l'Anthocope, tapissé des pétales écarlates du Coquelicot des moissons, etc. Rien ne peut égaler l'admirable instinct architectural des Abeilles. Elles savent modifier la forme et la grandeur de leurs cellules de cire, et y introduire des pâtées spéciales, -suivant que les œufs qu'y déposera la reine doivent donner naissance à des larves de neutres, de mâles, de femelles. Lorsqu'une ruche manque de larves de reines, les abeilles ouvrières ont l'instinct de changer leurs travaux ordinaires. Elles démolissent les cloisons de plusieurs cellules voisines et construisent une grande cellule royale (cellule royale

artificielle), y laissent une larve de neutre, qui, nourrie avec une pâture spéciale, deviendra une reine par le développement des organes femelles rudimentaires chez les neutres.

Il est, comme on le voit par cet exemple, assez difficile de distinguer dans tous les cas où cessent les actes instinctifs, où commencent les actes intellectuels. Quand nous répétons fréquemment le même acte par la volonté, il finit par se répéter malgré nous par la seule habitude.

Il faut apporter une grande réserve dans l'examen des mœurs des Insectes et une critique sévère des observations, si l'on ne veut pas changer à tort en faits d'intelligence des opérations d'instinct. Ainsi, rapporte Huber fils, des Bourdons qui butinaient dans un champ de haricots ne pouvaient pénétrer dans les fleurs, à base trop resserrée par suite d'un contournement des pétales trop développés ; après des essais infructueux, certains, dil-il, firent un trou extérieur au bas de la fleur, et bientôt tous suivirent cet exemple et purent se repaître de miel. Comme les Bourdons sont des insectes sociaux, il y avait là pour Huber une communication d'idées, ou au moins l'intelligence d'imiter un acte de ses pareils; mais j'ai vu des Xylocopes, insectes solitaires, percer de même la base de la fleur des Pétunias, ce qui prouve dans ce fait uniquement un acte individuel et instinctif.

On ne saurait refuser l'intelligence aux Insectes quand, placés dans des circonstances exceptionnelles, ils savent modifier les inspirations d'un instinct aveugle et les adapter à des conditions nouvelles et imprévues.

Il arrive souvent que les Insectes semblent manifester une sorte de paresse dans l'accomplissement de leurs actes instinctifs en changeant leurs opérations habituelles, de manière à abréger la durée et la rigueur de leur travail. Beaucoup de ces Hyménoptères solitaires, qui creusent des trous en terre, ou bâtissent avec une sorte de mortier pierreux agglutiné par leur salive, recherchent avec prédilection les nids de l'année précédente, construits par des animaux de même espèce, ou même s'emparent de vieux nids d'autres espèces, et y font des changements pour les appropier à leurs larves d'habitudes différentes. Un des plus curieux exemples de cette modification de l'instinct au profit de la fatigue de l'Insecte fut doimé au Muséum par une femelle de Xylocope (Hyménoptère mellifique), qui, trouvant dans un appareil abandonné un tube vertical de cuivre du diamètre habituel de la galerie creusée dans le bois par son espèce, y déposa ses œufs de bas en haut avec la pâtée mielleuse et en les séparant par les compartiments habituels de sciure de bois gâchée. On la voyait entrer et sortir plusieurs fois par jour.

Il faut même remarquer, dans cet exemple si curieux, que la paresse de l'Insecte était en opposition avec le but de la nature ; car les adultes n'auraient pu percer la paroi de cuivre et étaient destinés à périr ou à causer la mort des plus jeunes, si, changeant aussi quelque chose à leur

instinct, ils avaient tenté de sortir à travers les cellules supérieures. La Xylocope, en efTet, dans son nid creusé dans les vieux troncs, courbe la première cellule, celle du bas, contre la paroi ligneuse, afin que l'Insecte qui éclôl le premier puisse sortir par un faible effort et laisser ensuite un passage libre à ses frères plus jeunes des cellules superposées.

11 y a encore d'autres cas où il paraît bien difficile de dénier aux Insectes une véritable intelligence, et où encore ils manifestent un raisonnement quand ils sont placés dans des circonstances accidentelles, inusitées. Nous pouvons citer en ce genre plusieurs faits intéressants observés par Huber sur les Abeilles. Parfois les Abeilles se trompent dans la formation de leurs gâteaux, et des rayons, d'abord dirigés dans des plans obliques, se rencontreraient et se gêneraient. Elles s'en aperçoivent et les détruisent à temps. Huber vit en 1806, à Genève, une grande multiplication de VAcherontia Atropos, énorme Lépidoptère trèsavide de miel, perturbateur des rucbes où il s'introduit. Au bout de quelque temps de résignation, les Abeilles imaginèrent de fermer à la cire les orifices d'entrée de leurs ruches, en ne laissant passage qu'à une seule Abeille à la fois, sans que le gros papillon pût entrer. L'année suivante il y eut peu de ces Sphingides, et les Abeilles refirent de grandes entrées, bien plus commodes pour elles.

