‹ Les insectes (volume 2)Chapitre 8 sur 53 · ANATOMIE ET PATHOLOGIE. — TÉGUMENTS ET MUSCLES · texte numérisé non relu

ANATOMIE ET PATHOLOGIE. — TÉGUMENTS ET MUSCLES

que possible de termes techniques qui compliquent trop une étude élémentaire de cette difficile question, les trois régions des Insectes et leurs appendices ; mais, auparavant, nous devons donner une idée générale de la manière dont les anneaux du corps sont articulés les uns aux autres, de leur jeu réciproque par l'action des musles qui s'y insèrent intérieurement, et ajouter quelques notions très-succinctes sur ces muscles. Les appendices, tendant à répéter la forme générale du corps, offrent des fails analogues sous ce rapport. Le système musculaire est très-développé et très-puissant chez les Inseetes. Ainsi des mouches suivent les trains de chemin de fer à grande vitesse, en tournoyant, allant et venant : ce qui indique une excessive vélocité. Le thorax surtout, qui porte chez l'adulte les appendices les plus développés, est presque entièrement rempli de muscles. Ce sont des faisceaux de fibres droites, striées, agglutinées les unes contre les autres, avec une gaîne ou aponévrose très-fine pour les différents muscles. Les muscles sont plus nombreux chez l'adulte que chez la larve, qui est toujours moins mobile : leur nombre augmente par dédoublement de faisceaux. On tomberait au reste dans une erreur énorme au sujet de la quantité de muscles des Insectes, si l'on admettait l'évaluation de Lyonnet, dans son célèbre travail anatomique siirla Chenille du saule (Cossus ligniperda, Lépidoptères), où il trouve ù061 muscles. Les aponévroses très-délicates s'étaient rompues, et Lyonnet comptait à tort comme des muscles les fibres élémentaires facilement séparables. Au reste, on n'est pas même d'accord sur le nombre exact des muscles chez l'homme, vu les partages incomplets de certains faisceaux de fibres musculaires ; de sorte qu'on doute s'il y a un ou plusieurs muscles. Les faisceaux mal divisés sont fréquents chez les Insectes : delà une très-grande difficulté pour compter exactement les muscles. L'étude des mouvements des pièces est peut-être encore plus utile dans ce cas que la simple anatomie. Si la pièce n'a qu'un mouvement peu varié, il ne s'y adapte qu'un muscle, et plusieurs, s'il y a des mouvements de sens divers. Les muscles des Insectes sont constitués par une fibrine spéciale, analogue à celle des Crustacés, pouvant, comme elle et comme toutes les fibrines, durcir et se modifier isomériquement par la chaleur, ainsi, par exemple, que la chair cuite des Crevettes. La chair des Insectes entre même dans les usages alimentaires de certains peuples : telles, les Sauterelles à migrations (Acridiens) que mangeaient autrefois les Hébreux, et encore aujourd'hui les Arabes ; les Chrysalides, mangées frites ou grillées, en Chine, à Madagascar, etc.

Quand les Insectes ont été tués par certains agents, comme la benzine, le chloroforme, etc. , leurs muscles prennent une grande et prompte rigidité, surtout chez les Insectes de vol puissant (1). On observe que

(1) Maurice Girard, Annales Soc. entom. de France, 1859, t. VII, p. 172. — Cosmos, 1860, p. 90j 1861, p. 8.

les ailes, les pattes ne se prêtent plus à la flexion ni à l'étalement ; les anneaux de l'abdomen deviennent semi-rigides. Cet épipliénomène de l'action toxique de ces substances n'est pas spécial aux Insectes, se constate aussi sur de petits Mammifères, et principalement sur les Oiseaux. Les muscles des Insectes s'insèrent ordinairement aux sclérodermites par un rétrécissement ou aplatissement; il y a quelquefois un tendon d'origine pour les muscles destinés à l'extrémité des appendices. Ces attaches des muscles ont lieu souvent aux apodèmes ou lames sclérodermiques intérieurement repliées; ainsi l'^^nio^/ioracc ou pièce en 1\ prolongement intérieur que le thorax présente en dessous et en avant. On voit aussi les muscles s'insérer en dessous aux arceaux dorsal et ventral des anneaux du corps. Dans les appendices, il arrive parfois qu'une lame apodémique, terminaison d'un appendice, entre dans l'appendice contigu ; ainsi au point où la jambe s'articule sur la cuisse. On verra un exemple très-grossi et très-net de cette disposition, si l'on détache de l'article qui le porte la grosse pince ravisseuse d'une Écrevisse. Des échancrures et des rebords empêchent les rétroflexions des articles des membres.

La plupart des mouvements des articles axilcs ou appendiculaires des Insectes sont des llexions dans un seul plan conduit selon la ligne médiane des pièces emboîtées, et, par suite, résultent d'articulations par ginglyme. Ces articulations sont très-prononcées pour la plupart des articles des pattes, avec réception d'une éminence variable dans une mortaise ou cavité nettement fermée de deux côtés opposés et plus ou moins incomplète d'un ou de deux autres. Elles sont analogues dans beaucoup de cas pour les anneaux de l'abdomen, qui s'attachent l'un à l'autre par deux points placés sur une ligne perpendiculaire à l'axe du corps. Ce genre d'articulation exige deux séries de muscles antagonistes : les extenseurs et les fléchisseurs. Pour l'abdomen, on trouve d'un anneau à l'autre, tant suivant la ligne du dos que suivant celle du ventre, des muscles longs et plats, permettant une légère flexion et un chevauchement d'un anneau sur l'autre, avec bien moins d'amplitude toutefois que pour la flexion des pièces appendiculaires. Les muscles ventraux qui sont les fléchisseurs sont plus développés et plus puissants que les muscles dorsaux. qui sont les redrcsseuis, Les abdomens larges et épais des Insectes ont encore besoin d'autres mouvements : ainsi pour dilater et contracter les anneaux, ce qui est très-important pour l'entrée et la sortie de l'air dans l'appareil respiratoire. Ils sont produits par des muscles, droits ou obUques, allant de l'arceau ventral à l'arceau dorsal d'un même anneau ou d'un anneau différent. On trouve encore chez les Insectes certains mouvemenis rotatoircs,mais sans arthrodie rigoureusement orbiculaire, comme pour le bras ou la cuisse de l'homme. On trouve un mouvement rotatoire de la tête sur le thorax dans beaucoup d'Insectes. Parfois les anneaux de l'abdomen, outre la flexion, offrent des rotations plus ou moins prononcées l'un autour de l'autre;

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ainsi chezlesStaphylins(Coléoptères),chezla plupart des Hyménoptères, chez beaucoup de Lépidoptères, etc. Il y a alors une sorte d'arthrodie par surfaces cylindroïdes emboîtées, glissant l'une contre l'autre.

Tête.

La tête des [nsectes est originairement formée d'anneaux distincts, réunis de bonne heure par une ossification confuse, ce qu'on constate plutôt par analogie, en étudiant Tembryon des Crustacés, que par celui des Insectes mômes, d'un examen très-difficile pour la région céphalique.

D'après le nombre des appendices pairs et latéraux, à savoir une paire d'antennes, une paire d'yeux composés et trois paires de pièces buccales appendiculaires, le nombre des anneaux dont la soudure forme la tète ne peut être moindre que cinq; il est fort difficile, pour les portions sans appendices, de décider si d'autres anneaux primitifs les composent.

La tète présente plusieurs régions dont nous ne nommerons que les principales. En avant Vépistome, ou chaperon ; il est soudé en arrière inférieurement à Vépicrâne, qui constitue la majeure partie de la tôte. On y distingue une portion antérieure appelée front, limitée latéralement par les yeux composés ; la région médiane supérieure de l'épicrâne forme le vertex, la partie postérieure Vocciput; le?, joues sont contituées par les portions latérales antérieures, et souvent aussi inférieures, de l'épicrâne, et les tempes par les régions latérales postérieures. La plupart de CCS noms, empruntés à l'anatomie humaine, ne rappellent que des analogies grossières, sans aucune comparaison possible, et nullement des homologies. Chez certains Coléoptères, Névroptères et Hémiptères, existe un cou, prolongement de l'épiderme entre la tête et le thorax; dans les autres ordres la tète est sessile sur le thorax.

L'importance de la tête réside surtout dans les organes qu'elle supporte ou qui en sont les appendices ; comme chez les Vertébrés , elle contient les sens supérieurs impressionnés par les vibrations, et à distance, la vue et l'ouïe.

Le premier anneau céphalique, ou anneau antcnnaire, porte deux appendices nommés antennes (vulgairement cornes), articulés sur l'épicrâne, le plus souvent sur le vertex, avec rotation dans divers plans, au moyen d'un bulbe arrondi, reçu dans une cavité analogue, à paroi lisse ; il offre une cavité donnant passage aux muscles et aux filets nerveux. Ces antennes sont formées d'articles emboîtés les uns dans les autres, peu mobiles dans beaucoup de cas, les uns par rapport aux autres. Leur nombre est des plus variables, ainsi que la longueur totale des antennes, tantôt réduites à une soie à peine visible, tantôt plus longues que le corps, à articles renflés ou élargis. Les articles sont parfois minces et cylindriques, rétrécis graduellement vers l'extrémité, ou au contraire se renflant ; parfois ils ofl'rent des prolongements latéraux qui donnent aux antennes l'aspect de lames empilées (Hannetons), ou

de peignes (papillon de Ver à soie). En général, les deux premiers, parfois les trois premiers articles de l'antenne, ont une forme spéciale, sont des basilaires pour la série des articles suivants. Les Insectes en mouvement portent les antennes en avant et les écartent plus ou moins ; au repos, les antennes, quand elles sont très-longues, sont ramenées en arrière, le long du corps, soit en dessus, soit en dessous. Sans nous occuper ici de la fonction des antennes, nous devons dire qu'elles sont dans une dépendance manifeste avec la sexualité. Si nous prenons en effet les adultes, toujours les antennes sont plus développées chez les mâles que chez les femelles, soit en longueur ou en grosseur des articles qui s'élargissent par rapport aux autres, soit en présentant un plus grand nombre d'articles, ou des rameaux latéraux, ou des feuillets plus amples et en plus grande quantité ; ainsi, on voit souvent dans les Lépidoptères des femelles à antennes filiformes, tandis que dans la même espèce, elles sont pectinées chez les mâles. On peut dire que la variété presque indéfinie est le caractère des antennes : c'est ce qui a rendu si difficile l'explication de leur usage, c'est ce qui empêche de se servir en première ligne des antennes dans la classification ; car elles ne donnent que des caractères de peu de valeur, sauf pour des groupes peu étendus. Chez les larves et nymphes agiles des Insectes à métamorphoses incomplètes, les antennes sont pareilles, sauf parfois un moins grand nombre d'articles, à ce qu'elles seront chez l'adulte. Les Insectes à métamorphoses complètes ont au contraire des larves ou tout à fait privées d'antennes, ou ne les possédant qu'en tubercules rudimentaires, ou enfin les ayant en général plus courtes que les adultes. Les nymphes et chrysalides ont les antennes formées, mais enveloppées sous la peau plus ou moins épaisse qui recouvre l'animal comme d'un voile et arrête ses mouvements.

Nous devons dire, pour terminer l'étude des antennes, que leur test n'est pas partout complètement intègre et solide , comme on l'a cru longtemps. Les articles basilaires n'ofl'rent jamais que des poils roides; les autres articles, surtout ceux des extrémités, les massues terminales, quand elles existent, sont criblées d'une foule de pores. Quand les antennes sont munies de dentelures, de peignes, de flabelles, ce sont seulement les parties saillantes qui offrent ces pores, la tige principale en étant dépourvue (Erichson).

Au contraire de ce qui arrive pour les antennes, la similitude des parties dans tous les groupes, la certitude de la fonction, sont le caractère essentiel des appendices de l'anneau ophthalmique qui succède dans la tête au précédent. De chaque côté de la tête, extérieurement aux antennes, sont des organes globuleux , dits yeux composés, yeux à facettes ou à réseau,, formés par la réunion d'un nombre généralement très-considérable d'yeux simples. Leur structure interne sera décrite quand nous nous occuperons des sens. La forme du périmètre de ces yeux varie, ainsi que leur convexité. D'une manière habituelle, ils sont

plus volumineux chez les mâles que chez les femelles (ainsi dans les Abeilles), en rapport avec une locomotion plus fréquente et plus étendue, et avec la nécessité de chercher et d'apercevoir la femelle.

Tantôt ils sont très-gros et occupent la plus grande partie de la tète; ainsi chez les Libellules (Névroptères), chez beaucoup de Muscides (Diptères) ; parfois, au contraire, ils sont à peine visibles, et peuvent même manquer, en raison d'habitation spéciale, chez des Coléoptères des lieux souterrains, chez les neutres de certaines Fourmis (Hyménoptères), chez certains Insectes parasites. Dans quelques cas assez rares, au lieu d'être sessiles, ces yeux composés sont portés sur des prolongements ; mais ceux-ci ne sont jamais mobiles, comme cela a lieu chez les Crustacés supérieurs. Sauf le cas de certains Névroptères, ces yeux composés manquent chez les larves des Insectes à métamorphoses complètes.

