NOTIONS GÉNÉRALES
transitoire ne rappelle l’idée d’une figure cachée (larve) ou enveloppée (nymphe ou pupe). Il faudrait une étude précise des mues et l’indication de leur numéro d'ordre, étude très-peu avancée dans l’état actuel de la science. Au premier abord, il semble qu'on pourrait se tirer d'embarras en disant qu'on appellera larve tout sujet absolument privé d'organes alaires, et nymphes ceux où ces deux paires d'appendices dorsaux ou une d'elles, les élytres (par abréviation de pseudélytres, mot qui serait plus exact), sont en moignons raccourcis et impropres à la fonction du vol ; mais l'observation attentive montre toute la difficulté du système. La nature, d'ordinaire, et cela est vrai dans toutes les sciences physiques, est beaucoup moins simple que ne le désire l'esprit humain, toujours systématique et entiché de l'absolu.
IL y a des Orthoptères, et cela dans presque toutes les tribus, qui restent toute la vie complétement aptères, et qui cependant s'accouplent et pondent; d’autres qui n’ont jamais que des organes alaires rudimentaires; et enfin il est des espèces où un très-petit nombre de sujets offrent le développement complet de l'appareil du vol, sans que les individus subaptères soient impropres à la reproduction. On comprend alors combien il est malaisé de séparer un sujet adulte d'avec un individu en développement. Des espèces qu'on a pensé connues incomplétement et seulement à l’état de larves ou de nymphes étaient en réalité de bonnes espèces établies sur les adultes : ainsi dans le genre Eremiaphila (Mantiens).
De longues discussions ont eu lieu sur cette question. On est aujourd'hui d'accord pour regarder comme adultes les individus chez lesquels les élvtres, grandes ou petites, sont articulées, c’est-à-dire séparées du mesonotum; chez les nymphes, c'est-à-dire avant la dernière nue, ces organes, encore invaginés, sont comme dressés et appliqués le long du dos sans séparation, et plus ou moins réunis à la suture interne, tandis qu'ils pendent librement sur les côtés et peuvent s'écarter -perpendiculaires au corps après la dernière mue. Lorsqu'il y a à la fois des élytres et des ailes, un autre caractère nymphal, qui paraît général chez les Sauteurs, est le suivant : les fourreaux des élytres insérés au mesonotum atteignent Le dos de l'abdomen par leur propre bord inférieur et ils sont couverts en partie par les fourreaux des ailes insérés au metanotum. C'est ce que de Charpentier définit en disant que les nymphes ont les ailes extrinsèques et les élytres intrinsèques. Cette situation change à la dernière mue, et chez les adultes les ailes sont recouvertes au repos par les élytres, position normale. En outre la réticulation des fourreaux est toujours bien moins parfaite que celle des organes délinilifs. On reconnait encore les états intermédiaires à une mollesse plus grande des téguments, à des antennes moins longues et ayant souvent moins d'articles que chez les adultes, et surtout par l'inspection des derniers anneaux de l'abdomen et l'imperfection des appendices génitaux (lames, filets, pince, oviscapte), qui existent moins développés chez
les larves que chez les adultes, mais reconnâäissables, et déjà visibles dans beaucoup d'espèces, à l’aide du grossissement, même dès la sortie de l'œuf. À une époque où l’on était encore très-indécis sur ces questions, M. H. Lucas a fait comprendre l'importance de l'examen des organes sexuels comme caractère certain de l’état adulte des Orthoptères (Ann. Soc. entomol. France, 1855, p. 759), surtout des armures génitales. C'est là, en outre, le seul moyen de décider la validité des caractères de l'espèce quand il s’agit d'insectes à organes du vol absolument nuls. Comme nous l'avons déjà dit, il faudrait une connaissance exacte du nombre des mues pour savoir si l'on a affaire à un arrêt de développement, ou si les mues continuent en l'absence de tout appareil alaire.
On est conduit naturellement, à la suite de cette discussion, à examiner l'ordre d'importance des caractères génériques. Il y a certains organes extérieurs qui apparaissent déjà dans les larves avec une forme si distincte, que dans les mues suivantes ils ne changent pas ou à peine, n'éprouvant que des modifications de grandeur. On doit surtout s'en servir pour la distinction des genres, et réserver pour celle des espèces les organes de l'adulte qui n'ont acquis tout leur développement qu'au bout de plusieurs mues. Les organes qu'on peut appeler typiques et qu'il faut décrire en premier lieu, sont la région frontale et le vertex de la tête, Le prothorax, dont M. Burmeister a montré toute la valeur, et surtout le pronotum; enfin les pièces sternales, les pattes et l'abdomen, sauf les derniers segments. Les organes moins importants, et qu'on peut appeler évolutoires, sont les pseudélÿtres et les ailes, les derniers segments abdominaux avec leurs divers appendices, les antennes, les épines des pattes.
Les ouvrages à consulter sur l’ordre des Orthoptères sont, outre les traités généraux sur les insectes cités dans l'introduction, l'Histoire naturelle des Orthoptères, par Audinet-Serville (Paris, 1839, Roret, Suites à Buffon), et un excellent livre en latin, par M. L. Fischer, de Fribourg, qui se borne malheureusement aux Orthoptères d'Europe, restriction que le grand talent de l’auteur rend fort regrettable. Ce sont les Orthoptera europæa (Leipzig, aux frais de G. Engelmann, 1853). Nous engageons également les entomologistes débutants à consulter l’intéressant Catalogue raisonné des Orthoptères de Belgique (Bruxelles, 1862), par M. de Sélys-Longehamps, les espèces mentionnées avec certains détails anatomiques et biologiques étant sensiblement celles du nord de la France et des environs de Paris. Des travaux non moins importants, mais spéciaux aux tribus, seront indiqués à leur place. Nous pourrions beaucoup augmenter cette liste, en déployant une trop facile érudition, par la citation de beaucoup d'auteurs anciens ou d'ouvrages étrangers, mais on en trouvera le détail dans les auteurs précédemment désignés.
Qu'il nous soit permis de faire une remarque s'appliquant à tous les ordres d'insectes. Il ne faut attacher aucune signification certaine au nom spécifique; c'est un numéro, rien de plus, Que d'espèces désignées
FORFIGULIENS, 7
par les épithètes Quercüs, Vitis, Fagi, Fraxini, etc, se nourrissent de végétaux différents! C’est l'accident d'une première rencontre qui a déterminé le nom. De même les maæimus, major, parvus, pusillus, ete., perdent toute valeur par la découverte ultérieure d'espèces plus grandes ou plus petites, absolument comme les priscus et primigenius des pa- Iéontologistes, après la découverte d'espèces plus anciennes.
Sous-OrbRe DE LABIROIDES, Erichson,
Ce sous-ordre ne comprend qu'une seule tribu, les Forficuliens, qui sont synonymes des Forficulides de Stephens, des Forficulaires de Latreille, Audinet-Serville, Brullé, Zetterstedt, des Forficulines de Burmeister.
TRIBU DES FOREFICOURENNS,
La forme générale de ces insectes en constitue un des groupes les mieux définis de la classe. Leurs caractères anatomiques extérieurs sont les suivants.
Le corps est allongé, le plus souvent déprimé, atténué en arrière ou parfois dilaté, souvent plus grand chez Le mâle que chez la femelle.
Dans un petit nombre de genres exotiques, Le corps devient convexe et l'abdomen cylindrique (Cylindrogaster, Stal; Nannopygia, Dohrn). Les couleurs sont habituellement comprises entre le brun et le jaune testacé pâle, appropriées à une vie dans des retraites obscures, analogues à celles des insectes cavernicoles. Souvent les téguments paraissent mats en raison d’une pubescence ; ils sont parfois assez brillants, et même, chez quelques espèces exotiques, d'un noir vif pour certains organes, ou même, rarement, offrant l’éclat métallique, ce qui doit être en rapport avec des conditions biologiques particulières.
La tête est dégagée, cordiforme souvent, un peu mobile, rétrécie postérieurement en cou; elle est aplanie en avant et porte, insérées en avant et entre les yeux, des antennes filiformes, de longueur variable, ayant de douze à quarante articles, le premier cylindrique et le plus grand, le second très-court, les autres cylindriques ou obconiques, souvent des plus différents de longueur entre eux. Les yeux sont médiocres, subglobuleux, les ocelles nuls. La bouche, située en dessous, présente un labre arrondi au sommet, des mandibules médiocres, armincies et non épaisses comme dans les Orthoptères propres, bidentées au sommet, ayant à la base une dent molaire; les mâchoires molles offrent les deux lobes subrecourbés, à peine pubescents, le mando ou lobe interne recouvert par un galea allongé et grêle, atténué et bidenté au sommet. Les palpes maxillaires ont cinq articles, le dernier presque fusiforme, Le menton grand, subcarré et coriace, séparé distinctement
de la lèvre inférieure par une ligne transverse, celle-ci fendue au milieu, à lobes épais extérieurement pubescents, parfois biarticulés, ayant à l'intérieur un ligule mou, avec palpes labiaux triarticulés et pubescents, le troisième article ovale.
Le prothorax offre en dessous un prosternum étroit et en dessus un pronotum subcarré ou subrectangle, aplani, avec bords aigus souvent réfléchis sur les côtés. Le mésothorax et le métathorax ont leur partie sternale en bouclier, et les arceaux du dos subégaux et plus courts que le pronotum. Il n'y à pas le plus souvent d’écusson (partie visible du mesonotum), sauf chez divers genres exotiques élytrés et ailés, Apachya, Aud.-Serv., Pygidicrana, Aud.-Serv., etc., et chez les Chelidura, Latr., où il est visible en avant des élytres abortives. Entre le pronotum et le prosternum se voient des épaules, ou épimères, auxquelles s'insèrent les hanches des pattes antérieures et qui participent au mouvement de ces appendices. |
L'appareil alaire a une grande importance distinctive. Quand il a tout son développement, il offre une paire d’élytres toujours beaucoup plus courtes que l'abdomen, subcarrées, coriaces, ternes, à suture droite, sans réticulation, tronquées au bout, tout à fait analogues à des élytres de Staphylins. En dessous sont des ailes d’une structure singulière et compliquée. Le bord antérieur, depuis la base jusqu’à la moitié environ, est formé d’une lame cornée qui va en s’élargissant à partir de la base, et parait répondre aux plages alaires que nous nommerons champs marginal et intermédiaire dans les Orthoptères propres. Elle est comme continuée par une partie triangulaire et subcornée, et c’est entre ces deux parties que se fait l'articulation. Le reste de l'aile, qui paraît correspondre au champ anal, est très-ample, de forme plus ou moins en quart de cercle, membraneux, diaphane et irisé en vertu du fait de la décomposition de la lumière par les lames minces. Une nervure remarquable prend naissance presque dès la base de l'aile et assez loin du bord postérieur de la lame cornée, et s'étend en courbure douce jusqu’au bout de celle-ci. Dans tout son parcours elle envoie vers le bord externe ef postérieur de l'élytre huit à dix rameaux rayonnants. Ils sont soutenus par une nervure intra-marginale en demi-cercle qui sert à tenir l’aile bien étendue; enfin des rameaux accessoires, n’arrivant qu'à la moitié de l’aile, s’intercalent entre les rameaux rayonnants.
Le plissement de cette grande aile est fort curieux. Il s'opère d’abord à partir du limbe corné en plis longitudinaux, sauf à l'angle interne. Ce plissement en éventail est celui des Crthoptères propres; puis, à la façon des Coléoptères, l'aile se replie deux fois en travers et en dessous par rapport à la région cornée, de sorte que, au repos complet de laile, ce bord supérieur devient un organe de protection et dépasse plus ou moins l’élytre sous forme d’une petite écaille colorée. C’est en raison de cette articulation complexe des ailes que Fieber donne au sous-ordre le nom d'Harmoptères.
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Il ya des espèces où les ailes manquent, les élytres ayant leur développement habituel. Dans le type Chelidura, les élytres sont abortives, transverses, à suture subarrondie et un peu décussée, et les ailes, aussi avortées, restent toujours à l'état nymphal, enveloppées d'un fourreau profondément rebordé en arrière,
Les pattes sont courtes et propres à la course seulement, avec les hanches et trochanters courts, les cuisses peu épaissies et subcylindriques, les jambes plus minces, les tarses de trois articles; le premier long, subcylindrique, le second plus court, souvent cordiforme, le troisième grêle, avec des ongles faibles; ces articles sont parfois munis d’une petite pelote spongieuse tactile, plus ou moins oblitérée après la mort. Il y a très-rarement un arolium (Burm.) ou pelote entre les ongles des tarses (Thermastris, Dohrn).
L'abdomen est allongé, à côtés subparallèles ou dilatés en arrière (Chelidura), médiocrement convexe en dessus et en dessous, un peu plus en dessous. La manière dont se joignent les segments dorsaux et ventraux est toute particulière ; il faut pour la reconnaitre étirer violemment l'abdomen. Les arceaux ne se touchent pas à bords droits aux côtés de l'abdomen, comme chez les Orthoptères propres, mais le lobe défléchi de chaque arceau dorsal embrasse de chaque côté le segment ventral qui lui correspond, et réciproquement, de sorte que, l'abdomen étant contracté, les segments paraissent imbriqués obliquement sur les côtés, comme chez les Guêpes. Les arceaux du dos 2 et 3 portent souvent de chaque côté un tubercule en forme de pli, dont le postérieur est le plus grand; ces tubercules manquent d'ordinaire dans la section des Labidura et dans divers genres exotiques. Le dernier segment dorsal du mâle, qui contient les muscles destinés à mouvoir la pince, est plus grand que les autres, plus fort et souvent muni de tubercules, d'épines, ete., moins marqués chez la femelle. Le nombre normal des segments, du moins pour les genres européens, est de neuf, mais certains sont d'habitude non apparents au ventre des mâles, au dos et au ventre des femelles, ce qui est commode pour distinguer les sexes. Chez les mâles, le 9° arceau ventral est couvert en grande partie par le 8° ou avant-dernier dilaté. Dans les femelles, les 72 et 8° arceaux dorsaux sont très-courts et cachés sous le 6°; c’est pourquoi on ne voit au dos que sept segments, dont le dernier est le 9° réel; au ventre il n'y a que six segments apparents, car les arceaux 7, 8, 9 se cachent sous le 6°, grand et semi-orbiculaire, qui paraît être le dernier. A la base de la pince, dans les deux sexes, se voit une lame cornée, qu'on peut appeler pygidium on lame anale, car elle s'applique chez les mâles très-étroitement à l'anus; c’est peut-être un rudiment de segment abdominal. Le dernier anneau de l’abdomen porte un organe essentiellement spécial
au sous-ordre qui nous occupe et qui lui donne son nom: c’est la pince, que M. Burmeister regarde comme l’homologue des cerques anaux des Orthoptères. Formée de deux branches symétriques, elle varie dans
certaines espèces selon les sexes, et, d'habitude, chez les mâles, elle est plus robuste que chez les femelles, d'une forme plus accusée, munie de tubercules ou de dents prédominantes.
Il est très-difficile d'apercevoir les stigmates des Forficules. Selon M. Westwood, le thorax en offre trois paires et l'abdomen sept, les deux derniers segments en étant dépourvus; pour les voir il faut distendre violemment l'abdomen, car ils sont recouverts par les arceaux imbriqués, et se cachent à la base des sept segments antérieurs dans la membrane ventrale et dans l’angle que laissent entre eux les arceaux du dos et du ventre.
On voit, en résumé, que les caractères saillants qui justifient l’élévation de la tribu des Forficuliens à l’état de sous-ordre sont: la suture droite des élytres, la conformation des ailes et leur plissement compliqué; la pince; l’articulation en imbrication oblique sur les côtés des anneaux de l’abdomen, avec stigmates cachés pour ce motif; enfin les singuliers tubercules géminés qui existent dans la plupart des genres au dos de l'abdomen.
Nous indiquerons beaucoup plus rapidement les caractères intérieurs, bien moins utiles pour la classification et le rangement des collections.
Le tube digestif suit une ligne presque droite ou peu flexueuse de la bouche à l'anus ; il est parfois muni de glandes salivaires. Elles se dilatent en vésicules ovales chez le Labidura gigantea, et manquent chez le Forficula auricularia. Après un jabot oblong s'étendant jusqu'au commencement de l'abdomen, vient un proventricule ou gésier muni en dedans d’une valvule formée de six lames calleuses, à pointes mobiles convergeant vers l’orifice de l'estomac. Il n’y a pas de cæcums cardiaques au point de jonction, L'estomac ou ventricule est obconique ou cylindrique, glabre extérieurement, formé d'une membrane musculeuse un peu épaisse ; à son extrémité postérieure un peu renflée sin: sèrent trente à quarante canaux de Malpighi, dont la longueur le cède peu à celle du tube alimentaire. L'intestin est épais, dilaté, brièvement ovale, musculo-membraneux, muni de six éminences musculaires, dans chacune desquelles un rameau trachéen distribue de nombreux ramuscules. Cet appareil, qu'on trouve chez plusieurs insectes, a des fonctions encore douteuses. Le tube digestif se termine par un rectum très-court, et l'anus est situé sous l'insertion même de la pince. L. Dufour dit avoir observé que le F, auricularia, excité, répand par l'anus une odeur qui rappelle l'acide sulfureux, mais n'a pu trouver près de l'anus les glandules de cette sécrétion.
Les trachées sont minces, tubulaires, et communiquent à deux troncs latéraux; le corps adipeux se développe chez les femelles pleines, surtout contre les ovaires.
Les organes génitaux des Forficuliens diffèrent assez de ceux des Orthoptères propres, Les ovaires consistent en capsules ovigères con-
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struites sur des plans très-variés, suivant les espèces. Les oviductes
réunissent de chaque côté à un court vagin offrant une partie subrenflée, qui est la poche copulatrice. D'après Siebold, il s'insère en cette région, chez le F. auricularia, un réservoir de semence non remarqué par L. Dufour, formé d’un conduit un peu long et flexueux, se rendant à une capsule recourbée, cornée et brune. Il n'y a pas de glandules accessoires ni d'oviscapte pour la ponte. Les testicules (du moins chez L. gigantea et F, auricularia) sont représentés de chaque côté par deux follicules distants l’un de l’autre ou contigus, selon le degré de turgescence. Les vaisseaux déférents, longs, capillaires, flexueux, s’insèrent séparément au côté inférieur d'une vésicule séminale asymétrique, tenant le sperme en réserve pour l’éjaculation. Il en part un conduit court entrant dans la capsule du pénis, c'est-à-dire dans un tube rétractile, cornéo-membraneux, bifide au sommet, et duquel peut saillir au dehors, par compression, une gaine charnue emboîtant le pénis corné.L'orifice génital dans les deux sexes s'ouvre sous l'anus.
Le système nerveux, après un cerveau de deux ganglions super- et sous-æsophagiens, offre trois ganglions thoraciques dont la grandeur relative varie selon les espèces, et six ganglions abdominaux. G. Newport nous apprend que, dans les premiers états des Forficules, le ganglion terminal de l'abdomen est composé de deux parties distinctes et celui du métathorax de trois; d'où résulte que chez les insectes à demimétamorphoses, comme dans ceux à métamorphoses complètes, certaines parties du système nerveux, séparées chez les larves et les nymphes, se réunissent plus étroitement à l'état parfait.
Les Forficuliens sont des insectes lucifuges, et, pour cette raison, aiment surtout les lieux obscurs; ils se cachent sous les pierres, dans les fissures des arbres et des murs, sous les écorces, dans les excréments desséchés, sous les débris. Leur couleur, qui passe du roux brun au roux testacé, et rappelle celle des cavernicoles, s'accorde avec ce genre de retraite. Is vivent volontiers à l'état social, surtout quand ils sont en larves. C'est ainsi qu'on en trouve souvent dans les feuilles de plantes enroulées par d’autres insectes, et dans des cavités arlificielles, ce qui fait que, dans les jardins, on les prend dans des cornets de papier attachés aux plantes. C’est pourquoi ces insectes peuvent entrer dans les oreilles des hommes couchés à terre, non pas en vertu d'une inclination spéciale, mais fortuitement. C'est peut-être de cette croyance que vient leur nom vulgaire de Perce-oreilles: selon d'autres auteurs, ce nom est dû à leur pince anale qui rappelle par sa forme la pince dont se servaient autrefois les bijoutiers pour percer le lobule de l'oreille.
Les Forficules sont très-voraces et tirent surtout leur nourriture des matières végétales. Elles sucent le nectar des fleurs et rongent Les pétales et les étamines. Elles nuisent surtout beaucoup aux fruits, dont elles dévorent la pulpe. Elles se montrent parfois en multitude. M. Westwood cite un cas où elles ont dévasté non-seulement les fleurs
et les fruits de la région, mais des champs couverts de choux. I] faut les attirer par des appäts-piéges : ainsi des morceaux de fruits sous un pot renversé, les recueillir et les brûler. En l'absence de substance végétale, les Forficules peuvent se repaitre de cadavres (Latreille), de substances animales ou végétales en putréfaction, de fumier. Si on les renferme dans une boîte sans nourriture, elles se dévorent les unes les autres (L. Dufour), les jeunes larves mangeant le cadavre de leur mère, et aussi leurs frères morts. On rapporte que parfois elles nous sont utiles en dévorant des insectes nuisibles : Kirby a trouvé des Forficules dans des épis de froment infestés de Thrips, et paraissant se nourrir de ces insectes. M. Gorrie a vu les Forficules manger les Cécidomyes (Diptères) du froment. Les ennemis internes des Forficuliens sont des Ichneumoniens (Hyménopt.), des Filaires, et, d'après L. Dufour, des Grégarines, à moins que, selon Siebold, les corps réputés tels par L. Dufour, et trouvés à l’intérieur des Forficules, ne fussent des œufs d'insectes.
Les Forficules sont très-agiles et courent avec vivacité dès qu’on a mis à découvert le lieu de leur retraite. Il y a des petites espèces qui volent facilement; les grandes espèces paraissent faire bien plus rarement usage de leurs ailes. Elles ont besoin du secours de la pince pour déployer les ailes dont les replis sont si complexes. Cette pince typique du sousordre parait être aussi une arme défensive, mais peu redoutable; il faut que les espèces soient de bien forte taille pour qu'elle puisse entamer la peau jusqu’au sang. On rapporte que le L. gigantea relève et incline l'abdomen avec sa grande pince contre son corps, à la façon d’un Staphylin, sans doute pour effrayer les ennemis par cette posture menaçante. Enfin la pince sert dans l'accouplement à maintenir les deux abdomens l’un contre l’autre. |
Voici en effet ce que rapporte de Geer pour la copulation de l'espèce la plus commune, F. auricularia. Le mäle s'approche à reculons de la femelle, dont il tâte le ventre avec sa pince pour rencontrer l’orifice vulvaire. Il passe alors l'extrémité de son abdomen au-dessous de celui de la femelle et se joint à elle en faisant saillir le pénis. Les deux sexes restent alors tranquillement dans cette position, la pince du mâle appliquée contre le ventre de la femelle, et réciproquement celle de cette dernière contre le ventre du mâle ; les deux corps sont alors placés sur la même ligne, la tête de l’un tournée d'un côté et celle l'autre du côté opposé.
