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AMELES

Série des THESPITES.

On distingue dans ce groupe deux types, l’un ayant les formes trapues et les élytres plus ou moins opaques, au moins chez les femelles, l’autre offrant des formes entièrement bacillaires, avec les élytres membraneuses, lorsqu'elles sont développées ; il y a tous les passages. Les organes du vol offrent toutes les variations, tantôt normaux, tantôt raccourcis dans les deux sexes, souvent raccourcis et même rudimentaires dans les femelles seules.

AMELES, Burm.— Corps peu allongé; antennes longues, fines, sétacées. Vertex comprimé; yeux arrondis ou coniques chez les mâles, où ils tendent à devenir pointus. Prothorax court, rhomboïdal-arrondi, peu dilaté, lisse, non caréné, Organes du vol développés ou rudimentaires. Pattes grèles. Abdomen grêle chez les males, grèle ou large chez les femelles ; plaque suranale triangulaire ou arquée, assez longue, surtout chez les mâles ; cerques et styles bien visibles.

Les Ameles sont de petites espèces de Mantes propres au bassin méditerranéen, au nord de l'Asie, au cap de Bonne-Espérance et à Natal, et aussi au Mexique et en Australie. Les espèces d'Europe ont des oothèques prismatiques, de 2 centimètres de long, composées d'une vingtaine de loges triangulaires très-nettes, renfermant chacune six ou sept œufs, de fort grande taille eu égard à celle des espèces. Toutes les variations se présentent chez les Ameles pour le système alaire : parfois pseudélytres et ailes sont développées dans les deux sexes et dépassent l'abdomen; le plus souvent elles sont rudimentaires chez les femelles; enfin les élytres peuvent être rudimentaires dans les deux sexes. Les élytres des mâles sont le plus souvent étroites, membraneuses, subhyalines; les ailes des mâles hyalines, à nervure discoïdale entière ou bifurquée. Nous trouvons parmi les espèces à organes du vol bien développés S', rudimentaires Q®, l'A. decolor, Charp., petite espèce peu colorée, d’un gris corné, de 25 millimètres environ, les yeux un peu aigus en pointe obtuse, l'abdomen des femelles grêle, du bassin méditerranéen (en France : Montpellier, Var, Alpes-Maritimes), d'Algérie. Dans ce pays on rencontre l'A. decolor en juin, dans les bois près du lac Houbeira, cercle de la Calle, se plaisant dans les lieux ombragés et couverts d'herbes, de très-vive allure, volant par saccades, et aimant à se reposer à la base des tiges des grandes herbes. Citons encore : l’4. Spallanzania, Rossi, de l'Europe méridionale, surtout d'Italie, en France près de Marseille et d'Hyères, très-courte ; l'abdomen de la femelle large et dilaté, rhomboïdal, ce qui rend chez elle la plaque suranale exceptionnellement courte; les yeux arrondis, subconiques : — l'A. Picteti, Sauss., à veux coniques, terminés par une épine, les ailes hyalines chez Le mâle, Les élytres et Les ailes de la femelle squami-

formes, l'abdomen grêle, les cerques longs, les styles grands, du midi de l'Europe, de l'Andalousie, La France méridionale possède une espèce d’Ameles, à organes du vol rudimentaires dans les deux sexes, l'A. brevipennis, Yersin, à cerques sélacés, les yeux terminés par une épine, le corps grèle dans les deux sexes. Citons une très-petite espèce à nervure discoïdale de l'aile simple, l'A. pygmeæa, Sauss., de 102,5 de long, une taille de Mantispe, la plus petite Mante connue, du nord de l'Australie. La seule espèce encore connue en Amérique est l'A. meæicana, Sauss., grande pour le genre, 35 à 36 millimètres, à élytres trèscourtes, à ailes d'un rouge sanguin, noires postérieurement. | M. de Saussure se demande, avec beaucoup de doute, si l'on ne doit pas rapporter aux Ameles le Perlamantis Alliberti, G.-Mén., genre établi sur un sujet unique, perdu aujourd'hui, trouvé à Puymoisons (Basses- Alpes) par M. Allibert, très-curieux Mantiens à élytres diaphanes comme les ailes, ressemblant d'aspect à une Perle (Névroptères) (1). Nous donnons ces détails pour engager les amateurs à le rechercher, ainsi du reste que tous les Ameles méridionaux, qui sont rares en collection.

Rss, Sauss, (en raison des arcs irisés des ailes), — Tête assez petite et assez épaisse ; yeux peu globuleux; ocelles en triangle équilatéral, petits chez les femelles, médiocres chez les mâles; antennes très-fines, courtes. Prothorax médiocrement long, n'ayant pas deux fois la longueur du reste du thorax. Organes du vol normaux ou raccourcis chez les mâles, toujours raccourcis chez les femelles ; ailes à nervure discoïdale simple ou bifurquée, offrant des zones colorées arquées. Pattes assez grèles, les postérieures médiocres. Couleur du corps et des élytres verte.

Les ris ont les cuisses antérieures armées de cinq ou six épines au bord externe, tandis qu'il n’y en a que quatre dans les genres Mantis et Tenodera. Leurs élytres sont à bords parallèles, opaques chez les femelles, raccourcies, moins longues que l'abdomen, normales chez les males, opaques seulement dans leur partie antérieure, où raccourcies comme chez les femelles. Les ailes sont agréablement ornées de taches et d’arcs coloré. Le dernier segment ventral offre la forme habituelle aux Mantiens; l'extrémité en est pincée, séparée par un sillon et sert de gaine à l’oviscapte ; la plaque suranale est médiocre et arrondie. Les Jris vivent sur les végétaux à la façon des Mantes ordinaires, et sont des deux mondes, d'Europe, du nord de l'Afrique, de l'Afrique australe, de la Guyane et des Antilles. L'espèce d'Europe est l’Z, oratoria, Linn., avec beaucoup de synonymes, de tout le bassin méditerranéen jusqu'aux steppes des Kirghiz; rare en Algérie, des environs de Mostaganem, ne dépassant pas 45° lat. N.; d'une grandeur variable, présentant au plus de 30 à 34 millimètres ; Les élytres d'un vert terne

(4) Revue 3001. de la Soc, cuvrérienne, février 4843, p. 41.

FISCHERIA, 83

chez la femelle, plus courtes que l'abdomen ; les ailes de la longueur des élytres, transparentes, à bord antérieur roussàtre, avec une grande tache arrondie sur le disque, d'un noir bleuûtre luisant, ayant en dehors plusieurs bandelettes transversales de la même couleur; les épines des cuisses et des jambes sont noirätres à l'extrémité, les antennes verdâtres à la base, noires au bout. Le mâle a le prothorax cilié latéralement, les élytres au moins de la longueur de l’abdomen, transparentes, lavées de vert au bord antérieur. L'oothèque est ovale.