D'une manière moins constante, le vertex des Insectes porte des yeux isolés, lisses, dits ocelles ou stemmates, en général au nombre de trois au plus. Ce nombre est plus considérable chez les Arachnides, où ils deviennent les seuls organes de vision. Ces ocelles existent chez presque tous les Hyménoptères, Orthoptères et Lépidoptères (très-peu visibles dans cet ordre), chez beaucoup de Diptères et d'Hémiptères, certains Névroptères, un très-petit nombre de Coléoptères; ils manquent chez les autres Insectes. Beaucoup de larves de divers ordres ont de trèspetits ocelles, variant de un à six.

Les antennes, les yeux des deux sortes peuvent être regardés comme dépendant de l'anneau dorsal des zoonites céphaliques soudés. En efTet, les filets nerveux qui les animent partent des ganglions cérébroïdes, situés à la partie supérieure de la tète, au-dessus de l'œsophage. Au contraire, les appendices buccaux dépendent des arceaux ventraux ; car leurs nerfs prennent leur origine dans le premier ganglion sousœsophagien, situé dans la région inférieure de la tête. L'étude de ces pièces buccales des Insectes est de la plus grande importance pour la classification et sera réservée pour l'histoire séparée des ordres. Elles sont formées d'abord d'une pièce impaire, le labre ou lèvre supérieure, constituée par la soudure, selon M. Brullé, de deux pièces latérales articulées avec le bord antérieur de l'épistome. Puis se trouvent deux pièces symétriques, les mandibules, qui, chez les Insectes, ne portent jamais d'appendice latéral. Ensuite nous trouvons les deux mâchoires, également paires, puis la lèvre inférieure, aussi de deux pièces, sorte de redoublement des mâchoires. Ces deux dernières parties sont munies habituellement d'appendices latéraux ou palpes. Ces noms conviennent parfaitement à la bouche des Insectes broyeurs; chez les Insectes lécheurs, et surtout chez les suceurs, au premier aspect, la bouche semble très-difTérente du premier type. Par une habile analyse, Savigny a fait voir comment les mêmes pièces, par des modifications de forme et de grandeur relative, peuvent s'adapter aux modes d'alimentation les plus divers ; depuis, M. Milne Edwards a donné une nouvelle confirmation

de la sûreté de ces principes analogiques, en rattachant à un type commun les pièces buccales des Crustacés, même des Crustacés suceurs parasites, qui présentent les plus grandes déformations.

Thorax.

Le thorax, ou second centre de concentration des zoonites chez les Insectes, est celui qui offre le moins de réductions et dont l'étude peut se faire dès lors de la manière la plus nette. Les trois anneaux du thorax, nommés proi/ioj-ax, «lésof /ioraa:,mefaf/ioraa7, ont été identitiés dans leurs parties par Audouin et Lâchât, ce qui rend leur étude comparative très-simple. Suivant l'ordre d'avant en arrière, les arceaux dorsaux prennent les noms de pronotwn, mesonotum, metanotum, et les arceaux ventraux, ayant chacun sur les flancs leur episternum et leur épimère, offrent au milieu le prosternum, le mesosternum , \e metasternum. Le prothorax est très-développé chez les Coléoptères, les Orthoptères, la plupart des Hémiptères, et reçoit alors souvent des entomologistes descripteurs le nom de corselet; il se réduit beaucoup au contraire chez un certain nombre de Névroptères, chez les Hyménoptères, les Lépidoptères et les Diptères, et devient alors un anneau étroit appelé souvent collier. Par un balancement naturel la zoonite suivante, ou mésothorax, devient très-grande chez ces mêmes Insectes, surtout s'il arrive en outre que le troisième anneau, ou métathorax, soit réduit en même temps que le premier ; ainsi le mésothorax est énorme chez les Hyménoptères, les Lépidoptères et les Diptères, et forme la presque totalité du thorax. C'est à lui qu'on donne alors le nom de corselet, mot qui, comme on voit, peut, suivant les ordres, s'appliquer à deux zoonites différentes. Le mésothorax est petit chez les Coléoptères et beaucoup d'Orthoptères ; car les premier et troisième anneaux du thorax sont grands; il est plus grand chez les Hémiptères, quelques Orthoptères et beaucoup de Névroptères, et coexiste avec un prolhorax bien développé, parce que le métathorax s'amoindrit. Enfin le métathorax, grand chez les Coléoptères, les Orthoptères, certains Névroptères, commence à diminuer chez la plupart des Hémiptères, et se réduit tout à fait chez les Hyménoptères, les Lépidoptères et les Diptères. Chez les Coléoptères, les Orthoptères, la plupart des Hémiptères, le mésothorax et le métathorak sont cachés par les ailes au repos : le premier de ces anneaux restant quelquefois partiellement visible en son milieu (écusson) ; dans les autres ordres, les trois anneaux du thorax sont à découvert. Les formes et grandeurs comparatives de ces anneaux sont les mêmes en général chez les larves et nymphes des Insectes à métamorphoses incomplètes que chez les adultes.

' Les Insectes dégradés, aptères toute leur vie, ont les trois anneaux du thorax analogues en figure et en étendue; nous devons dès lors comprendre que le même fait se présente habituellement chez les larves des Insectes à métamorphoses Qomplètes, auxquelles les Insectes aptères

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peuvent se comparer par arrêt dans le développement et dans le nombre des mues. Après la tête à zoonites soudées comme chez l'adulte, se trouvent les trois anneaux thoraciques, pareils s'il s'agit de larves cylindroïdes , comme les chenilles (Lépidoptères) et les fausses chenilles (certains Hyménoptères), allant en s'élargissant du premier au troisième chez les larves oblongues ou biconoïdes (certains Névroplères, Hyménoptères et Diptères); quand la peau des larves est molle, la distinction des arceaux devient véritablement théorique. Chez certaines larves de Coléoptères et de Lépidoptères, les anneaux du thorax, et aussi ceux de l'abdomen, sont très-convexes en dessus et plats en dessous. Il y a des larves de Coléoptères à prothorax, élargi, prédominant (Bupreste, Scolyte, Capricornes, etc.).

Le thorax des Insectes adultes porte les pattes ambulatoires au nombre de trois paires. Chacune s'insère sur l'épimère de l'arceau ventral et le bord du sternum, et la composition de leurs parties est identique : ce sont une suite de tubes creux, articulés les uns aux autres, formant ainsi une sorte de répétition du type du système axile, A l'intérieur sont contenus des nerfs, des muscles, des trachées. L'articulation de l'appendice est d'une force très-variable. Elle se rapproche dans les Coléoptères, où elle est résistante et mobile en divers sens, de l'articulation d'un condyle dans une cavité cotyloïde ; en général elle est beaucoup plus faible dans les autres ordres, se fait par adhérence sans cavité profonde. La première pièce est la hanche, qui est souvent en rapport avec l'épimère par une petite pièce appelée trochantin, rentrant dans le thorax et appartenant, selon Jacquelin du Val, à la patte et non au thorax, ainsi que le pensent Audouin et M. Lacordaire. La pièce suivante est le Irochanter, articulé par ginglyme avec la hanche. La cuisse, qui est habituellement l'article le plus robuste de la patte, vient ensuite. Puis, toujours avec la même articulation en ginglyme, nous trouvons la jambe, qui présente une flexion très-étendue sur la cuisse. C'est une pièce allongée, plus mince que la précédente, offrant souvent des échancrures, des dents, des épines, etc. La pièce terminale de la patte ou tarse se compose habituellement de plusieursarticles, dont le nombre varie de un (très-rarement) à cinq. Le dernier article porte des organes de suspension, qui sont presque toujours formés par un ou deux ongles ou crochets, parfois offrant en outre des pelotes ou ventouses, permettant l'adhérence aux corps les plus lisses (Mouches). Les tarses sont habituellement poilus ou épineux, surtout en dessous.

Un éminent naturaliste, M. Milne Edwards, a cherché à substituer à cette nomenclature arbitraire une nomenclature rationnelle, dont la préfixe indique l'ordre de l'appendice du membre, et la terminaison désigne la fonction. Ces noms, proposés pour les Crustacés, peuvent s'étendre aux Insectes.

Pour les pattes, nous aurons, à partir du tronc, les coxopodite (trochantin), qui peut manquer, basipodite (hanche), ischiopodite (trochan-

ter), méropodite (cuisse), carpopodite (jambe), propodite, deutopodite,

tritopodite dactylopodite, pour les articles du tarse. Si l'appendice

devient un gnathe ou pièce buccale, les articles successifs prennent la terminaison gnathite ; si c'est une antenne, la terminaison cérite. Dans un livre nécessairement élémentaire, malgré la haute importance philosophique de ces assimilations, nous ne pourrons essayer leur emploi. Comme ces noms ne sont pas usités dans les ouvrages publiés sur les Insectes, il en résulterait un embarras continuel pour ceux qui débutent dans les études entomologiques. En outre, quand les appendices offrent des réductions, ce qui se voit surtout pour les armures génitales, il est souvent fort difficile, parfois môme impossible, de déterminer nettement l'homologie d'une pièce, et un nom significatif présente alors l'inconvénient de donner matière à controverse. Nous pensons donc que dans un sujet déjà ardu par lui-môme, il importe, au début, d'éviter toute complication.

Les pattes présentent des modifications nombreuses dans la forme et la fonction. Quand elles sont propres seulement à la marche et à la course, leurs dimensions sont analogues dans les trois paires, leurs articles, plus ou moins similaires, de formes prismatiques, à section subtriangulaire. Les pattes antérieures se portent en général en avant, les intermédiaires sur les côtés, un peu en arrière, les postérieures tout à fait en arrière : disposition qui assure à l'Insecte la conservation trèsfacile de son équilibre, la verticale de son centre de gravité tombant très-aisément à l'intérieur d'un très-large hexagone d'appui. Tantôt la marche est plus ou moins irrégulière et sautillante, et les pattes se lèvent et se posent successivement sur le plan d'appui, sans ordre bien déterminé, mais jamais cependant les deux pattes de la même paire à la fois; tantôt, au contraire, la marche et la course deviennent très-régulières, les deux pattes antérieure et postérieure d'un môme côté, et l'antérieure du côté opposé se déplaçant à la fois , les autres étant alors au repos, et vice versa. On peut prendre les Mouches pour exemple. Certains Insectes offrent à la course une vélocité incroyable, dépassant, à taille égale, celle de tous les autres types animaux. En général les Insectes agiles à la course ont les pattes longues et assez grêles ; cependant, si elles deviennent trop amincies, le faiblesse de leurs muscles, malgré de longs articles , ne permet plus qu'une marche très-lente, parfois comme incertaine. Certains Insectes courent ou marchent sur l'eau. Des dispositions spéciales leur permettent alors de ne pas être mouillés par l'eau et d'être soutenus par un phénomène de capillarité, l'eau offrant une dépression sous l'extrémité de la patte, comme les liquides non mouillants à l'égard des solides. De môme une aiguille d'acier, graissée, flotte sur l'eau sans enfoncer , quoique beaucoup plus dense. Les tarses de ces Insectes sont alors enduits d'une sécrétion sébacée ou munis de poils qui retiennent des bulles d'air.

Quand les Insectes doivent fouir le sol, en général les jambes de

devant s'élargissent beaucoup et deviennent digitées; s'ils doivent saisir une proie^ la jambe se replie contre la cuisse, ces deux articles étant alors munis d'épines. Dans ces cas, les pattes de devant sont dites fouisseuses, ravisseuses, et les tarses se réduisent beaucoup et peuvent devenir caducs. Les membres postérieurs sont autrement modifiés dans certains cas.

Si les Insectes récoltent du pollen ou d'autres substances sur les fleurs, les jambes et tarses des pattes postérieures se munissent de brosses et de réceptacles appropriés. Chez les Insectes nageurs, les pattes postérieures , élargies, ciliées, comprimées, contournées, agissent comme des avirons pour pousser l'Insecte en avant. Leur forme et leur fonction rappellent les membres de la tortue de mer, le tarse de l'oiseau nageur. Quand elles s'étendent, elles frappent l'eau par leur large surface, et, par réaction, le fluide ambiant fait progresser l'Insecte ; puis elles reviennent sous le ventre en coupant alors l'eau par leur tranchant. Dans les mêmes Insectes nageurs, les pattes des autres paires frappent l'eau dans le sens vertical, afin de produire les mouvements d'ascension et d'abaissement. Enfin le saut des Insectes a lieu par un mécanisme tout pareil à celui des animaux vertébrés. Ce sont les pattes postérieures, à cuisses et jambes renflées, qui en sont principalement chargées. La jambe se replie contre la cuisse, puis, se débandant subitement comme un ressort, frappe le plan de position et envoie l'Insecte au loin en avant. Il faut bien remarquer que la force musculaire n'étant pas toujours en raison de la section des muscles, il y a des Insectes, puissants sauteurs, qui ont cependant les membres postérieurs peu renflés. Dans le saut on doit distinguer deux temps, Vélan, proportionnel à la taille de l'animal et composé de toute la portion de mouvement en avant pendant laquelle l'animal n'a pas entièrement quitté le sol, puis la trajectoire de saut, mouvement pendant lequel la séparation d'avec le sol est complète. Cette dernière est constante, comme l'a démontré Straus-Durckeim, pour des animaux de môme organisation, quelle que soit leur grosseur. De ce qu'une Puce saule environ deux cents fois sa hauteur, il est tout à fait faux de croire qu'un homme, organisé comme la Puce, atteindrait à la hauteur des grands édifices ; son élan seul serait plus considérable, mais son saut total n'atteindrait pas la longueur de 2 mètres. Comme chez les Insectes, vu leur petitesse, l'élan est insignifiant, une Puce ne sauterait pas plus haut, en prenant le volume de la Sauterelle, et celle-ci ne perdrait rien de sa projection par le saut en se trouvant réduite à la taille de la Puce. Il est quelques Insectes (chez les Thysanoures) où le saut s'exécute au moyen d'appendices spéciaux, dépendant de l'abdomen.