Les femelles dépourvues d'oviscapte pondent leurs œufs dans de petites cavités du sol, sous les pierres, dans les lieux humides. Ces œufs sont blancs et lisses, assez grands comparativement aux insectes. Les femelles ne les laissent pas sans protection, mais les surveillent et les transportent çà et là, afin qu'ils jouissent toujours de l'humidité nécessaire à leur évolution. On les voit les rassembler en tas et les couvrir de leur corps, paraissant les couver. Elles les ramassent toutes les fois qu’un accident les disperse, et se placent de nouveau auprès.
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Les jeunes larves, en naissant, sont bien plus grandes qu'on ne le croirait d'après la grandeur des œufs; elles y étaient fortement comprimées et se gonflent. D’abord blanches et molles, elles se colorent et durcissent en quelques heures. La mère les retient encore quelque temps auprès d'elle, leur continuant sa protection. De Geer les a vues se placer sous le ventre et entre les pattes de la mère, et y rester des heures entières.
Les mues des Forficuliens sont encore très-mal connues, et les espèces normalement subaptères viennent apporter de grandes difficultés à la distinction nette des larves, des nymphes et des adultes. Frisch n'attribue que trois mues à l'espèce type du genre Forficula restreint, le F. auricularia. Elle devient adulte au bout de trois mues, non compris la sortie de l'œuf. Avant et après la première mue, les larves ne paraissent différer que par la grandeur. On remarque seulement une bordure à la région postérieure du mesonotum et du metanotum comme seuls vestiges d'organes alaires. Après la seconde mue, apparaissent les rudiments d’élytres et d'ailes, ces dernières munies de nervures excentriques radiées, étendues au-dessus de la base de l’abdomen et jointes ensemble sur la ligne médiane du metanotum par une membrane un peu incisée au milieu. L'adulte, à organes du vol complets, se montre après la troisième mue. Chez les Labidura, la membrane du metanotum, recouvrant les vestiges des ailes, parait plus profondément excisée; les adultes des Labidura aptères gardent toujours la forme de larves. On connait fort peu la structure des larves de la section des Apterygida. Les sujets munis d’élytres libres, non conjointes ou subconjointes à la suture, subquadrangles, mais dépourvus d'ailes, sont des adultes. Il est probable, par analogie, que les nymphes de ce sous-genre privé d'ailes ont, avant la dernière mue, la même structure du thorax que les larves du sous-genre Forficula à la phase qui précède l’avant-dernière mue. Chez les Forficula et Labidura, les élytres complètes ne se montrent qu'à l'état parfait, et sont représentées auparavant par un mesonotum transverse bordé en arrière. Il reste à distinguer les espèces toujours subaptères des Chelidura des nymphes des autres sections. Chez les adultes de ce dernier groupe, et probablement aussi chez les larves et les nymphes, on voit une portion du mesonotum sous forme d’un écusson demi-circulaire, et des élytres transverses réunies à la suture, en même temps que le metanotum dépasse en partie postérieurement un fourreau alaire continu. La position exacte de ce metanotum se reconnait bien par les plis latéraux caractéristiques des segments ? et 3 de l'abdomen.
Dans tous les groupes les larves et nymphes se distinguent en outre à la taille plus petite, à des téguments moins consistants, parfois à un nombre moindre d'articles aux antennes, à la pince plus grêle et plus molle; ce n’est qu'à la dernière mue qu'apparaissent les dents ou tubercules qu'offre souvent le segment terminal de l'abdomen et celles
qui arment ordinairemeñt à sa base la pince abdominale des mâles. Les sexes se reconnaissent dès le premier âge au nombre des segments de l'abdomen et à la forme différente de la pince. |
On rencontre les Forficuliens dans toutes les régions de la terre, avec prédominance du nombre des genres et des espèces dans les pays chauds, suivant la loi la plus habituelle du développement organique:
Outre les ouvrages généraux sur les Orthoptères, nous engageons à consulter, pour l'étude des Forficuliens, une monographie importante de M. H. Dohrn, où sont décrites beaucoup d'espèces nouvelles (Versuch einer Monographie der Dermapteren, Stettin, Entomol. Zeitung, 1863, p. 59, 609; 1864, p. 285, 417 ; 1865, p. 68; 1867, p. 341).
GENRES PRINCIPAUX
AbPackyA4, Aud.-Serv. — Corps très-déprimé ; antennes de trente arücles. U: écusson entre les élytres allongées ; ailes très-amples, débordant beaucoup les élytres au repos. Abdomen subrectangle, sans plis aux segments 2 et 3.
Premier article des tarses pas plus long que le second et simple.
Les Forficules de ce genre sont fort curieuses par le singulier aplatissement du corps, dont l'épaisseur ne surpasse guère celle d’une’carte à jouer, ce qui indique, à la façon de beaucoup de Blattes, la possibilité de se glisser dans les plus étroits interstices. Le type est l'A. depressa, Palisot-Beauv., ayant en longueur 25 millimètres, compris la pince, et environ 5 de large, d’un testacé roussâtre, avec bords fauves au pronotum et aux élytres, de l’intérieur des terres dans le royaume d'Oware, de la Guinée. Citons encore À. chartacea, de Haan, de couleur et de taille analogues, vivant isolément sous les écorces des arbres morts, à Bornéo et Sumatra.
PYGIDICRANS, Aud,-Serv, — Corps médiocrement convexe; plus de vingtcinq articles aux antennes. Pronotum subcireulaire ou carré; un écusson triangulaire entre les élytres. Abdomen sans tubereules pliciformes aux seg— ments 2 et 3, à dernier segment très-grand. Premier article des tarses plus long que le second.
Les Pygidicranes comprennent de nombreuses espèces des régions chaudes de l'Asie orientale avec les îles Sondaïques, de l'Amérique méridionale, de l'Australie, la plupart de grande taille. Une des plus anciennement connues est le P. V nigrum, Aud.-Serv., du Brésil, présentant une longueur de 30 millimètres, outre une pince de 7 millim. chez le mâle, jaune avec abdomen et pince bruns, un dessin noir en forme de V sur le pronotum, les élytres et l’écusson avec lignes longitudinales noires. Le P. eximia, Dohrn, des Indes orientales, à corps un peu rugueux, poilu, brun, varié de bandes ferrugineuses, atteint 36 millimètres de longueur sur 6 de large, avec une pince de 11 millimètres chez le mâle, Le P. picta, G.-Mén., des Indes orientales et de Ceylan, est
FORFICULIENS. — CYLINDROGASTER, ECHINOSOMA, LABIDURA. 19
agréablement coloré, roux, avec trois bandes jaunes sur [es élytres, la tête, le pronotum, la partie saillante des ailes, les paltes jaunes, variées de noir.
Ces espèces font partie d’un groupe où la tête est grande, aplatie, de la largeur du pronotum et où les ailes dépassent les élytres; d’autres espèces, avec la même forme de tête, n'offrent pas d’ailes débordant les élytres; enfin quelques espèces ont la tête ovale, voûtée, plus étroite que le prothorax.
CYLINDROGASEFER, Stal. — Corps convexe; tête large et plane; plus de vingt articles aux antennes, 2 à 4 plus courts que les autres. Pronotum étroit et allongé; écusson petit; partie proéminente des ailes coriacée extérieurement, membraneuse intérieurement. Abdomen cylindrique, sans pli latéral aux segments 2 et 3, le dernier segment grand et globuleux. Premier article des tarses plus long que le second.
Ces Forficuliens font exception au type habituel par leur forme grêle et cylindrique. Ils présentent trois espèces d'un roux testacé, récemment découvertes au Brésil aux environs de Rio-Janeiro.
ECHINOGSOMA, Aud.-Serv. — Corps un peu convexe, assez ramassé, hérissé sur les bords de poils courts et roides ; antennes de plus de trente articles, courts, moniliformes. Pas d’écusson entre les élytres ; ailes faisant saillie en pointe. Abdomen sans plis latéraux, à dernier segment atténué et petit; pénultième arceau ventral quadrangulaire, recouvrant tout le dernier. Second article des tarses simple.
Les Échinosomes sont remarquables, ce qu’indique leur nom, par leur corps épineux, et se trouvent dans les régions les plus chaudes de l'Afrique et de l’Asie orientale. Nous citerons l'E. afrum, Palis.-BeAuv., fauve, à appendices plus päles, ayant Le corps en dessus, sauf l'abdomen, hérissé de poils noirs, rencontré sous les pierres dans la Guinée (Bénin, Bissao, Vieux-Calabar), et l’£. horridum, Dohrn, à corps d'un jaune roussatre, couvert de soies jaunes, de Java.
LABIDURA, Leach. — Tête fortement convexe, à peu près de la largeur du pronotum, plus longue que large; antennes de vingt à trente articles, le premier le plus grand, 2 à 6 obconiques et courts, les autres cylindriques, allant en s’allongeant et s’amincissant. Pronotum le plus souvent en rectangle allongé; pas d’écusson; élytres et ailes développées. Abdomen sans plis latéraux, à dernier segment grand, avec pénultième arceau ventral triangulaire, recouvrant en partie le dernier. Second article des tarses simple.
Ce genre renferme douze à quinze espèces des deux hémisphères, y compris l'Europe. Le type est le plus grand Forficulien d'Europe et qui paraît presque cosmopolite, le L. riparia, Pallas, bien plus connu sous le nom de yigantea, Fabr., auct. M. H. Dhorn admet quatre variétés
dans cette espèce. Dans les deux premières, le dernier segment est muni de deux pointes chez le mâle, La première variété, qui possède en propre les noms précédents, est testacée, fauve, au milieu du dos et du ventre de l'abdomen, un peu molle, longue de 14 à 20 millimètres chez le mâle, avec une pince de 8 à 10 ; la femelle n’a que 140 à 44 millimètres et la pince 6. Le pronotum, les élytres et les bouts visibles des ailes sont d’un jaune clair, Le tout bordé de bandes brunes, les côtés de l'abdomen d'un brun foncé. Le dernier segment est grand, dur, d’un gris pâle, avec deux dents entre les branches de la pince, qui sont à peu près droites chez le mâle, brunes au sommet, avec une dent interne vers le milieu ; la pince de la femelle est crénelée à la base inférieurement. Les pattes et les antennes sont très-pâles.
Cette espèce est dispersée dans de nombreuses régions de l’Europe, surtout sur les rivages de la mer et des fleuves. Pallas la découvrit sur les rives abruptes et sablonneuses, surtout très-abondante sur les bords de l’Irtis, se cachant dans des canaux horizontaux. L'espèce vit en Espagne, n'existe pas dans le nord de la France, mais se trouve dans le midi, ainsi sur les rives de l’Adour. D'après L. Dufour, la femelle est pleine d'œufs au mois de mai et l’on trouve les petites larves en août. Selon lui, elle se nourrit de petits animaux invertébrés, et quand on renferme plusieurs de ces Forficules dans une boîte, elles tuent le plus souvent l'une d'elles. D'après l'observation de Bingley, l'insecte relève et incline l’abdomen contre son corps à la façon d'un Staphylin, et chasse plus facilement ses ennemis par cette posture menaçante., L'espèce existe en Sardaigne, en Italie sur les bords des mers Méditerranée et Adriatique, sur les rives des fleuves du Piémont. On la trouve en Algérie, en hiver et au printemps, sous les débris de végétaux et les fucus, aux embouchures des rivières. D'après Géné, elle se rencontre en Italie, dans les maisons, surtout dans les cuisines, près des citernes et d’autres lieux humides, d'où elle sort au crépuscule et la nuit pour chasser. Elle paraît rare près de Vienne et se trouver sous les feuilles tombées et les troncs d'arbres pourris. Elle existe en été près de Berlin, dans la Silésie supérieure, sous de grandes pierres au bord des rivières ; sur les bords de la Baltique, sur le rivage occidental de l'Angleterre, près de Christchurch. Son habitat comprend encore l'Afrique septentrionale el l'Égypte, l'ile de Madère où elle est (rès-commune, la Cafrerie, le Mozambique, la Sibérie, la Perse, les Indes orientales, et enfin Buenos- Ayres dans l'Amérique méridionale, sans doute par importation.
La seconde variété, L, bidens, ou pallipes, Fabr., est d'un brun rouge ou d’un brun noir; les élytres ont le plus souvent une bordure rouille de largeur variable ; les cuisses sont parfois annelées de brun, communément unicolores d'un jaune pâle; les ailes le plus souvent saillantes. On la trouve dans les deux Amériques, la Sibérie orientale, à Corfou, en Italie, dans l'Afrique occidentale, à Madère, etc. Il est très-probable que c'est cetle variété que Costa rencontrait au milieu des cendres vol-
FORFICULIENS. —— BRACHYLABIS. 4
caniques, sur les flancs du cratère du Vésuve, dans des lieux privés de toute végétation, et qu'il nommait F. marginella.
Les deux dernières variétés ont le dernier segment de l'abdomen à bord entier. L'une (L. affinis,G.-Mén.), de Cuba, du Japon, de la Nouvelle-Hollande, à les ailes très-saillantes, comme la première variété, les cuisses parfois annelées de brun. La quatrième variété (L. erythrocephala, Fabr., suturalis, Burm., æanthopus, Stal.) offre des ailes rapetissées, très-courtes où même non saillantes. Elle provient des Indes orientales, des Philippines, du Mexique, de Buenos-Ayres, etc.
Il faut encore signaler dans ce genre Labidura deux singulières espèces des Indes orientales et de Ceylan, toutes deux d'un brun châtain, l’une, L. trispinosa, Dohrn, offrant chez le mâle les segments 2 à 4 de l'abdomen épineux sur les côtés; l’autre, L. quadrispinosa, Dohrn, les segments 2 à 5. Le genre a encore quelques autres espèces des régions chaudes des deux hémisphères.
HBRACHYELAEBES, Dohrn. — Tête convexe, plus large que le pronotum; antennes ayant plus de quinze articles pareils. Élytres rudimentaires et squamiformes ou nulles; ailes toujours absentes. Abdomen ayant un pli latéral sur les segments 2 et 3, parfois très-peu distinct surtout, sur le segment 2.
Ce genre est réuni aux Labidura par la plupart des auteurs; il s'en distingue par les plis abdominaux. En outre, chez les mâles, tous les segments, à partir du 4°, sauf le dernier, sont anguleux sur le côté et se terminent postérieurement en pointe. Ce caractère est peu accusé chez la femelle et peut manquer, ce qui laisse de l'incertitude sur la place du sujet de ce sexe, si, en outre, les plis latéraux sont très-peu visibles. Le type de ce genre est le B. maritima, Bonelli, à élytres et ailes tout à fait nulles. Presque aussi grand que L. gigantea, ce Forficulien est lisse, luisant, d’un brun de poix, avec les pinces courtes et robustes, de même couleur, celles du mâle brusquement arquées après leur dilatation basilaire, crochues et s'entrecroisant en anneau, tandis qu'elles sont droites chez la femelle, avec la pointe seulement recourbée en dedans. L'espèce, commune dans l'Europe méridionale, ne s'éloigne pas de la mer, se trouve au printemps sur les rivages de la Méditerranée, sous Les pierres et dans les bouses de vache, ainsi à Nice, à Gênes, etc. On la retrouve en Algérie, en janvier, sous les pierres humides, parfois enfoncée en terre ; en Syrie, au mont Liban, à Madère, au Japon, en Chine, aux Indes orientales, à Madagascar et dans l'Afrique occidentale et australe. Nous citerons encore, parmi les espèces tout à fait aptères, B. mauritanica, Lucas, de Mauritanie ; une espèce de Guinée, une du Chili, et, parmi celles qui ont des rudiments d'élytres, LB. mwsta, Géné, espèce bien plus petite que B. maritima, n'ayant que 8 à 12 millimètres, analogue de couleur et de forme. On la trouve sur les bords de la Méditerranée, dans le midi de la France, en Toscane, en
Sardaigne, en Espagne, près de Malaga, dans les lieux secs, sous les pierres et les débris de végétaux. Les continuelles variations des organes du vol chez les Forficuliens font voir qu'ils n’ont même pas un caractère générique.
PSALIDOPHORA, Aud.-Serv. — Corps un peu convexe ; antennes au moins de quinze articles, longues. Pronotum subcarré, à angles aigus; élytres allongées, bien développées; pas d’écusson; des ailes. Abdomen allongé, subparallèle, à segments 2 et 3 plicifères. Second article des tarses simple.
Ce genre est principalement américain, .avec une espèce de l'Afrique australe. Nous figurons, pl. Lxr, fig. 4, le P. croceipennis, Aud.-Sery. (La, abdomen vu de proïl ; 40, tarse postérieur), espèce de la Guyane, du Brésil, de l'Amérique centrale, probablement de la Guadeloupe. Cette espèce est longue d'environ 20 millimètres ; en outre, la pince en a 40 à 12. Elle est d’un brun de poix, lisse.et luisante, ainsi que la pince, les pattes et le dessous du corps d’un brun jaunâtre. Ce qui frappe les regards, c’est la partie coriacée des ailes débordant les élytres d'environ 3 millimètres et d’un beau jaune brillant. Les branches de la pince du mâle sont fortement arquées près de la base et ont une petite dent interne peu éloignée de l'extrémité; celles de la femelle sont en arc d’ellipse allongée, chagrinées, mutiques. Il faut ajouter à cette espèce le P. brunneipennis, Aud.-Serv., moitié plus petit, à pygidium très-proéminent, à tête, pronotum et élytres bruns, la bouche, les trois articles basilaires des antennes et le bout visible des ailes jaunes, la suture de celles-ci, étant brune, de l'Amérique du Nord (Pensylvanie, Virginie), et une espèce localisée, le P, bipunctata, S. Scudder, du Massachusetts.
Lana, Leach. — Corps petit, convexe; antennes de dix à quinze articles. Pronotum un peu plus étroit que la tête; élytres tqujours parfaitement développées ; ailes manquant quelquefois. Abdomen élargi par le milieu, avec plis bien accusés sur les segments 2 et 3; pince petite, avec branches élargies à la base chez le mâle, contiguës chez la femelle. Jambes peu allongées ; second
article des tarses simple, le plus petit, les trois articles de même largeur.
Ce genre renferme les Forficuliens des plus petites dimensions. La plupart des articles des antennes sont oblongs; en particulier les are ticles 2, puis de 4 à 6, sont remarquablement plus petits que les suivants; l’avant-dernier segment ventral dans les deux sexes est grand et arrondi, et le dernier segment dorsal moindre que les autres.
Le type du genre est le L. minor, Linn., le petit Perce-oreille de Geoffroy. C’est la plus pelite espèce d'Europe, longue de 4 à 6 millimètres, avec une pince de 2 à 3 millimètres chez le mâle, 4 à 2 chez la femelle. Elle est d’un jaune sale, parfois brunätre, pubescente ainsi que la pince. La pince est presque droite dans les deux sexes, et le dernier segment de l'abdomen du mâle se prolonge entre ses branches
FORFICULIENS. — LOBOPHORA, OPISTHOCOSMIA. 19
en une pointe comprimée. Elle est de toute l’Europe, de la Sibérie et des steppes au sud de cette région, et aussi de l'Amérique du Nord. Elle est assez commune en France sur les détritus, sur les fumiers, vivant en société, d’après Géné, avec des Staphylins, auxquels elle ressemble beaucoup d'aspect, des Oxytèles, des Aléochares. Le L. minor court très-vite et vole bien, se prend au filet le soir autour des fumiers, dans les soirées chaudes de l'été, probablement alors qu'il cherche à pondre ; il entre aussi dans les appartements, attiré par les lumières.
Il y a plusieurs espèces de Labia de l'Amérique méridionale, et parmi elles la plus petite Forficule connue, le -L. Mœklini, Dohrn, brun à poils jaunes, ayant chez le mâle une longueur de 3,5, une largeur de 0®®,75, avec une pince à peine courbée de 1"2,33. D'autres espèce sont de Ceylan, des Moluques, des îles de la Sonde, de la Nouvelle- Guinée, etc. Il en est d’un éclat submétallique : ainsi L. amæna, Stal., à élytres et ailes noires variées de jaune, des îles indiennes ; L. chalybea, Dohrn, noir et glabre, du Venezuela, etc.
LOBOPHORA, Aud.-Serv. — Tête aplatie, aussi longue que large; antennes de quinze articles et beaucoup plus, le premier gros et conique, le second trèspetit, perliforme, ? cylindrique, 4 et 5 brièvement oblongs, les suivants cylindriques. Pas d’écusson; élytres et ailes développées. Abdomen subparallèle, à segments 2 et 5 plicifères. Second article des tarses se prolongeant sous le troisième en lobe spatuliforme.
Les Lobophores appartiennent aux régions chaudes de l’Asie orientale, la Chine, les Indes, les archipels sondaïque et polynésien, la côte nord de la Nouvelle-Hollande. Leur caractère tarsal les fait aussitôt reconnaître. L'espèce type et la plus anciennement décrite est le L. morio, Fabr., ou rufitarsis, Aud.-Serv., noir, glabre, brillant, à antennes ordinairement de 43 à 48 articles pâles, Les tarses roux et poilus, la pince dilatée à la base chez le mâle et variablement dentée, droite chez la femelle, à branches courbées au sommet et inermes. Cette espèce, dont la longueur varie de 14 à 20 millimètres, et, en outre, la pince, de 4 à 7, selon le sexe, a une zone d'habitation des plus étendues, comprenant les archipels indiens et océaniques : ainsi Maurice, Ceylan, Pulo-Penang, Java, Célèbes, Philippines, Viti, Taïti, Owaïhi, etc.
GPiSTHOoCoSMEAa, Dohrn. — Corps assez convexe; tête un peu voñtée ; antennes de dix à quinze articles. Pronotum beaucoup plus étroit que la tête, subearré ; pas d’écusson; élytres et ailes développées. Deuxième et troisième segments de l’ahdomen plicifères. Pattes longues et grêles; second article des tarses court, dilaté,
L'intérêt que présente ce genre exotique, propre aux contrées chaudes des deux continents, consiste dans les appendices variés qui ornent les segments de l'abdomen, Tantôt, ce sont surtout parmi les espèces de
Ceylan, des Philippines et des îles Sondaïques, appartenant au genre Forficula des auteurs, les segments postérieurs de l'abdomen du mâle et la pince sont munis de tubercules variés : ainsi les espèces de Sumatra et de Java décrites par M. de Haan, O. armata, forcipata, longipes, insignis, elc. Bien plus remarquables par la forme étrange de l'abdomen des mäles sont des espèces constituant le sous-genre Ancistroyaster, Stal. Les segments 4 à 6 sont prolongés de chaque côté en longues épines recourbées en arrière; en outre, la pince aplatie est plus ou moins anguleuse au milieu. Les espèces connues jusqu'à présent sont des régions chaudes de l'Amérique. Tel est O. spinaæ, Dohrn, de Mexico, long de 41 millimètres, avec une pince de 4 millimètres, de couleur brune, les élytres débordant fortement Le pronotum. Les segments de l'abdomen de 4 à 2 vont en s’élargissant rapidement, le 4° à un arceau dorsal énorme, recourbé de chaque côté et bi-épineux, et ses prolongements emboîitent les bords également recourbés des segments 5,6, 7. La pince, renflée et dentée à la base, figure un losange à angles émoussés, toute crénelée en dedans et avec un crochet courbe au bout de chaque branche. Chez la femelle, les segments de l'abdomen ne sont pas spineux et la pince est simple. L'O. maculifera, Dohrn, du Venzeuela, offre les élytres et les ailes ornées de gouttes jaunes. Il ya encore deux autres espèces de ces bizarres Forficules, l'une du Brésil, aux environs de Rio-Janeiro, l’autre du Venezuela.