FISCHERIA, Sauss. — Caractères analogues aux ris. Couleur du corps et des élytres terreuse, Prethorax caréné, à bords dentés ; ailes obscures, ornées de taches ou d’ocelles. Hanches antérieures dentées ; pattes postérieures longues ; plaque suranale toujours grande, allongée, triangulaire ou arrondie, ou même très-longue et étroite,

Les Fischéries ont les cuisses antérieures n'ayant que quatre où cinq épines au bord externe ; l'aire anale des élytres a des nervures obliques ou axillaires distinctes, de même que dans le genre ris. Ainsi que les Erémiaphiles, elles habitent les déserts de sable et les lieux poussiéreux, et se meuvent à la surface du sol à la recherche de leur proie. De là plusieurs caractères d'adaptation communs avec les Erémiaphiles. Le corps n'est pas vert, comme chez la plupart des Mantiens, mais jaunâtre ou gris, imitant la couleur des sables; la surface est rugueuse, terreuse, comme saupoudrée de poussière. Les pattes sont très-ambulatoires, et la paire postérieure atteint souvent une grande longueur. Ce genre renferme des espèces très-voisines les unes des autres, ayant toutes un aspect commun, une livrée analogue, presque identique même. Les élytres sont bordées de blanc; quand elles sont raccourcies elles sont d’une texture demi-coriacée et offrent en dessous une sorte d'ocelle brun qui se voit par transparence à la face supérieure; elles ont aussi en dessous des bandes colorées, comme les Erémiaphiles, mais d'une couleur pâle et non d’un noir violacé:; leur aire anale est noire. Les ailes sont brunes, ornées vers l'extrémité d’un ocelle bicolore dans les espèces où elles atteignent quelque grandeur.

On peut établir plusieurs sections dans les nombreuses espèces de Fischéries. IL en est qui ont des formes grèles, les sexes analogues, la tête épaisse, à front bosselé. L'abdomen des femelles présente la partie basilaire du dernier segment ventral sous l'aspect d'une plaque cornée triangulaire, limitée de chaque côté par un bord tranchant et dont l’extrémité porte deux épines : cette truelle biépineuse doit fouiller le sol, comme celle des Erémiaphiles, pour la ponte des œufs. Les organes du vol sont médiocres ou petits chez les femelles, grands chez les mäles, les ailes finement tessellées de brun, plus pàles à la base qu'au bord postérieur, ornées à l'extrémité d’une tache bicolore ocellaire ; le premier article des tarses 22 et 3° garni en dessous d'une

rangée de très-petites épines. Le type de ce groupe est le F. bætica, Rambur (Faune de l'Andalousie), long. Q 61 à 66 millimètres, o? 57 millimètres, espèce figurée par Savigny dans l'£Expédition d'Egypte, habitant le bassin méditerranéen, la Russie méridionale, et s'étendant jusque dans le Turkestan. On trouve cet insecte près d'Alger, dans les lieux secs et arides. Les élytres du mâle, longues et étroites, demimembraneuses, n'atteignent pas tout à fait l'extrémité de l'abdomen ; elles sont raccourcies chez les femelles et n'arrivent qu'au troisième segment abdominal. Les ailes, plus courtes que les élytres, sont brunes, avec l’ocelle terminal d’un noir violet en dedans, blanc en dehors, en quart de cercle dans les femelles, sans échancrure anale ; leur nervure discoïdale est bifurquée. La plaque suranale est lancéolée et très-longue. Quelques autres espèces de l'Inde et du Caucase.

Le reste des Fischéries présente l'abdomen inerme, ce qui indique une ponte, comme à l'ordinaire, sur les tiges végétales. Certaines, sans doute très-terrestres, ont des formes trapues, la tête large, bosselée, le prothorax rhomboïdal, la plaque suranale relativement courte, en triangle arrondi. Les sexes sont semblables, à organes du vol rudimentaires, les élytres appointées, les ailes offrant le champ antérieur plus ou moins Coriacé, gris et orné en dessous, comme les élytres, de bandes et de taches colorées pâles, le champ postérieur pàle, bordé de brun, le premier article des farses inerme en dessous, Espèces du midi de la Russie, du Caucase, du Turkestan, des Indes. D'autres Fischéries ont les formes grêles, les sexes très-différents, la tête large et comprimée, le prothorax élancé, la plaque suranale assez longue, triangulaire, le premier article des tarses 2° et 3° garni en dessous d’une rangée d’épines. Les femelles, à prothorax dentelé, ont les organes du vol rudimentaires, arrondis au bout, offrant en dessous des bandes pâles colorées, le champ postérieur des ailes brun; chez les mâles, le prothorax est inerme, un peu élargi en arrière, à col grêle, les organes du vol grands, les ailes brunies avec une tache pâle subapicale. Les espèces sont des Indes, d'Abyssinie, d'Afrique ?, de la Cafrerie. Citons le P. gigas, Sauss., d'Afrique ?, la plus longue des Mantes connues, la femelle atteignant 140 à 145 millimètres; mais l’envergure des ailes est moins grande que chez le Macromantis ovalifolia, Sauss., du Mexique.

Une dernière série de Fischéries sert de transition au Thespis. Elles ont le corps bacillaire, très-allongé, les jambes et le premier article des tarses des deuxième et troisième paires inermes, la plaque suranale très-longue. Les organes du vol des femelles sont très-petits, les ailes brunes, les élytres de la couleur du corps, offrant parfois une bande pâle. Espèces de Palestine, du Sénégal.

THESPIS, Aud.-Serv. — Les deux sexes analogues. Tête large, transversale, comprimée ; ocelles médiocres, Prothorax grêle, allongé, caréné, le col antérieur très-étroit. Organes du vol membraneux, feintés plutôt que colorés,

HYMENOPUS, 85

subégaux dans les deux sexes, les ailes dépassant un peu les élytres au repos, celles-ci membraneuses, étroites, n’atteignant pas le bout de l'abdomen ; les ailes étroites. Pattes longues et filiformes, à jambes antérieures garnies d’épines assez nombreuses, les cuisses antérieures ayant quatre ou cinq épines au bord externe. Abdomen filiforme ; plaque suranale triangulaire, très-longue, débordante, lancéolée, carénée; cerques assez petits, cylindriques; plaque sousgénitale des mâles munie de styles allongés.

Ce genre est restreint aux espèces américaines, de la Havane, de la Guyane, de la Colombie, du Brésil. Les espèces ont les élytres subhyalines ou mouchetées, avec la nervure médiane de l’élytre simple dans les petites espèces, bifurquée dans celles de grande taille.