Au bout de deux à trois ans, les Acherontia Atropos redevinrent communs, et, cette fois, immédiatement l'entrée des ruches fut de nouveau rétrécie. Les Abeilles conservent la mémoire des localités où ont été leurs ruches, celle des endroits où les plantes leur fournissaient le meilleur butin, et y reviennent alors que la culture est changée. Elles reconnaissent leur ruche au milieu des autres. Un essaim ayant été délogé de dessous les tuiles d'un toit où il trouvait le lieu propice à ses constructions, pendant huit années consécutives il ne sortit pas un essaim de la ruche où avait été placé l'essaim vagabond sans que quelques individus vinssent en éclaireurs reconnaître l'endroit regretté. Ce n'était pas l'effet du hasard, car les essaims des autres ruches ne faisaient rien de pareil. Des Bourdons ne pouvaient travailler dans leur nid branlant que Huber fils avait déposé sur une table. Bien des tentatives furent faites; enfin, quelques-uns sortirent du nid et le calèrent en arc-boutant leurs corps, pendant que d'autres construisaient des piliers de cire. Ces piliers faits, les souteneurs se retirèrent et se réunirent aux autres. Darwin rapporte avoir vu dans son jardin un Sphex s'envolant avec le thorax d'une grosse mouche qu'il venait de dépecer. Le vent qui frappait dans les ailes étendues de ce tronçon inerte le faisait tournoyer et empêchait le Sphex d'avancer avec son fardeau. Il le déposa sur le sol, coupa les deux ailes, cause de son embarras, et reprit commodément son vol, chargé de sa proie. D'après Gledilsch, un crapaud avait été placé en l'air au bout d'un bâton fixé dans le solj afin d'être hors de l'atteinte des Nécrophores, coléoptères qui en-

fouissent les petits cadavres. Ces Insectes creusèrent sous le bâton, le firent tomber, et l'ensevelirent avec le cadavre du crapaud.

Il ne faut cependant pas exagérer ces exemples d'intelligence. Les faits qui précèdent nous paraissent arriver à l'extrême limite des actes intellectuels des Insectes. Nous n'admettons pas, comme on l'a souvent dit, que les Abeilles reconnaissent ceux qui les soignent habituellement et ne les piquent pas. Il y a certaines personnes qui ne peuvent jamais s'approcher des ruches sans danger, ayant sans doute quelque odeur qui déplaît à leurs habitants, car l'odorat est le sens le plus subtil chez les Insectes. On peut, en général, séjourner très-près des Abeilles, pourvu qu'on ne les effraie pas par des mouvements brusques ou des cris, qu'on ne les irrite pas par des odeurs fortes.

On voit souvent les Insectes se rencontrer, se toucher des antennes, des pattes, des palpes. On regarde comme probable qu'ils se communiquent des idées et combinent des actes raisonnes.

Cependant dans bien des tas ils ne font peut-être qu'obéir aux sensations de traces odorantes. Aussi les faits que nous allons signaler laissent dans leur interprétation de grandes incertitudes. Ils nous paraissent toutefois de trop d'intérêt pour les omettre. On cite des Nécrophores, trop faibles pour enterrer un petit cadavre, allant chercher d'autres individus de leur espèce ; des Bousiers se faisant aider de leurs pareils pour retirer la boule de fiente où sont leurs œufs, lorsque, par accident, elle a roulé dans quelque trou.

Les Abeilles, comme on le sait, se troublent lorsqu'elles sont loin de la reine. Réaumur sépara une ruche en deux compartiments par un diaphragme à claire-voie ; la reine se trouva alors d'un côté. Continuellement, de part et d'autre de la claire-voie, étaient pendues des Abeilles se touchant des antennes, et le côté sans reine, constamment rassuré, continua ses travaux. Une cloison opaque fut interposée, et aussitôt le côté sans reine tomba dans la confusion et le désordre.

Ces communications tactiles sont continuelles chez les Fourmis et chez les Termites. Qu'on vienne à troubler en un point la demeure commune, tous s'avertissent du danger ; aussitôt les uns se précipitent à la défense, les autres s'empressent de mettre les larves en sûreté. Franklin ayant chassé toutes les Fourmis qui avaient envahi un pot de confitures, une seule exceptée, suspendit ce pot au plafond par une ficelle. La Fourmi remonta le long de cette ficelle et alla chercher les autres, qui, guidées par elle, descendirent par le même chemin. Des Fourmis ayant été renfermées dans une boîte, l'une d'elles, ayant trouvé une fente pour sortir, alla avertir ses compagnes à coups d'antennes et les fit sortir également.

On peut rapporter à la sollicitation d'émanations odorantes l'explication de certains actes qui exigeraient sans cela un raisonnement bien compliqué et peu probable chez des animaux notablement éloignés de l'homme. On a vu parfois des Fourmis se laisser tomber verticalement

du plafond dans des matières sucrées, qu'elles aiment beaucoup, et qui avaient été isolées du plancher au moyen de supports entourés d'eau, pour les soustraire à leur voracité. Le fait est plus commun encore pour les Punaises domestiques, fléau des maisons mal tenues. Elles se laissent tomber la nuit sur les lits dans lesquels on est couché, et qu'on a cru mettre à l'abri de leurs atteintes en les amenant au milieu de la chambre et en faisant plonger leurs pieds dans des vases d'eau.

« En présence de faits tellement significatifs et nombreux, on doit s'étonner, dit un de nos plus éminents naturalistes, qu'il puisse se trouver encore des hommes qui viennent nous dire que toutes les merveilles de la nature sont de purs effets du hasard, ou bien des conséquences forcées des propriétés générales de la matière, de cette matière qui forme la substance du bois ou la substance d'une pierre; que les instincts de l'Abeille, de même que les conceptions les plus élevées du génie de l'homme, sont de simples résultats du jeu de ces forces physiques ou chimiques, qui déterminent la congélation de l'eau, la combustion du charbon, ou la chute des corps. Ces vaines hypothèses, ou plutôt ces aberrations de l'esprit qu'on déguise parfois sous le nom de science positive, sont repoussées par la vraie science ; les naturalistes ne sauraient y croire, et aujourd'hui, comme du temps de Réaumur, de Linné, de Cuvier et de tant d'autres hommes de génie, ils ne peuvent se rendre compte des phénomènes dont ils sont témoins qu'en attribuant les œuvres de la création à l'action d'un créateur (1). »

§ V. — Chasse et conservation.