FORFICUERA, Linn. — Antennes de dix à quinze articles. Pronotum un peu plus étroit que la tête; élytres bien développées ; pas d’écusson ; ailes existantes ou nulles. Segments 2 et 3 de l'abdomen munis latéralement de tubercules en forme de plis. Pattes courtes; cuisses robustes, comprimées ; second
arlicle des tarses court, dilaté, bifide.
Nous réunissons dans ce genre aux espèces à organes du vol complets celles qui manquent d'ailes et forment le sous-genre Apterygida, Westwood, l'existence de tous les autres caractères ne permettant pas de fonder un genre sur la variation alaire si fréquente chez les Forficuliens. Le genre, avec l'extension indiquée, comprend près de trente espèces des deux mondes, moins, jusqu'à présent, l'Australie, les îles polynésiennes et la Nouvelle-Zélande.
L'espèce type des Forficules est le F. auricularia, Linn., si commun dans toute l'Europe, le grand Perce-oreille de Geoffroy. La longueur du corps varie de 9 à 15 millimètres chez le mâle, et la pince a en outre de 4 à 8 millimètres. La femelle, plus petite, est longue de 8 à 12 millimètres, avec une pince de 3 à 4. Le corps est glabre et d’un brun ferrugineux, les yeux noirs; les antennes dépassent presque le bout visible des ailes et sont d’un testacé plus ou moins vif, de quatorze à quinze articles chez l'adulte, le 1% article grand, 2 exigu, 3 oblong, ténu, 4 ou 4 et 5 obconiques, les autres plus longs, grêles, les apicaux
FORFICULIENS. — FORFICULA. 21
surtout atténués. Le pronotum, subcarré, plus étroit que les élytres, est noirâtre sur le disque, avec les bords testacés un peu réfléchis; les élytres, subrectangles, sont d’un testacé vif, ainsi que la partie coriacée des ailes. Les pattes sont testacées. L'abdomen dans les deux sexes est d'un brun ferrugineux, ponctué dessus et dessous, les bords postérieurs des segments roux, le dernier segment dorsal impressionné au milieu, avec quatre tubercules postérieurs, les deux intérieurs subglobuleux, les externes pliciformes, la plaque suranale étroite. La pince, testacée, enfumée au bout et à la base, diffère beaucoup selon les sexes, ainsi qu'il est d'usage chez les Forficuliens. Chez le mâle, les branches ont d'ordinaire une courbure circulaire, dilatées et dentées à la base; celles de la femelle sont plus courtes, à peu près droites, courbées en dedans au bout.
Nous représentons quelques détails anatomiques externes de cet insecte si commun (pl. rxr, fig. 2, lèvre inférieure de F. auricularia, Linn., avec les palpes labiaux et les paraglosses;.2 a, mâchoire et palpe maxillaire ; 2 b, labre). On rencontre une variété mâle, de plus grande taille, dont la pince dépasse quelquefois un centimètre de long, avec des branches peu dilatées à la base et formant une ellipse plus ou moins ouverte. Beaucoup d'auteurs avaient fait plusieurs espèces (F. media, Marsham, borealis, Leach, forcipata, Stephens, etc.) avec cette forme curieuse et ses passages au {ype normal à pince circulaire.
La Forficule auriculaire paraît hiverner pleine avec ses œufs. On fait tomber cette espèce des branches des buissons, où elle est engourdie, quand on les bat en novembre au-dessus du parapluie renversé. La ponte a lieu en avril et les petites larves éclosent en mai.
Les jeunes larves de cette espèce n'ont que huit à dix articles aux antennes, sont olivâtres avec la tête noire et brillante, longues de 4 millimètres au moment de la première mue, à pattes presque diaphanes, cerclées de brun, sans tubereules pliciformes aux segments 2 et 3 de l'abdomen. Elles atteignent 8 millimètres à la seconde mue, et deviennent nymphes, plus obscurcies que les larves, montrant les tubercules latéraux de l'abdomen, avec des élytres rudimentaires plus courtes que les moignons d'ailes.
L'espèce existe dans toute l'Europe et a été trouvée aussi dans l'île de Madère, en Afrique, ainsi en Algérie, et aux Indes orientales, peut-être par importation. Elle est souvent nuisible dans les jardins. Elle s’introduit volontiers dans les capitules du Chardon à foulon, du grand Soleil, dans les Oreilles-d’ours, les Roses trémières, etc., et dévore les pétales. En automne, elle ronge avec avidité les fruits gâtés ou sains, particulièrement les pommes, en choisissant les plus suaves et les plus douces. Cette Forficule est très-gourmande des graines de Melon, et les maraichers sont souvent obligés de conserver ces graines étalées en pleine lumière, seul moyen de les préserver de la voracité de l'insecte lucifuge. Aussi s'est-on préoccupé depuis longtemps des moyens de détruire les
funestes Perce-oreilles. Ainsi nous citons la recette suivante, déjà ancienne :
« Le moyen de détruire le Perce-oreille lient de la connaissance de ses habitudes. Il évite toujours le soleil et la grande lumière ; se relire sous les feuilles, dans les fissures des écorces d'arbres, sous les plantes grimpantes, sous les pierres. Il suffit donc, pour en rassembler une grande quantité, de placer çà et là, dans les endroits exposés à ses dégâts, tout ce qui peut lui procurer un abri: des poignées de feuilles, de petites bottes d'herbages, de paille un peu humectée, telle que celle qu'on prépare pour attacher la vigne, des bâtons de Sureau creux, des tiges de Soleil également creuses, des paquets de brindilles de toutes espèces d'arbres, de vieux balais, des cornes et ongles de divers animaux, des chiffons d’étoffes, des torchons ou serviettes, etc. Quand on à réuni un grand nombre de Perce-oreilles, on les écrase ou on les brûle. 11 ne faut pas se contenter de les jeter dans l’eau, car ils nagent très-bien et s’'échappent. Les poules les avalent avec avidité. » (Ann. de l'agric. franç., an 1x, t. VII, p. 106-107.)
Une espèce plus petite, bien plus étroite et moins commune que la Forficule auriculaire, est le F. albipennis, Megerle, ou pedestris, Bonelli, de 6 à 9 millimètres dans les deux sexes, avec une pince de 3 à 5 millimètres chez le mâle, 2 à 8 chez la femelle. L'insecte est pubescent, d’un roux testacé ou d’un brun de poix, les antennes de douze articles, les élytres et le pronotum d’un gris testacé, dépourvu d'ailes, la plaque anale du mâle avancée entre les branches de la pince. La pince du male est presque de la longueur de l'abdomen, dentée à la base et au milieu, la pince de la femelle courte et à peu près droite. On rencontre cette petite espèce, comprise parmi les Apterygida, Westw., dans plusieurs régions de l’Europe, sur les buissons, l'Orme, l'Aulne, les Chardons, etc., en été et en automne. Elle est indiquée de Grèce, d'Italie, de Suisse, d'Allemagne, de France, en octobre, sur les collines arides de Sèvres (banlieue de Paris), d'Angleterre, en juin, près d'Ashford, comté de Kent. On ne l’a pas trouvée en Russie ni en Suède.
Il y a encore quelques espèces que des particularités rappellent à notre attention. Ainsi Æ. ancylura, Dohrn, des îles Philippines, espèce ailée dont le pygidium se prolonge en aiguillon ou épine. F. metallica, Dohrn, des Indes orientales, de l’Assam, d'un vert métallique, avec la tôte et les divers appendices dorsaux et anaux roux, les ailes développées, noirâtres, non irisées, la pince plus longue que le corps chez le mâle, denticulée, subdroite, se recourbant au sommet. L'éclat métallique, très-rare chez les Forficuliens, indique probablement un insecte diurne, peut-être carnassier et chasseur.
CHELADURA, Latr. — Yeux petits; antennes de dix à quinze articles. Pronotum un peu plus étroit que la tête; élytres abortives, en moignons transverses, subtriangulaires, laissant entre elles un écusson semi-orbiculaire du
mesonotum ; ailes n'ayant comme vestige qu'un fourreau continu ne recouvrant pas tout le metanotum. Abdomen subtrapèze, allant en s’élargissant vers l’extrémité, portant les fubercules pliciformes ; branches de la pince très-écartées à la base. Pattes courtes, cuisses robustes, tarses à second article dilaté.
Ce genre, si caractérisé par l'élargissement graduel de l'abdomen, n'a jusqu'à présent été rencontré que dans des localités montagneuses de l'Europe moyenne. Le type, découvert par Lafresnaye dans les Pyrénées, est le C. dilatata, Lafr., ou aptera, Aud.-Serv., à antennes de treize articles, d'un brun châtain, de 12 à 14 millimètres, avec les pinces de 4 millimètres et plus. L’abdomen est ponctué, ayant chez le mâle le dernier segment dorsal court, très-large, à amples tubercules latéraux logeant les muscles d'une forte pince, à branches dilatées à la base, très-éloignées entre elles, arquées, presque semi-circulaires, renflées au milieu, à pointes mousses. Le dernier segment reste étroit chez la femelle et de forme accoutumée, car la pince a des branches grêles, triangulaires, pointues et décussées au sommet.
Il est très-probable qu'à cette curieuse espèce spéciale aux Pyrénées, et que j'ai reçue de l’Ariége, du Vernet, etc., il faut joindre comme simple race le C. simpleæ, Lafr., un peu plus petit que le précédent, lui ressemblant beaucoup, dont la pince du mâle peut atteindre 8 millimètres. On le rencontre, outre les Pyrénées, dans diverses parties des Alpes, au Saint-Bernard, en août, au mont Rose. Citons encore C. Dufouri, Aud.-Serv., de la France méridionale, découvert par L. Dufour ; C. acanthopygia, Géné, des Alpes, de l'Allemagne près de Fribourg, de >aden-Baden, de Giessen, de septembre à novembre, près de Francfort-sur-Mein, en avril, sur les Pins; C. paupercula, Géné, des Alpes de la Savoie.
Sous-OrprE Des ORTHOPTÈRES, Oliv,
(moins les Forficuliens).
Les Orthoptères propres comprennent plusieurs tribus, qui présentent un certain nombre de caractères généraux.
La longueur de leur corps varie beaucoup, sans tomber toutefois à des dimensions aussi faibles que celles des mimuseules espèces de la plupart des autres ordres des insectes, ainsi de 4 millimètres environ (Hyrmecophila) à plusieurs décimètres dans certains Phasmiens; car ce sont les Orthoptères qui offrent les insectes de la plus grande dimension longitudinale, sans y joindre en général une largeur correspondante. Ur peut dire que ce corps peut prendre toutes ces formes, déprimé, subconvexe, cylindrique. fl est court ou allongé, ové ou filiforme, lisse ou rugueux, glabre ou pubescent, parfois hérissé d'épines ou d'expan-
sions foliacées. Sa couleur est le plus souvent terne, plus rarement brillante ou même métallique.
La tête est tantôt médiocre, déprimée, subcarrée ou subtriangulaire, à peu près droite ou déclive (Orthopt. coureurs), ou bien grande, globuheuse, le plus souvent perpendiculaire au corps (0. sauteurs). Le front est large, le vertex plus ou moins distinct, les joues larges. Les antennes sont filiformes ou cylindriques ou déprimées, ou en massue, ou sétiformes, tantôt plus courtes que le corps, tantôt beaucoup plus longues, insérées au sommet du/front entre les yeux, plus rarement sous les yeux, ayant ou peu d'articles (neuf chez les Xya), ou une quantité énorme et sans nombre fixe. Les yeux sont souvent grands, plus ou moins globuleux, arrondis ou réniformes (Blatliens), quelquefois conoïdes (des Mantiens), placés aux côtés de la tête, parfois très-éloignés entre eux (Gryllus), ou très-rapprochés (Acridium), de couleur variable, le plus souvent changeant après la mort. Les ocelles, qui manquaient toujours chez les Forficuliens, existent chez un grand nombre d'Orthoptères propres. Ils font défaut chez beaucoup de Blattiens et chez la plupart des Phasmiens, sont au nombre de deux dans certains genres (Blatta, Periplaneta, Gryllotalpa), de trois chez les Mantes et les Empuses, la plupart des Grylliens, certains Locustiens et les Acridiens.
Le prothorax est, le plus souvent, joint par une articulation libre avec le mésothorax. Il faut excepter les Mantiens et les Phasmiens. La forme de ses deux arceaux est des plus variées. Le mésothorax est court dans toutes les tribus, sauf les Phasmiens, et le métathorax est le plus souvent développé, toujours en exceptant les Phasmiens. Ces deux segments sont à jointure fixe entre eux, mais le dernier s’unit à l'abdomen par une articulation.
Lorsque les deux paires d'organes du vol ou appendices dorsaux sont bien développées, elles paraissent toujours hétéronomes, c'est-à-dire que les ailes antérieures (couvertures, pseudélytres, élytres, selon leur dureté) ont une autre forme et une autre consistance que les ailes postérieures ou ailes véritables. Les pseudélytres sont, ou bien ovales e: elliptiques, ou étroites et allongées, égalant plus ou moins la longueur de l'abdomen et même pouvant le dépasser. Leur texture est d'ordinaire subcoriace, surtout à la base et au bord antérieur; elles sont ou plus ou moins opaques, ou membraneuses ct subpellucides. Les ailes sont, la plupart du temps, beaucoup plus amples que les pseudélvtres, et obligées pour cette raison de se replier en éventail au repos, suivant des directions longitudinales rayonnantes. Elles sont quelquefois opaques et même colorées (genre Phaneroptera) au bord antérieur; en totalité ou dans leur plus grande étendue membraneuses, le plus souvent hyalines, parfois enfumées, jaunes, roses, rouges ou bleues, avec des taches ou des bandes brunes ou noires.
La position relative des pseudélytres est caractéristique chez les Orthoptères propres et les distingue des Forficuliens. Elles sont toujours plus
ou moins décussées, c'est-à-dire que lune recouvre partiellement l’autre en long sur une certaine étendue. Quand le dos et l'abdomen sont plats, les pseudélytres restent parallèles au corps ; mais, à mesure. que celui-ci devient plus convexe et plus arrondi, une portion de plus en plus grande des pseudélytres s’infléchit sur les côtés, de manière à emboiter l'abdomen.
Les pseudélytres et les ailes sont constituées sur un plan analogue et pourvues de nervures, nommées encore veines, côtes, nerfs, partant de la base et se dirigeant vers le sommet de l'organe; (antôt simples, tantôt ramifiées, avec des nervures transverses intercalées, de sorte que la partie membraneuse est divisée en champs et en aires. Longtemps les auteurs ont négligé l'étude de ces nervures, comme on le fait encore pour l'aile des Coléoptères, mais on est devenu tout récemment plus rigoureux à cet égard. On tire maintenant des caractères classificateurs de cette nervulation, suivant l'exemple donné par Jurine pour les ailes des Hyménoptères, appliqué ensuite à l'aile antérieure des Diptères. C'est par ee moyen qu'on est parvenu à distinguer certaines espèces d’Acridiens, ainsi dans le genre Sfenobothrus, qui se trouvaient dans une confusion inextricable. En outre, c'est là presque le seul moyen de comparer les espèces vivantes aux espèces fossiles, dont il ne reste le plus souvent que des morceaux d'ailes ou de pseudélytres. Il est fàcheux que la détermination de ces nervures, outre sa grande difficulté en elle-même, se trouve compliquée par des divergences de synonymie, qui, selon les auteurs, existent non-seulement d'un ordre d'insectes à l'autre, mais encore dans le même ordre. Le mieux qu'il y ait à faire pour s'y reconnaitre, c'est de les comparer sur la nature avec les nomenclatures arides et confuses des auteurs, en choisissant des espèces communes et de grande taille, comme Locusta viridissima, Decticus verrucivorus, OEdipoda cœærulescens, Gryllus campestris, Periplaneta orientalis, etc. Nous ne donnerons qu’un exposé très-rapide de cette question difficile et peu élémentaire.
En partant de la région antérieure de la pseudélytre, se trouve parfois (ainsi Mantis, Phaneroptera) une nervure dite marginale (de Saussure, Fischer, Heer) ou côte marginale (Burmeister), ou nervure costale (Kirby). C'est le radius de Jurine. Plus souvent elle manque, et le bord antérieur n'offre que la membrane tendre de la pseudélytre. La seconde nervure, qui peut aussi manquer, est appelée médiasline par tous les auteurs modernes. Elle tend à gagner le bord antérieur de la pseudélytre, mais, le plus souvent, ne s'étend pas au delà du milieu de celui-ci, et n'émet de rameaux qu'en avant. D’ordinaire plus fine que la nervure suivante, elle se prolonge parfois vers le sommet de l'organe du vol avec la nervure marginale, ou, lorsque celle-ci manque, la remplace. Elle fait tout à fait défaut au contraire chez la Mante religieuse, et alors, à sa place, la nervure marginale est plus épaisse qu'à l’ordinaire.
La troisième nervure, plus importante que les deux précédentes est nommée humérale (de Saussure), principale où scapulaire (Brunner, Fischer, Heer), ou postcostale (Kirby); c’est la côte de Burmeister, qui correspond au cubitus de Jurine dans l'aile des Hyménoptères. Elle est facile à confondre dans son cours avec la médiastine, et peut aussi se fondre avec la nervure suivante. Son étude dans la pseudélytre des Orthoptères exige une grande attention. Tantôt son tronc est simple et se dirige vers le sommet, ainsi chez le Gryllus campestris ; le plus souvent il envoie en avant des rameaux obliques réguliers ou irrégulièrement réticulés. La quatrième nervure principale est dite médiane (de Saussure, Brunner), ou externo-médiane (Fischer, Heer, Kirby), ou radius (Burmeister, non Jurine). Le plus souvent elle est la plus robuste des nervures de la pseudélytre, et tire son origine, avec la nervure humérale, d'un tubercule corné ; elle parcourt toute la longueur de l’élytre, plus près du bord antérieur ou externe que du postérieur ou interne. Parfois elle est simple, ou bien elle envoie des rameaux simples ou fourchus (Locustiens), qui, le plus souvent, regardent en arrière. Dans certaines tribus d'Orthoptères, surtout les Mantiens, les Acridiens, il se détache de la base de cette nervure un rameau particulier nommé par Kirby nervure subexterno-médiane, qui n'existe pas chez les Blattiens. Une cinquième nervure principale est la discoïdale (de Saussure), ou énframédiane (Brunner), ou interno-médiane (Fischer, Heer, Kirby), le cubitus (Burmeister, non Jurine); elle n’a absolument rien de fixe et varie selon les tribus, parfois avec un rameau basal interne ou postérieur appelé par Kirby nervure subinterno-médiane, importante chez les Acridiens, où elle est parallèle à la nervure suivante. Celle-ci, la sixième, est dite anale (de Saussure, Fischer, Heer, Kirby), ou divisante (Brunner) ; c'est la postcôte de Burmeister. Elle naît le plus souvent d’un nodule ou limbe corné subtransverse, et gagne le bord postérieur de la pseudélytre. Cette nervure est d'ordinaire très-forte chez les Blattiens, où elle présente en outre une forme courbe. Ce double caractère lui a valu le nom de série arquée que lui donne Audinet-Serville ; il s’est fort peu occupé au reste de la nervulation. Elle est courte et peu distincte chez les Grylliens et les Locustiens ; elle s’avance plus ou moins vers le bord postérieur de l'élytre, atteignant le second tiers de ce bord chez les Acridiens. Viennent ensuite les nervures axillaires, peu importantes dans la pseudélytre, devenant chez les Acridiens une nervure forte et: distincte, dite aæillaire(Heer, Kirby), parallèle à la nervure anale. Enfin quelquefois au bord postérieur des élytres se trouve une nervure particulière dite suturale, ou bien ce bord est formé par la membrane même.
Les espaces compris entre les principales des nervures dont nous venons d'indiquer la synonymie compliquée sont appelés champs par la plupart des auteurs, aires par M. Kirby. Le champ marginal (aire costale de Burmeister et Kirby) se termine en ayant par le bord antérieur de
-__ la pseudélytre ou la nervure marginale, quand elle existe, et postérieu-
rement par la nervure externo-médiane. Le champ intermédiaire ou discoidal est compris entre la précédente nervure antérieurement et la nervure anale en arrière; enfin le champ anal où awillaire (aire anale de Kirby) se termine antérieurement par la nervure anale, et postérieurement par la nervure suturale, ou, à son défaut, par Le bord postérieur de la membrane de la pseudélytre. On donne le nom d'aréoles ou cellules aux espaces compris entre les nervures transverses.
Il y a beaucoup d’Orthoptères chez qui les élytres sont raccourcies ou abortives, de sorte qu'on peut avoir plus ou moins de peine à y reconnaitre les nervures et les champs. De même que dans l’ordre des Hémiptères, les Orthoptères offrent certains genres dont quelques espèces ont la très-grande majorité de leurs sujets subaptères, tandis que certains exemplaires beaucoup plus rares présentent un développement complet des pseudélytres et des ailes, ce qui avait donné lieu autrefois à de nombreuses fausses espèces. Les pseudélytres sont d'ordinaire plus développées chez les mâles que chez les femelles; assez souvent, chez les femelles, les élytres et les ailes sont avortées (Periplaneta orientalis, certaines Mantes), ou manquent complétement (Heterogamia ægyptiaca) ; enfin les deux paires d'organes du vol peuvent disparaitre entièrement : ainsi dans beaucoup de genres de Phasmiens (Bacillus et d'autres exclusivement exotiques), dans le genre Raphidophora (Locustiens), la plupart des espèces de Polyzosteria (Blattiens).
Les pseudélytres des Orthoptères se rapportent théoriquement, pour la forme, à un rectangle allongé dont la petite base s’insère au mesonotum. Au repos, la pseudélytre ne se plie pas, sauf toutefois la partie postérieure du champ anal des Mantiens, et une membrane transparente qui, chez les Blattiens, rattache le champ anal au mesonotum; elle se plie au repos et se déploie quand la pseudélytre prend la position du vol. Il est digne de remarque que, dans les trois tribus des Orthoptères sauteurs, l'organe qui sert à la stridulation chez les mâles se trouve dans les divers champs des élytres. Les Grylliens Le possèdent dans le champ intermédiaire, les Locustiens au champ anal. Chez les Acridiens, où le mode de stridulation est tout différent, les aréoles de certaines portions de la pseudélytre, dites alors dilatées, sont plus amples que les autres, et servent à la résonnance par le fait acoustique de la transmission vibratoire des membranes; elles appartiennent tantôt au champ marginal seul, tantôt aux champs marginal et discoïdal, et cette différence de position peut même exister dans les diverses espèces d’un même genre, Stenobothrus par exemple.
