‹ Les insectes; organisation, moeurs, chasse, collection, classification; histoire naturelle des Orthoptères, Névroptères, Hyménoptères, Hémiptères, Diptères, Aptères, etc. Avec 24 planches en couleur et 460 vignettesChapitre 17 sur 25 · APERÇU HISTORIQUE SUR LES PROGRÈS DE L'ENTOMOLOGIE · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE SUR LES PROGRÈS DE L'ENTOMOLOGIE

De tout temps les insectes, répandus par milliers sur la terre, ont dû attirer l'attention des hommes. L'Abeille, qui produit son doux miel, le Ver à soie, qui fabrique son fil d'or, sont connus depuis la plus haute antiquité, et il dut en être de même des insectes qui, par leurs piqûres ou leurs ravages, se rendaient redoutables.

La Bible fait mention de plusieurs espèces d'insectes- elle nous a laissé le récit de cette terrible invasion de Sauterelles, qui fut la huitième plaie d'Egypte, et l'on en trouve des figures représentées avec exactitude parmi les hiéroglyphes gravés sur les monuments des Égyptiens. Il est historiquement démontré que l'art de tirer parti des Vers à soie est connu en Chine depuis plus de 4000 ans, et l'on trouve dans un Traité d'histoire naturelle chinois,- attribué à Yu, qui vivait 2200 ans avant notre ère, la description de plusieurs insectes.

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Cependant, jusqu'à l'apparition d'Aristote, l'histoire naturelle , dénuée de méthode et de critique, resta plongée dans le chaos. Cet homme extraordinaire, qui fonda une nouvelle philosophie, devint le législateur de l'histoire naturelle, à laquelle il appliqua la méthode expérimentale créée par Socrate.

Aristote de Stagyre, fondateur de la secte des Péripatéticiens, qui régna si longtemps dans les écoles d'Europe et d'Orient, fut un des plus puissants génies que la terre ait admirés. Élève de Platon, il en devint

bientôt le noble rival, et fut précepteur d'Alexandre-le-Grand, qui s'efforça de lui procurer les matériaux de ses vastes études. On vit alors une même tête refondre le système des connaissances humaines, tracer des règles aux poètes et aux orateurs, approfondir l'homme physique et intellectuel, s'élancer dans les hauteurs de la métaphysique, observer le premier l'organisation des animaux et leurs mœurs. Aristote se créa sur les esprits un empire plus étendu et plus durable que celui d'Alexandre sur les peuples.

ISHistoire des animaux d'Aristote sera toujours regardée comme un chef-d'œuvre. Ce traité contient, dans un style nerveux et concis, un nombre prodigieux de faits et d'observations qui dénotent une sagacité surprenante. La partie relative aux insectes est peut-être la moins parfaite, les connaissances étant absolument nulles à leur égard, avant lui. Cependant il saisit le caractère extérieur le plus remarquable de ces articulés, celui d'avoir le corps formé d'une suite d'anneaux, d'où le nom d'cntoiua qu'il leur donne, et que les Latins ont traduit par iusecta. Il les considère comme privés de sang (anaimes)^ décrit les différentes parties dont leur corps est composé, et les distingue déjà en insectes broyeurs

FIG. 450. — Aiistote, d'aprcs l'ouvrage de Visconli.

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et insectes suceurs, en ailés et en aptères; il les divise suivant les différences des organes du vol : ceux qui ont quatre ailes , dont les deux supérieures coriaces, en forme d'étuis ; ceux qui ont quatre ailes nues; ceux qui n"ont que deux ailes ; et ceux entin qui n'en ont pas du tout. Comme on le voit, on retrouve ici la base et même les principales coupes de nos méthodes modernes. Aristote observe en outre que la plupart des insectes à quatre ailes nues sont armés d'un aiguillon apparent ou caché ; . il remarque encore que les piqûres des insectes sont tantôt causées par la bouche^ tantôt par l'aiguillon de l'abdomen; que les premières sont dues à des insectes à deux ailes (certains Hémiptères à quatre ailes piquent aussi avec leur rostre , et que les secondes sont produites par des insectes à quatre ailes. Il donne aussi des détails intéressants sur le chant des Cigales et sur les mœurs des Abeilles, décrit les Cantharos ou Bousiers, qui roulent une pelote de fiente, et dont quelques espèces i les Ateuchusj sont l'objet d'un culte de la part des Égyptiens , qui y voient l'emblème du retour du printemps.

^11 parle des Cantharides (Mylabres) employées en médecine, des Carabos (Cerambyx) qui vivent dans le bois, ainsi que les Cossus, des Pyrgolampis (Vers luisants), des Calandres qui attaquent le blé, des Scolytes qui détruisent les arbres; il décrit les Grillons, les Sauterelles, les Criquets, les Coris (Punaises , les Phryganes et les Éphémères, les Abeilles solitaires, les Guêpes et les Bourdons, les Fourmis, les Papillons, les Mouches, etc.

La période ouverte par Aristote, qui vivait environ 35o ans avant notre ère, s'étend jusqu'aux auteurs latins qui, postérieurement à Pline le Naturaliste, ont plus ou moins copié le philosophe grec, augmentant le nombre des objets déterminés, mais malheureusement défigurant le plus souvent, par des récits remplis d'erreurs, les traditions de leurs devanciers, et, à cet égard, Pline est celui qui a peut-être le plus défiguré l'histoire naturelle.