A côté de ce genre se place le genre Angela, Aud.-Serv., de l’Amérique méridionale chaude, à formes très-grêles et linéaires, à abdomen bacillaire dans les deux sexes, à ailes magnifiquement colorées de couleur de chair ou de brun violet. Les Oxythespis, Sauss., diffèrent des Thespis par les yeux épineux et les antennes plumeuses : Sénégal, Afrique intérieure. Les Schizocephala, Aud.-Serv., ont le corps entièrement filiforme, très-allongé, le prothorax très-allongé, les organes du vol chez les mâles étroits, membraneux, moins longs que l'abdomen, les élytres des femelles très-courtes, ne dépassant pas le thorax, les ailes non articulées : Afrique australe. Le genre américain Coptopteryæ, Sauss., offre des femelles à élytres squamiformes, à ailes non séparées, en fourreau, les élytres des mâles allongées, hyalines. Les Cardioptera, Burm., sont des Mantes vertes, à sexes très-différents, les femelles à antennes courtes, à organes du vol raccourcis, les élytres opaques, vertes, les ailes courtes, hyalines ou barrées de bandes jaunes, les antennes des mâles fortes, assez longues, les organes du vol grands, assez étroits, les élytres membraneuses, souvent avec une bande opaque sur la nervure principale, les ailes hyalines : Amérique et Afrique, Natal, Mozambique. Le genre Miomantis, Sauss., de l'Afrique australe, a les sexes inégaux, les femelles à organes du vol courts, très-grands chez les mâles.

MANTIENS SIMPLICICORNES LOBIPÈDES.

Les Mantiens de ce groupe, à antennes simples et sétacées dans les deux sexes, tous exotiques, peuvent se diviser en plusieurs familles, les Harpacites et les Toxodérites formant les deux principales.

Les Harpacites ont le prothorax court, les yeux appointés et prolongés supérieurement, la plaque suranale courte. Nous indiquerons quelques genres.

HYMENOPUS, Aud.-Serv. — Yeux terminés en pointe aiguë, Vertex portant une corne au milieu. Élytres el ailes grandes, dépassant l'abdomen, les élytres en ovale allongé, dilatées près de la base, rétrécies et sinuées au bord antérieurs

Pattes ayant leurs arêtes dilatées en lamelles ; cuisses des 2f et 3° paires ayant au bord inférieur une grande foliole qui occupe toute leur longueur, et au bord supérieur une étroite membrane,

Le type est une espèce anciennement connue, des iles de la Sonde et des Moluques, l'H. bicornis, Stoll, ou coronatus, Aud.-Serv., dont la femelle atteint 67 à 68 millimètres. Le corps est d'un jaunàâtre uniforme ; la corne du vertex creusée en gouttière au-dessous, un peu dilatée au sommet; les élytres jaunâtres, subopaques, portant deux taches brunâtres, la base et l'extrémité de cette couleur; les ailes jaunâtres, tachetées de brunâtre à l'extrémité.

HARPAX, Aud.-Serv.— Antennes moniliformes chez les mâles, épaissies ; yeux allongés, terminés par une épine; ocelles, au moins les deux supérieurs, portés sur des prolongements frontaux qui forment un processus bifide. Prothorax court ou médiocre, grêle, ovalaire ou cordiforme. Élytres vertes, subopaques, en partie membraneuses chez les femelles, ne portant pas d’ocelle coloré, membraneuses chez les mâles: ailes des femelles colorées, beaucoup moins chez les mâles, à nervure discoïdale simple ou bifide. Pattes médiocres: cuisses des 2€ et 3° paires portant à l'extrémité un faible lobule,

Ce genre est africain dans ses deux sous-genres : Pseudoharpaæ, Sauss., à chaperon non caréné, prothorax ovalaire, non bosselé, à bords non dilatés, abdomen à bords entiers, et Harpax proprement dit, à chaperon caréné, prothorax bosselé, cordiforme ou trilobé, à bords latéraux dilatés au milieu en lobes, les bords de l'abdomen dilatés et lobés. Le type est une espèce très-anciennement connue, de l'Afrique australe, l’H, tricolor, Linn. (beaucoup de synom. : lobata, Fabr., nasuta, Fabr., cornuta, Oliv., Latr., etc.), long de 20 à 22 millimètres, de couleur verte ; le processus frontal des ocelles formé de deux longues épines réunies à la base; le prothorax ayant quatre taches d'un jaune pâle; les élytres marbrées de vert pâle et de blanchätre; les ailes de la femelle d’un rouge cerise à la base, hyalines au bord apical, ayant le champ anal, entre le bord hyalin et la base rouge, orné d’une large bande noire ou brune, à reflets violets; les ailes du mâle hyalines, avec le champ anal marqué au milieu d’une bande brune ovale. L'abdomen de la femelle est lobé sur les bords en forme de feuilles ou de fers de lance, la plaque suranale de la femelle en large triangle, les pattes marbrées.

Les Toxodérites ont les formes plus ou moins grêles, le prothorax allongé, les pattes plus ou moins lobées. Le corps s’allonge de plus en plus et finit par devenir subfiliforme. Les insectes de cette famille affectent des formes générales analogues à celles des Thespites, avec

TOXODERA, — PECTINICORNES, 87

cette différence que la plaque suranale n’est pas allongée, mais courte et transversale,

TOXODERA, Aud.-Serv,— Antennes sétacées, courtes: yeux allongés latérale ment en cône, terminés chacun par une forte. épine ; trois ocelles très-gros, en triangle sur une protubérance du front. Prothorax à peine dilaté antérieurement, fortement comprimé en toit aigu après la naissance des premières pattes et courbé en arc, concave en dessous. Élytres et ailes du mâle transparentes, un peu plus courtes que l’abdomen. Abdomen allongé et cylindrique dans le mâle, tous les segments ventraux ayant à l’extrémité un lobule foliacé, les segments dorsaux 4 et 5 offrant sur les côtés des appendices dilatés en folioles, paraissant articulés. Cuisses intermédiaires et postérieures ayant des lobes foliacés, extrémités de ces cuisses portant quatre longues épines; les quatre dernières jambes ayant à l’extrémité deux longues épines ou éperons; tarses filiformes,

On ne connaît que les mâles de ce genre singulier, d'aspect bizarre parmi les Mantiens. Les folioles de l'abdomen le rapprochent des Phasmiens, et les lobes foliacés des cuisses des Empusites. Les yeux et le prothorax constituent une conformation sans exemple, ainsi que les quatre épines de l'extrémité des cuisses. Le type est un mâle (sujet unique, collection du Muséum) de Java, atteignant 122 millimètres, d’un jaunàtre varié de brun, peut-être vert sur le vivant, le T. denticulata, Aud.-Serv.

Les découvertes modernes ont ajouté, dans la même famille, les senres Popa, Stal, à sexes dissemblables, à formes élancées, du Cap, de Madagascar ; Danuria, Stal, à corps bacillaire, très-allongé, bien plus grêle que chez les Popa, de couleur grise, à ailes colorées, les organes du vol rudimentaires chez les femelles, de Zanzibar, de l'Afrique australe ; Heterochæta, Westwood, du Sénégal,

MANTIENS PECTINICORNES chez les mâles (pour la plupart) LOBIPÈDES.