L'aile ressemble schématiquement à un triangle qui serait attaché au metanotum par un de ses angles. En général, elle est un peu plus courte que la pseudélytre et cachée par elle au repos.
Parfois les pseudélytres développées ne recouvrent que des ailes incomplètes ou nulles : ainsi chez les Corydia (Blattiens), dans les femelles de Phyllium (Mantiens), ete. Si l’aile est construite sur le même plan
que la pseudélytre pour les nervures el les champs, ses dimensions bien plus grandes en largeur, sa fonction beaucoup plus importante pour le vol, le reploiement au repos dans son étendue la plus considérable, amènent certaines différences nécessaires à signaler. On doit y distinguer deux parties séparées dans le sens horizontal par un pli à l’état de repos. L'une, la plus longue mais la plus étroite, est la partie antérieure où humérale comprenant, les champs marginal et discoïdal ; l'autre, la partie postérieure ou aæillaire, est formée par le champ anal. On retrouve dans l'aile les nervures de la pseudélytre, avec une importance variée. Les deux principales qui sous-tendent, l’une la première moitié, l’autre la seconde du champ huméral, sont les nervures humérale et discoïdale, la première envoyant des séries de rameaux en avant et l’autre en arrière. Entre ces deux nervures principales s'étend une bande membraneuse, transparente, réticulée en petits carrés, et que M. H. de Saussure nomme aire vitrée. Ce n’est pas une charnière permettant un plissement longitudinal, car les deux grandes nervures principales sont réunies à leur base par une pièce transversale et du tissu coriace, ce qui rend le champ tout entier rigide. La partie antérieure de l'aile est bordée en arrière par la nervure anale; puis vient aussitôt après une seconde nervure, qui se confond le plus souvent par l'extrémité avec la nervure anale (elles ne se séparaient'pas dans la pseudélytre) : c'est la nervure divisante (Brunner), dont le nom s'explique dans l'aile, car elle sert de limite dans le plissement de repos aux deux parties de l'aile.
Le champ anal, ou partie postérieure, est d'ordinaire beaucoup plus grand que les champs marginal et discoïdal de l’aile, et souvent la consistance de sa membrane est plus ténue, conformément à la loi du vol de Straus-Durckheim. Il est parcouru par des nervures axillaires en nombre variable, tirant leur origine d’un limbe propre corné, et, de ce centre, gagnant comme des rayons les périphéries extérieure et postérieure de l'aile. Entre ces nervures rayonnées sont intercalées des nervures intermédiaires, qui montent comme de la périphérie vers la base de l'aile, s'en rapprochant plus ou moins selon les tribus.
L'aile présente sur le metanotum deux articulations. La première, ou humérale, est une articulation active, servant au déploiement de l'aile, et exigeant la contraction continue des muscles. Le levier de cette articulation est la nervure humérale qui décrit un quart de cercle en avant pour se placer à angle droit sur l’axe du corps, entraînant avec elle toute la partie antérieure de l'aile, qui amène à sa suite le champ anal, obligé aussi de se déployer et de rester étendu. Il faut, pour cet état d'extension, un effort soutenu de l’animal, car l’élasticité des rayons axillaires tend sans cesse à resserrer l'éventail du champ postérieur, et, par cela même, à solliciter en arrière la partie antérieure. Le reste de la base de la partie antérieure de l'aile se fixe au bord latéral du métathorax par une palmette membraneuse souple, portant suspendues
{rois pièces coriacées (osselets de Chabrier), permettant par leur jeu facile le repli de l'aile. Si la partie antérieure de l'aile était rigide dans toute sa largeur, l’insecte ne pourrait la ramener sur son dos, et elle resterait toujours étendue ; mais, quand la nervure humérale tourne en arrière, la palmette postérieure souple de l'articulation humérale se chiffonne, et forme en dessous un repli qui cède au mouvement de la partie humérale.
La seconde articulation de l’aile, dite aæillaire, est véritablement indirecte et passive, et sert au repli ou duplicature de l'aile. Elle est encore plus souple que la palmette postérieure de l'articulation humérale; elle se relie au corps par une pièce cornée, nommée carré aæillaire par H. de Saussure, s’attachant d'une part au fond d’une fossette latérale du metanotum, et de l’autre à l’arcade formée par la réunion basilaire des nervures axillaires. Quand l'aile est ramenée au repos sur le corps, sa région humérale s'applique sur le dos de l’insecte et se trouve recouverte et protégée par la pseudélytre. Comme l'aile tout entière est beaucoup trop grande pour se dérober ainsi sous l’élytre, il faut que son étendue soit diminuée de toute la surface du champ anal. Dans le retour de l'aile en arrière, le bord postérieur de la partie humérale entraine l'extrémité antérieure du champ axillaire, et oblige celui-ci à se renverser en dessous suivant un pli longitudinal, qui se forme dans la bande membraneuse comprise entre la nervure divisante et la première nervure axillaire, et souvent même aussi sur cette première nervure axillaire. En même temps l’arcade axillaire, formée par le faisceau basilaire des nervures axillaires, est ramenée sur le dos de l'insecte au moyen du carré axillaire, et les nervures rayonnées du champ anal se plissent en éventail par leur élasticité même, sans aucun effort de l'insecte. On s’en assure facilement, sur un sujet mort ou ramolli, en développant l'aile artificiellement, en l’abandonnant ensuite à elle-même. L'éventail ainsi constitué, devenu moins large que la partie antérieure de l’aile, et en outre replié en dessous contre sa face inférieure, se trouve protégé et par la région antérieure, et par la pseudélytre ; c’est en effet là que la membrane est le plus mince et le plus susceptible de déchirure. Les côtes ou bords supérieurs de l'éventail sont formés par les nervures radiées Les plus fortes, et les bords inférieurs par les nervures les plus ténues.
Les arceaux inférieurs du thorax donnent attache aux pattes, qui servent à établir les subdivisions fondamentales des Orthoptères. Le trochanter s’atrophie dans les pattes postérieures des Orthoptères sauteurs. Le nombre des articles des tarses varie suivant les tribus, ainsi que les pelotes tactiles dont ils peuvent être munis en dessous, et l'existence ou l'absence de l’arolie, ou pelote libre entre les ongles.
Une première section d'Orthoptères est formée par les coureurs, qui correspondent à la tribu des Blattiens. Les six pattes sont pareilles, comme chez les Forficuliens, mais plus longues et comprimées. Les
a0 ORTHOPTÈRES.
marcheurs comprennent ‘deux tribus, les Mantiens et les Phasmiens. Chez les premiers, les pattes antérieures sont modifiées pour la chasse, sont devenues ravisseuses, sans qu'on doive trouver là autre chose qu’une division accessoire ; de même que, chez les Névroptères, on ne peut pas séparer les Mantispes, à pattes de devant ravisseuses, des Raphidies. Les Phasmiëens ont toutes les pattes marcheuses, Le plus souvent longues, ténues, côtelées, parfois foliacées. Les Orthoptères sauleurs ont les pattes postérieures à cuisses plus ou moins longues et épaissies, servant à un saut de force variable; ils comprennent les Grylliens, les Locustiens, les Acridiens. Par une modification spéciale et secondaire, les Grylliens ont des genres fouisseurs au moyen d'une conformation appropriée ou des deux pattes de devant (Gryllotalpa), ou des quatre (Xya ou Tridactylus); enfin quelques genres d’Acridiens exotiques du type des Tettiæ ont les quatre pattes postérieures adaptées à la natation; le genre Prisopus (Phasmiens) est également aquatique. Les diverses parties des pattes des Orthoptères peuvent présenter des épines fixes ou des épines mobiles (calcar), surtout aux jambes postérieures des sauteurs.
L'’abdomen des Orthoptères est tantôt plan et déprimé, tantôt convexe, cylindrique, oblong ou ovale, composé de sept à onze segments, avec beaucoup de variations, chaque segment offrant les arceaux dorsal et ventral diversement associés selon les groupes. Chez les coureurs etles marcheurs, ces arceaux sont subégaux, et forment souvent par leur jointure un bord externe de l'abdomen aigu, de sorte que les stigmates situés entre chaque segment ne sont pas toujours apparents, même sur l’insecte vivant. Les sauteurs ont en général les arceaux du dos beaucoup plus larges que ceux du ventre, de sorte qu'ils contournent en se recourbant les côtes de l'abdomen; les arceaux ventraux des Locustiens ont même perdu la forme d’un demi-anneau, et prennent: l'aspect de plaques polygonales ou transverses. Il y a une paire de stigmates entre chaque segment de l'abdomen, excepté entre le dernier et l’avant-dernier. Le nombre des segments apparents est le plus souvent moindre à la région ventrale de l’abdomen qu'à la région dorsale, et, chez les femelles, le nombre des segments est en général moins grand que chez les mâles, ce qui fournit un caractère sexuel.
L'extrémité terminale de l'abdomen des Orthoptères, ou, pour parler plus exactement, le dernier segment et l’avant-dernier (et même chez les Phasmiens l’antépénultième) présentent divers appendices situés contre l’anus et les organes génitaux, et qui sont d’une grande valeur pour les distinctions spécifiques et sexuelles. Le dernier segment de l'abdomen diffère par la forme et souvent par la grandeur dans le mâle et la femelle de chaque espèce. Nous appellerons avec Audinet-Serville sa partie dorsale plaque supra-anale où suranale; sa partie ventrale (plaque subanale de Serville et Rambur) est nommée par les auteurs modernes, d'après M. de Lacaze-Duthiers, plaque subgénitale ou sous-
ORTHOPTÈRÉS PROPRES. 31
-énitale (1). En outre, l'abdomen est très-souvent prolongé par des ap-
endices grèles, qui ont été longtemps confondus les uns avec ‘les autres, et ont reçu des auteurs un peu anciens les noms les plus divers, tels que soies, filets, cornicules, pièces caudales, etc., sans aucun caractère certain. Seul, de Geer avait fort bien distingué les deux paires trèsdifférentes de ces organes; mais ses noms ne sont pas restés, et les descripteurs emploient aujourd’hui les noms choisis par MM. Burmeister et Kirby. Les cerques (trad. franc. de cerci) sont deux appendices symétriques, les cornicules de de Geer, faisant saillie en dessous et sur les côtés de la plaque suranale, existant dans les deux sexes, souvent beaucoup ‘plus petits chez les femelles et autrement conformés que chez les mâles, tantôt articulés, tantôt inarticulés, longs ou courts, parfois exigus. Leur présence est presque constante. Selon Burmeister, ils correspondent aux deux branches de la pince des Forficuliens; ils sont les homologues des appendices foliacés des mâles et des femelles des Libelluliens, si bien étudiés et dessinés par Toussaint de Charpentier dans ses Horæ entomologicæ: c’est un argument de plus pour la réunion rationnelle des Libelluliens aux Orthoptères. Une seconde paire d’appendices offre une bien moindre fréquence. Is n’existent que chez les mâles. Ce sont les styles (styli, les mucrones de de Geer) cylindriques, droits, toujours inarticulés, insérés de chaque côté à articulation libre au bord postérieur de la plaque subgénitale, courts ou très-courts, parfois même mutilés à l’état parfait et plus visibles chez la nymphe (quelques Blaitiens). On rencontre les styles dans la plupart des Blattiens, des Mantiens et des Locustiens, très-rarement chez les Phasmiens (genre Phasma); ils manquent chez les Grylliens (sauf peut-être le genre Xya) et les Acridiens.
L'ouverture de l’anus chez les Orthoptères est placée au-dessus de l’'orifice externe des organes génitaux, et est recouverte par la plaque suranale. L’orifice génital est placé entre les cerques et la plaque subgénitale ; c’est de lui que sort Le pénis turgescent des mâles pendant ie coït, et que proviennent les œufs pondus par la femelle. Un appareil extérieur aide habituellement à cet acte. Chez les Blattiens, où les œufs sont enfermés dans une capsule commune ou oothèque, la lame subgénitale des femelles est souvent bien plus ample que chez le mâle, - subconcave, carénée ou même fendue dans son milieu, à l'instar de deux valvules. Chez les Mantiens, les plaques ventrales dernière et avant-dernière des femelles aident à la ponte d’une façon analogue. Les Phasmiens ont l’orifice génital femelle caché avec ses valvules sous l'opercule vaginal (Burmeister), appendice de l’'antépénultième segment ventral. Les Grylliens (à quelques exceptions, comme Xya, Gryllotalpa) ont un véritable oviscapte saillant, parfois de la longueur de l'abdomen ou plus long même que le corps, droit ou subdroit, ou bien courbé ou
(1) Ann, sciences natur.,; L001.,3 sér., 4859, t. XVII, ps 207,
falqué, lisse ou rugueux, souvent dentelé sur les bords. Il consiste en quatre pièces ou demi-lubes : deux internes, formant par leur accolement la gouttière dans laquelle passe l'œuf; deux externes, servant de valves ou fourreaux à ce tube. Les Acridiens ont les organes bien plus courts, en forme de crochets cornés, deux supérieurs, deux inférieurs recourbés en dessous, servant à déposer les œufs en terre par leur écartement, puis à les cacher en ramenant la terre.
Les sexes se distinguent à l'extérieur des Orthoptères par les différences de forme du dernier segment abdominal (plaques suranale et subgénitale) et souvent encore du segment précédent et même de l’antépénultième (Mantiens, Phasmiens), par le nombre des segments de l'abdomen au dos et au ventre, la forme des cerques, la présence ou l'absence des styles pour beaucoup de genres, l'existence de l’oviscapte, parfois l'aspect de la tête et des antennes (Empusa, Stenobothrus, section des Gomphocerus). L'évolution variable des élytres et des ailes, presque toujours plus complète chez les mâles, donne aussi de bons caractères, ainsi que la présence ou l'absence des organes stridulants des deux types chez les Orthoptères sauteurs,
Le développement graduel des Orthoptères offre beaucoup moins de netteté que pour les insectes à métamorphoses complètes. Leurs mues n'ont pas plus d'importance que les changements de peau des chenilles, et paraissent une simple affaire d'accroissement, analogues aux mues si nombreuses des Crustacés, notamment de l'Écrevisse de rivière. Les auteurs attribuent aux Orthoptères de trois à six mues; elles peuvent en réalité, pour certaines espèces, dépasser beaucoup ce nombre, et pouvoir aller à douze et peut-être plus. Une grande difficulté d’observation résulte de ce qu'ils dévorent d'habitude la dépouille cutanée dont ils viennent de sortir, et qu'il n’en reste plus trace au bout d’une demi-heure, fait qu'ofirent aussi un grand nombre de chenilles qui mangent leur peau. Le mot de larve est impropre pour les premiers états de l'insecte, où, sauf les ailes, on à tout à fait l'aspect de l'adulte, et où souvent on reconnait déjà les organes sexuels encore inaptes à la fonction; celui de jeunes serait préférable pour ces nombreuses mues. De même, l’état de nymphe qui précède la dernière mue, et dans lequel on voit apparaitre les rudiments des organes du vol, n’est pas l’analogue de la chrysalide ou de la pupe, sorte de second œuf où les organes internes éprouvent comme une nouvelle genèse; on devrait l'appeler instar imago où subimago.
Au sortir de l'œuf, et parfois après plusieurs mues, il n'apparaît aucun vestige des élytres et des ailes; le mesonotum et le meétanotum ont la forme d’étroites lames transverses. 11 est très-difficile de distinguer de cette première forme certaines espèces qui, même adultes, sont complétement aptères (Bacillus, Myrmecophila, certains Gryllus, Rhaphidophora) ; on aura alors recours à la taille, à la dureté des téguments, au nombre d'articles des antennes, au développement des or-
sanes génitaux externes. Il faut remarquer que les rudiments de ceux-ci apparaissent de très-bonne heure : ainsi, dans les larves naissantes de Locusta viridissima et de Decticus verrucivorus, on aperçoit déjà, à la loupe, les vestiges de l’oviscapte à l’extrémité de l'abdomen, caractère du sexe femelle. Souvent après la première mue commencent à apparaitre les vestiges des élytres et des ailes, sous forme de lobules, un peu dilatés aux angles postérieurs des 2° et 3° segments dorsaux du thorax. Après l’avant-dernière mue,se montrent les fourreaux de ces organes, en continuité avec les segments dorsaux qui les portent, dressés le long du corps et non pendants sur les côtés. Enfin, surtout chez les sauteurs, les fourreaux des élytres, insérés au mesonotum, atteignent le dos de l’abdomen par leur propre bord inférieur, et sont couverts en partie extérieurement par les fourreaux des ailes attachés au metanotum. C'est ce que de Charpentier définissait en disant que les nymphes ont les ailes extrinsèques et les élytres intrinsèques, tandis qu'après la dernière mue, à l'état adulte, les élytres prennent la position inverse, et recouvrent toujours les ailes au repos. On a longtemps éprouvé de grandes difficultés à séparer des nymphes les espèces adultes qui ont, soit pour tous leurs individus, soit pour le plus grand nombre, des élytres raccourcies et en écailles, ou seules ou avec des ailes rudimentaires en dessous. Le caractère distinctif certain, c'est que les fourreaux sont toujours des prolongements postérieurs des arceaux dorsaux des nymphes, landis que chez les adultes les petites élytres ou ailes sont distinctement séparées du segment dorsal par une articulation, et de plus pendant plus ou moins latéralement au repos, à plat sur le corps. Il faut toujours examiner en outre la taille, la consistance des téguments, les antennes et les appendices génitaux, les valves de l’oviscapte, molles et écartées chez les larves et les nymphes.
Cette étude de l'évolution indique au naturaliste classificateur l’importance philosophique de telle ou telle partie pour l'établissement des genres ou même des groupes supérieurs, et quels sont ceux qui restent seulement spécifiques. Les organes qu'on peut appeler typiques sont ceux qui apparaissent déjà avec une forme si nette dans les larves, que, lors des mues suivantes, ils ne changent pas, ou à peine, n’éprouvant que des modifications de grandeur : ce sont la région frontale et le vertex de la tête, Le prothorax, surtout le pronotum, les pièces sternales, les pattes et l'abdomen, sauf les derniers segments. Les organes de la seconde série, qu'on peut nommer évolutoires, sont les élytres et les ailes, les appendices anaux, c’est-à-dire les cerques, les styles et l’oviscapte, les derniers segments abdominaux eux-mêmes, les épines de pates, les antennes.
Les généralités de l'introduction nous permettent d'être très-bref à l'égard des organes internes, et de n'indiquer que quelques particularités tout à fait spéciales. Le système nerveux ne varie pas de la larve à l'adulte, de même que l'aspect externe change peu. Le cerveau, ou . GIRARD, II, — 9
ganglion supra-æsophagien, est formé dans les Acridiens, d'après L. Dufour, de deux hémisphères contigus. La moelle ventrale, reliée au ganglion céphalique infra-æsophagien, est composée, chez les Orthoptères, de trois ganglions thoraciques, et de quatre, cinq (0Edipoda fasciata ou cærulescens), six ou sept ganglions abdominaux, réunis par deux commissures longitudinales, non pas doubles, comme on l’a cru autrefois, mais quadruples dans la chaine parcourant le corps (Newport, Hagen). Le nombre des ganglions abdominaux ne correspond pas au nombre des segments de l'abdomen extérieurement visibles, et, en outre, la portion abdominale de la moelle peut être plus longue que l'abdomen (Gryllus, OEdipoda fasciala), et par suite flexueuse, ce que L. Dufour considérait comme un signe de perfection.
Outre ce système nerveux principal, les Orthoptères ont aussi les systèmes nerveux de la vie organique; le système reproducteur ou intestinal (récurrent, stomato-gastrique) est asymétrique, sur la face dorsale de l’œsophage et de l'estomac chez les Orthoptères coureurs et marcheurs, symétrique et très-développé chez les sauteurs. Le système dit respiratoire (surajouté de Lyonet et de Newport; grand sympathique, M. E. Blanchard) a été très-bien reconnu et décrit par Newport dans Les genres Gryllotalpa et Locusta.
Quant aux organes des sens, il y a des particularités spéciales pour celui de l'audition. Ce sens est évidemment très-développé chez les Orthoptères sauteurs, dont les mâles, afin d'appeler les femelles, souvent d’une grande distance, stridulent avec une activité infatigable souvent jusqu'au milieu de la nuit. Outre l'audition très-probable et générale des antennes, on trouve chez eux un organe ressemblant à un tympan ou oreille localisée, non pas à la base des antennes, comme chez les Crustacés décapodes, mais dans une position éloignée de la tête, où l’on est toujours porté à chercher l'oreille, par analogie avec Les vertébrés. Nous aurons à en reparler chez les Grylliens et Locustiens, où il se trouve à la base des jambes antérieures, et chez les Acridiens, qui le présentent de chaque côté de la base du premier segment de l'abdomen. Les ocelles des Orthoptères sont souvent atrophiés ou nuls. Leur cornée est aplatie chez les Blattiens, les Grylliens et les Locustiens, convexe chez les Mantiens et les Acridiens. Tous les Orthoptères ont les yeux composés, même dans une espèce cavernicole, le Raphidophora cavicola. Is peuvent être plats ou déprimés, ou au contraire globuleux, soit arrondis, soit réniformes (Periplaneta orientalis), parfois très-curieux par leur forme en pointe conique (certains Mantiens). La grandeur des cornées varie dans le même œil, ainsi elles sont plus grandes au milieu, dans la Courtilière, qu'à la périphérie ; leur forme est hexagone. Elles sont ou à face très-convexe (Gryllotalpa), ou peu convexe (Locusta), ou subplane (Mantis). Les cristallins placés derrière ces cornées sont courts chez les Mantes; ils sont tantôt coniques (Blattes, ete.), tantôt hexagonaux à angles obtus (Locusta, Mantis). Avant ces cristallins,
dans la grande Sauterelle verte, est une matière comparable à l'humeur aqueuse. Les filets nerveux, irradiés du nerf optique et se rendant à chaque cornéule, sont munis d’une gaine visible, et un pigment de couleur variable tapisse l’intérieur des cornéules. Le nombre des cornées et le circuit des yeux composés augmentent avec les mues, de manière à être moindre chez les larves que chez les adultes.