Chez la plus grande partie des larves le thorax porte des pattes comme chez les adultes, sans différence appréciable pour les Orthoptères et les Hémiptères, cà métamorphoses incomplètes. Ces pattes thoraciques, au nombre de six, dites pattes écailleuses, se rencontrent dans toutes les

larves de Névroptùres et de Lépidoptères, et la plupart des larves de Coléoptères. Elles se composent des parties indiquées pour les adultes, mais souvent plus ou moins rudimcntaires; de sorte que ces paltes sont habiluellement plus courtes que chez les adultes. Leurs articles cornés sont les fourreaux des articles des nouvelles pattes produites après chaque mue. Le thorax, non plus que le reste du corps, n'offre pas de pattes dans les larves de la plupart des Hyménoptères et des Diptères, et chez certains Coléoptères(Charançons,Scolytes, etc.). Dans toutes les nymphes des Insectes à métamorphoses complètes, les pattes thoraciques , bien visibles dans certains ordres, les Coléoptères surtout, ne sont pas libres, mais engagées sous le tégument dont l'adulte doit se dépouiller.

L'appareil alaire des Insectes, qui n'exisle que chez les adultes, et manque dans certains groupes dégradés, fait exception par rapport à tous les autres organes appendiculaires. 11 appartient à un type spécial et différent ; certains auteurs ont comparé les ailes à ces trachées devenues extérieures et flottantes qui constituent les branchies des larves aquatiques de quelques Insectes. L'aile est d'abord une vésicule ou poche aplatie, soutenue à l'intérieur par une charpente de tubes de chitine qui deviennent les nervures, quand, par résorption du liquide intérieur, les deux parois s'accolent par une intime soudure, et deyiennent la membrane alaire. Les nervures sont des tubes creux contenant des trachées ; car c'est l'air introduit dans ces trachées qui aide à l'extension des ailes d'abord molles et chiffonnées, alors que l'Insecte adulte éclôt. Dans les ailes en voie de formation, des courants sanguins entourent ces trachées, et la peau chitineuse de l'aile s'épaissit aux points occupés par ces trajets de fluide nourricier. Des vibrations rapides de ces ailes, après leur extension, ne tardent pas à dessécher leur surface, à la rendre résistante, propre au vol. Si quelque obstacle est apporté, lors de l'éclosion, au déploiement complet des ailes encore molles, elles demeurent, en se desséchant, en forme de moignons à bords contournés, et l'Insecte infirme ne pourra s'élever dans les airs.

Les ailes s'articulent sur la partie dorsale du mésothorax et du métathorax, entre le tergum et l'épimère. L'articulation des ailes s'opère au moyen de petites pièces nommées osselets, donnant à l'aile loute la souplesse désirable, sans qu'elle perde de sa force, en nombre variable, suivant les types, paraissant augmenter selon l'importance de l'aile pour la fonction du vol. D'après Jacquelin du Val, on doit ranger parmi ces osselets deux pièces qui appartiennent aux ailes mésothoraciques, et dont certains auteurs font des pièces du thorax : ce sont les ptértjgodes ou épaulettes, manquant chez les (Coléoptères, Orlhoptères, Hémiptères, développées sous forme de baguettes ou d'écaillés chez les Diptères et les Hyménoptères, recouvertes de poils chez les Lépidoptères.

Les nervures ou tubes chitineux contenant les trachées constituent la charpente de l'aile et déterminent sa forme et son contour. On doit réserver ce nom aux principales, surtout celles qui partent de la base

ANATOMIE O PHYSIOLOGIE. — THORA\. dS

de l'aile, et nommer tiervules les liges intermédiaires plus petites. Entre les nervures et les nervules se trouvent les cellules de l'aile, fournissant de très-bons caractères de classification. La consistance des ailes est très- variable. Elles sont nues dans beaucoup d'ordres (Névroptères, Hyménoptères, une partie des Hémiptères, Diptères), avec des poils disposés surtout le long des nervures. Elles se recouvrent d'écaillés pédiculées chez tous les Lépidoptères, au moins au moment de l'éclosion de l'adulte. Jamais les ailes inférieures ne deviennent coriaces ; seulement chez les Diptères elles perdent complètement leur forme habituelle. Les ailes supérieures peuvent devenir plus ou moins coriaces. Elles constituent des é/j/fres si leur dureté et leur épaisseur restent sensiblement les mêmes partout et au\ deux bords, ainsi dans les Coléoptères ; des pseiidélytres si la consistance est moindre sans arriver à l'état membraneux des véritables ailes : tels sont les Orthoptères; enfin des hémélytres si elles sont coriaces à partir de leur insertion jusque vers le milieu, puis si elles se continuent par une région membraneuse, ce qui arrive chez les Hémiptères hétéroptères. Ces ailes épaissies sont alors destinées principalement à servir de fourreaux aux ailes inférieures lors du repos, à soustraire aux" déchirures leur membrane délicate. Ciiez les Hyménoptères, une partie des Lépidoptères, une partie des Hémiptères, les ailes supérieures entraînent les inférieures dans leur mouvement au moyen de mécanismes spéciaux, variant d'un ordre à l'autre. Dans les autres ordres, les ailes des deux paires sont indépendantes.

Les ailes des deux paires sont constituées sur le même plan, quoique rarement égales entre elles (certains Névroptères, Agrioris) ; elles s'adaptent à l'arceau thoracique, qui lei porte par une portion rétrécic nommée base ; l'extrémité de l'aile opposée à la base se nomme sommet ou angle externe, dans la partie dirigée antérieurement, et ani/le interne dans sa région postérieure {angle anal pour l'aile inférieure). Le contour compris de la base à l'angle externe s'appelle côte de l'aile, bord antérieur, bord externe; celui qui va, à l'opposé de la base, de l'angle externe à l'angle interne, se nomme bord postérieur, et le contour qui de l'angle interne revient à la base forme le bord interne. La région centrale de l'aile, limitée ainsi en tous sens, prend le nom de disque.

Si l'on examine avec soin les nervures, on reconnaît que, même dans les élytres les plus épaisses, si on les étudie en dessous, elles sont disposées selon un plan analogue, éprouvant quelques variations de détail d'un ordre à l'autre. L'importance de l'étude des nervures a été reconnue par Jurine, qui s'en est servi avec sagacité pour la classification des Hyménoptères ; il a eu toutefois le tort d'employer des noms empruntés à l'anatomie du membre antérieur humain, ou plutôt des os de l'aile des Oiseaux, à laquelle Jurine comparait l'aile des Insectes, ce qui semblerait faire croire à des assimilations complètement fausses. Il est bien préférable d'employer des noms spéciaux, comme les choses auxquelles ils s'appliquent. En général, on trouve sur une aile supé-

tlRARD. 5

rieure, en choisissant un Hyménoptère comme type, cinq nervures principales. La première, suivant le bord supérieur, est la nervure costale {radius de Jurine), aboutissant au delà du milieu à un empâtement particulier, ou à une tache dite stigma, pterostigma[{carpe de Jurine), et qu'on trouve surtout bien développée un peu plus loin aux deux paires d'ailes de beaucoup de Névroptères. La seconde nervure, longeant la première et se rendant aussi au stigma, quand il existe , est la souscostale {cubitus de Jurine) . Puis viennent, en se rapprochant successivement du bord inférieur de l'aile, les nervures médiane, sous-médiane et anale. D'autres nervures importantes, ou plutôt nervules, car elles ne partent pas de la base de l'aile, sont la radiale {radius inférieur de Jurine), allant de l'extrémité de la sous-costale ou du stigma au sommet de l'aile; l'autre, naissant plus bas, ou de la sous-costale, ou d'un rameau récurrent qui va à la médiane, se nomme la cubitale {cubitus inférieur), et se rend aussi au bord de l'aile, qu'elle atteint un peu audessous du sommet. Les aréoles ou cellules, dites basilaires, comprises entre les cinq nervures principales, portent les mêmes noms que celles-ci. Vers le sommet de l'aile, nous trouvons les cellules radiales entre la nervule radiale et le bord supérieur, et cubitales entre les nervules radiale et cubitale. Au centre de l'aile, entre les nervures cubilale et sous-médiane, sont les cellules discoidales ; enfin, en dehors de celles-ci, entre elles et le bord de l'aile, les cellules postérieures. L'aile inférieure est constituée sur le même plan, souvent avec réductions; car elle est plus petite que la supérieure chez les Hyménoptères. Quand l'aile se réduit, les cellules et les nervures disparaissent, en allant du bord inférieur au bord supérieur, au point de ne plus offrir, dans les types dégradés, que les nervures sous-costale et costale, et môme la nervure costale seulement.

Dans l'aile des Diptères s'ajoute une sixième nervure principale, dite axillaire ou sous-anale. Le môme type de réticulation se retrouve bien distinct dans l'aile de chaque paire chez les Lépidoptères, la nervure costale disparaissant chez les Diurnes, et toujours, chez tous, aux ailes inférieures, la nervure sous-médiane disparaissant le plus souvent. Si l'on examine les cellules, on est tout d'abord frappé par l'importance d'une cellule centrale, à partir de laquelle partent des nervules peu éloignées du parallélisme. Elle est nommée discdidale dans les descriptions des auteurs ; mais, selon Jacquelin du Val, est réellement la cellule sous-costale. Elle fournit de très-bons caractères de classification, selon qu'elle est ouverte ou fermée. Le môme type alaire se retrouve dans l'aile à demi-coriace des Hémiptères hétéroptères , dans leur aile inférieure, et; plus distinctement, dans les deux ailes des Hémiptères homoptères, comme les Cigales. C'est avec plus de difficulté qu'on peut distinguer les nervures principales dans l'aile inférieure membraneuse des Coléoptères, dans les ailes des Orthoptères, dans celles des Névroptères et môme dans l'élytre des Coléoptères, vue par dessous. Les cel-

Iules sont plus difficiles à déterminer dans ces mêmes ailes , car elles tendent à s'allonger et demeurent ouvertes. Nous ne pouvons insister, autant qu'il le faudrait peut-être, sur ces minutieux détails ; mais il est d'un grand intérêt de remarquer que, de même que les appendices de l'arceau inférieur des zoonites se rattachent à un seul plan constitutif, de même les ailes ou appendices de l'arceau dorsal se rapportent à un tout autre type, mais identique aussi avec lui-même, dans tous les ordres des Insectes.

La membrane des ailes est formée de chitine transparente. Quand les ailes sont tout ù fait lisses, elles sont privées d'irisation, phénomène dû à la décomposition de la lumière par les lames minces ; ainsi chez les Cigales, les Criquets, les Libellules, les Lépidoptères à ailes vitrées, et certains Hyménoptères. En général, les ailes irisées offrent des rides courtes ou des stries qui donnent à l'aile l'aspect d'une surface chagrinée ou rugueuse. Cependant il y a des exceptions à ce principe. Les Bourdons (Hyménoptères) ont les ailes non irisées, quoique fortement striées, et les Hémérobes (Névroptères) ont les ailes lisses et cependant nuancées des plus belles irisations. Les ailes à fond jaune, même ridées, sont habituellement sans irisation (certaines Libellules, certains Hyménoptères); les ailes violettes, au contraire, ont un vif reflet irisé, ainsi dans les Xylocopes (Hyménoptères, Mellifiques).

M. Goureau, remarquant que les ailes sont formées de deux pellicules, accolées, entre lesquelles s'intercalent les nervures, a supposé que l'irisation est due à une sorte d'accident normal. Selon lui, de l'air extravasé, provenant des trachées des nervures, produirait les rugosités ou stries, et, par suite, l'irisation, quand les épaisseurs d'air sont variables. M. Milne Edwards fait remarquer avec raison, eu égard aux exceptions signalées, qu'on ne saurait admettre de l'air ainsi intercalé par rupture des trachées, caries membranes de l'aile sont soudées très-exactement. Les stries résultent d'élévations alternant avec des dépressions normales et naturelles, comme les enfoncements dans lesquels sont implantées les. écailles colorées des ailes des Lépidoptères. Dès lors l'irisation, quand elle existe, n'est pas un accident d'intensité variable et peu caractéristique, mais une propriété essentielle dépendant de la structure intime des membranes de l'aile, et devant en conséquence intervenir à juste titre dans les caractères spécifiques ou génériques des Insectes.