Ce dernier groupe des Mantiens, qu'on peut nommer la famille des Empusides, présente les antennes des mâles en général courtes et pectinées, parfois plus longues et seulement serrulées, rarement trèslongues et sétacées, les pattes des 2° et 3° paires souvent multicarénées. Les caractères de cette famille sont donc peu constants; mais, en général, quand les antennes des mâles sont sétacées, on reconnaîii encore les Empusides à leurs pattes multicarénées. La plupart de ces insectes miment les végétaux par leurs formes bizarres. Il y a deux types bien distincts et sans passages, l’un américain, les Théoclytites, l'autre de l’ancien continent, les Empusites.

THÉOCLYTITES.

La tête est {rigone et transverse, le vertex mutique, le front parfois mutique (Stenovates, Sauss.; Heterovates, Sauss.), le plus souvent armé d'une double corne ou de deux tubercules. Les antennes des mâles sont médiocres, unipectinées ou serrulées, ou allongées et subsétacées. Le prothorax est toujours allongé. Les élytres sont le plus souvent opaques chez les femelles et marquées de taches brunes, hyalines chez les males, sauf dans le champ marginal, qui reste vert opaque; les ailes sont colorées.

ZOOLEA, Aud.-Serv. — Antennes des màles allongées, grèles, subsétacées ou en dents de scie au côté interne; front armé d’une double corne. Abdomen fusiforme, les côtés des derniers segments lobés en dessus et en dessous, ayant en outre dans leur milieu ventral un lobe foliacé, Pattes perfoliées.

Ce genre a pour type le Z, lobipes, Oliv., pl. zx, fig. 5, femelle, du Brésil, indiqué par Stoll (WMantis macroptera), par erreur, de Tranquebar, de longueur d'environ 67 millimètres. Le corps est verdätre et lisse, La corne du vertex divisée en deux parties longitudinales, longues de 6 millimètres, aplaties, étroites, pointues, creusées en dessus, souvent très-rapprochées et paraissant ne former qu'une corne bifide à la pointe. Les élytres sont verdâtres, subopaques, plus longues que l'abdomen, avec une ligne longitudinale blanche le long de la côte, le bord antérieur d'un vert-pré terne; un grand nombre de nervures pales; les ailes un peu plus courtes que les élytres, verdâtres, fort transparentes. Les pattes sont d'un vert jaunâtre, tachetées de brun, à épines brunes au bout; les cuisses 2° et 3° ayant un lobe à la base et un autre lobe à l'extrémité, foliacé, à trois crêtes, une supérieure, deux inférieures ; les quatre jambes postérieures ayant vers leur base un lobe foliacé divisé en deux parties, et un lobule oblong, rudimentaire, à l'extrémité de la jambe.

TREOCLYTES, Aud.-Serv.— Antennes des mâles médiocres, un peu épaisses, en dents de scie. Abdomen fusiforme, à plaque suranale courte et transversale. Pattes dépourvues de lobes foliacés, mais multicarénées.

Nous citerons dans ce genre le T. chlorophœæa, E. Elanchard, de New- York, ayant 66 millimètres de long et 71 d'envergure; le front armé d'un long processus bifide ; la tête brune, ainsi que le prothorax, finement dentelé sur les bords; les élytres dépassant un peu l'abdomen, échancrées vers les deux tiers de leur étendue, subhyalines, d'un vertpomme, avec deux taches et quelques petits points d’un brun foncé ; les ailes brunâtres, jaunes à la base et sur la côte, réticulées de petites veines blanchâtres ; l'abdomen noir, avec de larges bandes transversales

THEOCLYTES, BLEPHARIS. 89

d'un brun orangé; les pattes d'un brun jaunâtre, avec taches plus brunes, les antérieures ayant à la base des cuisses une tache noire. Dans les Theoclytes, comme chez les Zoolea et les Vates, les jeunes larves n'offrent pas encore de processus frontal, mais ne portent au front que deux tubercules qui représentent les premiers rudiments de cet appendice. Dans l'espèce précédente, le processus se développe avec les mues, de même que chez les Vates et les Zoolea; mais, chez les autres espèces du genre Theoclytes, cet appendice ne se développe pas, et les tubercules frontaux gardent toute la vie les deux petites dents de la larve : ainsi chez le T. cingulata, Fabr., à bords du prothorax finement dentelés.

Les Vates, Burm., ont les antennes des mâles pectinées, les cuisses plus ou moins perfoliées.

EMPUSITES,

Les Empusites ont la tête allongée et étroite, Le vertex prolongé en cône, les yeux parallèles; les antennes des mâles courtes et bipectinées, celles des femelles courtes et grêles. La face antérieure de la tête a toujours une structure assez compliquée. L'écusson facial suit la forme de la tête ; il est assez allongé, saillant au milieu, formant une carène qui se continue sur le chaperon et qui se termine supérieurement par une dent interantennaire qui regarde en haut. Le front est diversement caréné; quant à l’appendice du vertex, il est fort variable, court ou allongé, simple ou perfolié. Les pattes des deuxième et troisième paires ont la surface arrondie, et sont le plus souvent perfoliées. Les Empusites, exclusivement de l'hémisphère terrestre oriental, formant une série parallèle aux Théoclytites, ont, comme ceux-ci, des formes tantôt simples, tantôt plus ou moins bizarres, les différentes parties du corps tendant à se charger d'appendices.

BLEPHAanisS, Aud.-Serv.—Tète large, forte, triangulaire ; le prolongement du vertex court, pyramidal, nullement folié, subbifide ; yeux arrondis, grands; antennes des mâles ayant les dix premiers articles simples, les autres pectinés des deux côtés, chaque rameau élargi, arrondi au bout ; celles des femelles à articles tous simples, moniliformes. Prothorax court, dilaté sur les côtés en une membrane subangulaire, bordé de dentelures épineuses. Élytres plus longues que l’abdomen, arrondies au bout; ailes de la longueur des élytres. Abdomen à derniers segments lobés latéralement en dessus et en dessous et au milieu ventral ; cuisses intermédiaires et postérieures ayant au côté inférieur, vers l’extrémité, un lobe foliacé.

Ce genre est fondé sur une seule espèce très-anciennement connue, le B. mendica, Fabr. (syn. : marmorata, Oliv., Encycl. ?, nasuta, Thunb.),

long de 54 millimètres, avec mouchetures mélées de verdâtre et de blanchâtre ; le mäle, outre ses antennes, diffère de la femelle par le lobe foliacé des cuisses bordé de dentelures épineuses. L'espèce est répandue sur toute la côte septentrionale de l'Afrique, des îles Canaries jusqu'en Syrie.