Les Orthoptères sont les gros mangeurs de la création entomologique ; aussi leur tube digestif est compliqué. Des glandes salivaires variées occupent le thorax. Un œæsophage musculeux se termine le plus souvent par un renflement (jabot, L. Dufour). Il est suivi le plus souvent d'un proventricule museuleux (gésier, L. Dufour). D'après Goldfuss et Erichson, cet organe n'est nullement un gésier ou ventricule masticateur ; les aliments ont déjà pris la forme fluide avant d'y pénétrer, et cela dans l’œsophage, dont l’action musculaire est bien plus considérable que celle du proventricule. En outre, celui-ci n'existe pas chez les Orthoptères qui tirent toute leur nourriture des plantes, les Acridiens et peut-être les Phasmiens (anatomie interne de ces insectes presque tous exotiques est fort mal connue); on le rencontre au contraire dans les Mantiens, ravisseurs carnassiers, et chez les omnivores (Blattiens, Grylliens, Locustiens), comme aussi chez les Forficules. Vient ensuite Ie ventricule ou estomac, souvent entouré à son origine de cæcums ou évaginations aveugles, manquant chez les Phasmiens (et les Forficules), au nombre de deux chez les Grylliens et Locustiens, de six à huit chez les Blattiens et les Mantiens. D'après les auteurs allemands, la fonction hépatique est dévolue à des cellules biliaires contenues entre les deux membranes du ventricule, et surtout dans ses appendices, où ne pénètrent pas les aliments. A son extrémité inférieure ou pylorique de l'estomac s’insèrent les organes urinaires ou canaux de Malpighi en nombre considérable chez les Orthopières, très-longs et très-ténus. Ils versent le plus souvent leur contenu d'une manière directe à l'extrémité du ventricule ; plus rarement leur sécrétion est recueillie dans un conduit afférent commun qui s'insère au pylore (ainsi Gryllotalpa). Le tube digestif se termine par l'intestin proprement dit, formé d'un intestin arèle où iléum (cé/on de 1. Dufour), le plus souvent étroit et court, puis d'un intestin rectum épais, muni, comme d'habitude, de bandelettes musculaires longitudinales. Certains Orthoptères ont des glandes anales destinées à éjaculer par l'anus un liquide particulier. Chez la Courtilière commune se trouvent de chaque côté, contre l'anus, des olandules dont la sécrétion est retenue de chaque côté dans un réservoir contractile, et sort par intervalles de l'anus.
Les larves et nymphes des Orthoptères, ayant le même régime que leurs adultes, ont à peu près la même structure de l'intestin; chez l'embryon, ses renflements sont très-distendus par l'abondance du vitellus résorbé. Kirby a fait voir que chez les Orthoptères, ainsi que dans beaucoup d'autres insectes, la longueur du tube digestif n'est pas
en rapport avec la nature des aliments, selon la loi des Mammifères. Le tube intestinal des Locustiens, qui, outre les herbes, les feuilles et les fruits, dévorent aussi des insectes, est plus long que le corps et flexueux, tandis que chez les Acridiens, qui sont des phytophages, il est en ligne droite.
Le corps graisseux, tissu rempli de cellules adipeuses, est fort abondant et surtout accumulé dans l'abdomen, autour des organes génitaux et dans le temps du coït. La plus grande quantité de graisse parait exister chez les espèces qui vivent très-longtemps, comme les Gryllus, les Ephippigera, et aussi, d’après L. Dufour, chez les espèces qui passent l'hiver en léthargie. Cet auteur a trouvé dans l’Acridium lineola un corps graisseux bien plus abondant à l'entrée de l'hiver, et même en hiver, qu'aux autres époques. La substance de la graisse est très-ténue, tantôt blanche, tantôt jaune pâle, tantôt safranée, et remplie de points plus obscurs. Les lames et lobules formés par les cellules adipeuses sont enveloppés par de nombreux rameaux trachéens; quelquefois, dans la cavité abdominale des adultes, on trouve des cellules libres et isolées contenant de la graisse fluide. Ê
Le vaisseau dorsal ou série des cœurs est formé de huit chambres contractiles chez les Orthoptères. Les trachées sont d'autant plus nombreuses dans chaque tribu, que la vie y est plus active; aussi leur nombre le plus considérable est dans les Orthoptères sauteurs. Dans les Blattiens (comme aussi les Forficules), les racines aboutissant aux stigmates tombent dans deux trones latéraux, desquels les ramifications des trachées divergent dans tous les organes. Elles aboutissent dans les autres tribus à un réseau trachéen ayant de nombreuses anastomoses longitudinales et transverses; chez les Acridiens, qui sont les Orthoptères doués de la plus grande puissance de vol, beaucoup de leurs rameaux sont dilatés en saccules ou vésicules aériennes, ce qui est en rapport avec les funestes et lointaines migrations de plusieurs de leurs espèces. De même que d'autres ordres d'insectes à l’état adulte, les Orthoptères propres (et aussi les Forficules) offrent ces singulières protubérances ovales du rectum, souvent entourées d'un anneau corné, signalées par de Siebold, et où se dispersent des ramuscules trachéens. Rathke a trouvé, dans les embryons de la Courtilière, un organe particulier quiest peut-être une branchie fœtale. Les amas localisés de cellules photogènes, produisant la phosphorescence, liée si intimement à la respiration, n'ont jamais été trouvés chez les Orthoptères.
Nous mentionnerons seulement certains faits particuliers à l'appareil génital. Les ovaires des femelles des Orthoptères sont formés de nombreux tubes ou funicules polythalames ; c'est à l’extrémité aveugle la
lus ténue de ces tubes que prennent naissance les vésicules germinaives des œufs, et elles s'entourent peu à peu de granules vitellins colo-
és. Les œufs prennent successivement leur évolution complète à mesure qu'ils descendent vers l’oviducte. Il existe un renflement muni
d’un pétiole, et qui est un réservoir séminal, dont l'extrémité est dilatée en capsule chez les Acridiens ; il y a deux ou plusieurs de ces réceptacles chez les Blattiens. L'autre réservoir de sperme, qu'on appelle la poche copulatrice, manque, selon M. Fischer, de Fribourg, chez les Orthoptères propres, tandis qu'il existe chez les Forficuliens. Une étude anatomique et surtout morphologique très-intéressante, et qui reste à faire, est celle des glandes accessoires de l’organe génital femelle, servant à produire l'enveloppe et les cellules des oothèques dans les Blattiens et les Mantiens, la matière spumeuse qui est versée sur les œufs pondus par les femelles des Acridiens, la coque des œufs individuels. Les œufs des Orthoptères sont le plus souvent lisses, brièvement ovales (Gryllotalpa) où elliptiques, ou oblongs (Locustiens, Acridiens). D'après M. Westwood, ceux des Phasmiens sont souvent en forme de barillets élégamment sculptés, et munis d'un opercule artistement adapté. Les testicules des mâles sont tantôt séparés, chacun sous sa tunique propre, tantôt réunis en un faisceau asymétrique sous une {unique commune, dans la ligne médiane de l'abdomen (Blattes, ŒEdipodes). Le canal déférent de chaque testicule est le plus souvent court; mais les Grylliens et les Locustiens le présentent long ou très-long et enroulé en spirale ; souvent une dilatation ou vésicule séminale existe à l'extrémité inférieure de chaque canal déférent. Il y a aussi des glandes accessoires non encore étudiées et privées de spermatozoïdes ; chez quelques Grylliens et Locustiens certaines de ces glandules doivent sécréter Les spermatophores. Les spermatozoïdes, capillaires et très-vifs, se voient dans les utricules du testicule, tantôt sans ordre (Blattes), tantôt groupés en faisceaux; ils se meuvent peu à peu dans les canaux déférents. Chez certains Locustiens, ils s'associent en longs corps pennés de l’aspect le plus élégant, par la vibration très-rapide des extrémités libres des spermatozoïdes (Siebold). Ce savant à rencontré chez les femelles pleines de ces mêmes Locustiens (Locustæ, Decticus), dans le réservoir de la semence, des utricules piriformes, munis d’un pétiole court et d'une membrane solide, qui étaient remplis de spermatozoïdes, et paraissaient jouer le rôle des spermatophores de certains Mollusques céphalopodes. Lespés a également trouvé des spermatophores chez les Grillons. Jusqu'à présent l’hermaphrodisme, bien avéré dans plusieurs ordres d’Insectes, n’a pas encore été constaté d’une manière certaine chez les Orthoptères.
Les positions d'accouplement et les modes de ponte n'ont rien de général et seront indiqués aux généralités sur les tribus. Il en est de même de la stridulation, qui est un accessoire de la reproduction. La plupart des femelles des espèces européennes déposent leurs œufs en automne; les larves en sortent au printemps suivant (avril, mai), subissent leurs mues, deviennent adultes vers l’arrière-saison, et, après la reproduction opérée et la ponte, ces insectes meurent, n'ayant vécu qu'une année. Î y à au contraire quelques Orthoptères qui hivernent,
soit adultes, soil aux états antérieurs : les larves du Gryllus campestris et du Gryllotalpa vulyaris sortent des œufs avant l'hiver, s’'engourdissent, et font encore des mues pour devenir adultes à la fin du printemps; des Tettix hivernent dans les lieux arides, sous les racines des plantes et sous les pierres. Dans les régions les plus chaudes de l'Europe, ainsi en Espagne, certains Orthoptères, des Tettix, des Gryllus, l’Acridium lineola, se cachent sous les pierres en hibernation dans les lieux secs et découverts. D'après Zinnani, le Caloptenus italicus femelle (en Vénétie) est fécondé en automne, puis hiverne et pond au printemps suivant.
Le plus souvent les Orthoptères accomplissent à la même place les diverses phases de leur développement : c’est le cas ordinaire de l'immense majorité des insectes. Beaucoup, quoique munis d'organes du vol parfaitement développés, ne s’en servent que lrès-rarement, soit pour sauter plus loin, soit pour descendre au vol vers la terre par un mouvement de parachute ; d’autres ont un vol intermittent, de quelques pas. Au contraire, cerlains Acridiens, à des époques non périodiques à la facon des Oiseaux, mais indéterminées et paraissant dépendre d’une véritable manifestation volontaire, entreprennent de grands voyages aériens et sèment l'épouvante et la ruine par leurs migrations désastreuses. Des Orthoptères exoliques, presque exclusivement des Blattiens, ont été introduits en Europe par les navires, ou sont devenus les hôtes des maisons dans les climats plus froids que leurs pays d'origine. Les espèces domestiques paraissent se reproduire toute l’année.
Les Orthoptères tirent leurs aliments des deux règnes organiques : il en est d'exclusivement carnassiers, les Mantiens ; d'omnivores, les Blattiens, certains Grylliens et Locustiens ; la plus grande partie se nourrit de végétaux. Ils saisissent la nourriture avec leurs mandibules, la lacèrent avec leurs maxilles, et l’introduisent dans l’œsophage avec le secours des autres pièces buccales. Des espèces recherchent les fruits ; d’autres les graminées, les plantes basses, les fleurs; certains vivent des feuilles des arbres et arbustes. On s'intéresse souvent à observer l'instinct de ces petits animaux qui, a la laçon du singe ou de l'écureuil, portent la nourriture à la bouche à l’aide des tarses antérieurs, la tournent en tous sens et la mangent avec une volupté calme, comme on le voit surtout chez les Mantiens, les Locustiens, les Acridiens. Les Locustes se délectent à boire des gouttes d’eau. Il y a des espèces qui attaquent dans les magasins et les maisons nos provisions alimentaires, et même nos vêtements; d’autres dévoren des insectes de plus petite taille. Les Mantes et les Grillons, en vases clos, mangent les sujets de leur propre espèce, et cela arrive aussi, à l’état libre, quand les autres aliments leur font défaut. Il faut remarquer que les Orthoptères ont une grande tendance à se servir de leur bouche, non-seulement pour manger, mais pour des usages de propreté : ils nettoient avec leurs
pièces buccales les pelotes tactiles de leurs tarses, et passent souvent leurs longues antennes entre leurs mandibules et maxilles devant la bouche, afin de les lisser en les imprégnant de salive.
A très-peu d’exceptions pour quelques espèces aquatiques, les Orthoptères sont des insectes terrestres. Un genre de Locustiens (Rhaphidophora) renferme des ‘espèces cavernicoles. Certains Orthoptères vivent dans des canaux souterrains qu'ils creusent eux-mêmes, et dont ils sortent surtout le soir, pour la chasse et l’accouplement (Gryllotalpa, Aya ou Tridactylus). Plusieurs Blattiens, le Gryllus domesticus, habitent les habitations de l’homme et les navires. Les champs, les prés, Les plantes basses, les gazons qui croissent dans les rochers, nourrissent beaucoup d'Orthoptères; les arbres alimentent plusieurs Locustiens et beaucoup de Phasmiens. Il y a des Orthoptères vivant isolés, les Mantiens surtout, qui sont des carnassiers ; certains Orthoptères phytophages aiment au contraire à vivre en troupe. A l'exception des Blattiens, la plupart des Orthoptères sont diurnes; un assez grand nombre de Locustiens prolongent la stridulation d'appel dans la soirée, après le coucher du soleil et même pendant la nuit.
On rencontre des Orthoptères dans toutes ies régions de la terre, et principalement dans les pays chauds, qui sont le domaine presque exclusif des Mantiens et surtout des Phasmiens. Be tous les ordres des insectes, les Orthoptères constituent celui qui offre ie moins d'espèces, mais il y a compensation par le nombre immense d'individus de certaines espèces, au point même de compter dans les grands fléaux de l'humanité. Les contrées froides sont peu favorables au développement des Orthoptères, qui ne dépassent pas la Laponie en Europe, et manquent à la faune entomologique si restreinte du Spitzherg. Les hautes montagnes sont également très-pauvres en Orthoptères, du moins celles de l’Europe, les seules étudiées entomologiquement. Au point de vue du naturaliste, la meilleure division de leurs régions n'est pas celle des altitudes, mais celle de la végétation. D’après M. Heer, la région montagneuse s'étend, en s’élevant, du Noyer (Juglans regia) au Hêtre (Faqus sylvatica) ; la région, subalpine, du Fagus sylvatica au Pinus Abies; la réoion alpine, du Pinus Abies au Pinus Picea. La région alpine ne présente plus que l'Ectobia lapponica (Blattiens), le Platycleis brachypterus {Locustiens), et quelques espèces des genres OEdipoda, Stenobothrus et surtout Pezotettix (Acridiens); en outre, la Forficule auriculaire. Dans les prés humides se trouvent les Parapleurus Typhus, Chrysochraon dispar, Slenobothrus elegans (Acridiens), et des espèces de Xiphidium (Locustiens), ces dernières surtout dans les lieux remplis de Carex et de Roseaux. Le Xiphidium dorsale vit sur les bords des lacs salés et les rivages de la mer; les Xya ou Tridactylus (Grylliens), sur les rives des leuves, des ruisseaux et des lacs. C’est surtout dans les lieux sablonneux et rocheux qu'on trouvera les OŒEdipoda, Sphinctonotus et Epacrumia (Acridiens), le Phaneroptera liliifolia (Locustiens), et les Mantiens.
Les déserts sont la patrie des Callimenus (Locustiens) et de quelques genres exotiques de Mantiens (£Eremiaphila, Fischeria, etc.).
Autant qu'on peut se prononcer en paléontologie, où les découvertes viennent continuellement modifier ou infirmer les conclusions tirées d’explorations trop restreintes, nous dirons que dans les bois marécageux de la période primaire paraissent n'avoir vécu que des Blattiens (genre Blattina, Germar). Au contraire, dans les périodes postérieures, où le nombre et la variété des plantes phanérogames se sont singulièrement accrus, se présentent des espèces de toutes les autres tribus, sauf toutefois les Phasmiens. Les terrains tertiaires, dans les argiles d'Aix, dans le succin surtout, présentent des espèces analogues ou même identiques à des espèces actuelles : ainsi dans les Grylliens, des espèces semblables à Xya variegata, Gryllotalpa vulgaris, ŒEcanthus pellucens, Gryllus campestris et sylvestris. Dans la molasse de Radoboj, un OEdipoda (Acridien) voisin de cœærulescens, etc. De grandes difficultés de détermination résultent de ce qu’en général on ne trouve que des rudiments d’élytres et d'ailes.
Les Orthoptères sont certainement, de tous les insectes, les plus nuisibles à l’homme, puisque les migrations de certains Acridiens ont amené des famines suivies d’épidémies redoutables. Les Blattiens peuvent rendre inhabitables des maisons, et ont parfois sur les navires menacé les équipages de mourir de faim en détruisant les provisions alimentaires. M. Ratzeburg indique plusieurs espèces d’Acridiens comme dangereuses pour les forêts, et les jardiniers redoutent avec raison la Courtilière, qui ronge les racines de beaucoup de végétaux, bien que ses ravages soient compensés en partie par la destruction de nombreuses larves funestes, notamment celle du Hanneton. A l'exception des Mantiens carnassiers et pouvant se nourrir d'insectes dangereux pour nos cultures, c’est à peine si les Orthoptères procurent à l'homme quelque avantage. Certains peuples font leur nourriture des Acridiens migrateurs, ou les donnent en pâture aux oiseaux de basse-cour et aux pores, mais ce n’est là qu'un minime dédommagement de maux considérables, Quelques espèces, par leur vivacité, le rhythme de leur stridulation et leurs gestes bizarres, amusent par moments l'observateur studieux de la nature. On dit qu'en Chine il y a des Orthoptères qu'on promème en sautant par les rues des villes, à la façon des singes chez nous ; aux îles Seychelles, les habitants s'amusent à élever les bizarres Phyllium (Phasmiens) dans les maisons et les vendent aux voyageurs. Les Orthoptères servent de nourriture à un certain nombre de vertébrés que nous citerons parmi leurs ennemis. Dans l’île de Crète, les enfants attirent les pies avec des Locustes, afin de les capturer plus aisément. Les paysans suédois présentent aux morsures des fortes mandibules du Decticus verrucivorus leurs doigts affectés de verrues.
Nous trouvons comme auxiliaires un grand nombre d'animaux ennemis des Orthoptères. Parmi les mammifères tigurent les petits car-
nassiers insectivores, taupes, musareignes, hérissons. Un assez grand nombre’ d'oiseaux s'en nourrissent volontiers, ainsi les corbeaux, les étourneaux, les pies, la huppe. Les Acridiens dévastateurs sont dévorés en Algérie par les faucons, les guëpiers, le rollier, des martins, ainsi le martin triste, le martin roselin ou acridophage. Moufett rapporte que les corneilles furent envoyées par Jupiter à la requête des hommes désolés par les ravages des Acridiens, et qu’elles dévorent non-seulement les adultes, mais leurs œufs et leur postérité; aussi étaient-elles nourries aux frais du trésor publie par les Thessaliens, les Ilyriens et les habitants de l'ile de Lemnos. Les couleuvres, les lézards et les crapauds concourent aussi à la destruction des Orthoptères ; ils se nourrissent en été et en automne de petits Locustiens et Acridiens et de Grillons. Sur le corps des Locustiens et des Acridiens qui vivent dans les prés, on observe souvent, comme sur beaucoup d’autres insectes, des larves hexapodes, globuleuses et d’un rouge sanguin, de Trombidium (Acariens), qui sucent surtout les insectes à la base des ailes; on en faisait autrefois des genres particuliers. Les parasites internes sont d’un grand effet pour limiter le nombre des Orthoptères. Quelques Coléoptères très-curieux (Rhipidius, Thunb.) vivent en larves sur les Blattes; des Ichneumoniens, ainsi le genre ÆEvania, des Chaliidiens, des Diptères des genres Tachina et Conops, sortent aussi du corps des Orthoptères. Les plus grands destructeurs de ces insectes paraissent être les helminthes. L. Dufour remarque qu'ils sont plus fréquents chez les Grthoptères que chez les Hyménoptères, et cela tient à la station terrestre de beaucoup d'Orthoptères. Ces helminthes appartiennent aux genres Gordius et Mermis. Comme l'a reconnu Siebold, les nombreuses filaires des Orthoptères, dont on faisait autrefois des espèces distinctes, sont réellement des formes jeunes et agames (Scolex) des Gordiacés. Après un certain temps de séjour dans l'abdomen de leurs victimes, ces parasites sortent des insectes adultes, car ils sont forcés d'émigrer dans l’eau, le limon ou l’humus pour acquérir, à l’état libre, un degré d'évolution plus parfait et la faculté de se reproduire. Les embryons sortis des œufs déposés dans la terre végétale gagnent la surface du sol et y rampent, de sorte qu'ils pénètrent dans le corps des larves aptères des Orthoptères. On trouve aussi dans l'estomac d'espèces de diverses tribus de ces insectes ces corps ovoïdes et blanchâtres nommés Grégarines, rapportés aux Helminthes par les uns, à un groupe voisin des infusoires par d’autres auteurs.
Nous ajouterons, à l’adresse directe des collectionneurs d'Orthoptères, certains conseils sur leur préparation et leur conservation spéciales, en renvoyant du reste à l’Introduction pour d’autres détails. Quand on vient de capturer des Orthoptères, on ne doit pas les plonger dans l'esprit-de-vin pour les faire périr, car on altère ainsi leurs couleurs. Il faut se servir d’éther sulfurique ou acétique placé au fond d’un flacon sur un morceau de bolet ou une éponge, ou bien employer le flacon
l2 ORTHOPTÈRES.
à cyanure de polassium ou à feuilles hachées de laurier-cerise. En collection, afin de tenir moins de place, il est bon de n’étaler l’élytre et l'aile que d'un seul côté, l'autre côté montrant alors la position de repos. Quand on veut faire cet étalage sur sujets secs, qui, en raison de leurs gros abdomens, peuvent souvent se couvrir de moisissures si on les soumet au ramollissoir, il est préférable d'opérer un ramollissement local de la manière suivante : on dirige pendant quelque temps, au moyen d'un tube, un jet de vapeur d'alcool sur l'articulation à étaler, jusqu'à ce qu'elle soit devenue flexible. On a soin d'enlever au papier brouillard les gouttelettes d'alcool condensé. Il est bon, sur le frais, de vider les gros abdomens des Orthoptères, et de les bourrer d’ouate imprégnée de savon arsenical. On diminue ainsi le noircissement, le passage au gras, etsurtout on évite les attaques des insectes friands de ces parties succulentes.
TRIBU DES BELATFEENS.
La tribu des Blattiens est formée des Orthoptères coureurs, ainsi nommés en raison de la rapidité de leur locomotion ambulatoire, toujours terrestre. Latreille et Audinet-Serville donnaient une acception bien plus grande à cette épithète, et ne divisaient les Orthoptères, Oliv., qu'en deux groupes, coureurs et sauteurs; les premiers comprenaient, outre les Blattiens, les tribus distinctes des Forfieuliens (sous-ordre), des Mantiens et des Phasmiens.