Les organes du vol chez les Insectes', essentiellement différents de ceux des Mammifères et des Oiseaux, nous présentent cependant une analogie parfaite dans la fonction, de sorte que l'explication du phénomène est identique. Les auteurs ont comparé habituellement le vol à la natation ; car, dans les deux cas, l'animal s'appuie sur un fluide qu'il refoule avec une vitesse plus ou moins grande, et se déplace en vertu de l'excès de résistance du fluide dans le sens de sa compression sur sa résistance dans le sens où se meut l'animal. De plus, on a admis que l'Oiseau ou l'Insecte emploie ses ailes comme le rameur ses avi-

rons pour pousser une barque en avant sur l'eau. Lors de l'élévation de l'aile, suppose celte hypothèse, l'animal la tourne de manière qu'elle présente au courant d'air seulement son bord antérieur, afin de n'en éprouver qu'une faible résistance; au contraire, lors de l'abaissement de l'aile, il lui fait exécuter une rotation inverse pour qu'elle appuie sur le tluide ambiant par toute l'étendue de sa surface. C'est en partant de cette condition hypothétique du mouvement dans un tluide que Navier a cherché à calculer le travail accompli lors du vol des Oiseaux (1), et qu'il est arrivé, notamment pour l'Hirondelle animée de sa plus grande vitesse, à une valeur tellement énorme, plus de quatre mille cinq cents fois le travail d'un homme employant toute sa force à tourner une manivelle, qu'on se demande tout de suite si un pareil résultat, exagéré jusqu'à l'absurdité, ne provient pas de la complication des hypothèses qui servent de point de départ au calcul. Un savant, dont le nom est bien connu des entomologistes , Straus-Durckheim, a le premier fait une remarque qui devait le conduire à une explication plus simple du rôle des ailes. Dans une aile destinée au iiol, ce qui exclut en grande partie les élytres, toujours la partie la plus résistante se trouve placée au bord antérieur, et l'aile, au lieu d'agir activement et comme avec une sorte d'intelligence pour le vol, n'est plus qu'un organe passif, exécutant des mouvements d'abaissement et d'élévation, dans lesquels la partie postérieure moins résistante subit des flexions en dessus et en dessous, tandis que la partie antérieure demeure plus fixe, sans qu'il y ait de rotation préméditée. Lorsque l'aile tourne, c'est seulement comme effet forcé de cette inégale résistance des bords antérieur et postérieur. Chez l'Oiseau et la Chauve-Souris, ce sont les os du membre de devant, placés au bord antérieur, qui réalisent cette

(1) On sait que les forces sont employées, dans la nature comme dans l'industrie humaine, à vaincre des résistances qui se renouvellent à cliaque instant, en même temps que les points d'application se déplacent. On appelle travail d'une force, le produit du nombre qui en mesure l'intensité par le chemin qu'elle fait parcourir, dans sa direction propre,- au pomt auquel elle est appliquée. Il est aisé de faire comprendre, sans aucune formule mathématique, dont l'usage serait hors de propos dans un ouvrage élémentaire, qu'il n'y a d'effet utile produit qu'à cette double condition. Ainsi qu'un terrassier soulève sa bêche chargée de terre, mais la laisse immobile, il ne fera pas plus d'ouvrage que s'il la lance à vide dans diverses directions ; que la lime glisse sans appuyer sur le métal, ou qu'elle le presse sans se mouvoir, il ne se formera pas de limaille. 11 faut réunir et la force et le déplacement, et, toutes les fois que leur produit demeure constant, l'une varie inversement à l'autre, ou, comme on dit fréquemment : ce qu'on perd en force on le gagne en vitesse. Une erreur très-vulgaire de langage fait confondre le travail avec la force, qui n'en est qu'un facteur ; quand on dit une machine de la force de 20, 40, 100 chcvauXy c'est du travail qu'on doit entendre. Le cheval-vapeur est une désunîtes du travail et vaut 75 kilogrammètres (autre et meilleure unité), d'après d'anciennes et très-inexactes expériences sur le travail des chevaux vivants. Le kilogrammètrc est le travail nécessaire pour élever en une seconde, d'un mouvement continu et sans vitesse acquise antérieure, un poids d'un kilogramme à une hauteur d'un mètre.

disposition fondamentale de l'aile. Chez l'Insecte, des organes tout différents, les nervures, produisent un effet identique. Toujours, s'il s'agi d'une véritable aile, il existe une forte nervure le long du bord antérieur, parallùlenaent au grand diamètre de l'aile, et le disque membraneux est soutenu par des nervures s'irradiant à partir de la base de l'aile et permettant seulement les flexions dans les deux sens du bord postérieur, aminci et sans nervure qui le circonscrive, tout différent en cela du bord antérieur.

Nous croyons devoir expliquer en peu de mots comment la simple diilerence de résistance de deux bords Je l'aile a suffi à Straus-Durckheim pour expliquer le mouvement en avant de l'animal. Supposons l'aile s'abaissant dans le sens vertical ; son bord postérieur étant moins résistant que l'antérieur, il en résulte une flexion en dessus de la partie postérieure. La résistance verticale de l'air se décompose en une force parallèle à elle et sans effet, et une force perpendiculaire au plan occupé par la partie qui a fléchi, c'est-à-dire oblique en haut et en avant. Dans l'élévation de l'aile, au contraire, l'air agit sur sa face supérieure et produit, par suite de l'inégale résistance des deux bords, une flexion en bas et en arrière de la région postérieure : d'où la résistance de l'air agit par une composante oblique dirigée en bas et en avant. Ces deux impulsions, se succédant à un très-court intervalle, se composent diagonalement en une force unique perpendiculaire au plan dans lequel se meuvent les centres de force des ailes, ou points d'application des résistances du fluide, c'est-à-dire en une force horizontale dirigée en avant dans notre hypothèse d'un mouvement des ailes dans le sens vertical.

Ces simples mouvements successifs suffiraient donc pour la translation horizontale dun animal voilier qui n'aurait pas de poids ; mais, comme il est constamment sollicité par la pesanteur de haut en bas, il doit tendre sans cesse à se diriger, non pas horizontalement, mais obliquement en avant et en haut, afin de gagner dans le même temps une hauteur égale à celle dont son poids le fait descendre. La nature a employé à la fois plusieurs moyens pour arriver à ce but. Sans parler de ceux qui sont spéciaux aux Oiseaux, et en rapport avec la forme concave en dessous de leurs ailes, nous devons indiquer des artifices communs aux Insectes, dont les ailes sont plates, aussi bien qu'aux Chauves-Souris et aux Oiseaux. Un premier moyen de compenser le poids est, pour l'animal ailé, d'abaisser les ailes de haut en bas, en ramenant leurs extrémités en avant, perpendiculairement au plan de mouvement, c'est-à-dire obliquement en haut. Si, au contraire, lors de l'abaissement, l'animal tournait l'aile de manière à lui faire présenter une plus grande surface, comme l'aviron dans l'eau, l'abaissement aurait lieu de haut en bas, mais en arrière. Or, si l'on examine des Oiseaux à vol lent, des Moineaux et surtout des Corbeaux, on voit parfaitement que, dans l'abaissement, ils ramènent les extrémités de leurs ailes en dessous du corps, en avant

-et non en arrière. On comprend dès lors pourquoi l'animal ailé ne maintient pas son corps vertical, mais incliné d'autant plus par rapport à la verticale qu'il vole mieux : ainsi dans le Cerf-volant {Lucanus ccrvus, Coléoptères), que le poids de ses énormes mandibules oblige^, sous peine de basculer, à placer son corps presque vertical, les ailes ne peuvent que peu s'écarter de la direction horizontale ou d'un plan de mouvement vertical, et l'animal, parvenant à peine à équilibrer son poid?, présente un des vols les plus lents qui existent. Un second moyen de compenser le poids consiste à abaisser les ailes plus rapidement qu'elles ne se sont élevées, de sorte que l'impulsion de bas en haut soit plus forte que celle de haut en bas. Cette inégalité dans les mouvements est en raison de la différence de force des muscles qui produisent ces deux mouvements opposés. Ces mêmes principes permettent d'expliquer le vol stationnaire commun aux Oiseaux les plus rapides et aux Insectes les meilleurs voiliers, comme les Libellules, les Muscides, qui abondent en automne dans nos jardins et nos bois. Qui n'a vu ces Insectes en apparence immobiles dans les airs, les ailes étendues, soit pour guetter une proie, soit pour se réchauffer au soleil. Qu'on les examine de près, on verra que leurs ailes frémissent par des vibrations précipitées, et semblent élargies dans le sens vertical par la persistance des impressions lumineuses sur la rétine. Ces mouvements de peu d'amplitude, mais très- vifs, sont calculés de manière à compenser exactement le poids sans projection en avant. On peut dire que ce senties Insectes qui offrent le plus de variété pour la fonction du vol, depuis ces Tinéites (Lépidoptères) que le plus léger souffle d'air abat dans le vol, jusqu'à ces Mouches d'été qui, attirées par la faim, suivent les convois de nos chemins de fer et pénètrent dans l'intérieur des wagons, se reposant par intervalles, puis tourbillonnant avec une vélocité incroyable si l'on songe à la rapidité de ces véhicules qu'elles dépassent pourtant dans leur vol. Il faut enfin faire remarquer que la force ou la faiblesse de l'aile, comme organe moteur, est liée à plusieurs faits distincts : à la puissance des muscles, à leur insertion, à l'aire membraneuse de l'aile, à la force des nervures placées au bord supérieur, etc. C'est en analysant les variations indépendantes de ces divers éléments qu'on peut arriver à expliquer pourquoi des ailes, analogues à la première apparence, peuvent différer dans la fonction, ou des ailes de forme différente concourir, au contraire, au vol avec la même énergie. On est loin toutefois de pouvoir expliquer jencore toutes les variations du vol des Insectes qui fournissent d'excellents caractères distinctifs de tribus, de genres, d'espèces, selon qu'il est rectiligne, saccadé, prolongé , intermittent ; selon que l'Insecte est obligé de toujours agiter ses ailes, ou qu'au contraire, après des battements rapides qui lui donnent un excès d'impulsion considérable, il fende les airs comme une flèche, soit en repliant les ailes contre le corps, soit en les étendant en parachute et planant selon une trajectoire presque horizontale. Entre antres causes, ces dif-

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férences sont certainement liées au nombre, à la forme, à la solidité des osselets d'articulation des ailes au thorax.

[1 est important de constater que ce sont les exemples offerts par l'entomologie qui ont conduit Straus-Durckheim à la théorie du vol que nous venons d'exposer. Il a remarqué que chez les Libellules, qui peuvent à volonté planer, tourbillonner, aller dans le vent et contre le vent, caractères des meilleurs voiliers, les ailes sont insérées par deux points, ce qui empêche matériellement l'Insecte de les tourner comme le rameur tourne ses avirons ; elles ne peuvent donc offrir que la flexion passive du bord postérieur, tantôt en haut, tantôt en bas. Les Cétoines (Coléoptères) volent parfaitement, cà la façon des Mouches, et cependant leurs ailes, glissant dans une fente longitudinale ménagée entre les élytres immobiles et le corps, sont maintenues fixes suivant une large section qui leur interdit toute rotation active.

Nous ne devons pas nous étonner si les Insectes peuvent aussi nous offrir facilement un critérium expérimental pour vérifier la théorie du vol proposée par Straus-Durckheim. On comprend que si l'on peut changer le rapport d'épaisseur des diverses régions dans ce que nous appelons les ailes véritables propres au vol, celles à résistance décroissante du bord antérieur au bord postérieur, on arrivera à constater si cette inégale résistance des bords est une condition absolue de ce genre d'ailes. 11 suffit d'enduire les ailes par places de vernis se desséchant avec rapidité. On doit rejeter les \ernis à base d'alcool, d'éther ou de benzine, qui peuvent offrir sur les Insectes un effet anesthésique ou toxique. L'eau gommée ou l'empois fait avec un mélange de fécule ou de gomme arabique remplissent le mieux les conditions voulues. 11 faut les appliquerau pinceau et attendre quelques instants, jusqu'à dessiccation complète, avant de rendre la liberté à l'Insecte. En mettant ainsi au pinceau une mince bordure de gomme filante sur le bord inférieur de l'aile de Diptères, de manière à rendre l'épaisseur aussi grande qu'au bord antérieur, le vol est immédiatement aboli. On pourrait faire l'objection que cela résulte simplement du poids ajouté à l'aile ; mais si l'on met au contraire, sur un autre Insecte de même espèce (les Diptères d'automne des bois et jardins conviennent très-bien), une égale bordure de gomme sur le bord antérieur de l'aile, ce qui ne fait qu'augmenter l'épaisseur d'une région déjà plus épaisse que les autres, on observe que le vol de bas en haut est encore possible, quoique fort ralenti à cause du poids. On peut aussi faire ces expériences sur des Libellules, sur des Agrions (genre voisin de Névroptères). Ils cessent de voler si l'on enduit de gomme les bords, inférieurs des quatre ailes, et se servent seulement alors de leurs ailes étendues comme de parachutes qui leur permettent de descendre en déviant un peu de la verticale. Au contraire, le même enduit gommeux sur les bords antérieurs ne fait que ralentir le vol sans l'anéantir ; il persiste encore de bas en haut.