EMPUSA, Illiger. — Tête étroite, en triangle allongé; yeux oblongs, assez saillants. Vertex rétréci au niveau des yeux et prolongé en forme de cône étroit; celui-ci grêle à la base, un peu étranglé au milieu, le point de partage indiqué par deux petites dents, la partie terminale bifide, un peu bilobée ; écusson facial longitudinalement caréné, cette carène se terminant au chaperon par une dent aiguë entre les bases des antennes. Prothorax très-long, grêle, un peu dilaté au-dessus des hanches, ses bords un peu dentelés, non membraneux. Organes du vol dépassant l'extrémité de l'abdomen, à élytres non dilatées à la base. Pattes longues et grêles, légèrement perfoliées. Abdomen portant au bord postérieur de ses segments ventraux une foliole comprimée, et ayant les angles des segments un peu foliacés,

Le type des Empuses est bien caractérisé. Les mâles ressemblent beaucoup aux femelles ; mais celles-ci ont les antennes courtes et sétacées, tandis que chez les mâles elles sont doublement pectinées, chaque barbe très-allongée et filiforme, les six ou sept premiers articles simples, un à trois assez grands, les autres très-courts. Les mâles ont, en outre, le cône frontal plus aigu et les élytres plus membraneuses. Les élytres sont vertes, demi-membraneuses ou membraneuses, avec le champ marginal opaque, les nervures obliques longitudinales ; les ailes sont hyalines, à extrémité opaque, la nervure discoïdale fournissant deux branches. Les hanches antérieures sont élargies à la base, terminées par une épine ; les cuisses dilatées au milieu, presque filiformes à la base, celles des deuxième et troisième paires portant à l'extrémité une foliole simple. L

Il y a une dizaine d'espèces d'Empuses, se ressemblant beaucoup, fort difficiles à distinguer, propres à l'Europe méridionale, à l'Afrique, à l’Asie. Le type est l’£. egena, Charp., ou pauperata, Rossi, ayant de 40 à 48 millimètres, figurée en larve par Aldrovande, figurée par Savigny (Expéd. d'Égypte), dont la nomenclature a beaucoup de synonymes. La couleur est d'un vert jaunàtre un peu pâle, avec une légère nuance: d'incarnat à la base des élytres, et deux lignes blanchâtres antérieures ; les ailes, transparentes, ont au bout des lignes longitudinales brunâtres ; les pattes sont annelées de brun verdâtre, le lobe foliacé des cuisses jaunàtre, taché de brun.— Nous représentons quelques détails de cette espèce, pl. Lxr: fig. 6, tête vue de face ; 6 a, id. de profil; 6 b, mandibule ; 6 c, labre ; 6 d, base et extrémité de l'antenne de la femelle ; 6e, id. du mâle. — L'Empuse appauvrie existe dans toute l'Europe méridionale et dans l’Afrique septentrionale, ainsi en Algérie, près de Constantine et de

GONGYLUS. — PHASMIENS, 91

Sétif, mais rare ; ses mœurs sont absolument celles des Mantes, Nous la trouvons dans l'extrême midi de la France, mais ne paraissant pas dépasser 45° lat. N.; cependant de Villers affirme avoir rencontré une fois une larve d’'Empuse près de Lyon. Une seconde espèce plus robuste, VE. pennicornis, Pallas, est de Russie méridionale, de Turquie, d'Asie Mineure,

GONGYLUS, Thunberg. — Vertex tout entier élevé en cône et terminé par une double foliole. Prothorax très-allongé, filiforme, dilaté antérieurement en feuille. Organes du vol plus courts que l’abdomen chez les femelles. Pattes très-grêles ; cuisses 2 et 3 ayant à l'extrémité trois lobes arrondis, Abdomen large, perfolié ; plaque suranale transversale ; plaque sous-génitale des mâles arrondie.

Ce genre est fondé sur un bizarre insecte, très-anciennement décrit et figuré, ainsi par Aldrovande (1602), Seba, Stoll, ete. C'est le G. gongyledes, Linn., de couleur partout vert jaunätre ou brunâtre, selon les sujets, atteignant 64 millimètres. Les élytres diffèrent notablement de celles des Empuses, en ce que le champ marginal forme à la base une dilatation brusque. Elles sont plus longues que l'abdomen chez le mâle et demi-membraneuses, plus courtes et opaques chez la femelle; les nervures du disque sont espacées et pectinées, dirigées vers le bord interne, Les ailes sont très-arrondies au bout, à nervures courbées à l'extrémité, la nervure discoïdale rameuse. Les hanches antérieures sont atténuées vers le bout et terminées par une longue épine ; les cuisses antérieures grèles, très-comprimées, le bord supérieur dilaté en forme de lame, le bord inférieur cannelié et avec deux longues épines. Le G. gongylodes est des Indes orientales et de Ceylan; il y a une seconde espèce des mêmes pays.

Le type des Empusites, outre les genres à yeux arrondis, offre un genre à yeux allongés, /dolomorpha, Burm., ayant le cône frontal non rétréci à la base, parfois très-long, le prothorax très-grêle, les cuisses et l’abdomen sans lobes foliacés. Cinq espèces, toutes d'Afrique (Barbarie, Sénégal, Cap).

TRIBU DES PHASMIENS,

Les Phasmiens, que les auteurs anciens ne séparaient pas des Mantiens, et qui renferment les plus grands-insectes connus en longueur, sont des phytophages ayant une sorte de parallélisme de forme avec les carnassiers de la tribu précédente, mais ne laissant voir aucun passage, c'est-à-dire n'ayant pas une affinité. Ils offrent également une ressemblance d’aspect avec le genre Proscopia, des Acridiens, et ont des caractères communs avec les Orthoptères sauteurs, presque tous phytophages, par la forme de la tête et la position de la bouche, et présentent, chez beaucoup d'espèces, le premier développement de loviscapte,

ORIHOPTÈRES.

organe qui parvient à sa perfection chez les femelles des Grylliens et des Locustiens.

Le corps des Phasmiens est bacillaire (en forme de baguette), trèsallongé et cylindrique, rarement déprimé (Phyllium), aptère ou ailé, plus petit dans toutes ses parties chez les mâles, sauf les organes du vol. La tête est ovoïde et épaisse, à occiput développé, horizontale ou inclinée; la bouche toujours plus ou moins en avant, disposition contraire à celle qu'on observe chez les Blattiens et Mantiens, où le vertex est en avant, la face en bas, la bouche presque en arrière. Les antennes sont très-variables, le plus souvent multiarticulées, filiformes, aussi longues ou plus longues que le corps, surtout chez les mâles, parfois courtes, aplaties où moniliformes (Bacillus, Pachymorpha, Phyllium ®). Les yeux sont petits, arrondis, quelquefois très-saillants. Les ocelles manquent le plus souvent, toujours chez les aptères : lorsqu'ils existent dans les espèces ailées, ils sont placés entre les yeux, au-dessus des antennes. Fréquemment on n’en trouve qu'un seul; ils sont plus habituels chez les mâles que chez les femelles. La bouche présente un labre grand, échancré ; des mandibules grosses et courtes, en forme de coins, excavées à leur face interne, tranchantes, souvent crénelées sur le bord triturant ; les mächoires sont courtes, le lobe interne bidenté au bout, cachées sous les palpes de la lèvre, qui dévient en dehors les palpes maxillaires, ceux-ci de cinq articles gros et courts, les deux premiers très-petits; la lèvre est grande et courte, quadrilobée, les lobes internes plus courts que les externes, les palpes labiaux formés de trois articles courts.