Les caractères extérieurs généraux des Blattiens sont les suivants. La tête est courte, subtriangulaire, souvent entièrement cachée sous le pronotum, très-inclinée, de sorte que la bouche touche presque au prosternum. Les antennes sont sétacées, et composées d’un très-grand nombre d'articles courts et serrés, presque tous pubescents, le premier beaucoup plus gros que les autres. Les articles sont cylindriques, moniliformes, très-souvent en cône renversé. La longueur de l'antenne varie depuis celle de la moitié du corps jusqu'à son double, et parfois dépend du sexe (Heterogamia, Perisphæria). Très-souvent la base est autrement colorée que le reste, et beaucoup d'espèces ont un anneau de teinte claire près de leur pointe. Il n’y a de vrais ocelles au vertex que chez les mâles du genre Heterogamia; mais presque toutes les espèces ont des taches ocelliformes jaunâtres (A. Doumerc, Audinet-Serville) de fonction mal connue, à la base des antennes. Les pièces buccales se composent d'un labre triangulaire ou orbiculaire ; de mandibules très-fortes, ayant quatre à six dents; des maxilles, avec mâchoire (mando) courte, cornée, avec poils forts à l'intérieur, terminée en pointe, un galea aussi long, plat, subovale, un palpe de cinq articles ; d'une lèvre inférieure insérée au menton, submembraneuse, portant des palpes de trois articles. Le pronotum ou corselet est presque semi-circulaire ou orbiculaire, en bouclier, avancé sur la tête au point de la cacher souvent en
BLATTIENS. 13
entier. Il est aplati ou peu convexe, souvent transversal et débordant le corps sur les côtés. Les cuisses des trois paires sont reçues au repos dans des cavités des trois segments du sternum.
Les pseudélytres sont parallèles au corps dans leur plus grande partie, avec un léger pli de contour marquant l'abdomen, suivant la nervure scapulaire. Il est très-rare qu’elles se joignent en ligne droite sans se recouvrir. D'ordinaire elles se croisent au repos, de sorte que la gauche recouvre en partie la droite, dont la portion cachée est d'une texture moins forte et souvent autrement colorée que l’autre, ce qui fournit de bons caractères spécifiques. Le plus souvent la moitié de l'élytre droite est recouverte ; parfois la partie cachée ne forme qu'une marge étroite (Ectobia, Corydia). Rarement les pseudélytres portent des poils, tantôt en cils au bord antérieur (Heterogamia), tantôt sur toute la surface (Corydia), tantôt en duvet à reflet.
L'aile des Blattiens se rapporte le plus souvent au type général que nous avons formulé pour les Orthoptères propres. Elle présente plusieurs séries de modifications chez les Blattiens, mises en relief par M. H. de Saussure (1). Dans un groupe de Blattiens auquel cet auteur donne le nom de Diploptériens (et qui se rattache à deux types distincts : Ectobia, parmi les Blattiens épineux; Chorisoneura, dans les Blattiens mutiques) la duplicature de l'aile prend une forme compliquée et anormale. La nature offre une série de passages entre la forme ordinaire et la forme anormale à plis redoublés. Dans celle-ci l'extrémité de l'aile devient un champ membraneux particulier (champ réfléchi de Saussure; triangulaire apical, Brunner). Afin de ne pas déborder au repos le bord costal de l’élytre, il est obligé de se redresser sur l'axe longitudinal de l'élytre, en se brisant suivant un pli perpendiculaire à cet axe. On peut dire que la partie humérale ou antérieure de l'aile, ie champ réfléchi et la portion antérieure du champ anal, ne forment plus qu'un seul champ qu'on peut appeler principal. La partie réduite du champ anal se plisse seule en éventail à la façon ordinaire. Le champ principal se plie d’abord longitudinalement, et,la région de l'aile postérieure au pli se rabat en dessous; puis le champ principal ainsi replié se brise suivant un pli transversal, et sa portion terminale (champ réfléchi) se renverse en dessus pour s'appliquer sur la portion basilaire. Lorsque l'organe est développé, la partie principale se trouve donc coupée en quatre quarts par deux plis qui s’entrecroisent; lorsque l'aile est au repos, ces quatre quarts sont superposés les uns aux autres, et la partie principale se trouve alors pliée en quatre doubles, à la façon d’une serviette, et forme un paquet.
Il est encore d’autres modifications qui sont surtout des réductions. Chez les petites espèces, une partie des nervures de l'aile s’atrophie, la
(1) Études sur l'aile des Orthoptères (Ann. science. natur., Z00L., 5° série, 1868, t. X, p. 161).
Lh ORTHOPTÈRES.
membrane seule étant suffisamment solide pour se passer en partie de tiges rigides. Dans ces espèces, ou dans celles dont les ailes restent en partie rudimentaires, les pièces articulaires se simplifient beaucoup. Ainsi la palmette postérieure du champ huméral reste presque entièrement membraneuse, et les rayons du champ anal ne sont qu'accolés à leur base (Periplaneta orientalis). I est un groupe de Blattiens où la partie postérieure de l'aile, étant très-petite, se renverse sous la partie antérieure sans se plisser en éventail, et elle offre alors, non des rayons divergents, mais des nervures ramifiées, comme la partie antérieure (types : Corydia, Heterogamia). I ÿ a au contraire des espèces où le champ anal est très-ample, avec des rayons axillaires tous simples, et alors le champ tout entier se plisse en éventail (Blabera, etc.). Mais, chez le plus grand nombre, la première nervure axillaire est rameuse, en sorte que la partie antérieure du champ anal ne se plisse pas, mais se renverse à plat sous la partie antérieure, le reste seul du champ anal se plissant en éventail et se plaçant à la suite de la portion qui reste plane. Souvent enfin le champ anal, bien que plissé, n’a pas place pour se dérober entièrement sous la partie humérale, et le bord de l'éventail fait saillie externe. Tantôt l'élytre est encore assez large pour recouvrir cette bavure (Periplaneta orientalis, etc.), tantôt elle dépasse par trop, mais alors se replie en dessous et forme un troisième feuillet (Panchlora Maderæ, ete.)
Les organes du vol offrent chez les Blattiens les réductions de grandeur habituelles aux Orthoptères. Les pseudélytres peuvent se raccourcir, restant croisées en partie et arrondies au bout, au point même de ne pas atteindre l'extrémité de l'abdomen (P. orientalis G'), les ailes demeurant entières et extensibles. Elles peuvent être tronquées carrément en arrière et se joindre en ligne droite à la suture, les ailes étant alors atrophiées et chiffonnées. Parfois les pseudélytres deviennent de simples écailles rejetées latéralement (Periplaneta orientalis @, Perisphæria, etc.), et les ailes sont alors oblitérées pareillement, ou, le plus souvent, manquent. Le dernier degré d’avortement est l'absence totale des organes du vol (la plupart des espèces de Polyzosteria, les femelles des Heterogamia, etc).
Nous trouvons, en passant aux appendices ventraux du thorax, des hanches très-aplaties et recouvrant les segments dans lesquels elles sont insérées. Les cuisses ont un grand trochanter à leur base, celles de devant ordinairement très-courtes et n’atteignant que la moitié de la longueur des cuisses postérieures ; elles sont le plus souvent déprimées, rarement cylindriques, ayant des poils longs et fins, avec les carènes inférieures tantôt inermes, tantôt épineuses. Elles portent d'habitude à l’extrémité supérieure une épine unique, longue et courbée. Les jambes sont toujours épineuses au côté interne. Les tarses ont cinq articles, les quatre premiers comprimés. Il n’est pas rare qu'un article fasse défaut par avortement, soit à un tarse, soit à plusieurs. Ce n'est
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jamais le premier ni le dernier qui disparait, mais un intermédiaire. M. L. Brisout de Barneville (Ann. Soc. entom. de France, 2° série, 1848, VI, Bull., p. xx) cite dix espèces de quatre genres différents, sur lesquelles il a observé quatre articles à un ou à quelques-uns des tarses. On trouve quelquefois des Blattiens hétéromères à la façon des Coléoptères: ainsi s'explique l'erreur de Geoffroy sur un individu accidentel du Periplaneta orientalis, qui l'a porté à tort à donner ce rare caractère comme propre aux Blattes. M. Brunner dit qu'on peut joindre beaucoup d’autres espèces à celles citées, et que, le plus souvent, l’avortement porte sur le dernier tarse gauche. Le premier article des tarses est ordinairement plus long que tous les articles suivants pris ensemble ; le cinquième article diffère essentiellement des quatre précédents. Au lieu d'être comprimé, il est étroit à la base, et s’élargit vers la pointe, qui porte toujours deux crochets mobiles. C’est entre ces crochets que se trouve placée une pelote ou arolie, en forme de peau veloutée, de figure circulaire ou ovalaire. Parfois cette pelote est à peine perceptible (Ectobia, Blatta, Periplaneta, etc.); parfois elle manque complétement, et alors les crochets sont très-robustes.
L'abdomen des Blattiens est toujours déprimé et élargi vers le milieu, de sorte qu'il a un contour plus ou moins orbiculaire, plus prononcé dans les femelles que dans les mâles. Chez les mâles, l'abdomen offre en apparence dix segments dorsaux et huit ventraux; mais le premier segment dorsal ou médiaire appartient plutôt au thorax, et n'offre pas d'arceau ventral correspondant, Il y a ensuite sept anneaux complets à deux arceaux, et un huitième dont l’arceau ventral est la plaque sous-génitale, sans stigmates, portant ordinairement de chaque côté une épine fine et mobile. Ces styles inarticulés, rarement déprimés, sont parfois très-longs (Periplaneta, etc.), parfois courts, parfois nuls (Ectobia, Panesthia, etc.). L'avortement du style droit se manifeste fréquemment chez les adultes (Blatta, etc.), et une échancrure prend la place du style avorté, avec un remarquable défaut de symétrie. Enfin vient un rudiment de neuvième segment dorsal (le médiaire ne comptant pas), qui est la plaque suranale, sans stigmates, souvent membraneuse et d’une couleur différente de celle des autres segments dorsaux (Periplaneta, Blabera, ete.). Latéralement à sa face inférieure s’insèrent les cerques, en lamelles coniques, pointues, mobiles, multiarticulées, presque toujours garnies de longs poils très-fins. Leur longueur varie depuis trois fois celle de la plaque suranale (Æctobia, Blatta, Periplaneta, etc.), jusqu'à la moitié (Perisphæria, etc.), et le nombre des articles des cerques est de huit à quinze, se réduisant rarement à trois ou quatre (Heterogamia ®, etc.), où à un seul triangulaire (Panesthia). Sous la plaque subgénitale, ou huitième dernier segment ventral, se trouvent les organes copulateurs mâles, composés de deux faisceaux de crochets fort compliqués. Le pénis, placé au-dessous de l'anus, est complétement retiré à l’état normal et couvert par la plaque sous-génitale, On peut
constater, sur les males en accouplement, que cet organe est couverc d'un amas d'épines très-fortes et irrégulières, les unes aiguës et crochues, les autres dilatées.
Les femelles ont au dos de l'abdomen dix segments apparents et six ventraux. En rejetant le premier segment dorsal ou médiaire, viennent ensuite six anneaux complets à deux arceaux, un 7° arceau dorsal sans correspondant ventral, un 8° dorsal dont le ventral est remplacé par la vulve, emboîtée entre quatre pièces cornées styliformes dirigées en arrière, enfin un 9° dorsal ou plaque suranale, muni des cerques et sous lequel s'enchâsse l’anus. Dans les deux sexes il est formé par deux muscles triangulaires latéraux, soudés au milieu et laissant une ouverture pour les excréments, et protégés extérieurement par une couche chitineuse. La plaque sous-génitale des femelles, ou dernier arceau : ventral, est quelquefois remplacée par une pellicule ordinairement repliée, mais qui se déploie lors de la ponte, où elle sert à recueillir la coque à œufs. Chez les Periplaneta, Homæogamia, ete., la partie postérieure du dernier segment est fendue et prolongée en deux valves, réunies normalement en forme de nacelle, s’écartant pendant la ponte et laissant alors apercevoir la pellicule qui les réunit.
Les métamorphoses peu observées des Blattiens ne laissent pas voir de distinction nette entre les états de larve et de nymphe, car, à chaque mue, l’insecte se rapproche de l’état parfait par des modifications insensibles, sans états intermédiaires marqués. La position des organes du vol ne donne plus les caractères nets, établis par de Charpentier sur les Orthoplères sauteurs pour distinguer les nymphes des adultes. Il ne reste, chez les espèces alifères, que l'articulation en forme d’incision de l'organe du vol au thorax, au lieu d’un prolongement continu du mesonotum ou du metanotum, pour séparer l'état définitif d'avec les larves ou nymphes. Ce caractère permet de reconnaître un adulte à organes du vol oblitérés. Quand ceux-ci manquent complétement à l'état adulte, on n'a plus de vrai caractère distinctif, car les organes sexuels apparaissent dès les premières mues ; seulement les larves ont toute la couche chitineuse moins dure que celle des adultes, de sorte qu'à l'état sec, leurs segments {horaciques sont toujours plus ou moins chiffonnés, caractère séparateur unique et très-incertain.
La ponte des œufs chez les Blattiens présente une -partieularité remarquable, partagée par la tribu des Mantiens. On sait que certains animaux articulés réunissent leurs œufs dans une enveloppe commune ; mais cette agglomération est l’œuvre extérieure de la femelle, qui, pondant ses œufs un à un, les rassemble à mesure à côté l’un de l'autre; c'est ce qui arrive pour la coque à œufs des Hydrophiles, les tampons de poils dont les femelles de certains Bombyciens recouvrent les amas d'œufs, les cocons à œufs des Araignées, ete. Chez les Blattiens, la réunion des œufs a déjà lieu dans une oothèque commune sécrétée à l'intérieur du corps de la femelle, qui l'émet complète et renfer-
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mant les œufs, C'est un sac coriacé, divisé en compartiments contenant les œufs, sous l'aspect de deux séries régulières, avec dix à vingt œufs dans chaque série. L'oothèque est ordinairement plus ou moins cylindrique. Dans quelques genres, la soudure médiane supérieure, répondant à la paroi de séparation des deux séries d'œufs, s'élève en forme de crête crénelée (Periplaneta, Ectobia, Heterogamia, etc.); chez d’autres, elle n'est indiquée que par une ligne à peine saillante (Blatta, Panchlora, Oniscosoma, etc.). Du côté inférieur, la soudure est toujours légèrement enfoncée. M. Brunner de Wattenwyl a vu que les deux formes des coques dépendent de leur position dans le ventre de la femelle. Les coques munies d’une crête sortent la crête placée en haut, de façon que les deux séries d'œufs ont une position verticale; les coques sans crête, au contraire, sont couchées dans le ventre de la femelle, la soudure latéralement et les œufs en position horizontale. Le genre £ctobia a des coques de forme spécifique. La femelle, avant de déposer l’oothèque, la traîne pendant plusieurs jours à demi sortie de la vulve, tandis que, chez lesMantiens, elle est immédiatement collée aux objets. L’oothèque apparaît d’abord sous la forme d’un sac de couleur blanche et de consistance très-molle ; mais à mesure qu’elle sort de l’abdomen, la couleur passe au testacé, puis au brun foncé, et les parois se consolident. Dans cette position, la coque est embrassée par le dernier segment ventral; elle est retenue, chez le type Ectobia, par une pellicule mince, et, dans le type Periplaneta, les deux valves propres aux femelles de cette famille lui servent d'appui. Les coques des autres familles, sans crête et couchées horizontalement, sont simplement retenues par le dernier segment ventral, qui est très-ample. La coque déposée, la femelle ne s’en inquiète plus. IL est probable que les larves sortent des œufs peu de temps après la ponte de l'oothèque, car on trouve en même temps des femelles qui trainent la coque et de petites larves de la même espèce. Les Blattiens des forêts d'Europe pondent aux mois de juin et de juillet, et, en automne, on rencontre des larves à un état de développement déjà avancé, dans lequel elles passent l’hiver, cachées sous les pierres et les feuilles sèches. Les Blattiens domestiques des habitations paraissent pondre toute l’année dans les locaux où la température reste assez élevée, comme les serres, les fournils des boulangers, les cages des machines à vapeur, etc. L'accouplement des Blattiens se fait sur la même ligne, les corps opposés.
Les Blattiens sont terrestres et complétement muets. Certains genres vivent sur les végétaux (en Europe, £ctobia, Blatta où Phyllodromia ; en Amérique, Ischnoptera, Phoraspis; aux Indes orientales, Corydia, ete.) ; néanmoins la plus grande partie des espèces sont lucifuge, se tenant cachées au-milieu des feuilles mortes et sous les pierres, et quelques espèces dans le bois pourri (Panesthia, larve des Blabera). À part quelques remarques d'A. Doumerc sur les Phoraspis, on ne connait rien des mœurs des Blattiens sylvicoles exotiques. La nourriture de la plus
grande portion des Blatliens se compose principalement de substances animales, mais mortes, sans qu'on ait d'exemple qu'ils aient attaqué des animaux vivants; ils ne dédaignent pas, au reste, certaines substances végétales, comme les semences et le pain. Un grand nombre d'espèces, et notamment toutes celles qui fréquentent les habitations, sont nocturnes, avec une odeur désagréable qui imprègne les objets touchés.
La distribution géographique des Blattiens a été mal étudiée; certains genres, comme Æ£ctobia, Blatta, Periplaneta, sont véritablement cosmopolites, se retrouvant sur tous les points du globe; quelques espèces, qui vivent dans les habitations, suivent l'homme sous tous les climats.
Les connaissances des anciens au sujet des Blattiens semblent avoir été des moins précises. Les Grecs paraissent les avoir désignés sous le nom de Sylphes, cités seulement par Aristote, et que Dioscoride dit se trouver dans les lieux où l’on fabrique le pain, ce qui s'applique aussi au Tenebrio molitor (Coléoptères) et au Grillon domestique. Comme tous les animaux et les végétaux étaient réputés thérapeutiques dans l’antiquité, Dioscoride ajoute que les entrailles des Sylphes, broyées avec de l'huile et introduites dans les oreilles, guérissent de l’otalgie. Pline, le premier, mentionne les Blattes en deux passages : l’un où il dit que les Blattes molles, broyées et mêlées à l'huile de rose, guérissent des maux d'oreilles et des contusions, ce qui se rapporte aux Sylphes de Dioscoride; l’autre où le naturaliste latin indique ces insectes comme fuyant la lumière et fréquentant les lieux sales et humides. Horace (Sat., Lib. Il, 11, v. 119) parle des Blattes et des Teignes qui rongent les vêtements, et Virgile (Georg., lib. IV, v. 242) des Blattes lucifuges en amas dans les ruches. Ce sont probablement, ou les Galleries de la cire (Lépidoptères), ou les Cloportes (Crustacés isopodes), qui se réfugient en hiver dans les ruches; car je ne crois pas qu'on y trouve jamais de Elattiens, surtout en: abondance. Au moyen âge, Suidas (ix® et x° siècle) cite le Sylphe des vaisseaux, qui est probablement un Blattien. C'est Moufett (Insectorum, sive minimorum animalium theatrum, Londres, 1634) qui désigne le premier bien clairement les Blattes, et donne une figure reconnaissable du Periplaneta orientalis des maisons. Linnæus, qui range les Blattiens dans les Hémiptères, n’a bien connu que les espèces plates, molles et sombres, réunies dans son genre Blalta, qui comprend nos Blabera, Periplaneta, Phyllodromia, Ectobia. Audinet-Serville (Histoire natur. des Orthoptères), subdivise ses Blattaires en dix genres, en prenant pour principaux caractères la plaque sousgénitale, qu'il nomme sous-anale, apparente dans les deux sexes, cachée chez les femelles seules, cachée dans les deux sexes, et la présence ou l'absence d’une pelote entre les crochets des tarses. M. E. Blanchard (1845) ne subdivise sa tribu des Blattiens qu’en deux groupes : les Blattites, à élytres planes, coriaces, ayant une strie arquée autour de l’écusson, et Phoraspites, à élytres convexes, assez cornées, sans strie
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arquée. Il établit douze genres. M. Burmeister a le premier indiqué un caractère important de classification, qui avait échappé à ses prédécesseurs, la présence ou l’absence des épines sur les carènes inférieures des cuisses : ce caractère ne fait défaut que dans quelques cas rares du type Perisphæria. En outre il reprend le caractère, mieux motivé par la physiologie, d'Audinet-Serville, la pelote entre les crochets des tarses. Il n'offre d’anomalie que dans le genre Heterogamia, où le mâle offre l’arolie dont la femelle est dépourvue. Le développement des organes du vol doit être rejeté complétement pour les grandes divisions, fait général aux Orthoptères. Les caractères des familles sont puisés, tantôt dans la conformation des parties sexuelles, tantôt dans la configuration des organes du vol, et spécialement des nervures des ailes. Une étude approfondie des Blattiens à consulter est l'ouvrage de M. Brunner de Wattenwyl (Nouveau Système des Blattaires, Vienne, 1865, en français). Il faut y joindre divers travaux de M. H. de Saussure (Mém. de la Soc. de phys. et d'hist. natur. de Genève, 1863, 1864, XVII, 129, BLar- TIDES ; — 1869, XX, Bcarrines et PHasmipes ; — 1872, Manrines et BLAT- TIDES. — Mission scientifique au Mexique et dans l’ Amérique centrale ; BLAT- TIDES, 1" livr., Paris, 1870, Impr. impér. — Blattarum novarum Species aliquot, Revue et Magasin de zoologie, 1864). Il est fâcheux pour les débutants que cet auteur ait été obligé de changer plusieurs fois ses classifications entomologiques, en raison de découvertes plus récentes; il en résulte certaines obscurités qui n’empêchent pas le grand intérêt de ces recherches. Ces ouvrages renverront le lecteur à beaucoup de travaux plus anciens, dont la citation nous est ainsi épargnée.
Avec MM. Brunner et de Saussure, nous diviserons les Blattiens en deux types, les uns à cuisses épineuses, les autres à cuisses mutiques, sans épines. Dans chaque groupe il y a des genres munis d’une arolie entre les crochets tarsiens, d'autres qui manquent de cette pelote tactile. On peut facilement arriver à établir un parallélisme entre les deux séries, car les mêmes mœurs doivent amener les mêmes caractères anatomiques; les classifications, toujours approximatives, se prêtent souvent à ces analogies, dont il ne faut pas exagérer l'importance.