L'étude des Insectes offre tant d'attraits, qu'on est bientôt amené à l'idée de récolter ces petits êtres qui étincellent sur les feuilles et les fleurs, ou passent devant nos yeux dans leurs rapides évolutions aériennes. Il n'est pas de localité, si froide et si aride qu'elle, soit qui ne nous offre des Insectes. On les rencontre sur les plus hautes montagnes, à la limite des neiges éternelles; le Spitzberg lui-même, où l'homme ne peut résider que quelques semaines aux risques des plus grands périls, nous offre quelques représentants des Hyménoptères, des Névroptères et des Diptères ; les sables calcinés des déserts de l'Asie centrale et du Sahara, les icirains salés des rives persanes de la mer Caspienne et de certains plateaux du haut Mexique, ne sont pas absolument dépourvus de quelques Coléoptères et Orthoptères dont la nourriture est un problème. Aussi nous ne pouvons pas, dans une étude générale, nous occuper avec grand détail des localités de la récolte des Insectes, puisque, dans toutes les saisons de l'année, l'air, les eaux salëes, les eaux douces, le sol, les végétaux, les débris animaux et même les animaux vivants doivent être soumis aux investigations. C'est dans l'étude particulière des genres que nous aurons principalement

(1) Milne Edwards, conférence faite à la Sorbonne en décembre 186/1.

à indiquer avec soin les moyens de se procurer les principales espèces, l'époque et le lieu de leur apparition.

Pour récolter les Insectes, il faut nous aider d'instruments, véritables armes pacifiques de la science. Nous devons, en outre, conserver ces petits êtres à l'abri de la destruction, dans les poses qui permettront le mieux l'étude de leurs caractères, c'est-à-dire établir des collections. Ici les moyens sont généraux et communs, sinon à tous les Insectes, du moins à de grands groupes; les faire connaître rentre donc dans le plan d'une introduction à l'entomologie.

Nous devons d'abord donner quelques notions très-brèves sur les divers instruments nécessaires pour récolter avec succès et sans altérations les Insectes. Les plus importants sont les filets. Ils sont de deux sortes, à ouverture habituellement circulaire , formée par un anneau de fer, à deux ou à quatre brisures, adapté à volonté au moyen d'une vis de pression à un manche de faible poids, d'un mètre à un mètre et demi de longueur. L'un des filets (fig. 6) est de tissu léger, gaze, tulle, crêpe, etc., et sert à capturer les Insectes qui volent ou qui sont posés sur les fleurs ou sur les extrémités des rameaux. L'autre filet, dit fauchoir, offre un cercle de fer plus épais et un manche solide. 11 est de canevas, de grosse toile. Le plus souvent on s'en sert pour faucher, c'està-dire abattre et ramasser les sommités des végétaux des prairies, des petites broussailles. En examinant ensuite avec soin la masse végétale, on y rencontre une foule d'Insectes. Ce moyen de chasse peut s'employer pour tous les Insectes, à l'exception des Névroptères et Lépidoptères, dont les ailes délicates seraient altérées. Le filet précédent, avec lequel on ne capture qu'un Insecte à la fois, peut servir pour tous les ordres d'Insectes. Le filet de grosse toile est en usage aussi pour la pèche des Insectes aquatiques, soit dans les eaux courantes, soit dans la vase. Dans ce dernier cas, on étale cette vase, au sortir du filet, sur une nappe, et l'on y recherche les Insectes, ou les nymphes ou les larves. On se sert quelquefois d'un filet pour y faire tom-

FiG. 6. — Filet destiné à capturer les Insectes isolés, au vol ou au repos.

ber les Insectes nombreux qu'on aperçoit au repos sur le tronc des arbres, et qui échappent presque toujours si l'on veut les piquer sur place ou les saisir à la main. Pour cet usage, on fera bien de donner à ce filet un orifice d'une forme spéciale. Le cadre de fer présente trois côtés linéaires, rectangulaires, et le quatrième extérieurement concave pour s'appliquer exactement contre le tronc de l'arbre. Un filet dont le cadre sera entièrement rectangulaire est commode pour ce même genre de chasser contre les rochers ou contre les murs. On peut aussi très-avantageusement employer une baleine bien flexible pour former le cadre du filet. En appuyant ce cadre élastique, soit contre un tronc d'arbre, soit contre une paroi de muraille ou de rocher, au moyen du manche placé perpendiculairement à l'obstacle, on force ainsi le cadre à suivre exactement le contour de la surface, ronde ou plane, sur laquelle est posé l'Insecte qu'il faut faire tomber dans le filet.

Enfin on se sert encore, pour terminer ce qui a rapport aux filets, de la pince à raquettes (fig. 7). C'est un fer à friser dont on retranche les masses

FiG. 7. — Pince à raquettes, destinée surtout aux Hyménoptères à aiguillon.

et auquel on soude deux anneaux métalliques, ovales ou rectangles, de 12 à IZi centimètres de long sur 8 ou 10 de large. On garnit chacun de ces anneaux avec de la toile métallique très-fine, ou mieux encore avec du tulle ou du crêpe non apprêté. Cette garniture devra être bordée d'un ruban de fil ou de soie. Ce petit appareil s'emploie pour saisir sur les fleurs les Hyménoptères, et pour pouvoir ainsi les piquer en les tenant serrés entre les deux réseaux, sans craindre leur cruel aiguillon. On s'en sert aussi pour prendre les Microlépidoptères, dont les écailles des ailes tiennent très-peu et se détachent au moindre froissement dans le filet ordinaire.