Le thorax est allongé, à prothorax très-petit, plus court que la tête, partagé par un sillon transversal, Le mésothorax, cylindrique ou’aplati, est très-long, ayant ordinairement au moins trois à quatre fois la longueur du prothorax; sa longueur est surtout considérable dans les espèces aptères ou mal ailées, ou dont un sexe reste aptère; à son extrémité postérieure, il porte la seconde paire de pattes et les élytres, lorsqu'elles existent. Le métathorax, qui conserve la forme du mésothorax, est ordinairement plus court que lui, parfois plus long par exception; il porte les pattes de la troisième paire à son extrémité postérieure et Les ailes à son extrémité antérieure. Le bouclier dorsal de ce segment se compose de deux pièces soudées ensemble intimement, bien que généralement distinctes et séparées pär un sillon transversal. La pièce antérieure est le véritæble metanotum, et la postérieure n'est autre que le premier segment de l'abdomen dépourvu d'arceau ventral, ou segment médiaire, qui a passé complétement au thorax, tandis que, chez les Blattiens, il restait parfaitement séparé. Le metasternum se prolonge en arrière du metanotum proprement dit, et c'est le segment médiaire qui complète en dessus le bouclier dorsal, en servant d’arceau supérieur à l'extrémité postérieure du s'ernum. -

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Les organes du vol manquent souvent sans aucun vestige ; parfois un simple sillon latéral au mesonotum et au metanotum dessine des lobes alaires soudés aux tégüuments. D'autres espèces ont les organes du vol libres et articulés, quoique petits; enfin ils peuvent rester courts avec la même structure que dans le développement normal; dans ce dernier cas, les ailes s'étendent au repos jusqu’à l'extrémité de l'abdomen, mais sans le dépasser. Les mâles sont d'ordinaire mieux ailés que les femelles, ou aussi bien. Toutes les combinaisons se rencontrent à cet égard : ainsi les deux sexes aptères (Bacillus, Bacteria, Anisomorpha, etc.) ; femelles aptères avec mâles bien ailés (Diapherodes, Phibalosoma, etc.) ; les deux sexes à ailes rudimentaires (Anophelepis) ; enfin les deux sexes parfaitement ailés (Necroscia, Phasma, Prisopus, ete.). Les ailes sont par exception, chez les Phasmiens, plus développées que la paire antérieure, qui mérite à tous égards le nom de pseudélytres ; c’est sur ces dernières que l’atrophie se porte de préférence, quand vient à manquer une paire d'appendices dorsaux. Les Aschipasma ont des ailes entièrement développées et des pseudélytres nulles. Les Phantasis ont, pour tout organe du vol, des vestiges d'ailes au métathorax; une seule exception existe pour les femelles du genre Phyllium, à très-grandes pseudélytres, avec des ailes atrophiées. Les pseudélytres, presque toujours rudimentaires, ont habituellement la forme d'écailles, ne recouvrant que la base des ailes, coriacées, nervulées, en général élevées en bosse et opaques ; il est assez rare qu'elles s’allongent en gaine recouvrant les ailes (Metriotes, Prisopus). Il n'y a pas d'écusson. La brièveté des élytres amène une confusion des champs, le champ anal se fondant d'ordinaire avec le discoïdal; cependant il devient appréciable chez les espèces à élytres relativement grandes, comme Podacanthus Typhon, et même, chez quelques Phasmiens (Acrophylla Titan), reste membraneux, et se réfléchit en dessous, au moyen de plis compliqués. Les ailes sont grandes, quand elles atteignent leur développement normal, et ont le champ antérieur très-étroit et coriacé, car ce champ remplace la pseudélytre insuffisante pour protéger l'aile au repos, et son étroitesse est forcément liée à celle de l'abdomen, sur lequel il doit s'adapter; le champ marginal présente une nervure médiastine simple, dénuée de branches costales ; la nervure humérale est simple ou bifurquée. Le champ discoïdal offre trois ou quatre nervures longitudinales, parfois ramifiées (Prisopus), et il est réticulé par carrés ou par losanges. La nervure anale s’infléchit en avant, ce qui rend l'aile déployée un peu convexe elle s’écarte ainsi de la première nervure axillaire, et le triangle membraneux intercalé entre ces deux nervures est réticulé comme le champ postérieur ou anal rayonné. Ce dernier champ est d'autant plus grand que la partie antérieure de l'aile est plus étroite. Il s'étend jusqu'à l’extrémité de l'aile, se plisse en éventail, puis se renverse deux fois en dessous du champ huméral, double pli nécessaire pour la protection complète. Le rétrécissement de la partie antérieure de l'aile amène

une uniformité de réticulation qui donne peu de caractères classificateurs.

Les pattes sont toutes ambulatoires, et les antérieures plus éloignées des intermédiaires que celles-ci des postérieures. Rarement cylindriques, elles sont presque toujours prismatiques, à arêtes vives, très-longues et filiformes, ou courtes et trapues, simples ou épineuses, parfois perloliées ou même dilatées et lamellaires. Comme chez les Mantiens, la paire antérieure est la plus longue ; ses cuisses sont presque toujours comprimées, et se juxtaposent également dans toute leur longueur, en laissant entre elles une rainure où se placent les antennes, tandis que leur base est arquée et emboite la tête. Les tarses sont tous de einq articles, le premier le plus long et le cinquième muni d'une arolie, souvent grosse, triangulaire, spongieuse, paraissant susceptible de faire ventouse ; les ongles sont simples.