Il résulte du caractère essentiel des véritables ailes une définition

plus exacte que les définilions ordinaires, des élylres, pseudélytres, hémélytres. Les ailes mériteni la dénomination générale d'étuis, quand leurs deux bords, antérieur et postérieur, ont la même épaisseur, et, par suite, ofi'renl la même résistance à l'air. Les diverses sortes d'étuis résultent de la consistance variable. Ce n'est pas à dire toutefois que CCS organes deviennent inutiles au vol, seulement ils ne peuvent jamais seuls suffire à le produire, ce qui arrive parfois pour les ailes véritables, chez lesquelles, dans certains cas, une seule paire suffit à la fonction. Les élytres ou pseudélytres ont deux rôles dans le vol : tantôt elles servent comme parachute, et, avec les pattes et les antennes étendues, à équilibrer le corps de l'Insecte dans le vol : ainsi chez les Coléoptères ; tantôt les élytres agissent en concordance avec la seconde paire d'ailes, seule membraneuse, et forment la portion résistante, les ailes de la seconde paire constituant alors la partie flexible de l'appareil aérien, mais trop faibles, soit en elles-mêmes, soit par leurs muscles, pour opérer seules le vol. C'est ce qui arrive pour les pseudélytres étroites des Orthoptères, ('e concours simultané des deux paires dans le vol est si vrai chez cet ordre d'insectes, que, dans certaines espèces où les pseudélytres deviennent nulles ou rudimentaires, les ailes membraneuses de la seconde paire acquièrent à leur bord antérieur un segment d'un tissu coriace et résistant, tout différent du reste de la membrane alaire. On peut rattacher le système de locomotion aérienne des Insectes à trois types. Le premier est celui où les deux paires d'ailes sont propres au vol. Il n'existe dans toute sa perfection que chez les Agrions (Libellulides, Névroptères). Chez eux la forme des ailes des deux paires est identique et les insertions égales. Si l'on vient à couper (sans arracher, sans lésion) une des deux paires d'ailes, ou antérieure ou postérieure, à peu de distance de l'insertion, l'Insecte continue à voler avec la paire conservée : ce sont au reste de très-médiocres voiliers. D'autres Névroptères, les Libellules, les Perles, les Hémérobes, etc., appartiennent aussi à ce type, mais avec prédominance plus ou moins marquée de la paire antérieure d'ailes. Chez les Lib'ellules, les ailes postérieures seules ne suffisent plus au vol; il continue avec la paire antérieure, dont l'insertion est plus large. Chez les Perles, les Semblis, etc., les deux paires d'ailes sont nécessaires au vol. De même chez les Panorpes (Névroptères).

Dans le second type alaire, constitué par les Coléoptères, les Orthoptères, les Hémiptères hétéroptères, la paire antérieure, transformée en élytres, ou pseudélytres, ou hémélytres, ne peut jamais suffire seule pour le vol, bien qu'elle puisse souvent prêter, comme nous l'avons indiqué, un concours indirect pour le vol, à la seconde paire d'ailes offrait seule le caractère de la résistance, inégale des bords. Parfois cette seconde paire suffit seule. Ainsi, parmi les Coléoptères, les Cétoines volent même rapidement avec leurs ailes inférieures membraneuses, les élytres demeurant closes. Dans les Staphyliniens ou 3rachélylr.es,

les élytres, réduites à des moignons rudimenlaires, ne concourent en rien au vol. Les Telephorus, réduits artificiellement à de courts moignons élytraux, peuvent s'élever de bas en haut avec la seule paire inférieure d'ailes; toutefois ils retombent plus vite que ceux qui conservent les élytres étalées en parachutes.

te troisième type alaire nous est offert par les Hyménoptères, les Lépidoptères, les Hémiptères homoptères et les Diptères. Chez eux la première paire d'ailes est toujours la mieux appropriée au vol par sa grandeur, la force de son insertion et ses muscles, la résistance de son bord antérieur. La seconde paire d'ailes est toujours accessoire et entraînée, par divers mécanismes, par la première paire. Jamais elle ne peut seule suffire pour le vol. De grandes variations dans le vol ont lieu quand la première paire d'ailes reste seule. Dans les Sphinx, Lépidoptères à vol puissant, la première paire, demeurée seule, permet le vol, et de môme quand on enlève le crin qui y rattache normalement l'aile inférieure. 11 serait sans doute seulement bien moins longtemps prolongé. De même dans beaucoup de Noctuelles de grand vol. Chez les Papillons de faible vol, les deux paires sont nécessaires. Les Diptères sembleraient au premier abord, et, comme l'indique leur nom, n'exiger pour le vol que la seule paire d'ailes antérieures. Cependant la seconde paire, transformée en balanciers agités dans le vol par un rapide mouvement vibratoire,, est très-utile pour cette fonction, qui est considérablement affaiblie, parfois même anéantie, par leur ablation, sans arrachement violent, qui doit être proscrit dans toutes les expériences d'alisection. Ces balanciers ne servent nullement à équilibrer l'Insecte volant; ce sont les longues pattes étendues qui onlcet usage.

U est intéressant de remarquer que les second et troisième types alaires suivent dans la série des Insectes deux progressions inverses, et leur limite commune constitue le premier type qui ne se réalise que dans quelques groupes de l'ordre des Névroptères. Cet ordre, assez hétérogène du reste, nous offre le troisième type dans les Éphémériens, avec exagération même dans certains genres où la seconde paire d'ailes manque complètement. Au contraire, les Phryganes présentent le second type, à son début en quelque sorte ; leurs ailes antérieures sont de véritables pseudélytres , peu résistantes, il est vrai, mais d'égale épaisseur aux deux bords, tout à fait impropres seules à la fonction du vol, qui exige, chez ces faibles voiliers, la réunion de ces pseudélytres aux larges ailes membraneuses de la seconde paire. L'ordre des Névroptères comprend à la fois tous les types alaires des Insectes.

Des expériences nouvelles et fort curieuses sur le vol des Insectes ont été faites par M. Marey et répétées dans ses leçons au Collège de France en 1868. Il a d'abord cherché à déterminer la rapidité vibratoire des ailes des Insectes pendant le vol. Son procédé est celui du cylindre enregistreur de M. Duhamel, servant à déterminer le nombre de vibrations de la verge mobile (}'un diapason, Seulement, comme on ne peut

Ih ' INTRODUCTION.

songer à munir d'un stylet l'extrémité si délicate de l'aile d'un Insecte, c'est cette extrémité môme qui frotte tr(>s-légèrement contre le papier noirci du cylindre tournant d'un mouvement uniforme. L'Insecte , maintenu par la partie inférieure de l'abdomen, est placé de telle sorte qu'une des ailes, à chaque battement, enlève un peu du noir de fumée qui recouvre le papier mobile, de sorte qu'on obtient un graphique formé d'une série de points ou de courtes hachures. M. Marey a déterminé ainsi les nombres suivants de battements des ailes en une seconde, en prenant des oscillations complètes, ou allée et retour de l'aile à son point de départ initial : Mouche commune, 330; Rourdon, 2/!iO ; Abeille, 190 ; Guêpe, 110 ; Macroglossa Stellatarum (Lépid. Sphingiens), 72 ; Libellule, 28 ; Pieris Brassicœ (Lépid. diurnes), 9. Ces nombres ne doivent pas être regardés comme une expression très-exacte de la vérité ; en effet, le vol captif n'est pas identique au vol libre, et, en outre, il y a une diminution due au frottement même de l'aile, tel léger qu'il soit, contre le papier. Aussi les résultats ci-dessus sont en moins.

Nous représentons un graphique de cette espèce (fig. 2).

AA.'vvwuv f\rJV\jv^j\r<f\r<f\i\f\r^J^^

Fio. 2. — Les][trois lignes supérieures indiquent lu fréquence des battements de l'aile chez un Bourdon, et la plus inférieure chez une Abeille {Apis meliifica). — La quatrième ligne est obtenue au moyen d'un diapason muni d'un style, exécutant 500 vibrations simples par seconde.

Un autre procédé du- docteur Marey, fondé sur la persistance des impressions lumineuses sur l;i rétine, consiste à faire adhérer par un vernis, sur l'extrémité de l'aile d'un Insecte, une petite feuille d'or, et à faire exécuter à l'animal les mouvements du vol dans un brillant rayon de soleil. On voit alors se dessiner (tig. 3) un huit de chiffre, très-bien marqué chez l'Abeille et la Guêpe (tig. 5), et dont on a pu obtenir des graphiques approximatifs pour les diverses parties de l'excursion de l'aile. Pour la Libellule, le huit est plus allongé, et chez le Macroglosse du caille-lait (M. Stellatarum) il est à peine bouclé (fig. à).

Les figures 3 à 5 feront bien comprendre ce qui précède.

THOr.AX.

Fie 3.^ — Aspect d'une (Juôpe dans un rayon de soleil,Javec les extrémités des grandes'ailes (antérieures) dorées.

Fio. h. — Graphique de la zone moyenne de parcours de l'aile d'un Macroglossa Stellatarum (Lépidoptères Sphingiens). Les traits divers de ce tracé proviennent de ce que l'extrémité de l'aile est frangée et otTre des pointes multiples.

FiG. 5. — Graphique d'une Guêpe montrant la boucle supérieure'et toute l'étendue d'une des branches du huit de chiffre. La partie moyenne de cette branche n'est indiquée que par des points, à cause du faible frottement de l'aile, *

76 INTKODUGTION.

L'intensité très-inégale de l'image dorée dans ses deux moitiés, en raison d'une incidence plus ou moins favorable à la réflexion solaire, démontre que dans les mouvements alternatifs du vol, le plan de l'aile change d'inclinaison par rapport à l'axe du corps de l'Insecte. Pendant la période d'ascension de l'aile, la face supérieure se tourne un peu en arrière, et en avant lors de la descente, de sorte que l'aile se porte d'arrière en avant, aussi bien dans sa descente que dans sa reqiontée, et que le plan de l'aile change deux fois de direction pendant sa révolution. Pour faire voir que, selon l'idée de Straus-Durckheim, l'élévation et l'abaissement de l'aile suffisent pour entraîner tous les mouvements du vol, par l'effet de l'inégale résistance de l'air contre les deux bords, M. Marey a construit un Insecte artificiel formé d'un tambour auquel sont attachées deux ailettes bien égales, avec décroissance de résistance du bord antérieur au bord postérieur, et qu'une soufflerie communiquant au tambour creux permet de mettre en mouvement d'élévation et d'abaissement synchrone. On voit parfaitement la pointe de l'aile décrire un huit de chiffre, et le simple battement, accompagné des inflexions que produit la résistance variable de l'air, suffit pour faire prendre à l'insecte artificiel un mouvement de rotation dans un plan horizontal, seul déplacement possible que puisse exécuter le petit appareil fixé à l'extrémité d'une tige tournante ou rayon du cercle. M. Marey a constaté que, pour une aile donnée, il y a un nombre maximum de battements correspondant à la plus grande rapidité du vol; qu'en augmentant ce nombre au delà d'une certaine limite, par l'accroissement de vitesse de la soufflerie, la rapidité de mouvement de l'Insecte artificiel se ralentit, cesse complètement, et même il peut se produire un mouvement rétrograde. En effet, si la fréquence des battements augmente, leur amplitude diminue au point que l'aile paraît presque immobile, animée seulement d'un léger frémissement, et la force d'impulsion diminue avec l'amplitude.

En 1869, M. F. Plateau a entrepris de plus récentes recherches sur le vol des Insectes. Il admet que la différence de flexibilité entre les deux bords de l'aile ne suffit pas seule pour expliquer tous les mouvements du vol; que l'Insecte s'étant donné avec ses ailes une impulsion oblique de bas en haut, son poids le ramène toujours à la première hauteur, de sorte qu'il parcourt réellement une ligne horizontale. C'est seulement 1;\, dit M. Plateau, le mouvement que peut exécuter l'Insecte artiticiel de M. Marey, et encore, sans le support il tomberait, car les articulations des ailes factices sont horizontales et non obliques de bas en haut et d'avant en arrière, comme dans l'Insecte réel volant. M. Plateau s'est donc préoccupé surtout d'expliquer le vol ascendant des Insectes dans un plan vertical. Il en trouve d'abord une première raison dans Straus-Durckheim, qui, ainsi que nous avons déjà eu occasion de le dire, énonce que ce genre de vol est en partie produit par une plus grande vitesse dans les abaissements oy dans les ^l^ve^tions des siles.

Les analomies de Chabrier et de Straus-Durckheim démontrent, dans le Hanneton, les Diptères et chez WEschna (jranclis (Libellules, Névroptères), que les muscles abaisseurs sont plus volumineux et plus puissants que les élévateurs, ce qui permet d'admettre que l'aile s'abaisse plus énergiquement qu'elle ne s'élève.