Il est rare qu'on puisse tuer entre les doigts, sans les altérer, les Insectes petits et à ailes délicates. U 'faut, d'autre part, qu'ils soient

morts pour qu'on puisse les piquer sans qu'ils se débattent et s'altùrent. Lin très-bon moyen est de les faire tomber dans un flacon dont le bouchon de liège porte à l'intérieur un tampon de coton imprégné de chloroforme ou de sulfure de carbone. En peu d'instants, l'Insecte est tué ou fortement engourdi. Avec un peu de cyanure de potassium, maintenu dans le bouchon par un morceau d'étoffe, ou fixé au fond du flacon sous un papier percé de trous d'épingle, l'effet est instantané et foudroyant.

On emporte à la chasse des flacons remplis de rognures de papier ou de grosse sciure de bois, avec quelques gouttes de benzine, d'essence de térébenthine ou d'éther, et l'on y jette les Insectes vivants non altérables, comme les Coléoptères, les Hémiptères, les Orthoptères, certains Diptères. On met dans l'alcool affaibli les Coléoptères retirés des matières putréfiées ou stercoraires ; ils sont ainsi tués et nettoyés. Puis on les retire et on les laisse sécher avant de les enfermer en collection. L'alcool affaibli sert encore à recueillir certains Insectes à corps trèsmou, des larves, etc.

FiG. 8. — Écorçoir destiné à soulever les écorces ou à fouiller la terre.

Pour obtenir les Insectes qui se cachent sous les écorces, on fait usage de Vécorçoir (fig. 8), morceau d'acier en forme de losange fortement emmanché, et qui détache facilement les écorces. On s'en sert aussi pour remuer les pierres sous lesquelles se cachent beaucoup d'Insectes et pour fouiller le sol et déterrer les chrysalides.

On doit emporter aussi des pinces de divers calibres, dites brucelles, servant à saisir les Insectes qui peuvent glisser entre les doigts, ou faire des morsures, ou enfin ceux qui sont cachés entre des fissures étroites.

Certains Insectes de divers ordres vivent parasites dans les fourmilières, dans les guêpiers. On se sert, pour les recueillir, d'un tamis dont les mailles les laissent passer, tandis que les Fourmis sont arrêtées, ces Insectes des fourmilières étant en général très-petits. Quant aux parasites des guêpiers, il faut asphyxier les Guêpes avec l'acide sulfureux, produit par une mèche soufrée, ou la fumée de la poudre, ou la benzine, etc.

Pour récolter les larves, et en particulier les chenilles, on se sert souvent d'une nappe blanche au-dessus de laquelle on secoue les branches des arbres. C'est aussi sur la nappe qu'on jette la vase remplie d'Insectes aquatiques. On emploie encore pour les chenilles, amassées

dans les feuilles sèches, un parapluie doublé de blanc et fiché en terre, renversé par l'extrémité du manche. On le remplit de feuilles sèches, on le secoue vivement en tournant : les chenilles, plus lourdes, se séparent des feuilles sèches et viennent se déposer dans la partie centrale du parapluie. Les explorateurs des feuilles sèches, soit pour les chenilles qu'elles contiennent, soit pour de nombreux Insectes adultes qui s'y trouvent engourdis, font encore usage d'un filet de ficelles, à larges mailles, d'environ un centimètre carré. Ce filet est une sorte de sac cylindrique, de la forme des tambours à prendre le poisson, fermé à une extrémité et d'environ un mètre de long. On introduit les feuilles par l'orifice et on le maintient élargi au moyen de deux cercles parallèles de baleine de 2 à 3 décimètres de diamètre. On le saisit fortement aux deux bouts et on le secoue au-dessus de la nappe. Les chenilles et les Insectes tombent à travers les mailles.

Pour secouer les arbres et faire tomber sur le sol ou sur la nappe, ou dans le parapluie étalé, les chenilles et les Insectes endormis qui y sont posés, on se sert du maillet ou mailloche (fig. 9). C'est une masse de bois, de forme cylindrique, dans l'intérieur de laquelle a été coulé environ

Fig. 9. — Mailloche pour imprimer aux branches une secousse brusque qui fait tomber les Insectes.

un kilogramme de plomb. Toute la surface extérieure du cylindre est ensuite garnie de liège, ou de caoutchouc, ou de gulta-percha, le tout recouvert enfin de cuir de buffle. Un manche assez fort, rond et lisse, est adapté au cylindre principal. La garniture molle est destinée à assourdir les coups du maillet, et surtout à empêcher les blessures aux arbres par déchirure de.l'écorce. On ne doit, pour ce motif, employer le maillet qu'avec précaution, Il est très-utile au commencement du printemps et à la fin de l'automne, alors que, par l'abaissement de la température, les insectes, profondément engourdis, tiennent avec force aux branches des arbres.

Pour emporter les Insectes récoltés, on fait usage de divers ustensiles. Si les Insectes doivent être piqués immédiatement, ce qui a lieu pcrur ceux dont les ailes sont garnies d'écaillés ou délicates, comme les Lépidoptères, la majeure partie des Névroptères, des Hyménoptères et des Diptères, on se munit d'une boîte de chasse (fig. 10), boîte rectangulaire', de bois léger ou de fer-blanc, à fond doublé de liège ou de moelle d'agave. Nous représentons un bon modèle de boîte de chasse, avec un compar-

timent séparé, muni de trous à air, et d'un registre pour introduire les Insectes sans ouvrir la boîte. Il permet de rapporter à la fois des sujets piqués et des insectes ou des larves à l'état vivant, entourés d'herbe ou de mousse.

FiG. 10. ^ Boîte de chasse pour Insectes piqués et Insectes vivants.