L'abdomen est tantôt plus long que le reste du corps, tantôt plus court; presque toujours cylindrique, rarement aplati et à bords tranchants (Diapherodes, Phyllium) ; il porte souvent des appendices membraneux sur ses bords latéraux ou sur le bord postérieur des segments, surtout sur celui du quatrième. Il compte sept anneaux complets, chacun stigmatifère, deux arceaux dorsaux sans stigmates, et il y a, chez les mâles, un huitième arceau ventral! ce qui donne, abstraction faite de l’arceau médiaire, neuf segments dorsaux et huit ventraux chez les mâles, neuf dorsaux et sept ventraux chez les femelles. Les trois derniers segments, souvent subitement rétrécis, portent les pièces génitales, d’une détermination et surtout d'une identification très-difficiles. Le septième segment ventral des femelles n'est soudé qu'à la base. Il est en forme de gouttière, souvent très-prolongé en arrière, cachant les autres pièces dans son intérieur et formant un fourreau conducteur des œufs. Au-dessus de l'anus est une petite plaque bilobée ; au-dessous du neuvième segment dorsal se trouve une plaque coriacée, bilobée, plaque sous-anale, qui forme avec le neuvième arceau dorsal un anneau complet, et, sur les côtés, à la rencontre de ces arceaux, s’insèrent les cerques, en général très-courts chéz les femelles, parfois en longs appendices comprimés ou foliacés dans certaines espèces dont l'abdomen s'atténue à l'extrémité (certains Bacteria, Anophelepis),

C'est sous la base du huitième arceau dorsal que s'ouvre l'orifice génital des femelles, recouvert et entouré d'un oviscapte rudimentaire, en général très-court. Il est formé en dessus de deux lobes juxtaposés, insérés à la base du huitième segment, divisés en deux lanières et emboîtant la vulve, rudiments des quatre pièces supérieures du sabre des Sauterelles, et en dessous de deux lanières tenant à l'extrémité du septième segment, et correspondantes aux valves inférieures de l'oviscapte des Locustiens ; elles sont quelquelois très-développées et constitunet la moitié inférieure d'un véritable oviscapte, restant toutefois enveloppées par le fourreau que forme le septième segment ventral.

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Dans les espèces, comme le Podacanthus Typhon, où ce fourreau est «rès-arqué, en forme de bateau ou de glume de maïs, les lanières inférieures sont aussi très-arquées, et forment un vrai petit sabre, dérobé à la vue sous le grand fourreau. La complication génitale est grande chez les mâles. Les septième et huitième segments abdominaux sont presque toujours dilatés à leur rencontre chez les adultes. C'est sous e huitième segment que s'ouvre le conduit séminal, dans un renflement charnu, à la base duquel sont souvent des pièces copulatrices arquées, parfois des crochets cornés et articulés. Il est recouvert d'un petit fourreau, ne dépassant pas le bout de l'abdomen, quelquelois simple, en forme de glume lancéolée, parfois renflé en forme de poche, et paraissant composé des huitième et neuvième arceaux ventraux soudés. Dans certains types américains aptères, les Diapheromera, les Bacteria du Mexique, l'extrémité de l'abdomen des mâles affecte une forme trèssingulière : le septième segment est grèle dans sa première moitié, très-renflé en bourrelet dans la seconde ; le huitième segment est étranglé et le neuvième de nouveau renflé en forme de poche globuleuse, ouverte en arrière pour la sortie de grands cerques arqués. Les cerques males sont d'ordinaire plus grands que ceux des femelles, et parfois arqués en une sorte de forceps très-apparent dans les Diapheromera. Il est rare que les styles existent, sauf dans le genre Phasma.

La loi des métamorphoses des Phasmiens est très-mal connue, en raison surtout de la pauvreté des collections en individus jeunes. Dans les espèces aptères on n’a que la petitesse des organes copulateurs pour séparer les larves et les nymphes des adultes, caractère fort incertain, On peut affirmer l'état adulte des espèces subaptères quand l’élytre ou l'aile est séparée ou articulée ; mais il y a des adultes qui conservent des lobes thoraciques tout à fait pareils à ceux des larves, Des espèces subaptères adultes ont des ailes en forme de palette rayonnée appliquée à la surface du métathorax, et non pas, comme chez les nymphes de Mantiens, en prolongements des bords latéraux seuls du metanotum. Les organes du vol apparaissent d’abord, chez les larves des espèces äilées, sous l'aspect de protubérances du mesonotum et du metanotum, mais il n'est pas certain que ce caractère se montre toujours.

Dans l'accouplement, le mâle se cramponne sur le dos de la femelle, sa tête n'atteignant qu'au niveau des pseudélytres de celle-ci, et recourbe l'extrémité de son abdomen en demi-cercle, pour que le pénis sintroduise dans la vulve de la femelle. On a vu, pour quelques espèces de l'hémisphère boréal, la ponte s'effectuer en automne, Les œufs, sans oothèque, sont dispersés çà et là et ont la forme d’un cylindre à bouts ovoïdes, tantôt lisse, tantôt sculpté, offrant en relief des côtes, des arabesques, des étoiles. Une de leurs extrémités porte un opercule aplati, adapté à une rainure de l'œuf, et que la petite larve pousse pour sortir. En Europe on a élevé, à plusieurs reprises, dans les serres, de jeunes Phyllium. En 1862, M. H. Lucas a obtenu, au Muséum, l'éclosion de

jeunes larvés sorties des œufs d’un Phyllium des îles Séchelles ; elles n'ont pas tardé à périr. M. Van Hasselt a également observé à Leyde l'éclosion des œufs du Phyllium pulchrifolium. Ces deux entomologistes ont constaté que les jeunes larves naissantes tiennent l'abdomen rejeté en dessus, et que, plus tard, elles conservent l'habitude de le relever, dès qu'on les inquiète. En Écosse, M. Murray a étudié en serre le développement complet du Phyllium Scythe, rapporté de l’Assam, et qui fut constamment nourri avec des feuilles de myrte (1). Les œufs, à surface rugueuse et poreuse, recouvrant une coquille blanche et lisse, de la grosseur d'un pois, avaient la forme d'un barillet à six pans, ressemblant à une graine de Belle-de-nuit, Ils offraient à l’intérieur deux membranes concentriques. M. Murray compare l’externe à un chorion et l'interne à une peau nymphale, regardant les vraies métamorphoses comme accomplies à l'intérieur de l'œuf, la larve naissante n'étant réellement qu'un adulte encore jeune, non ailé et impropre à la reproduction. On sait, en effet, que tous les Phasmiens ont, en naissant, des formes très-analogues à linsecte parfait. Les jeunes Phyllium de M. Murray avaient, en éclosant, leurs six pattes; pliés en deux, ils refoulaient l'opercule de l'œuf par le dos, les pattes sortant les dernières, et marchaient sur les feuilles, l'abdomen un peu relevé à la façon d'une feuille de myrte. Ils restaient immobiles presque toute la journée, appliqués à la face inférieure des feuilles par le moyen des ongles et de la pelote tarsienne. On observa trois mues, la première au bout de dix mois, quand l’insecte avait environ 27 millimètres, la seconde à treize mois, la troisième et dernière à quinze, Il paraît fort probable que d’autres mues eurent lieu la nuit, car les jeunes Phyllium dévorant, comme les Grillons, la peau qu'ils viennent de quitter, l’observation exacte du nombre des mues est fort difficile. La veille de la transformation, l’insecte devenait très-agité; il imprimail à son corps, des secousses répétées qui finissaient par rompre la peau, dont la couleur passait au gris. Après chaque mue, l'abdomen, aplati dans ce genre, s'élargissait, et l'insecte augmentait rapidement de taille; une demi-heure après la dernière, les mäles étaient en état de voler. Le Plyllium, aussitôt après la mue, était d’un beau vert-émeraude, mais bientôt la couleur tournait au vert jaunâtre, puis au jaunâtre, prenant la teinte des feuilles avec ses variations. Les organes du vol furent d'abord accusés par des renflements du bord postérieur des segments aligères, etse développèrent subitement après la dernière mue. I y eut aussi une remarque intéressante relative aux antennes. Avec la première mue elles n'avaient que neuf articles dans les deux sexes,comme chez les femelles adultes ; après la première mue, le troisième article s’allongea; après la seconde, le nombre des articles, chez les larves mâles, passa de neuf à onze, et la multiplication s'est opérée, non par

(1)2Edinburgh new Philos, Journal, H, 1856, p. 96.