Selon M. Plateau, une autre particularité vient encore concourir au vol ascendant chez les Coléoptères, insectes lourds, à ailes relativement peu développées. On sait que l'aile inférieure, seule efficace chez eux, se replie de dessus en dessous, par rapprochement des nervures costale et médiane, et en outre, souvent, l'angle anal ou inférieur se replie au-dessous de l'ensemble des deux premières parties, de sorte que, complètement ployée, une aile de Coléoptère peut ne plus offrir que le tiers de sa surface totale. Il résulte de cette structure des changements probables de forme et de surface résistante dans les deux mouvements de l'aile. Dans le mouvement d'élévation, la résistance de l'air, agissant dans le sens du reploiement, tend à infléchir les parties de l'aile et à diminuer l'aire de sa projection sur un plan ; au contraire, lors de l'abaissement, l'air étale l'aile dans toute son étendue, et une plus large surface éprouve la résistance du fluide. Il y a là quelque chose d'analogue au mécanisme de la patte de l'oiseau palmipède, dont les nervures s'étalent quand l'animal les appuie sur l'eau pour obtenir par réaction une impulsion en avant, tandis que la patte se ferme ensuite en éventail quand elle est ramenée en avant, de sorte que l'impulsion en arrière devient si petite, quelle peut presque être négligée.

M. Plateau a cherché à démontrer par expérience les variations de forme et de surface de l'aile dans ses deux mouvements. Il a pris des ailes membraneuses fraîches de Hanneton et de Scarabée rhinocéros {Oryctes nasicornis) , coléoptère de la même tribu (Scarabéiens) et de plus grande taille, l'aile conservant attachée la portion correspondante du mélathorax. Avec des épingles on fixe l'attache de l'aile suivant le rayon d'un cylindre de liège adapté au centre d'une poulie et tournant avec elle autour d'un axe horizontal. Verticalement se trouvait disposée à côté une échelle divisée en doubles millimètres. L'aile peut donc recevoir un mouvement de rotation dans un plan vertical, et on la place de telle sorte qu'elle soit, comme chez l'insecte vivant, oblique d'environ 45 degrés au plan vertical de rotation. Elle est vivement éclairée par devant, et par derrière se trouve un fond d'étofl'e noire, de sorte que, pour l'aile de Hanneton en rotation, la persistance des impressions lumineuses sur la rétine de l'observateur produit l'apparence d'un cercle gris, dont l'échelle permet d'évaluer le diamètre égal à. la longueur de l'aile pendant la rotation. Si l'aile, fermée et reployée, tourne de manière à frapper l'air obliquement par son bord antérieur et sa face supérieure, elle reste pliée, ainsi que l'indique le faible diamètre du cercle gris. Si, au contraire, on la fait tourner en sens inverse, de sorte qu'elle frappe l'air oljliquement par son bord membraneux pos-

térieur et par sa face inférieure, l'agrandissement du cercle gris indique que l'aile se déploie et par l'air qui s'engouffre dans les plis et par la force centrifuge. L'ouverture de l'aile est moins facile et exige une plus grande vitesse de rotation de la poulie, si l'aile est fixée perpendiculairement au plan vertical de rotation ; ce qui montre que l'aile naturelle, pour le meilleur vol, doit faire à son insertion un angle plus ou moins approché de la moyenne entre zéro et 90 degrés avec le plan de son mouvement. Quand on opère sur les ailes bien plus amples d'Oryctes, l'œil aperçoit deux images immobiles et verticales, l'une en dessus, l'autre renversée en dessous de l'axe. Si l'aile ployée frappe obliquement l'air par sa face inférieure, on voit les deux images se déployer de plus en plus à mesure que sa rotation s'accélère, et si, l'aile étant étalée, on tourne en sens inverse, on voit les ailes apparentes se replier de plus en plus sur elles-mêmes.

Il restera à examiner si ces faits sont spéciaux aux seuls Coléoptères, et si dans d'autres groupes d'Insectes il se produit aussi des changements dans la forme et la surface de l'aile en ses diverses positions, par des tendances à la flexion selon certaines nervures. M. Plateau reconnaît qu'il y a encore à examiner le rôle des élytres, tantôt demeurant fermées dans le vol chez les Cétoines, tantôt écartées, mais immobiles dans le vol, comme chez les Hannetons, enfin battant l'air à l'instar de véritables ailes chez les Téléphores, où elles sont molles et assez flexibles. Nous ajouterons cette observation que chez les Buprestes, coléoptères qui volent bien, surtout pour les petites espèces, les ailes ne se replient pas. Ne serait-il pas possible que le fait constaté par M. Plateau n'ait qu'une influence accessoire et ne soit pas général , la différence de résistance des bords et l'inégale force dans les deux mouvements suffisant à expliquer le vol dans tous les sens lors du plus grand nombre des cas? Il faut aussi faire intervenir, selon les remarques de M. de Lucy, le poids propre du corps de l'Insecte, qui est une condition essentielle du vol, en emmagasinant dans sa masse le travail produit par le battement de l'aile, et le dépensant ensuite sous forme d'élan ou de vitesse acquise. Il est certain que cette masse doit agir à la façon d'un volant pour régulariser le vol, et qu'il faut bien se garder de tomber dans l'erreur de Chabrier, inverse de celle de Borelli et de Navier. Chabrier, en effet, regardait l'Insecte comme une espèce d'aérostat, presque en équilibre dans l'air et auquel suffisait une force presque insignifiante de propulsion. C'est à tort qu'il a inteprété, à la façon du gonflement d'une montgolfière, l'air dont se charge l'Insecte avant de prendre son vol. Jurine a bien fait voir que cet air entrant dans les trachées des nervures des ailes donne à celles-ci leur rigidité ; en outre, il doit y avoir là une réserve considérable de comburant et pour la force et pour la chaleur qui est en raison directe de l'énergie du vol.

D'autres expériences de M. Plateau ont eu pour objet d'étudier la force musculaire produite lors du vol. D'après cet observateur, qui a

cherché la valeur des poids additionnels maxima que les Insectes peuvent enlever en volant, la puissance de leur vol ne dépasserait généralement que de fort peu celle qui est nécessaire pour soutenir leur propre poids, le petit excès servant simplement à compenser la fatigue.

Je doute fort qu'on puisse rien généraliser à cet égard. La contraction musculaire doit varier en énergie d'une manière considérable, et en quelque sorte individuelle et intrinsèque, selon les groupes d'Insectes. Il en est qui naturellement, et non dans des expériences où on les irrite et les gêne, enlèvent au vol des poids considérables, bien supérieurs à celui de leur corps. Les Pélopées emportent de fortes Épéires ou Araignées de jardin ; le Pompile des chemins enlève de grosses Lycoses (autres Araignées), et vient jusque dans nos maisons ravir à sa toile l'Araignée domestique. Enfin, toujours parmi les Hyménoptères, rien de plus curieux que de suivre le vol, très-ralenti il est vrai, du Philanthe apivore, qui tient, collé au-dessous de lui, ventre à ventre, une Abeille de dimensions presque doubles des siennes en largeur et épaisseur et de môme longueur. M. Plateau s'est préoccupé de cette objection, et il assure que l'Ammophile des sables, hyménoptère qui, dans la nature, emporte dans son nid des chenilles destinées à nourrir ses larves, ne peut même soulever au vol un poids égal au sien. Dans les expériences de ce genre de M. Plateau, les Insectes enlèvent au vol de petites boules de cire attachées par un fil à la jonction de l'abdomen au thorax. D'après les tableaux de ses expériences, les Agrions (Névroptères), les Coléoptères et les Lépidoptères (du moins le petit nombre des espèces essayées, ce qu'il ne faut pas perdre de vue) ne peuvent enlever en volant qu'un poids additionnel égal à une fraction du leur. Chez les Libellules, ce poids peut atteindre celui de l'Insecte. Enfin des Diptères (Syrphes, Mouche domestique, Mouche bleue de la viande) peuvent enlever en volant des poids approchant du double du leur, et par suite la force des ailes peut soutenir en totalité près de trois fois leur poids. On ne peut s'empêcher de penser, à ce propos, aux Mouches à longue queue de papier qui servent à nos écoliers à adoucir l'ennui des mortelles classes de deux heures que leur impose encore la routine universitaire. En résumé, rien de général, ce nous semble, à conclure à ce sujet. Les expériences sur le vol de M. F. Plateau (1) font partie d'une série d'expériences sur les forces musculaires de traction et de pression des Insectes, dans lesquelles l'auteur établit que ces forces sont proportionnellement d'autant plus grandes, que les Insectes sont plus petits et l'emportent beaucoup sur les forces des Vertébrés. Déjà Linnœus avait signalé la force énorme que possède le Lucanus cervus (Lucaniens, Coléoptères), et M. de Lucy avait vu cet Insecte pesant 2 grammes soulever entre ses grandes mandibules une règle d'acier pesant

(1) Plateau, Bulletin de l'Académie royale de Belgique. Bruxelles, 1865, t. XX^ p. 746, et 1866, t. XXII, p. 294.

ZiOO grammes. On a objecté aux expériences do M. Plateau sur la force de traction des Insectes, comparée à celle des chevaux, qu'ils peuvent s'accrocher aux aspérités de la surface d'appui d'une manière bien plus puissante, grâce à leurs six membres munis de fortes griffes. Nous ne pouvons nous étendre davantage sur ce sujet.

Abdomen.

La dernière partie du corps des Insectes, l'abdomen^ ne doit pas nous arrêter aussi longtemps dans son étude que les deux autres régions. Ses anneaux ne portent presque jamais d'appendices locomoteurs chez les adultes, et sont formés d'un tergum et d'un sternum offrant entre eux une membrane portant la paire de stigmates qui existe dans la majeure portion de ces anneaux, à partir du thorax, sauf exceptions spéciales. Parfois on peut observer des épimères et épisternums réduits. L'articulation de l'abdomen avec le thorax se fait toujours largement par une surface aussi étendue que celle du métathorax, y compris le cas où l'abdomen est pédicule par le rétrécissement du second segment (Vespides, Sphégiens, Fourmis). Les anneaux de l'abdomen, même quand ils sont le plus fortement unis, permettent toujours, au moins sur les côtés, les dilatations et compressions nécessitées par le mécanisme de la respiration. Parfois les arceaux inférieurs sont soudés et les arceaux dorsaux ou contigus ou chevauchant légèrement d'avant en arrière , et alors, comme cela a lieu dans la majeure partie des Coléoptères, des Orthoptères et des Hémiptères, les mouvements ne consistent qu'en une flexion peu étendue. Dans les autres ordres en général, à des degrés différents, les anneaux s'emboîtent sans soudure partielle dans tout leur pourtour, comme les tuyaux d'une lunette, et des mouvements de torsion plus ou moins complets, surtout pour les anneaux de l'extrémité, se joignent aux mouvements de flexion. Le nombre total des anneaux est variable et même incertain, car les deux derniers sont le plus souvent rudimentaires, parfois nuls, ou invaginés par retrait dans les précédents. On voit nettement onze anneaux à l'abdomen des Libellulides. Les derniers anneaux, neuvième et dixième, en admettant onze segments normaux, se modifient profondément chez les adultes pour constituer les armures génitales servant à l'accouplement. Chez les chenilles des Lépidoptères, on compte au moins neuf segments abdominaux, les huit premiers stigmatifères, mais le dernier provient probablement de deux anneaux réduits, sinon davantage. C'est du troisième au huitième anneau abdominal qu'on observe le plus de similitude. En outre, parfais les arceaux supérieurs sont prédominants, parfois au contraire les arceaux ventraux. Il peut arriver encore qu'il y ait un plus grand nombre d'arceaux dorsaux que de ventraux, dont certains disparaissent par atrophie, et, plus ruremeni, l'inverse peut avoir lieu.