Le plus souvent les chenilles, les larves, nymphes ou chrysalides qu'on veut emporter vivantes, se placent dans des boites dites à chenilles (fig. 11), de fer-blanc, oblongues, percées de trous d'aérage, et offrant

FiG. 11. — Boîte à chenilles.

au couvercle un petit opercule, séparément mobile, par lequel on introduit chaque larve isolément. Les herbes, la mousse, placées dans ces boîtes, conservent longtemps leur fraîcheur. Les Coléoptères, les Hémiptères, les Orthoptères, se déposent dans des flacons remplis de rognures de papier ou de sciure de bois, avec une substance anesthésique. Les

Insectes délicats dé ces ordres doivent ôtre ou piqués, ou placés à part, chacun dans un petit tube de verre fermé par un bouchon.

Il est très-important, pour le chasseur d'Insectes qui fait des voyages de recherche de plusieurs mois, d'emmener avec lui le moins de bagage possible, surtout quand il doit circuler à pied, le sac au dos. Certains procédés de conservation provisoire permettent de rapporter bien intacts un nombre considérable d'Insectes, auxquels on fera subir ensuite à loisir, après le triage, la dernière préparation pour la mise en collection. La plus grande partie des Coléoptères, les Orthoptères, les Diptères, Hyménoptères et Névroptères, c'est-à-dire des Insectes à ailes lisses, seront placés chaque soir, au sortir du flacon de chasse à fines rognures de papier, dans de petites boîtes de carton, et en groupant dans la même boîte les sujets de taille analogue. Ces boîtes contiennent de la sciure de bois blanc, non résineux, tamisée et vannée, de moyenne grosseur, très-propre. Quand on garde trop longtemps les Insectes, surtout les Coléoptères et Orthoptères, dans le flacon de chasse, ils s'altèrent et se corrompent. 11 en est dont les couleurs changent : ainsi, dans le flacon benzine, les Nécrophores à belles bandes jaunes ne tardent pas à devenir d'un fauve sale; en outre, le séjour trop prolongé dans la vapeur de chloroforme, et surtout de benzine, rend les Insectes cassants. Si l'on pique les Insectes trop frais en boîte fermée, outre la place énorme qu'exige ce moyen, on les voit moisir et acquérir une odeur infecte. Dans la sciure, ils n'ont pas d'odeur. Pour les Coléoptères à téguments épais et durs comme les Ténébrioniens, et pour les gros Orthoptères, on les disposera en couches alternes avec de la sciure dans une boîte de fer-blanc, le tout étant imbibé d'alcool, sans que le liquide surnage, et bouché. Les Insectes alcoolisés gardent une odeur particulière. Il ne faut pas mettre de Carabes dans cette boîle, car l'alcool frippe leurs antennes. Seuls, certains Coléoptères à enduit {Lixus, etc.), ou à poils très-fins ou à écailles (des Lamellicornes, des Charançons), doivent être piqués dans une boîte à fond de liège. Il y a quelques Hyménoptères à poils brillants et tous les Lépidoptères qu'on doit mettre isolément en papillotes, celles-ci en boîte avec coton intercalé. Quelques Lépidoptères nocturnes, des Phalénides surtout, à couleur d'un vert très-tendre, sont altérés au ramollissage, opération qui sera expliquée plus loin. 11 faut étaler les sujets frais, et avoir à cet effet quelques étaloirs fixés à demeure dans une boîte. On y laisse ces Insectes, ou on les place en boîte avec un peu d'ouate divisée sous chacun. Au retour du voyage, tous les Insectes qui doivent avoir les ailes étendues sont soumis au ramollissage. Il faut bien se garder d'exécuter cette opération dans les grandes chaleurs, car les sujets se couvrent de moisissures avant même d'être à demi mous. Quant aux Insectes trèspetits, ou à duvet cireux, ou à filaments très-déliés, chacun sera mis dans un petit tube de verre, avec de légers brins d'ouate, si les Insectes n'ont pas d'appendices très-grêles.

Les épingles dont on se sert pour piquer les Insectes sont habituellement de laiton étamé, parfois d'acier peu trempé. Leur fabrication est spéciale. Celles d'Allemagne sont avec raison les plus estimées. On trouve dans ce pays des épingles dorées, afin de prévenir l'altération par les graisses des Insectes, qui s'acidifient à l'air et forment avec l'oxyde de cuivre un composé vert dont le gonflement fait éclater le corps des petits Insectes. On a aussi imaginé des épingles à deux pointes pour piquer les très-petits Insectes, les Microlépidoptéres surtout, qui se renversent sur le dos dans la main qui les reçoit. Ils s'altèrent souvent en les retournant entre les doigts pour les piquer avec l'épingle ordinaire, et cet inconvénient n'a pas lieu avec l'épingle à deux pointes. Les épingles ont divers numéros correspondant à plusieurs diamètres appropriés aux dimensions variées des Insectes.

Pendant la chasse, on doit avoir les épingles fixées dans une pelote qu'on porte attachée au cou ou à la boutonnière par un cordon. Le modèle de pelote aplatie que nous figurons est fort commode (fig. 12). Il ofTre des numéros correspondant à ceux des épingles les plus employées, et, suivant la grosseur de l'Insecte qu'on vient de récolter, on trouve ainsi, immédiatement et sans perdre de temps, l'épingle qui convient.

Pour enfoncer les fines épingles dans le liège, on les saisit, au-dessous du corps de l'Insecte, près de la pointe, avec une brucelle cà extrémités mousses et cannelées intérieurement.