GENRES PRINCIPAUX
BLATTIENS ÉPINEUX AROLIIGÈRES
ECTOBIA, Westwood. — Ailes d'ordinaire bien développées, avec un champ triangulaire apical intercalé entre les parties antérieure et postérieure, s’enroulant en cornet ou réfléchi en dessus au repos; élytres laissant entre elles un écusson avec nervules pectinées sur la nervure humérale ou médiane. Cuisses faiblement épineuses. Plaque suranale dans les deux sexes très-étroite; plaque subgénitale grande et échancrée chez les femelles, triangulaire et dépourvue de styles chez les mäles. Corps des mâles grêle et étroit, élargi chez les femelles,
Ce genre n’a que des espèces de petite laille, presque toutes euro- GIRARD. II. — À
péennes. On peut les diviser en espèces à corps noir, au moins chez le mâle, d'autres à corps pâle dans les deux sexes. Au premier groupe appartient l’£. lapponica, Linn. Les deux sexes ont les antennes brunes ou noires, bien plus longues que le corps chez le mâle, le disque du pronotum noirätre, ce pronotum bien plus large chez la femelle. Les élytres du mâle, testacées et remplies de teintes noires où brunes, allongées, pointues, dépassent beaucoup l'abdomen, et recouvrent des ailes amples, enfumées. Chez les femelles, les élytres ne recouvrent que les deux tiers de l'abdomen, et les ailes sont plus courtes, pouvant même devenir rudimentaires, dans la variété hemiptera, Fabr. Les pattes et l'abdomen du mâle sont noirs, avec cerques noirs et trèslongs, de huit à dix articles ; chez la femelle, Les pattes sont testacées, ainsi que le dessous de l'abdomen, dont le dos reste noir. Cette dissemblance des sexes les a fait prendre pour des espèces distinctes. Geoffroy donne comme mâle de sa Blatte jaune la femelle de l'Ectobie laponne. Le mâle est long de 8 à 11 millimètres, la femelle de 8 à 9. Les larves ont les trois segments du thorax foncés au milieu avec les bords largement transparents. L'oothèque, de couleur de poix, a 5 millimètres de long, avec vingt-quatre crénelures à la suture, et sur les côtés une gaufrure formée de dix-huit carènes parallèles à la suture. L'espèce se trouve dans toute l'Europe, sur les herbes et les buissons, en juillet, dans les clairières des bois, fréquentant les Orties, les Genévriers, les Pins. On rencontre les larves en septembre et octobre, sous les feuilles sèches, à la lisière des forêts, où elles hivernent pour subir les dernières mues au printemps. Cette espèce ne pénètre pas dans les maisons dans l’Europe tempérée et septentrionale. Elle est seulement domestique en Laponie, où, rapporte Linnæus, elle vit dans les huttes des pauvres Lapons, dévorant le poisson salé mis en réserve pour la nourriture de l'hiver. L'espèce s'élève dans les alpes de la Scandinavie et de la Suisse jusqu'à la limite des buissons; elle ne dépasse pas au sud la Dalmatie, la Toscane, la Sicile et le désert des Kirghiz; on la trouve, dit-on, au Brésil par importation.
L'autre groupe des Ectobies nous offre l'E. livida, Fabr., ou pallida, Oliv., la Blatte jaune femelle de Geoffroy. Le mâle a 9 à 10 millimètres, la femelle 8. On distingue cette espèce de la précédente aux antennes päles, au pronotum sans tache foncée centrale, aux ailes et élytres bien développées dans les deux sexes et recouvrant l'abdomen. Les élytres ont treize à quinze nervules externes dans les deux sexes, tandis qu’elles n'en ont que neuf au plus dans l'E. lapponica femelle. Les cerques de l’£. livida ont huit articles. L’abdomen et les cerques du mâle sont pales ; l'abdomen est foncé en dessus chez la femelle, la partie postérieure du ventre tirant sur Le rouge, les cerques très-foncés. Les larves ont Le thorax et les cerques orangés, l'abdomen noir et la plaque sous-génitale des mâles munie de styles. L’oothèque, longue de k millimètres, est d'un roux ferrugineux, avec vingt dentelures à la
APHLEBIA, BLATTA. 51
suture et huit impressions dans le sens perpendiculaire à cette suture. L'espèce est commune en juillet à l’état adulte en France et en Belgique, se trouvant près de Paris sur les Chênes et autres arbres et sous les Mousses; elle existe en Allemagne, en Dalmatie, en Italie, en Sicile, en Algérie (H. Lucas), sous les pierres, dans les lieux humides, à la fin de février. Le mâle paraît moins fréquent que la femelle. Nous devons encore mentionner pour les amateurs une espèce, rare partout, découverte en Belgique par Wesmael dans les bruyères d'Oostmael en Campine, la plus petite de nos Ectobies, l'E. ericetorum, Wesm., de 7 à 8 millimètres chez le mâle, 8 pour la femelle, Elle se distingue de l'E. livida par la taille plus petite, les antennes noirâtres, les pattes foncées, Le disque du corselet souvent brun ou au moins varié de lignes brunes, les élytres de la femelle raccourcies, ayant au plus neuf nervules externes, comme chez l’'Æ. lapponica. Les cerques du mâle ont les articles lisérés de blanc, ceux de la femelle sont unifor mément bruns. L'espèce a été retrouvée près de Paris, en Hollande sur les rivages sablonneux de la mer, près de Nuremberg dans les Sapins, en Angleterre au mois de juin sur les côtes du Devonshire et de Cornouailles, dans le Valais sur le Pin sylvestre, près d’Annonay en Savoie et en Corse. Quelques espèces exotiques.
APHLEBHIA, Br. de W. — Élytres cornées, aplaties, se joignant à suture droite, à nervures indistinctes. Les autres caractères des Eclobia.
Ce genre aété détaché des Ectobia pour certaines espèces européennes, de l'Europe méridionale et orientale, de Madère, des Canaries, de Corse et Sardaigne, de Sicile et d'Algérie. Les unes ont les élytres latérales, n'atteignant pas le milieu de l'abdomen, chez les autres elles sont bien développées, dépassant ce milieu. Citons dans ces dernières : À. marginata, Schreber, de Grèce, de Dalmatie, de Corse, d'Italie, d'Odessa ; A. maculata, Schreber, remontant jusque près de Berlin dans les forêts de Conifères ; À. punctata, Charp., d'Italie, de Saxe, de Hongrie, d’Autriche, en mai et juin, le long des haies, sous les feuilles mortes et dans l'herbe. Il est probable qu'on les retrouvera en France, dès que des amateurs s'occuperont d'Orthoptères.
BLAaTIA, Linn., ou PHYLLODROMIA, Aud.-Serv. — Tête à peu près cachée sous un pronotum petit, suborbiculaire ; antennes sétacées, beaucoup plus longues que le corps. Élytres coriacées, dépassant l'abdomen, sans écusson entre elles, paraissant striées longitudinalement; ailes bien développées, de la longueur des élytres, à bord antérieur coriace et foncé, ordinairement d’autre couleur que le reste de l'aile; cerques très-longs; souvent des styles. Pattes allongées, minces, épineuses, Corps des males allongé, dilaté chez les femelles.
Le type de ce genre, B. germanica, Linn., a une longueur de 15 mil-
limètres o, et 11 millimètres Q. C'est une Blatte d'un fauve testacé, dont le pronotum a deux raies noirâtres parallèles, avec un espace jaune plus large entre elles. A ce caractère se joignent, pour distinguer cette espèce de nos Ectobia, les nervures internes des élytres droites, la nervure discoïdale de l'aile simple, n'émettant pas de branche bifurquée, et la nervure humérale bifurquée au bout. Les cerques sont trèslongs, pubescents, avec douze articles distincts; la plaque sous-génitale du mâle porte ordinairement un seul style (Fieber). Chez les larves, les deux bandes brunes du pronotum s'étendent sur le reste du thorax et sur l'abdomen. L’oothèque est rousse, longue de 7 millimètres sur 2 millimètres de haut, à suture finement crénelée ; les deux côtés, peu convexes, portent vingt côtes perpendiculaires à la suture.
L'espèce vit en liberté dans les bois et sous les feuilles sèches aux environs de Paris, en médiocre quantité ; de même dans l'Europe tempérée, en Sicile, en Sibérie, dans les steppes des Kirghiz, en Algérie, à la fin d'avril, sous les feuilles humides, dans les bois près du lac de Tonga, cercle de la Calle, paraissant manquer près de Vienne et en Andalousie. La voracité considérable de cet insecte l’a rendu domestique dans les pays du nord de l'Europe. Il parait qu'il est chassé des maisons par le Periplaneta orientalis, et qu'il a expulsé, à son tour, jusqu'en Laponie, l’Ectobia lapponica, selon la loi naturelle des forts et des faibles. Il ne semble pas exister libre en Belgique, mais s'y trouve par places dans les maisons, attaquant les provisions, très-commun dans certaines localités près de Liége, de Bruxelles, etc. I1 abonde dans le nord de la Russie, notamment dans les cuisines à Saint-Pétersbourg, mangeant à peu près de tout, mais préférant le pain, et même le pain blanc au pain bis, ne recherchant la farine et la viande qu'à défaut d'autre nourriture, se trouvant par milliers dans les flacons qui ont contenu de l'huile, aimant beaucoup le cirage des bottes et le rongeant jusqu’au cuir. Les Russes pensent que cette espèce leur a été importée de la Prusse par leur armée, au retour d'Allemagne après la guerre de Sept ans, et qu'elle était inconnue auparavant à Saint-Pétersbourg. Hummel (Essais entom., n° 1, Saint- Pétersbourg, 1821) a étudié ses métamorphoses. Il n’y a guère qu'un mâle par neuf femelles ; l’accouplement se fait environ quinze jours après la mue d'adulte, à reculons et sur la même ligne, comme chez les Forficules. Le mâle, moins fort, est souvent emmené par la femelle et obligé de suivre tous ses mouvements. L'oothèque commence à paraitre huit jours après, visible au bout de l'abdomen, et la femelle parait la trainer très-longtemps, quinze à vingt jours. La femelle, après l'avoir pondue, la tâte et la retourne en tous sens, la prend entre ses pattes de devant et lui fait une ouverture longitudinale d’un bout à l’autre. A mesure que cette fente s’élargit, sortent de la coque de petites larves blanches, roulées, attachées deux à deux, une trentaine par oothèque. La mère les aide à sortir et à se développer, en les frap-
BLATTA, LOBOPTERA, 53
pant doucement avec ses antennes et en les touchant avec ses palpes maxillaires. Les larves remuent leurs antennes, leurs pattes, se détachent les unes des autres, et marchent au bout de quelques secondes. L'oothèque, restée vide, montre, autant que de larves, de petites cellules séparées par des cloisons, blanches et lisses, dont le nombre correspond à celui des raies externes. Les jeunes larves sorties, la femelle ne s'en occupe plus. Blanches et translucides, avec des yeux noirs et une marque foncée sur l'abdomen, indiquant par transparence le tube digestif, elles ne tardent pas à devenir noires nuancées de gris jaunâtre, et au bout de vingt minutes courent çà et là, cherchant à manger, s'attachant aux miettes de pain et débris à leur portée. Hummel a compté six mues, non compris la sortie de l’œuf, en cinq à six mois. À chacune, l'insecte s'accroche à quelque objet et sort de la vieille peau fendue le long du dos, la nymphe avec fourreaux alaires à la cinquième mue, l'adulte à la sixième, et la Blatte, après chaque mue, reste quelques instants d'un blanc de neige, avec les yeux noirs, se colorant ensuite à vue d'œil, d’abord par les antennes et les pattes. Ce nombre de mues est peu important, car Hummel rapporte que parfois les larves ou les nymphes mangent les anciennes peaux et la matière des oothèques; il a donc pu se tromper sur les mues. Si dans une mue une larve casse où endommage un de ses membres, ainsi une antenne, il est réparé, mais incomplet et bien plus court qu'à l’état normal. Cette répullulation des parties, que nous retrouverons chez les Phasmiens, est un caractère de Crustacé.
La Blatte germanique pullule dans les vaisseaux; on l'a rencontrée dans des barils de riz ou de blé. Illiger assure qu'elle aime beaucoup les citrons, divers acides végétaux et même l’encre. Elle est devenue cosmopolite par transport : se trouve à la Nouvelle-Hollande, à Ceylan, au nord de l’Afrique et en Algérie (H. Lucas), en Guinée, au Mexique, aux Antilles, dans l'Amérique du Nord, au Chili.
Les autres espèces, une cinquantaine environ, sont exotiques et des régions chaudes des deux mondes : ainsi le B. bivittata, Aud.-Serv., ressemblant beaucoup à 2. germanica, à nervure discoïdale de l'aile ramifiée, formant quatre à six rameaux postérieurs, à élytres parcourues par une bande brune longitudinale, du Brésil, des Indes orientales, de Ceylan, paraissant devenir cosmopolite.
LOBOPTERA, Br. de W. — Corps oblong-ovale ; tête petite, à antennes de la longueur du corps. Élytres abrégées ou lobiformes ; ailes nulles. Cuisses très-
épineuses ; jambes comprimées, dilatées; pas de styles.
Ce genre a été détaché des Phyllodromia d'Audinet-Serville, des Polycosteria de MM. Burmeister et Fischer. Les espèces sont de petite taille ; trois ont les élytres lobiformes, très-courtes, latérales et sans contact. Ce sont le L, decipiens, Germar, de 8 millimètres g, 11 millimètres Q,
noir, luisant, tout le corps bordé latéralement de blanc, les élytres en lobes noirs, bordés de blanc, les pattes couleur de rouille. La larve est noire, sans bordure latérale, à pattes plus claires. L’oothèque, de la forme de celles des Blatta, est longue de 5 millimètres et haute de 3,5, lisse, avec des crénelures à peine visibles sur la suture. L'espèce se trouve sur toute la côte de Dalmatie, sous les pierres et les Algues rejetées par la mer, en Carniole, en Provence, en Corse, en Sardaigne, en Toscane, en Espagne, en Algérie près d'Alger, à Madère, en Grèce, en Turquie. Joignons à cette espèce L. limbata, Charp., très-voisin du précédent, pubescent, peut-être de même espèce, de la France méridionale, de Portugal, de Sicile, de Corse, de Sardaigne, de Madère, et L. trivittata, Erichson, de Tasmanie. Une espèce des Indes orientales,
L. indica, Br. de W., a les élytres seulement raccourcies, mais tangentes au bord sutural.
PHORASPIS, Aud.-Serv.—Tête aplatie, à yeux très-écartés ; antennes sétacées, très-fines, de la longueur du corps. Corselet un peu élevé en capuchon audessus de la tête; élytres bombées, larges à la base, pointues au bout, cornées, lisses et luisantes, sans nervures visibles en dessus ; ailes développées, Pattes étroites. Abdomen des deux sexes de même forme, aplati, élargi, avec une carène dorsale médiane, les segments dorsaux dépassant beaucoup les ven-
traux et très-pointus aux angles postérieurs ; cerques courts, pointus, de douze articles ; styles courts.
Ce genre, étudié par M. E. Blanchard dans un travail intéressant déjà un peu ancien (1), a été réduit par M. Brunner aux seules espèces américaines, qui, au nombre d’une dizaine, sont du Mexique, d'Haïti, de la Guyane, du Brésil. Ces Blattiens, par leurs couleurs luisantes et souvent vives, leur forme bombée, ont l'aspect de Coléoptères; leur coloration indique des insectes vivant à la lumière. A, Doumerc a toujours vu à la Guyane les Phoraspis blottis entre les feuilles qui forment les spathes des Maïs, des Cannes à sucre et autres Graminées. IIS s’y tiennent, comme les grandes Cassides de ces pays, immobiles sur les feuilles ; mais dès qu'on agite les tiges de ces plantes en ouvrant les spathes, ils se laissent choir ou s’envolent brusquement pour aller se réfugier sur une autre gerbe. On ne trouve jamais, dit A. Doumerc, les Phoraspis dans les carbets, tandis que les Kakerlacs y dévorent les chaussures et les pains de cassave, Les Blabères, au contraire, ne se prennent que dans les forêts de l'Orénoque, à la nuit tombante, près des troncs d'arbres pourris. M. Brunner divise les espèces de Phoraspis en deux groupes, celles où les élytres sont ornées de bandelettes, et celles où ces
(1) Monogr. du genre Phoraspis, de la famille des Blattiens, précédée de quelques observ. sur les Blattes des anciens (Ann. Soc. entom. de Fr., 47e sér., TO NL, 271).
PHORASPIS, POLYZOSTERIA, PERIPLANETA, 55
organes sont unicolores. M. Brunner a reconnu, grâce à la possession de nombreux sujets, que la couleur des élytres varie beaucoup, étant tantôt foncée, tantôt claire, ce qui avait conduit M. E. Blanchard à établir des espèces sur de simples variétés. Le dessin des élytres demeure constant, ainsi que la couleur du corps et des extrémités. En outre la face inférieure des élytres ne participe pas à la décoloration de la face supérieure dans les variétés claires. Le type est le P. picta, Drury, du Brésil (pl. 1x1, fig. 3), commun dans toutes les collections, noir, à élytres d'un brun très-foncé, avec une bande humérale rouge occupant les deux tiers de la longueur de l’élytre et s'oblitérant en pointe; les ailes sont enfumées avec une tache jaune allongée. M. E. Blanchard a décrit, sous le nom de luteola, une variété pâle, testacée, où la bande humérale des élytres n’est indiquée que par une teinte orangée.
Les trois genres qui suivent ont l’abdomen des femelles muni de deux valves libres, en forme de nacelle, au sixième ou dernier segment ventral.
POLYZOSTERIA, Burm. — Corps elliptique, un peu convexe en dessus. Élytres lobiformes ou nulles; ailes nulles; cerques glabres, déprimés, lancéolés ou subarrondis au sommet, dépassant à peine la plaque suranale.
Ce genre a été restreint aux espèces de l'Australie, de la Tasmanie, des Moluques, de la Nouvelle-Zélande, des îles Auckland, à quelques espèces de Cuba et du Mexique, et manque en Europe. M. Brunner y établit deux sous-genres, Platyzosteria pour des espèces moins dilatées, à cerques plus grêles et styliformes, à pattes plus grêles et à plus longues épines, à élytres squamiformes, latérales, articulées, comprenant surtout des espèces du Mexique, et Polyzosteria, pour le type d'Australie et des Moluques, à formes dilatées, tantôt à élytres en écailles latérales non articulées, soudées à la base, tantôt à élytres nulles ou seulement indiquées par des sillons.
PEREPEANEZA, Burm. — Corps oblong, plan en dessus; antennes beaucoup plus longues que le corps, à articles très-courts, cylindriques; tête grosse, à front convexe. Élytres coriacées, bien développées dans la plupart des espèces, abrégées ou même rudimentaires dans quelques-unes; pas d’écusson; ailes de la longueur des élytres ou plus courtes ou nulles (cas des élytres rudimentaires), à région antérieure coriacée. Pattes très-longues, grêles, comprimées, à longues épines: Tarses à articles très-comprimés, le premier presque de longueur double des trois suivants; arolie très-petite. Abdomen oblong g', élargi @; cerques pubestents, trois fois aussi longs que la plaque suranale ; longs styles.
On a subdivisé les nombreuses espèces de ce genre en deux sections,
Stylopyga, Fischer de Waldheim, à organes du vol raccourcis, et Periplaneta, à organes du vol bien développés. Le premier sous-genre offre des espèces d'Afrique et d'Amérique, de Madagascar, des Indes, des îles de la Sonde, des îles Nicobar, d'Australie, des îles Fidji, et une espèce cosmopolite, P. orientalis, Linn., la Blatte des cuisines de Gcolfroy, appelée vulgairement Cafard. Cet insecte trop connu est d'un brun plus ou moins foncé, long de 20 à 23 millimètres dans les deux sexes. Les élytres du mâle sont tronquées et n'atteignent pas le bout de l'abdomen, et les ailes sont plus courtes, d’un jaune sale. La femelle n’a que des élytres lobiformes: et latérales, sans ailes au-dessous, de h millimètres de long, montrant encore bien la strie arquée et plusieurs nervures.
L'oothèque est cylindrique, arrondie aux deux extrémités, d'un brun marron, longue de 10 à 12 millimètres, sur 6 de hauteur et à d'épaisseur, à suture un peu concave, finement serrulée, avec six légères impressions perpendiculaires à la suture, bientôt oblitérées et répondant aux huit paires de compartiments intérieurs. La femelle traine cette coque sept ou huit jours.
L'insecte se reproduit dans les maisons, surtout dans les cuisines et les fournils, car la chaleur lui est nécessaire. Il cause beaucoup de dégâts en dévorant les provisions, notamment la farine, le riz, les fruits secs. Le mâle paraît faire fort peu usage de ses ailes; les deux sexes se cachent pendant le jour dans les fentes des murs et des planchers, les gonds des portes, etc., mais sortent de leur retraite pendant la nuit, exhalant une odeur répugnante, qui rappelle celle de la souris. On est effrayé de la multitude de ces insectes, si l’on pénètre la nuit, avec une lumière, dans la cuisine de quelque restaurant mal tenu. On à vu parfois leur propagation! rendre des maisons inhabitables (1). Dans son audience du 17 janvier 1869, la cour impériale de Bordeaux est appelée à se prononcer sur un litige entre propriétaire et locataire, au sujet d'un hôtel garni de Périgueux devenu d'une exploitation impossible par l'abondance du P. orientalis, qui devait sa facile propagation aux matériaux de construction de la maison, rendant très-aisé l'établissement de trous de refuge, et à la profonde incurie des locataires. Les experts avaient ramassé en quatre heures de nuit 2244 Blattes, avec 2 kilogrammes de poudre insecticide.
Les NA A de la Blatte orientale ont été étudiées par M. Cornélius (2). D’après lui il y a sept changements de peau dans le cours du développement, après l’état d'œuf, qui subsiste un an. La première mue s'opère à l’éclosion de l’œuf, la seconde quatre semaines plus tard, et chacune des cinq suivantes à un an d'intervalle et toujours en
(4) Insectologie agricole, 3° année, Paris, 1869, p. 150. (2) Beitrage zur näheren Kenntniss, von Periplaneta-orientalis, L. Elberfeld,
PERIPLANETA. 57
été, de sorte que la dernière mue n'aurait lieu que dans le cours de la cinquième année après la sortie de l'œuf.
Cet insecte, qu'on croit originaire de l’Asie Mineure, habite surtout l'Asie et l'Europe, et sa grande propagation dans l’Europe occidentale ne date que de deux cents ans, avec l'extension du commerce. On ne l'a jamais observé en rase campagne. IL abonde dans les Indes orientales et l'Asie Mineure ; paraît rare en Italie, en Andalousie, sur les côtes de la Méditerranée, et manque en Grèce. On le trouve en Algérie, dans toute l’Europe centrale ; il n’existe pas dans la partie plus septentrionale ni en Laponie. Les colons européens l'ont importé dans l'Amérique du Nord, au Chili, à Buenos-Ayres, en Australie.