Les appendices locomoteurs de l'abdomen manquent chez les Insectes adultes, sauf chez quelques types dégradés, toujours aptères, les Machiles,

lesLépismes, où l'arceau ventral présente comme dépendance des pattes vestigiaires.On voit quelquefois les derniers anneaux rudimentaires qui suivent l'armure génitale porter des filets sétacés (Blattes, Grillons, Éphémères, etc.), ou des pinces (Forfîcules). Chez les Podures, Tavantdernier anneau abdominal se replie sous le corps en forme de fourche, retenue par un crochet, et peut, en se débandant, lancer l'animal sauteur, par un mécanisme analogue à celui de ces grenouilles de bois qui servent de jouet aux enfants. De véritables pattes locomotrices abdominales apparaissent au contraire chez beaucoup de larves, ne se reproduisant plus aux dernières mues. On les nomme pour cette raison fausses pattes. La paire dont l'existence est la plus constante est la dernière, celle du segment anal; elle forme une espèce de fourche charnue servant d'appui. Les fausses pattes intermédiaires sont toujours séparées, au moins par un segment apode, et des pal tes écailleuses ou thoraciques en avant, et des fausses pattes anales en arrière. Les fausses pattes existent en nombre variable chez certaines larves de Coléoptères et de Diptères. On les trouve à leur maximum de développement dans les larves de Tenthrédides (Hyménoptères), dites fausses-chenilles, et dans les chenilles des Papillons. Dans les premières, les paires de fausses pattes sont au nombre de huit, sept, six, ou point. Dans les secondes, au contraire, il y a cinq, quatre, trois, deux ou une paire de fausses pattes. On leur donne souvent le nom de pattes mamelonnées , pattes en couronne, car la fausse patte offre en dessous un disque muni de crochets à son pourtour. Des fibres musculaires radiées s'insèrent selon un diamètre, de manière que, par leur contraction, le disque forme une sorte de pince saisissant les petites branches, les pétioles des feuilles, comme on le voit si bien en examinant un Ver à soie. Quand les fausses pattes, peu nombreuses et Irès-éloignées des pattes thoraciques, laissent apodes un grand nombre de segments, le corps tout entier devient un levier articule, se repliant plus ou moins dans la locomotion, comme un compas qui se ferme, et les chenilles, en raison de cette marche singulière, s'appellent Demi-arpenteuses, Arpenteuses, Géomètres. En outre, chez certaines larves existent des tubercules dorsaux, des épines, des appendices souvent bizarres, servant à des locomotions particulières, à la protection de l'animal, à des usages inconnus. Les larves aquatiques portent fréquemment à divers segments abdominaux des appendices foliacés ou rameux ou filamenteux, sortes de trachées devenues extérieures et fermées en cul-de-?ac. Ce sont des branchies absorbant l'air dissous dans l'eau, exhalant l'acide carbonique. Les anneaux du corps de certaines larves de Diptères sont munis de couronnes de crochets, plus utiles encore pour maintenir ces larves en place que pour leur locomotion très-restreinte. Enfin la plupart des larves des Hyménoptères, celles de beaucoup de Diptères, ainsi les Asticots, celles des Charançons, des Scolytcs, de beaucoup de Cérambyciens (Coléoptères), ont les téguments de l'abdomen apodes comme ceux du thorax. Les larves des Orthoptères

GIRARD. s

82 llNThODUCTION.

et des Hémiptères, à métamorphoses imparfaites, sont dépourvues d'appendices locomoteurs à l'abdomen, comme les nymphes et les adultes.

Les nymphes, chrysalides, papes des Insectes à métamorphoses complètes manquent d'appendices abdominaux. Les deux premières sortes sont capables d'exécuter quelques mouvements restreints, surtout par le jeu de leurs segments abdominaux. Elles peuvent tourner soit à droite, soit à gauche, se déplacer dans leurs cocons d'un bout à l'autre, ramper dans leurs galeries de manière à s'approcher de l'orifice par où doit sortir l'Insecte adulte, délivré de la dernière enveloppe qui l'emprisonnait.

Organes des sens.

Les animaux sont mis en relation avec le monde extérieur par les organes des sens, et ils tiennent un rang d'autant plus élevé , que ces sens sont plus parfaits et leurs appareils plus complexes. Sous ce rapport, les Insectes, moins bien doués peut-être qu'au point de vue de la locomotion, sont cependant les rivaux des Mammifères et des Oiseaux. Ils possèdent incontestablement les cinq sens. On sait que trois d'entre eux, le toucher, le goût et l'odorat, s'exercent au contact, les deux derniers spécialement impressionnés par les matières liquides ou gazeuses, ou tenues en suspension dans les liquides ou les gaz. Les deux autres, au contraire, sont influencés à distance et par des vibrations élastiques ou lumineuses. Certains auteurs font des hypothèses sur des sens nouveaux et inconnus que posséderaient les Insectes, et qui rendraient compte de certains de leurs actes instinctifs. IVous croyons ce genre de discussion inutile et oiseux. On recule ainsi une explication difficile, mais on ne résout rien. Nous ne pouvons avoir aucune espèce d'idée de sens que nous ne possédons pas, et, dans toute étude des animaux, nous n'avons qu'à rechercher s'ils offrent ou non nos sens, et quels peuvent être leurs organes.

Le sens de la vue est certain chez les Insectes, etnous avons déjà décrit la forme et la disposition extérieure des appareils au moyen desquels elle s'exerce, et qui sont des dépendances de la tête. Les stemmates ou yeux simples du vertex sont chez les Insectes adultes au nombre de trois, deux ou même un, quand ils existent. Leur structure anatomique s'étudie plus commodénient chez les Arachnides que chez les Insectes. On y trouve une cornée transparente sphérique, qui n'est que la chitine du tégument prolongée et incolore; au-dessous un cristallin sphéroïde, souvent adhérent à la cornée et entraîné avec elle. Cette lentille est complètement emboîtée par-dessous dans un corps vitré gélatineux, reposant sur une rétine où s'épanouissent les filets du nerf optique. Upe choroïde à pigmentum presque toujours foncé entoure , sous la cornée, toute la partie réfringente de cet œil. On le voit comme un anneau autour de la partie centrale de la cornée, à laquelle il forme une sorte d'iris. Nous avons donc ici un œil très-complet , offrant des analogies avec l'œil à cristallin sphérique des Poissons. Le stemmate doit

présenter comme cet œil de fortes réfractions et au nombre de quatre, d'après la structure reconnue par J. Mûller. Cet œil à cornée très-convexe est donc, selon lui, un œil myope, donnant une vision très-nette, mais à courte distance. Les Insectes, en effet, semblent ne très-bien discerner les objets que de très-près. Ainsi les mâles des Bombycides (Lépidoptères), à la recherche de femelles, voltigent longtemps sans les voir, attirés, soit par l'odeur, soit par quelque son insensible pour notre oreille, et ce n'est que lorsqu'ils sont contre elle qu'ils l'aperçoivent e se précipitent sur elle en ligne droite comme une flèche. Les Arachnides, qui n'ont que des yeux simples, paraissent impressionnés seulement par la vision des objets très-voisins. Les larves peu actives n'ont besoin aussi que de stemmates. Les stemmates très-convexes des Abeilles, des Bourdons et d'autres Hyménoptères nidifiants seraient des sortes de microscopes servant à ces Insectes à apercevoir le pollen et les nectaires des fleurs, et à exécuter les minutieux détails de l'architecture de leur nid. Telle est l'opinion la plus généralement admise. Cependant on peut remarquer que ces Insectes nidifient souvent dans une obscurité complète, du moins pour nous. Une foule d'espèces d'Insectes vivant dans des galeries étroites, des fentes des écorces, manquent de ces stemmates dont le grossissement semblerait devoir leur être fort utile. Les stemmates servent-ils seulement à recevoir la lumière qui tombe verticalement sur la tète de l'Insecte, et à montrer ainsi des objets que la position des yeux composés ne lui permettrait pas d'apercevoir? ne sont-ils utiles, comme le pensait Dugès , qu'à indiquer à l'animal la lumière et l'obscurité, sans notion exacte de la forme des corps? Ces questions n'ont pas encore reçu de solution complète.

Lu difficulté d'expliquer la vision des Insectes est encore plus grande si l'on considère les yeux composés. Ce sont très-probablement des yeux presbytes, donnant une image un peu confuse des objets éloignés, un avertissement de leur présence. On ne les rencontre que chez les Insectes adultes et les larves agiles des Insectes à métamorphoses incomplètes, alors qu'une locomotion plus puissante exige la réception visuelle des rayons lumineux d'un champ plus étendu. Les yeux composés sont constitués par la réunion d'un grand nombre d'yeux simples, isolément très-imparfaits, comme l'indique leur répétition même. Les facettes ou cornéules sont hexagonales chez les Insectes; elles sont carrées chez les Crustacés supérieurs, qui ont aussi ces yeux composés. Ce sont autant de petits télescopes braqués sur les divers points de l'espace et ne fonctionnant probablement pas tous à la fois. U y a sans doute des adaptations à diverses dislances selon les espèces, car on remarque que les yeux composés sont plus ou moins renflés , sphéroïdaux , ellipsoïdaux, etc.; en outre, la convexité des cornéules varie aux divers points. Le nombre des cornéules peut différer beaucoup. Ainsi on en compte 50 chez la Fourmi, plus de 6000 chez le papillon du Ver à soie,/iOOO chez la Mouche domestique, 1300 chez le Sphinx Convolvuli, \)lus de ii 000 chez

su INTRODUCTION.

le Cossus ligniperda, plus de 12 000 chez les Libellules, plus de 25 000 chez les Mordelles (Coléoptùres), près de 9000 chez les Hannetons, etc.

Si l'on examine les yeux élémentaires, on trouve dans chacun une cornéule; au-dessous est un cristallin tubuleux, cylindroïde, suivi d'un long corps vitré conique, où se distribuent de nombreux filets du nerf optique. Parfois au fond du tube qui suit la cornéule se trouve un cristallin lenticulaire: ainsi chez les Libellules, chez certains Diptères. Les divers yeux élémentaires des yeux composés sont entourés d'un pigmentum choroïdien, soit noir, soit brun, soit verdûtre (Libellules), soit rouge (beaucoup de Mouches; ce qui donne une apparence sanguine à la trace de leurs yeux composés écrasés sur le papier). On voit que la composition optique des yeux élémentaires, des yeux composés, diffère beaucoup de celle desstemmates, dont le cristallin sphérique dénote un très-court foyer. Au contraire, chaque facette très-plate des yeux composés doit donner très-peu de convergence aux rayons réfractés.

Certains observateurs avaient avancé autrefois qu'il y avait, dans les yeux élémentaires des yeux composés, une couche opaque de pigmentum s'interposant entre l'appareil réfringent concentrant les rayons de lumière et l'appareil de sensation constitué par le long corps vitré recevant le filet nerveux optique. Les partisans de la toute-puissance du principe vital trouvaient une confirmation de leur système dans un œil voyant sans l'appareil dioptrique ; donc l'organisation n'expliquait plus tout, etc. Dugès examina avec plus de soin les yeux composés des Libellules et reconnut d'abord des inégalités de grandeur des facettes de diverses régions, en rapport sans doute avec des champs et des distances diverses de vision. Il s'assura chez des Libellules (Névroptères), des Syrphes (Diptères) et des Abeilles (Hyménoptères) que le pigment, très-épais aux sutures des cornéules, va en s'amincissant vers le centre, où il devient nul. En examinant sous l'eau les cornéules avec une forte lentille, on trouve une direction sous laquelle la lumière traverse sans obstacle le centre. La couche choroïdienne sert, selon Dugès, à affaiblir la vivacité de la lumière pour les Insectes diurnes, et manque chez les Insectes lucifuges.

L'explication de la vision avec de pareils organes laisse beaucoup à désirer. Selon Mùller, chaque petit œil isole quelques rayons lumineux suivant son axe, tous les rayons obliques étant absorbés par les parois du long tube ; de sorte que l'œil n'est frappé que par une petite portion de l'objet, comme du fond d'un puits on n'aperçoit qu'une petite portion du ciel, mais très-nettement. L'Insecte verrait alors l'objet comme à travers un treillis, à cause des espaces opaques qui séparent les cornéules. Toutes ces impressions isolées. concordent-elles à lui donner une image unique et bien distincte, ou une sensation lumineuse confuse, c'est ce qu'on ne saurait décider.

L'ouïe existe chez les Insectes d'une manière très-développée. Beaucoup s'effarouchent et s'envolent au^ moindre bruit. Chez certains s'of-

frent des appareils sonores tr^s-variables, soit dans les deux sexes, soit seulement et surtout chez les mâles. Enfin il est très-probable qu'ils entendent une foule de sons qui échappent à l'oreille humaine. Nous voyons des Orthoptères faire les mouvements producteurs du son, et nous n'entendons rien.

Les Abeilles ont l'ouïe très-fine. Le roulement du tonnerre les ramène promptement au gîte. Les bruits des chaudrons avec lesquels, dans certains pays, on cherche à attirer les essaims, ne produisent que peu d'effet. Elles entendent les chocs sur les parois de la ruche et s'en irritent. Les sons élevés sont ceux qu'elles perçoivent le mieux: ainsi le chant aigu de la reine qui vient d'éclore et commence à bourdonner.

La position du siège de l'ouïe est moins évidente chez les Insectes que celle du sens de la vue. 11 nous paraît impossible de contester que les antennes ne servent à cet usage, depuis la découverte d'un organe auditif à la base des antennes externes ou grandes antennes des Crustacés Décapodes. Une cavité contient une vésicule pleine de liquide, découverte par Scarpa, sorte de vestibule où plonge un filet du nerf antennaire. Contre elle est un tympan membraneux, dont la tension varie par l'etlet de muscles, ainsi que l'a très-bien étudié M. Milne Edwards sur les Homards et sur les Crabes. Ce n'est en effet qu'avec une tension variable et spéciale qu'une membrane peut vibrer à l'unisson de tous les sons. La raison analogique la plus puissante nous amène donc à reconnaître dans les antennes les oreilles des Insectes. L'existence d'un tympan membraneux à leur base est douteuse ; elle est signalée cependant chez les Blattes (Orthoptères). Au reste, cela n'est nullement nécessaire pour comprendre la fonction des antennes. On sait qu'une tige élastique fixée par une seule extrémité, et c'est le cas des antennes, vibre plus facilement que si elle est attachée par les deux bouts. Savart a depuis longtemps démontré la communication des mouvements sonores à une tige flexible implantée dans une lame élastique. Les différences si nombreuses de longueur et de configuration des antennes se lient à une foule d'impressions sonores spéciales. En général, les antennes sont très-développées chez les Insectes qui font entendre des bruits, comme les Longicornes (Coléoptères), les Grillons, les Sauterelles, les Criquets (Orthoptères). Cependant les Cigales assourdissanles semblent faire exception par la brièveté de leurs antennes; mais chez elles, comme chez les Libellules, chez beaucoup de Diptères, les antennes, réduites à une soie grêle, doivent être facilement ébranlées parles vibrations ; c'est l'extrême ténuité de la tige qui constitue la sensibilité de l'organe sonore, due au contraire chez les autres Insectes à sa longueur, à l'étendue de la surface, à ses nombreuses ramifications, etc.