Il y a de tiès-petits Insectes qui ne peuvent être piqués. On

les colle avec un peu de gomme, additionnée de sucre et d'un peu de sublimé corrosif, au sommet d'un étroit morceau de papier coupé en triangle et enfilé à l'épingle. 11 est encore préférable de coller l'Insecte sur une paillette de mica, ou sur une Irès-mince lame de verre portant, fixée sur un bord, une bande de fort papier qu'on perce de l'épingle. Les plus petits Insectes prennent ainsi leur rang dans la collection à la place voulue par la méthode de classification.

Dans un excellent travail du docteur Laboulbène (1), nous trouvons des indications nouvelles et très-peu connues en France sur la préparation des très-petits Insectes de tous les ordres. INous les résumerons au risque de quelques redites.

Les jeunes entomologistes dédaignent ces fail)les èfres et ne jeKeiil

Fig. 12. — Pelote île chasse.

fl) Ann. Soc. entom. de France, 1866, p. ÔSI.

pas sur eux leurs regards. Plus tard, plus instruits, ils comprennent que ces animalcules doivent prendre leur place dans la collection, si l'on veut que celle-ci ait une valeur scientifique. Il est peu de familles, en effet, qui n'offrent des représentants de très-minime taille, et dont l'absence laisse une lacune fâcheuse dans la série des types spécifiques, peut amener de fauv rapprochements ou supprimer des passages.

Ou bien on colle ces petits Insectes, ou bien on les fixe à des tiges métalliques appropriées à leur délicatesse.

Le mica a eu beaucoup de vogue pour le collage. Il est livré en lamelles minces, carrées, ayant chacune un petit liséré de papier vert auquel on adapte l'épingle qui doit être piquée dans la boîte; mais l'Insecte se colle mal, le mica transparent et miroitant ne fait pas ressortir l'Insecte, et permet très-mal l'observation à la loupe, soit audessus, soit au-dessous. On a préféré de petits rectangles ou de petits triangles de papier blanc, épais, non glacé. On colle plusieurs petits Insectes de la même espèce l'un près de l'autre, l'un montrant le dessus, un autre le dessous, un autre le profil. On choisit plutôt le rectangle, qui permet, sans accident pour l'Insecte, un léger choc ou même une chute de l'épingle fixée au papier ; l'Insecte collé à la pointe du triangle est plus visible en dessous et de côlé, mais se détache trop aisément. On se sert, pour coller le petit Insecte sur le carton, ou d'une solution dans l'eau de gomme arabique avec le cinquième en poids de sucre candi et quelques centièmes de sublimé corrosif, ou de gélatine liquide à froid. Ces substances ont l'avantage de se ramollir à l'eau et de permettre de décoller l'Insecte, Il n'en est pas de même du vernis de gomme-laque dans l'alcool, que l'on emploie très-souvent pour recoller les appendices détachés des Insectes secs : il se dessèche rapidement et ne peut se ramollir.

Le mieux, quand on veut bien voir de tous côtés les très-petits Insectes, est de les adapter à de fins fils métalliques. Cela est surtout nécessaire pour les Insectes poilus ou bien à ailes délicates ou poussiéreuses, comme les Microhyménoptères et Microlépidoptères, car les poils, les écailles ou les ailes s'empâtent et se déforment dans les substances agglutinantes sur carton. On s'est servi d'épingles entomologiques très-fines, du n° 0. Elles sont pleines d'inconvénients; surtout avec les Microlépidoptères à corps très -graisseux, comme tous les Insectes dont les larves vivent à l'intérieur des tissus végétaux ; elles donnent 'un dépôt vert de sels gras cuivreux, se dilatant et faisant éclater le petit Insecte, ou le recouvrant au point de le masquer ; en outre, elles sont très-flexibles et vacillanles, et l'on a beaucoup de peine, avec des pinces courbes, à enfoncer ou à retirer du fond de liège de la boîte ces tiges filiformes, sans les tordre ou les plier, au grand préjudice du trébuchant Insecte qu'elles portent; enfin, elles sont trop grosses pour de minuscules espèces.

Les entomologistes lyonnais se servent d'un fil de fer, à la pointe du-

quel est adapté le petit Insecte. Le fer s'obtient en fil à tous les degrés de ténuité ; mais il se rouille, devient très-cassant et très-difficile à faire tenir dans le liège.

Le problème a été enfin résolu parfaitement par les entomologistes (le l'Allemagne, en fixant les petits Insectes par des fils métalli(}ues courts. On se sert de fils de passementerie qui se vendent enroulés sur bobine de bois. Ils sont ou d'argent, et alors un peu mous, ou de cuivre argenté, et ont alors l'inconvénient d'être altérables. Le mieux paraît être le fil de platine, qu'on prépare de toute grosseur, qui est dur et inaltérable. On coupe sous la loupe fixe un bout de fil d'environ un centimètre par Insecte, en ayant soin de donner le coup de ciseaux

FiG. 13. — Divers procédés pour piquer les petits Insectes : cartons, fils coupés, piquage sous la loupe.

Irès-obliquenjent à l'axe du fil, afin d'avoir chaque extrémité très-pointue. Le petit Insecte est renversé sur le dos, dans la main ou sur le papier, ou, mieux encore , dans un petit sillon creusé dans un bloc de moelle végétale (fig. 13). On tient le fil bien serré dans une pince, et, sous la loupe cà pied, comme celle des horlogers, on enfonce une des pointes entre les pattes. On la fait ressortir par le dos d'environ un millimètre, ou bien, si le dos a des sculptures spécifiques, on ne la laisse pas sortir. Pour les Microlépidoptères, on étale leurs ailes dans cette position en les appliquant sur la moelle, de chaque côté du sillon, avec de petits carreaux de verre. Puis on retourne l'Insecte, en saisissant à la pinee le bout du fil qui passe entre les pattes; on le pique sur un petit parallélipipôde de moelle. Celui-ci est ensuite percé avec une épingle de support, comme les petits cartons. L'Insecte se voit ainsi très-bien en dessus et en dessous. Les morceaux de moelle sont pris dans les tiges

FiG. 14. — Microlépidoptère très-grossi, piqué sur le billot de moelle, le dos dans la rainure.

moyennes du grand Heiianthus, ou dans les grosses tiges du Solidago virgaurea, ou enfin dans les tiges de sureau: celte derniO-re moelle étant moins blanche que les précédentes. La figure ià fera bien comprendre le mécanisme de la petite opération, qui devient facile avec de l'habitude.