Les Periplaneta à élytres et ailes complètes ont des espèces en Australie, à Java, à Sumatra, en Cafrerie, dans l'Amérique du Nord, la Guyane, etc. Ce sont eux surtout, avec quelques Blabères, que les colons et les marins appellent Kakerlacs, Cancrelais, Ravets, Bétes noires. Le P. americana, Linn., la grande Blatte de Geoffroy, long de 28 à 82 millimètres, d'un roux ferrugineux plus ou moins clair, à longues et robustes antennes, avec deux impressions latérales ferrugineuses sur le disque du pronotum plus pâle, les élytres et les ailes dépassant d'un tiers l'abdomen dans les deux sexes. M. L. Brisout de Barneville a fait connaître dans cette espèce un cas de réduction des articles des tarses à quatre dans une patte; les plaques terminales de l'abdomen sont longues, membraneuses, incisées au milieu, très-visibles, les cerques (pl. £xr, fig. 8 Q) très-longs et de même les styles (pl. zxr, fig. 8 « æ). Les larves ont une couleur plus claire. On peut dire que cette espèce, originaire de l'Amérique méridionale, a été répandue dans le monde entier par les navires et les denrées tropicales. On la frouve en France, en Bel gique, en Angleterre, etc., dans les ports, les vaisseaux, les docks, les magasins de sucre et de peaux, les serres chaudes, etc., mais non dans ses habitations, D'après Olivier, les individus nés en Amérique sont plus grands et d'une belle couleur de rouille, tandis que ceux d’Europe, de taille moins forte, ont pris une couleur plus brune. Une seconde espèce, très-voisine, un peu plus petite, le P. Australasiæ, Fabr., d'un brun ferrugineux, a le pronotum noir bordé de jaune, avec une bande humérale jaune sur les élytres, La larve d'un brun très-foncé, avec tous les segments du corps portant de grandes taches pâles près des bords latéraux. Elle est plus rare que la précédente et tend à devenir cosmopolite. On la cite de Madère, de l'ile Saint-Thomé sur la côte occidentale d'Afrique, de la côte orientale du Mexique, de l'Amérique méridionale, de Colombie, de Java, de Sumatra. Elle a été trouvée en Belgique et en Suède. Il y a d’autres espèces d'Australie, de Cafrerie, des iles de la Sonde, de la Guyane et de l'Amérique du Nord.
ARCHIBLATTA, Snellen, — Mûles ailés, à élytres dépassant beaucoup le corps; femelles aptères ; cuisses inermes,
Nous citons seulement ce genre exceptionnel, faisant le passage aux Blattiens à cuisses mutiques, fondé sur une espèce des Indes orientales et de Sumatra, l'A. Hœveni, Snellen.
BLATTIENS ÉPINEUX NUDITARSES.
Cette division a été établie par M. H. de Saussure pour des Blattiens à cuisses épineuses, mais sans pelote entre les crochets des tarses, à caractères analogues pour le reste à ceux des Blatta et Loboptera, et comprenant quelques petits genres d'Australie et du Mexique,
BLATTIENS MUTIQUES AROLIIGÈRES.
CHORISONEURA, Br. de W. — Caractères analogues aux Ectobia, sauf les cuisses sans épines et l'existence de styles chez les mâles. Organes du vol trèsdéveloppés.
Ce genre, formé d'une dizaine d'espèces du Mexique et des régions chaudes de l'Amérique méridionale, est le correspondant des Ectobies dans les Blattiens mutiques, et offre comme elles, au bout de l'aile, un champ réfléchi membraneux en triangle intercalé,
PANCHLORA, Burm, — Antennes sétacées, assez courtes; tête comprimée, presque entièrement cachée par un pronotum semi-circulaire en avant, avancé en arrière en triangle au-dessus de l’écusson. Élytres linéaires et membraneuses, avec une forte nervure médiastine droite; ailes bien développées, sans champ réfléchi ou apical, Pattes grêles, déprimées, à cuisses inermes, à jambes épineuses, à tarses fins avec crochets et arolie très-petits. Abdomen irès-déprimé, à segments dorsaux à angles postérieurs aigus dépassant les ventraux ; cerques courts et comprimés, de huit à douze articles peu distincts; des styles.
Une première division des nombreuses espèces de ce genre comprend des espèces colorées d'un vert tendre, provenant surtout de l'Amérique méridionale, où elles paraissent vivre dans les forêts. Les unes ont les élytres entièrement vertes, d’autres ont les élytres marquées d'une ligne noire. Une de celles-ci, P. lactea, Br. de W., a l'abdomen brun en dessus, avec le reste du corps d’un jaune blanchâtre ; une autre, d’un vert intense, P. smaragdina, Br. de W., est de la côte occidentale d'Afrique. Les noms de plusieurs espèces américaines rappellent les couleurs caractéristiques du nom du genre, fout vert : ainsi P. viridis, Burm., prasina, Burm., nivea, Linn., la Blatte blanche de de Geer, de Stoll, venant de la Havane, du Venezuela, hyalina, Sauss., du Guatemala.
Un autre groupe de Panchlora renferme au contraire des espèces
PANCHLORA, ONISCOSOMA. 59
colorées en brun ou en testacé, et qui sont répandues sur une grande partie du globe. De ce nombre est le P. surinamensis, Linn., de 44 à 18 millimètres, à corps d'un brun testacé, ainsi que les élytres, avec le pronotum noir au centre, et une ligne noire aux élytres. La plaque suranale des deux sexes est triangulaire et obtuse, forme différente de celle des espèces vertes; exceptionnellement les styles manquent. Sur 1 sujets de cette espèce, M. L. Brisout a compté 10 cas à tarses de quatre articles. L'oothèque, couchée horizontalement dans le dernier segment de la femelle, a 8 millimètres de long sur 2,8 de haut et 1,8 de large; sa forme est celle d’un cylindre comprimé, avec suture lisse et quinze compartiments de chaque côté, indiqués par des stries enfoncées, leur ligne de jonction en zigzag, car les compartiments de chaque côté se joignent à la suture en ordre alternant, de sorte que le compartiment d'un côté se case dans l'angle de deux compartiments opposés, La larve a un aspect tout particulier, très-ovale, en raison d’un abdomen bien plus large que le pronotum, d'un brun foncé, lisérée de brun clair, luisante à l'exception des cinq derniers segments dorsaux de l'abdomen qui sont ternes et couverts de points élevés. L'espèce est cosmopolite et domestiquée dans les limites des pays chauds, M. Brunner a reconnu que cette espèce a deux variétés, dont on avait fait deux espèces, et qu'il y a tous les passages entre elles, La variété à longues élytres et de plus grande taille est le vrai P. surinamensis, du Brésil, de la Guyane, du Mexique, du Sénégal, de la Chine (Amoy). L'autre variété, de plus petite taille, à élytres raccourcies, est exclusivement orientale, c’est le P, indica, Fabr., Oliv., de Java, de Chine (Amoy), des îles Philippines, D’après M. L, Brisout (op. cit.), celte variété a envahi, il y a vingt-cinq ans, les serres du Jardin des plantes de Paris, Une seconde espèce, commune dans toutes les collections, est le P, Maderæ, Fabr., d’un brun testacé, avec traits et taches noirs, à fortes antennes de la longueur du corps, à élytres dépassant l'abdomen d’un centimètre, avec une forte nervure anale (sitrie arquée) entourée partout de noir, des ailes de la longueur des élytres, de gros tarses par exception, des cerques très-longs et droits, de longs styles Cette grande espèce, atteignant près de 40 millimètres chez la femelle, est de Madère, du Sénégal, de l'Amérique méridionale, d'Haïti, de la Havane, du Brésil, de Java, des îles Philippines.
ONISCOSOMA, Br, de W.— Élytres des mâles amples et longues, membraneuses, dépassant beaucoup l’abdomen; ailes très-amples, de la longueur des élytres, à partie antérieure très-étendue; cerques des mâles longs et coniques, un peu courbés, de dix à douze articles, et styles repliés, Femelles tout à fait aptères, à corps granuleux, à segments dorsaux prolongés, à cerques trèscourts et déprimés, avec articles peu distincts,
Ce genre, de l'Australie méridionale et orientale, fait le passage des
Panchlora aux Perisphæria. La forme des femelles rappelle certains Cloportes. Elles ressemblent beaucoup aux larves de Blabera, mais en diffèrent par la présence de petites pelotes entre les crochets des tarses. Dans les deux sexes, le pronotum est très-large, lenticulaire, avec une élévation en capuchon au-dessus de la tête.
PERISPHÆRIA, Aud.-Serv. — Tête grande, déprimée, recouverte dans les deux sexes, à yeux très-rapprochés et taches ocelliformes très-visibles, à antennes sétacées, de la longueur du corps; plaque suranale cornée et arrondie, ni découpée ni pliée dans les deux sexes. Mâles ailés, à larges élytres, à forte strie arquée, avec ailes un peu plus courtes. Abdomen ovalaire, très-déprimé, à segments dorsaux à angles postérieurs obtus, ne dépassant pas les ventraux; cerques coniques, déprimés, longs, de dix à douze articles; styles recourbés. Femelles aptères, ovalaires et bombées, à pattes
fortes, à cerques coniques et très-courts.
Les Périsphéries, à femelles si bizarres par leur aspect de Cloportes (Crustacés isopodes) ou de Glomeris (Myriopodes), sont des îles de l'Asie orientale et de l'Afrique, d'Égypte et surtout de l'Afrique australe. L'espèce typique, le P. stylifera, Burm., présente le mâle d’un brun noir et brillant, à élytres d’un brun roussâtre, dépassant l'abdomen, et la femelle à corps ovale-oblong, très-convexe en dessus et en dessous, d'un châtain foncé, avec des points enfoncés. L'espèce est du Cap et de Port-Natal, et signalée aussi de Toscane, par importation par les navires. Ajoutons le P, Armadillo, Aud.-Serv., de Java. Audinet-Serville n'a connu que la femelle, de 16 millimètres de long, d'un brun foncé luisant, avec tête, ocelles, palpes, antennes, poitrine et pattes jaunes. Une espèce des îles Philippines, P. glomeriformis, Lucas, a été décrite par M. H. Lucas et ressemble, à s'y tromper, à un (Glomeris.
CORYDIA, Aud.-Serv. — Tête tout à fait cachée sous le pronotum; antennes de la longueur du corps, s’élargissant graduellement vers le milieu, à articles moniliformes ; ocelles luisants; pronotum poilu, ceilié aux bords. Élytres larges, aplaties, coriacées, sans nervures visibles, ciliées au bord et pubescentes, sauf la partie recouverte de l’élytre droite; ailes parfois développées, à champ anal non plissé en éventail, ordinairement rudimentaires. Pattes grèles. Abdomen très-déprimé, tous ses segments contractés au milieu; cerques longs, de douze articles pubescents ; styles longs.
Les espèces peu nombreuses de ce genre sont exclusivement du S.E. de l'Asie. Le type, très-anciennement connu, des Indes orientales, est le C. Petiveriana, Linn., ayant une longueur de 16 millimètres 4, et 25 millimètres @. Les deux sexes ont une forme orbiculaire et sont d’un noir terne, les élytres noires avec sept taches blanches. Le bord recouvert de l’élytre droite est d’un orangé sale. Les ailes varient beaucoup en développement, ordinairement rudimentaires, égalant chez quelques
CORYDIA, POLYPHAGA. 61
individus la longueur des élytres. Elles sont d'un orangé foncé, à bord apical noir. L’abdomen est noir avec les bords dorsaux de couleur orange, et les cerques noirs. Linnæus avait confondu cet élégant Blattien avec un Coléoptère, et le plaçait dans le genre Cassida.
M. Gerstäcker a fait connaître quelques espèces des îles Philippines, du Bengale, de l’Assam, dont l’une au moins présente un curieux caractère qui rappelle tout à fait les Malachies (Coléoptères). Dans le C. carunculigera, Gerst., de Manille, espèce d’un brun châtain, les deux premiers segments abdominaux portent, à la jonction du segment dorsal ou ventral, un appendice membraneux, en forme de poche, que l’insecte peut, à volonté, faire sortir de l'abdomen, ou replier à l’intérieur. Il est long chez le mâle de près de 2 millimètres et large de 1 millimètre, et, chez la femelle, a plus de 4 millimètres de long sur 3 de large ; son usage est inconnu.
Dans le groupe de Blattiens qui nous occupent, il nous reste à indiquer seulement quelques genres curieux de l'Amérique méridionale, des Antilles, du Mexique, de l'Afrique et des iles de l'océan Pacifique. Le genre Holocompsa, Burm., est formé d'espèces de petite taille, la plupart du Brésil et des Antilles, ressemblant à des Hémiptères hétéroptères de la tribu des Scutellériens. En effet les élytres, étroites à la base, laissent libre un grand scutelle triangulaire, s’élargissant vers l'extrémité ; une ligne oblique sépare les élytres en deux plaques, une basilaire opaque, l’autre apicale, membraneuse et transparente ; les ailes hyalines ressemblent à celles des Aphidiens. Le type est l'H. fulva, Burm., d'Égypte et d'Abyssinie, entièrement brun, avec la partie membraneuse apicale des élytres brune, tigrée de points diaphanes chez le mâle. Le genre Euthyrrhapha, Burm., présente une espèce unique, n'ayant que 7 à 8 millimètres, d'un brun bleuàtre, avec le pronotum bordé d'orangé, les élytres ornées d’une tache médiane orangée, et, ce qui est remarquable, ayant les ailes dont le bout enfumé dépasse les élytres. C'est l'E. pacifica, Coquebert, des îles de l'océan Pacifique, du Brésil, du Mozambique.
BLATTIENS MUTIQUES NUDITARSES
POLYPHAGA, Brullé.— Tête globuleuse ; ocelles des mâles élevés, bien déve= loppés, les femelles n'ayant que des taches ocelliformes ; pronotum poilu ou cilié. Organes du vol bien développés chez les mâles, avec champ anal des ailes entièrement réfléchi, non plissé en éventail. Femelles tantôt pourvues d'organes du vol pareils à ceux des mâles, tantôt aptères. Cuisses inermes, sauf une longue épine terminale, pubescentes. Abdomen à segments contractés au milieu; des styles.
Ce genre se divise naturellement en deux sous-genres. Dans l’un,
Heterogamia, Burm., les mâles et les femelles sont très-dissemblables, les premiers étant du type des Corydia; les secondes analogues aux larves des Blabera. Les tarses des mâles sont fins et grêles, ceux des femelles robustes, les premiers ayant ordinairement une petite pelote entre les crochets qui manque chez les seconds (ce caractère offre quelques exceptions). L’abdomen comprimé des mâles se termine par des cerques très-longs, de huit articles; l'abdomen élargi des femelles, qui sont orbiculaires et convexes, ne porte que des cerques très-courts, triangulaires et complétement recouverts par la plaque suranale. Toutes les espèces sont de l’ancien monde, surtout de l'Égypte, aussi de la Syrie et de Port-Natal.
Le type est le Polyphaga œgyptiaca, Linn., d'un brun châtain dans les deux sexes, avec le bord antérieur du corselet blanchâtre. Le mâle est long de 20 millimètres, à élytres d'un brun terne,’ toutes les nervures bien marquées, la strie arquée profondément imprimée, les ailes rembrunies, un peu plus courtes que les élytres. M. L. Brisout a observé trois cas où l’un des tarses n’offrait que quatre articles. La femelle, tout à fait aptère, variant de 27 à 38 millimètres, est ovalaire, terne, plus foncée que le mâle, à antennes beaucoup plus courtes que le corps, les segments ciliés de poils roux et luisants. L’oothèque a une forme très-particulière, longue de 11 millimètres, haute de 5, presque cylindrique, cannelée dans le sens longitudinal et un peu recourbée aux deux extrémités. La suture offre une crête très-apparente, prolongée à un bout en un éperon arrondi long de 3 millimètres; toute la crête est armée d’une vingtaine de dents disposées en. scie, profondément incisées et fortement courbées du côté opposé à l’éperon. Les larves des deux sexes ressemblent par la forme à la femelle développée, et sont ornées de taches blanches en deux séries sur les segments. Les mâles volent le soir contre les fenêtres.— Nous représentons des détails de cette espèce pl. 1xr : fig. 4, lèvre inférieure et palpes labiaux; k a, mâchoire ; 4 b, tarse postérieur ; 4 c, base de l'antenne. — On la trouve sur les terrains sablonneux du littoral de la Méditerranée, en Dalmatie près de Spalato, en Grèce, à Corfou, en Calabre, en Sicile, en Syrie, en Palestine, en Égypte, en Algérie (H. Lucas), dans le Caucase, la Russie méridionale, la Sibérie, la Perse, Les grandes femelles, pareilles du reste aux petites, viennent de la Perse et de la Turcomanie,
L'autre sous-genre, Homæogamia, Burm., offre un degré de développement de plus ; les deux sexes ont les organes du vol bien développés, les élytres poilues, les ailes à champ anal non plissé en éventail, les pattes grêles et sans pelote tarsienne. On ne connait qu'une espèce, de la partie orientale du Mexique, le P. mexicana, Burm., de couleur châtain, à élytres dépassant beaucoup l'abdomen chez les mâles, l’égalant chez les femelles, de 20 à 25 millimètres. Les larves, d’un brun chocolat, ressemblent aux femelles de P. ægyptiaca, mais sont densé-
[MONACHODA, BLABERA. 63
ment poilues en dessus. Les Espagnols de l'Amérique nomment ces insectes Cucaraches et Madres de Chinchas (mères des Punaises).
MONACHODA, Burm.—Tèête grande, déprimée, à antennes plus courtes que le corps; corselet très-large, avec un capuchon dépassant beaucoup la tête, Élytres planes, très-larges, rarement abrégées; ailes très-amples, rarement rudimentaires. QCuisses inermes, tarses à grands crochets sans pelote; segments abdominaux dorsaux à angles postérieurs avancés en lobes; plaque suranale ample, profondément incisée dans les deux sexes; cerques longs; un seul style du côté droit.
Ce genre présente des espèces de grande taille, qu'on ne rencontre qu'aux Antilles et dans l'Amérique du Sud, et qui commettent beaucoup de dégâts dans les maisons. Les larves sont très-déprimées, ce qui leur permet de se glisser partout entre les planches des caisses, dans les tiroirs, dans les malles : cela explique la nécessité de renfermer les vêtements dans des caisses de fer-blanc soudé à l'étain. Elles ont les segments dorsaux avancés en bouclier qui recouvre le corps. Elles paraissent vivre fréquemment dans le bois, car les individus qu'on reçoit sont souvent couverts de fragments ligneux. Il y a deux espèces communes dans les collections, toutes deux du Brésil, à male brun, à femelle testacée. L'une est le M. refleæa, Aud.-Serv., espèce indiquée par Moufett, à mâle allongé, à femelle large, les élytres linéaires et acuminées au sommet chez les mâles, dilatées et arrondies chez les femelles, les ailes de forme analogue, développées dans les deux sexes. L'autre espèce est le A. pedestris, Aud.-Serv., à corps très-large dans les deux sexes, à élytres larges dans les deux sexes et acuminées au sommet, les ailes du mâle parfaitement développées et brunes, celles de la femelle rudimentaires.
BLABERA, Aud.-Serv. — Antennes de la longueur du corps; pronotum trèslarge, subdéfléchi, dépassant à peine la tête. Élytres très-larges, pointues vers le sommet, et ailes de même longueur. Cuisses inermes, tarses longs. Abdomen souvent dilaté sur les bords; un seul style.
Toutes les espèces de Blabera sont de grande taille et vivent au Mexique, aux Antilles et dans l'Amérique méridionale ; elles sont nombreuses et difficiles à distinguer. Les larves des Blabères ont les segments dorsaux prolongés en une membrane transparente, comme celles des Monachodes, et n’en diffèrent que par le pronotum antérieurement plan, tandis qu'il est plus ou moins relevé chez les secondes. Nous citerons le B.gigantea, Stoll, Linn., du Brésil, de la Guyane, de l'Amérique australe. On dit que cette Blatte géante ronge, pendant la nuit, les ongles des gens endormis. La femelle atteint 6 centimètres de long. La tête et les antennes sont noires, les taches ocelliformes jaunes; le thorax est testacé, moucheté de brun, avec une grande tache noire,
subcarrée, au centre du pronotum ; les élytres sont testacées, avec une ligne noire à la base, l'élytre gauche ayant une grande tache brune et confuse sur le disque, et une autre, moins marquée, à l'extrémité. L'élytre droite ne porte qu'une très-petite tache, coupée à l’endroit où. à l'état de repos, l'élytre gauche recouvre la droite, toute la partie recouverte étant hyaline. Les ailes sont très-pâles, à nervures testacées ; les pattes brunes; l'abdomen brun, avec quelques marques testacées. M. Brunner a séparé, sous le nom de B. Stollii, Br. de W., une espèce de la Guyane très-voisine, dont la femelle acquiert 75 millimètres de long, à pattes et abdomen testacés, ayant seulement quelques parties brunes. Ajoutons à ces citations le B. Atropos, Stoll, de 36 à 42 millimètres de long, des Antilles, de Cuba, d'Haïti, du Venezuela, de Colombie. M. L. Brisout a observé un cas sur cette espèce où l'un des tarses n'avait que quatre articles. Les Blabères sont de hideux insectes.
PANESTHIA, Aud.-Serv. — Tête très-grande et bombée ; antennes courtes et yeux très-écartés, deux ocelles bien développés; pronotum à disque impressionné et tuberculeux, élevé et échancré au-dessus de la tête. Élytres trèsaplaties, cornées, lisses et luisantes, à nervures peu apparentes, bordées d’un liséré membraneux et transparent, rétrécies subitement après le champ marginal, de sorte qu'elles laissent entre elles, croisées au repos, un large écusson triangulaire, et permettent d’apercevoir les côtés de l'abdomen; ailes ourlées au bord antérieur, dentelées au bord postérieur. Pattes fortes, assez courtes, à jambes très-épineuses ; tarses à article terminal très-long. Abdomen ovale-oblong, grossièrement ponctué sur le dos; plaque suranale très-large, avec petits cerques triangulaires ; pas de styles.
Les Panesthies sont noires et très-brillantes, vivent dans le bois pourri, et sont très-communes dans l'Hindoustan, Ceylan, l'Indo-Chine, les îles de la Sonde et des Moluques et l'Australie. Le type est le P. javanica, Aud.-Serv., de Java, des iles Philippines, de la Birmanie, noir, à appendices bruns (c’est le Blatta œthiops de Stoll), de 50 à 55 millimètres de long. M. L. Brisout a observé sur cette espèce quatre cas où l’un des tarses n’était composé que de quatre articles. Les larves sont brunàtres, et portent quatre grandes taches jaunes sur le mesonotum et le metanotum.
CRYPTOCERCOUS, $. Scudder. — Corps allongé, aptère dans les deux sexes, ourlé sur tout son pourtour. Tête grosse, entièrement cachée sous le pronotum ; ocelles nuls; antennes courtes. Pattes courtes et grosses; cuisses avec quelques épines à l'extrémité. Extrémité et appendices abdominaux renfermés dans une sorte de boite à deux valves. «
Ce genre, voisin des Panesthia, est très-anormal. On ne compte que sept segments dorsaux apparents (également chez les Panesthia) et six ventraux. Le 7° dorsal et le 6° ventral se soudent par les bords, de
manière à former comme un bec large, d'aspect de bouche de grenouille ou de lézard, renfermant, cachés chez les mâles, les 7° segments dorsal et ventral très-petits et le 8° ventral, et, dans les deux sexes, la plaque suranale triangulaire et ses petits cerques lancéolés, une plaque sousgénitale arrondie, avec deux styles chez les mâles. Ce genre est établi sur une espèce du Tennessee (États-Unis), le C. punctulatus, S. Scudd, d'un brun marron semé de ponctuations éparses, le corps du mâle grêle, fusiforme, de 22,5 à 27 millimètres.