Les trois autres sens, l'odoral, le goût, le toucher, ont ce caractère commun qu'ils s'exercent par le tégument diversement modifié, au contact des gaz, des liquides, des solides. Si leur existence est certaine chez les Insectes, on éprouve encore de très-grandes difficultés à indi-

quer clioz eux leur siège véritable ; nous ne pourrons présenter que des conjcolures plus ou moins plausibles.

Les Insecles no paraissent pas voir à de Irùs-grandos distances. I-a vue est le sens éminemment supérieur, celui auquel se rattachent le plus grand nombre des idées chez l'homme; clic est au contraire chez les Insectes dans un état d'infériorité qui indique un autre mode intellectuel : les animaux, à peu d'exceptions prés, sont dominés par les sens inférieurs, le goût et l'odorat, d'où dépend probablement la majeure partie de leurs idées. C'est le sens animal par excellence, l'odorat, qui, d'après tous les faits connus, paraît le plus subtil chez les Insectes. On sait avec quelle rapidité les Insectes nécrophages et coprophages sont attirés par les matières corrompues. La vue n'est pas leur guide, car on peut soustraire les substances ;\ leurs yeux en les recouvrant de voiles, comme dans les anciennes expériences de Redi, et les Mouches ne sont pas moins impressionnées. Les mélasses, les sirops et fruits fermentes occasionnent pour beaucoup d'espèces une sorte d'attraction vertigineuse qui leur fait braver le danger de l'approche de l'homme. L'instinct peut même être trompé au détriment de la conservation de l'espèce. Des Mouches habituées à déposer leurs œufs dans des chairs corrompues viennent les pondre dans certaines fleurs fétides d'Orchidées, d'Aro'i'dées, de Stapélies, etc., où les jeunes larves doivent périr faute d'aliments.

C'est surtout la recherche des femelles qui témoigne de la puissance de l'olfaction. Des Rombycides femelles (Lépidoptères) renfermés dans des boîtes, dans des chambres closes, attirent lesmAles du dehors. Nous avons vu les mâles du Liparis rf/spor voltiger contre les fenêtres fermées d'une chambre où se trouvaient des femelles complètement cachées à leur vue.

On voit entrer au milieu de Paris, dans les appartements où l'on tient des femelles vivantes, lesmftles des liombyxQuercus, Xeustria, plus rarement du Bombyx Riibi, de YAttacus Piri et parfais de VAttacus Carpim\ de divers Liparis, etc. On prétend que le mnle de VAglia tau, papillon qu'on ne rencontre qu'à Saint-Germain ou au plus près à Bondy, a été attiré ainsi jusqu'au centre de Paris, à plusieurs lieues de distance. Peut-être a-t-on eu affaire à des sujets éclos chez des amateurs, et échappés. Il ne faut pas apporter de l'exagération dans l'exposé de ces faits si curieux; les espèces ne viennent pas, du moins ordinairement, de très-grandes distances hors de la ville, mais des arbres des boulevards et promenades, des jardins publics et privés. On peut certifier pour le moins une olfaction à plusieurs centaines de mètres de distance. Les mâles de ces Lépidoptères sentent leurs femelles de très-loin et restent souvent très-longtemps avant de les apercevoir, ramenés sans cesse auprès d'elles par l'odeur et exécutant de multiples circonvolutions dans leur vol.

C'est même ce fait qui semble si bien en rapport avec le développement des antennes fort prononcé chez les mâles des Longicornes

(Coléoptères), des Hombycirles (Lépidoptères), comparativement aux femelles, qui a porté certains auteurs à voir dans les antennes les organes de l'olfaction. C'est l'opinion soutenue par Réaumur, Rœsel, Jurine, F^atreille, Blainville, Dugès, Ro'bineau-Desvoidy, et récemment par Erichson et Jacquelin du Val. Ces derniers auteurs, en efi'et, ont cherché à détruire cette objection de MM. Burmeister et Lacordaire, que des organes à surface cornée et poilue, comme les antennes, sont peu propres à l'exercice de l'olfaction, sens qui exige, comme le goût, une surface humide et spongieuse. Les nombreux pores, dont le fond est formé par une membrane délicate, signalés par Erichson, permettraient l'exercice de l'olfaction, et constitueraient ainsi une sorte de membrane pituitaire indéfiniment disséminée.

Une curieuse et remarquable expérience de M. Balbiani semble bien prouver que, chez les Vers à soie adultes, l'odorat réside dans les antennes. Des papillons mâles furent mis ensemble dans une boîte, les uns pourvus de leurs antennes pectinées, les autres présentant ces organes coupés. Un couvercle fut posé sur cette boîte, lequel avait précédemment longtemps recouvert une boîte renfermant des femelles et s'était imprégné de leur odeur. Aussitôt les mâles antennes s'agitèrent en battant des ailes, tandis que les mutilés demeurèrent immobiles. Il fallait s'assurer par une contre-épreuve, que l'ablation des antennes n'avait pas éteint chez eux l'appétit sexuel. Ils furent mis contre des femelles, et, avertis par la vue ou par le toucher, entrèrent en excitation génésique, et s'accouplèrent. Certains mâles sans antennes entraient en mouvement à la vue et au contact des autres, comme si l'idée des femelles arrivait dans leur esprit autrement que par l'odorat. Seuls, ils restaient toujours entièrement calmes.

Il ne faudrait pas croire cependant qu'on ait complètement le droit de généraliser de pareilles preuves. Il est encore de nombreuses difficultés à objecter contre l'opinion que les antennes soient le seul siège de l'olfaction, ou qu'elles constituent l'organe de ce sens chez tous les Insectes sans exception. A côté d'Insectes à odorat subtil et à antennes très-développées, on en trouve d'autres, non moins bien doués sous le rapport du sens, mais dont les antennes sont très-réduites : ainsi les Anthrônes (Coléoptères), qui pénètrent par les plus petites fentes dans les armoires et les boîtes où sont conservées les collections d'histoire naturelle, ainsi l'immense légion des Muscides (Diptères). Un outre, en enlevant tout ou partie des antennes à des Insectes, on assure qu'on n'a pas détruit dans tous les types la faculté olfactive; cela se constate, dit-on, sur les Nécrophores (Coléoptères), qui n'en sont pas moins attirés par les cadavres.

Quelques auteurs, Lyonnet, Bonnsdorf, Marcel de Serres, attribuaient l'olfaction aux palpes, appendices qui dépendent des pièces buccales, mais que leur tégument sec rend plus propres à cet usage. Huber, l'ingénieux expérimentateur des Abeilles, croyait que la cavité buccale

était le siège de lolfaction, et Treviranus, acceptant en partie cette opinion, a étendu cette faculté à des portions variables du tube digestif. La difl'usibilité des odeurs rend des plus incertaines toutes les expériences qu'on peut tentor sur des animaux aussi petits que les Insectes, dans le but de chercher à localiser la sensation. Si l'on peut hasarder une conjecture, on est amené avec une certaine probabilité à placer le sens de l'odorat, au moins en partie, sinon exclusivement, aux orifices stigmatiques et dans les premières portions de la muqueuse interne des trachées, 11 est naturel, en eil'et, de supposer, comme chez les Vertébrés, le sens de l'odorat disposé en sentinelle avancée à l'entrée des organes où doit pénétrer le fluide qui amène les molécules odorantes. Cette opinion de Baster a été soutenue par Lehmann, Cuvier, C. Duméril, regardée comme la plus probable par MM. Burmeister et Lacordaire et par Straus-Durckheim. Ce savant anatomiste avoue cependant qu'il n'a pu découvrir près des orifices stigmatiques, ni organules, ni nerfs spéciaux en rapport avec un sens localisé. Rien ne prouve, en raison même de son énergie, que le sens de l'odorat ne soit disséminé dans divers organes.

Le sens du goût doit exister chez les Insectes à l'entrée de l'orifice du tube digestif, aidé par la salive dont les canaux déverseurs sont voisins. Quant aux pièces buccales , elles ne peuvent y concourir que lorsque leur surface est molle et spongieuse. Comme cela manque dans beaucoup de cas, ce sens est sans doute souvent obtus, comme chez un trèsgrand nombre d'Oiseaux, où les aliments ne rencontrent qu'un bec corné et une langue dure, styliforme, parfois même plumeuse. Cependant il serait difficile de refuser le sens du goût à ces Muscides dont on voit la trompe charnue et humide se promener de place en place sur les substances à surface liquide , et choisir de préférence les portions les plus savoureuses. Il est souvent bien malaisé de discerner ce qui guide certains Insectes, de l'odorat ou du goût, pour le choix de leurs aliments. C'est très-probablement l'odorat qui indique aux Papillons le nectaire des fleurs où ils plongent leur spiritrompe avide de miel. On voit les chenilles goûter ou flairer les feuilles , les rejeter quand elles doivent se nourrir d'une seule plante, et mourir sans toucher aux autres. Elles reconnaissenttrès-bien et très- vite, dans un amas de feuilles diverses, celles qui leur conviennent, soit exclusivement, soit de préférence à d'autres.

Le toucher, qui sert à rectifier les indications des autres sens, ne peut faire défaut aux Insectes. Le tact proprement dit doit être peu sensible dans la plupart des régions du corps revêtues d'une enveloppe chitineuse dure, mais l'élasticité de celle-ci peut d'autre part transmettre aisément une sorte de vibration par choc. La peau mince de beaucoup de larves est au contraire fortement impressionnée par les plus légers attouchements. Les tubercules, les poils, viennent souvent la protéger comme des sensations de ce genre trop fréquentes el trop vives. Le tact

se localise dans certains organes, ainsi dans les extrémités des pattes locomotrices, dans les palpes ou appendices latéraux des pièces buccales, surtout lorsqu'on y trouve un grand nombre de poils courts, vraies brosses tactiles à la façon des mousiaches des lèvres des Mammifères carnassiers. Les antennes, et ceci n'empêche aucunement d'autres usages pour l'audition et l'odorat, servent aussi, chez beaucoup d'Insectes, à un toucher délicat qui leur permet de se reconnaître. Les Fourmis tâtent constamment le terrain avec leurs antennes, et discernent leurs compagnes des Insectes étrangers qu'elles doivent fuir ou qui deviendront leurs victimes. Les Ichneumons femelles (Hyménoptères) introduisent les extrémités de leurs longues antennes, sans cesse agitées d'un tremblement rapide, dans les fentes des écorces au fond desquelles se trouvent les larves que leur tarière doit percer pour recevoir les œufs. Les Abeilles touchent de leurs antennes celles qui rentrent à la ruche et leur demandent du miel. Elles se dirigent par le tact exquis de ces antennes dans toutes les parties de la ruche obscure, et cessent de pouvoir se guider sans se heurter, si on leur coupe ces organes. De même, comme l'a reconnu Spallanzani, les bords amincis des fines membranes alaires des Chauves-Souris servent à ces Mammifères à parcourir d'un vol rapide les cavernes ténébreuses. Elles reconnaissent, par la différence de résistance de l'air, l'approche des parois et les évitent. 11 y a peut-être dans les antennes des Insectes une exagération plus grande encore d'un tact si parfait. Cuvier indique avec doute que les antennes, parmi leurs usages, pourraient bien servir à une sorte de toucher atmosphérique, être des sondes aériennes. La conservation d'animaux aussi frêles que les Insectes exige qu'ils puissent pressentir l'état et les variations de l'air ambiant, afin de se retirer au plus vite à la menace des intempéries. Qui n'est frappé dans nos bois, assez Ion temps avant la chute de ces pluies torrentielles si funestes aux Insectes, de leur disparition subite, comme si un mot d'ordre général était transmis à ces délicates créatures. Ils étendent leurs antennes en avant, les agitent, en épanouissant les lamelles ou les rameaux, avant de s'élancer dans les airs. Les mâles, plus voyageurs, sans cesse à la recherche de femelles, ont les antennes plus développées, en communication plus complète avec l'état de l'atmosphère. Si les femelles sont lourdes, paresseuses, sédentaires, les antennes diminuent beaucoup. Elles deviennent vestigiaires, comme inutiles, si les femelles aptères sont à peu près indifférentes aux variations du fluide ambiant.

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