La manière de piquer les Insectes est loin d'être indifférente. Il y a des conventions à cet égard entre les entomologistes qu'on est tenu de respecter pour qu'un Insecte puisse être accepté en collection et passer immédiatement d'une collection à l'autre. Un Insecte mal piqué doit être ramolli et piqué de nouveau, ce qui expose à des accidents et peut le détériorer.

Pour les Coléoptères, l'épingle est adaptée vers le haut de l'élytre droite ; les autres Insectes la présentent traversant le milieu de leur thorax. On doit avoir soin de placer tous les Insectes à la même hauteur, afin de donner plus d'uniformité au coup d'œil de la collection, et d'éviter les dépiquages lors des échanges d'une collection à une autre. En général, on étale perpendiculairement au corps les ailes des Insectes, sauf pour les Coléoptères et pour les Hémiptères hétéroptères. Ici encore il est bon de convenir d'une règle commune. Le corps de l'Insecte est disposé dans la rainure médiane de Vétaloir. On nomme ainsi une P'.anchette de bois tendre, sapin ou bois blanc, présentant au milieu une fente longitudinale, variant suivant les largeurs des corps, et les deux moitiés légèrement déclives vers la rainure. Le fond de celle-ci offre une bande. d'agave ou d'aloès pour enfoncer l'épingle. Le corps de l'Insecte doit être entièrement contenu dans la rainure. Les ailes, appuyées sur les planchettes latérales, sont maintenues horizontales de chaque côté, au moyen de bandes de papier fixées par des épingles à grosse tête, commode pour appuyer (fig. 15), Certains amateurs anglais se servent, pour disposer les ailes des Insectes, d'étaloirs à planchettes convexes et déclives de la rainure, où est le corps de l'Insecte, à'I'extérieur. Ils donnent ainsi aux ailes une forme bombée en dessus, qui n'est aucunement naturelle, II en résulte une flexion forcée des nervures ; le principal inconvénient de cette mode, c'est qu'il devient ensuite presque impossible, après le ramollissement, de ramener les ailes à la forme plane. Elles tendent au contraire alors à se redresser concaves en dessus, par une flexion inverse des nervures. Pour les petits

Insectes, ;'i ailes très-délicates, ou PC sert de lames de cristal bien poli, qui pressent de leur poids sur les ailes et ne peuvent enlever les fines écailles que détacheraient les aspérités et les pe lits frottements inévitables du papier. Il faut de bons yeux, de l'adresse pour bien étaler. On doit être assis, l'étaloir devant soi, sur une table solidement calée, en franche lumière. Une mince aiguille d'acier, emmanchée dans un porte-aiguille , comme pour les fines dissections, sert à amener les ailes en bonne place, sans aucun repli sous le papier, qui persisterait après leur dessiccation. Afin d'avoir un mode d'étalage uniforme, permettant de transporter les sujets dans toutes les collections, on est dans l'usage de placer l'aile supérieure de telle sorte que son bord inférieur forme un angle droit avec le corps de l'Insecte. L'aile inférieure, si elle existe, est alors ramenée, soit artificiellement, soit par ses attaches naturelles, de manière que son bord supérieui' touche, sans être recouvert, le bord inférieur de l'autre aile.

De cette façon, aucun détail de forme ou de couleur des deux ailes n'échappera à l'observateur. Il faut maintenir les pattes avec des épingles en position naturelle, les empêcher de se relever, de s'intercaler entre les ailes. La tête doit être maintenue relevée, ainsi que l'abdomen, alin que ces deux régions soient en ligne droite avec le thorax.

On se trouvera très-bien de l'em-

FiG. 15. — Étaloir avec Insectes de divers ordres, bandes de papier ordinaire et de papier végétal.

1 3h INTRODUCTION

ploi des bandes de papier végétal pour maintenir les ailes, sa transparence permetiant de bien voir la position qu'on leur donne.

En Angleterre, l'usage a introduit chez les amateurs un mode d'étalage très-défectueux. Le corps et les pattes des Insectes portent sur le fond de la boîte, et les ailes, dans les groupes où elles sont étalées, au lieu d'être, avec l'axe du corps, dans un môme plan, sont un peu inclinées en toit, dont le corps forme l'arête saillante, et leurs bords touchent le plan de position. De cette manière il est fort difficile de ne pas briser quelque membre quand on enlève ou quand on replace l'Insecte ; et, de plus, on ne voit que fort difficilement les ravages des Dermestides ou des Teignes, la poussière causée par les larves dévastatrices étant cachée par le corps et les ailes de l'Insecte. Toutefois, comme il faut respecter les habitudes de chacun, nous engagerons à préparer à l'anglaise les Insectes qu'on voudra échanger avec les collectionneurs des îles Britanniques.