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l'apparition de nouveaux articles, mais par une segmentation d'anciens ; enfin, après la troisième mue, les antennes des mâles passèrent au nombre normal de vingt-quatre articles.

Les Phasmiens sont des insectes lents et timides, tous terrestres, à l'exception des Prisopus, aquatiques, au moins en partie, vivant sur les végétaux, appliqués aux branches et aux feuilles des arbres. Les formes grèles de beaucoup d'espèces, en rappelant les apparitions sinistres du soir, les ont fait appeler Fantômes, Spectres, Diables, Chevaux du diable ; la ressemblance avec des tiges a inspiré les noms de Bâton animé ou ambulant, grand Soldat de Cayenne, et, pour quelques genres aplatis ou foliacés, de Feuille ambulante, de Mouche-feuille.

Les Phasmiens dévorent les feuilles et surtout les bourgeons des plantes, sans être, en général, assez abondants pour produire de véritables dégâts. Cependant leur grande voracité peut, dans certains pays, causer des pertes à l’agriculture. Nightingale rapporte que, dans l’île de Bara-Tonga, le chef fut obligé de mettre la population sur pied pour détruire les Phasmiens qui faisaient périr les cocotiers. L'extrême gracilité du corps et des membres rend la marche pénible dans la plupart des espèces; les pattes sont surtout des crampons permettant à l’insecte de changer de place par moments sur le végétal dont il se nourrit. Les espèces aptères demeurent de longues heures immobiles, les pattes antérieures étendues en avant et cachant la tête et les antennes, les autres pattes repliées en arrière : quand elles se dressent sur leurs pattes, elles prennent des positions bizarres d'équilibre instable qui rappellent les acrobates. Cependant Les espèces les mieux ailées, comme les Necroscia et les Phasma, ont les mouvements plus aisés : le Phasma putidum, observé par Bates, s'envole lourdement quand on cherche à le saisir. D'ordinaire les organes du vol sont des parachutes pour le saut d’une plante à une autre. Les Phasmiens sont trop mal armés pour opposer de la résistance à leurs ennemis les Oiseaux, les petits Mammifères, les Lézards, les Mantes. Leur ressemblance avec les végétaux, jointe à leur immobilité complète, est leur meilleure défense, et cette position où ils simulent la mort se prend à la moindre alerte ; souvent une patte intermédiaire reste étendue, asymétrique, toute pareille à une bifurcation de branche. Les espèces aptères vivent souvent en petites colonies sur les rameaux d’un même buisson. C’est probablement pour la défense que certains Spectres rejettent, par deux pores latéraux du prothorax, une liqueur colorée et odorante, variable suivant la plante qui à servi à nourrir l’insecte ; ces pores sont très-gros chez les Anisomorpha. En outre, le Phasma putidum, selon Bates, émet par la bouche une liqueur fétide. Les mutilations fréquentes que doivent subir les faibles Phasmiens n'ont pas grande importance, du moins celles des membres, car ces organes repoussent, à la façon des Crustacés, mais sans reprendre la grandeur normale : cet accident paraît être fréquent,

d'après le nombre des individus qu'offrent les collections, où une des pattes est restée exceptionnellement petite.

Les Phasmiens possèdent le mimatisme avec les végétaux à un point qui confond l'imagination : les espèces de couleur verte ou grise, cylindriques, lisses ou munies d’aspérités, ressemblent à des branches vivantes ou mortes; celles à corps lobulé et déchiqueté se confondent avec des bois pourris, des écorces, des lichens. Suivant Bates, les Creoxylus et les Prisopus ne sauraient pas plus être distingués des écorces couvertes de lichens, sur lesquelles ils ont l'habitude de s’appliquer, que les Phyllium à corps large, très-plat et très-mince, garni d’expansions membraneuses, ainsi que les membres, ne se séparent pour l'œil des feuilles des plantes qui les portent. Ce sont surtout les femelles de ce dernier genre qui imitent le mieux les feuilles : leurs élytres, par une exception unique chez les Phasmiens, se développent beaucoup, et, par un incroyable pouvoir mimique, le champ marginal s’hypertrophie, au point de former à lui seul presque toute la surface de l’élytre, tandis que les champs discoïdal et anal sont entièrement atrophiés; de sorte que les nervures humérales des deux élytres qui se juxtaposent figurent la nervure médiane d'une feuille, les nervures costales obliques simulant une nervation de feuille pennée, la tête et le petit prothorax formant comme un pétiole noueux, de chaque côté duquel les folioles des cuisses antérieures représentent des stipules. Aussi lés personnes étrangères à l’entomologie prennent ces femelles de Phyllium, piquées dans les collections, pour des feuilles sèches, se refusant à y reconnaître des insectes. Elles ne peuvent distinguer Les Phyllium des feuilles du végétal qui les porte, même quand on les avertit de la présence d’un insecte, comme on en a fait l'épreuve en 1867, lors de l'Exposition universelle de Paris, alors que des Phyllium vivants furent montrés au public au Jardin d’acclimatation du bois de Boulogne. Ceci explique les erreurs des colons aux Indes orientales, qui affirment que des feuilles se changent en insectes, sans doute après avoir observé accidentellement quelque mue de Phyllium, ou qui soutiennent que les Phyllium proviennent d'œufs déposés dans les bourgeons des arbres et surtout en même temps que les petites feuilles. Aux Antilles, où les Guêpes sont souvent envahies par des Cryptogames parasites, une illusion analogue a donné naissance à la fable de la Guépe végétante, qui se planterait en terre, et du corps de laquelle naîtrait un arbuste.

Les Phasmiens, encore plus que les Mantiens, sont des insectes éminemment des régions chaudes, n'ayant en Europe qu'une seule espèce ; ce sont seulement des espèces aptères et de taille médiocre qui sortent des tropiques pour passer dans les zones tempérées. La rareté des Phasmiens dans l'Afrique tropicale s'explique par l’aridité des régions et la pénurie des végétaux ; des insectes si mal doués, au point de vue locomoteur, ne pouvant que très-peu se déplacer pour chercher leur

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