Il arrive souvent que des Insectes, provenant de localités éloignées, nous parviennent non étalés et secs, soit déjà piqués, soit plies dans une papillote, soit mêûie entre les feuillets d'un livre. Pour les mettre en collection, il faut commencer par les ramollir. On les place à cet eifet sur du sable mouillé, recouvert d'une cloche dont l'air se sature d'humidité. Quand les articulations de l'Insecte sont devenues flexibles, il est porté à l'étaloir. Si quelques parcelles de moisissure se sont développées, on a soin de les enlever au moyen d'un pinceau imprégné d'alcool concentré. II y a certains Insectes lépidoptères^ à couleur d'un vert tendre, qui sont altérés dans leur teinte par l'action de la vapeur d'eau du ramollissoir. Il est indispensable, pour ces quelques espèces, de faire l'étalage sur le frais, ainsi que nous l'avons déjà dit. Les Insectes doivent rester à l'étaloir pendant un temps variable. Pour ceux dont le corps est volumineux, deux à trois semaines passées dans une armoire sèche ne sont pas une trop longue durée, si l'on veut que les ailes ne fléchissent pas lorsque l'Insecte sera placé en collection. Quand les Insectes étalés proviennent de sujets secs soumis au ramollissement, leur nouvelle dessiccation est prompte, et une semaine suffît amplement à leur séjour sur l'étaloir. Comme nous l'avons déjà dit, il ne faut pas mettre les Insectes au ramollissoir dans les grandes chaleurs, car ils moisissent.

Il existe pour certains Insectes, principalement pour les mâles de divers genres de Lépidoptères, une propriété très-fâcheuse. La graisse contenue tians le corps gagne peu à peu la sul-face des anneaux du corps et celle des ailes, et toutes. les couleurs sont altérées de la manière la plus grave. Cet effet est impossible à éviter pour les espèces dont la chenille vit cachée dans l'intérieur des figes ou de diverses substances. Le moyen de rétablir les couleurs d'un Insecte tourné au (jras est le suivant : on le place sur un lit de terre de Sommières, finement pulvérisée, après l'avoir mouillé de benzine, et l'on met au-dessus une

couche légère de cette môme terre; au bout de deux à trois jours toute la graisse est absorbée et l'Insecte a repris son éclat naturel. Mais malheureusement il arrive presque toujours qu'il se graisse de nouveau au bout d'un certain temps. Quelques amateurs vident par-dessous l'abdomen des Insectes ainsi chargés de graisse, et introduisent à la place des organes retirés du coton imprégné de savon arsenical. La substance introduite ainsi absorbe le peu de graisse qui reste, et le poison sert en outre de préservatif contre les Insectes destructeurs. Seulement cette opération est assez délicate et exige des sujets d'une taille suffisamment grande.

Quand les Insectes sont secs , on est exposé fréquemment à leur casser, en les maniant, quelque appendice, aile, patte ou antenne. On les recolle facilement en saisissant l'organe tombé avec une petite pince, et déposant, au point où l'on doit le rajuster, avec une pointe ou un fin pinceau, un globule de gomme laque dissoute dans l'alcool ou de colle forte liquide. Très-souvent on se contente de gomme arabique en sirop très-concentré dans l'eau ; mais elle a peu de ténacité et se moisit très-facilement.

On emploie pour les collections des cadres vitrés ou des boîtes de carton rectangulaires, dont le fond est formé d'une planche de liège ou d'aloès recouverte de papier blanc ; ils doivent avoir une épaisseur proportionnée à la longueur des épingles entomologiques. On construit maintenant des boîtes de carton à gorge garnie à l'intérieur de velours de coton, de manière à donner par pression une fermeture très-hermétique contre les Insectes destructeurs. On range les Insectes en lignes parallèles, en intercalant les étiquettes. Un très-bon système, qui permet d'examiner les dessus et les dessous des sujets, sans avoir besoin d'ouvrir le cadre et de dépiquer, est celui adopté par beaucoup d'amateurs en Allemagne, cette terre classique de l'entomologie. Les cadres ont le fond vitré comme le dessus, les épingles sont adaptées sur des minces bandes de liège ou d'aloès.

Il est très-bon d'écrire sur les étiquettes, outre les noms générique et spécifique, l'indication de variété ou d'aberration, et la localité, si intéressante pour la distribution géographique dés Insectes. La couleur du fond des étiquettes peut servir à designer de grands centres géographiques, ou bien celle des paillettes, portant en dessous un numéro de catalogue, enfilées à l'épingle. Ainsi , dans la collection du Muséum, la couleur blanche désigne l'Europe, la couleur jaune l'Asie et les îles Sondaïques, la couleur bleue l'Afrique, verte l'Amérique et rose l'Australie. Le môme procédé sera avantageux pour les collections d'un pays , ainsi la France, en désignant les bassins géographiques par des couleurs de convention distinctes. On peut encore, sous un autre point de vue, marquer les espèces de montagnes, ou celles de plaines, de bois, de marécages, etc. La différence de couleur donne une première impression générale pour la répartition géographique et l'habitat des espèces de chaque genre , mais il est bon, en outre, d'inscrire ces notions sur

l'étiquette. L'étiquetage exact est d'une haute importance pour les collections, et augmente ainsi singulièrement leur valeur- La classification d'une collection est subordonnée, pour le détail, aux divers points de vue de l'amateur, et les modèles d'étiquette varient en conséquence. Pour éviter de fastidieuses répétitions d'écritures, on indique par une seule étiquette générale l'ordre et le sous-ordre, s'il y a lieu, la famille, la tribu, la division, avec le nom d'auteur à côté. Le mieux est de se servir des noms latins. Ainsi ;

Lepidoptera, Limi.

Aclialiuoptera, Blanch, Rhopalocera, Dum.

Eiicinii, BlancJi.

Lycenitœ, Dup.

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