Plinius (Caius), dit l'Ancien ou le Naturaliste, naquit à Côme l'an 23 de J. C. . sous le règne de Tibère. Ce fut l'homme le plus laborieux qui ait jamais existé. Des nombreux ouvrages qu'il a écrits, un seul, l'His-

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taire de la nature^ est parvenu jusqu'à nous. C'est une vaste compilation, une encyclopédie précieuse des connaissances des anciens, puisqu'il se compose, nous dit l'auteur lui-même, des extraits de deux mille volumes, la plupart inconnus, même de son temps, et aujourd'hui perdus. Malheureusement la nature n'avait pas donné à Pline le génie d'observation qu'en avait reçu Aristote. Il ne prit même pas toujours à ses auteurs ce qu'ils avaient de plus important. Souvent inexact et incomplet dans la description des êtres, il n'omet aucune des choses singulières et des croyances superstitieuses qui avaient cours de son temps; il rapporte avec une puérile complaisance toutes les fables des voyageurs et des poètes grecs , et s'il fut le modèle de Buffon , comme on s'est plu à le dire ^ ce fut pour son éloquence et les beautés sévères de son style. Pline périt peu de temps après la publication de son grand ouvrage, et le même jour qui vit engloutir Pompeia et Herculanum sous les laves du Vésuve, dont il avait voulu étudier de près la terrible éruption.

Dans cette période apparaissent quelques médecins, des agriculteurs, dont les ouvrages peuvent servir de contrôle et de commentaire ayx textes primitifs; on peut citer Athénée, Columelle, Hor-Apollon, Nicandre, Élien, Galien, Hippocrate, etc.

Malgré son génie, Aristote n'avait pu découvrir le lien qui rattache la larve rampant sur le sol à l'insecte ailé qui voltige dans l'air; les métamorphoses des insectes restèrent inconnues pendant des siècles, aussi bien que leur mode de génération. On admettait bien pour certains d'entre eux un accouplement comme chez les autres animaux; mais pour le plus grand nombre on expliquait leur apparition par la génération spontanée : les chenilles naissaient des feuilles ou des fileurs sur lesquelles on les trouvait; d'autres provenaient du limon de la terre, des cadavres en décomposition ou des matières corrompues. Qui ne connaît la fable des Abeilles d'Aristée, chantée par Virgile : Les nymphes des eaux, compagnes d'Eurydice j pour se venger d'Aristée, cause involontaire de sa mort, firent périr ses Abeilles. D'après le conseil de sa mère, il immola de jeunes taureaux pour apaiser leur courroux, et vit bientôt après sortir de leurs entrailles corrompues de nouveaux essaims d'Abeilles.

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Sous le règne des derniers Césars, pendant le Bas-Empire et le moyen âge, l'invasion de l'Europe par les peuplades du Nord et par les Musulmans anéantit peu à peu les matériaux des connaissances acquises : et replongea l'Occident en pleine barbarie.

Ce qui échappe des arts et des sciences demeure pendant un long espace de temps enfoui dans quelques bibliothèques de monastères, et longtemps dans un oubli complet. Près de quinze siècles se passent ainsi, et vers i5oo un nouvel élan saisit l'Europe; elle essaie d'écarter les nuages qui l'environnent, et de revoir de nouveau la lumière.

De cette époque date la seconde période de l'Enfomologie. On lait des efïorts pour rassembler les matériaux dispersés des sciences; des voyageurs parcourent les pays éloignés, en observent et figurent les animaux; parmi les voyageurs citons Bélon pour le Levant, Flacourt pour l'île de Madagascar. A cette époque aussi on voit s'élever différents musées, où les richesses rapportées par les voyageurs sont rangées et décrites.

Aldrovandi (Ulysse), né en i522 à Bologne, publie en iSgg son Historia naturalis en treize volumes in-folio, ornés de figures. Cet ouvrage embrasse toute l'histoire naturelle; les deux

-' lIG. -toi. — Altrovanih.

derniers volumes traitent des Entames ; on

peut les regarder comme un magasin où se trouve enfoui tout ce qui a été dit antérieurement sur les insectes. Après lui Moufïet, médecin anglais, donne son Theatriim iiisectonim , grand volume in-folio, orné de gravures sur bois dans le texte; cet ouvrage, imprimé à Londres, date de i634; les figures des espèces, quoique grossières, s'y trouvent bien reconnaissables. Cependant les recherches positives font encore défaut, beaucoup d'erreurs sont accréditées, et la génération spontanée est toujours admise.

La troisième période commence au dix-septième siècle; elle offre un caractère tout particulier. On commence à secouer le joug de la scolas-

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tique ; le doute sur les choses avancées par les anciens s'est emparé des esprits] on reconnaît que l'expérience et l'observation est la seule voie indiquée à tous ceux qui veulent faire un pas nouveau dans la science ; le microscope, la gravure sur cuivre^ les figures coloriées viennent en aide aux yeux et à la mémoire, et bientôt en effet l'amour de la recherche, la passion de l'expérience, amènent de brillantes découvertes. Bacon donne dans son Nopiun organum scientiarum la méthode philosophique à employer pour arriver à la vérité, méthode tout expérimentale, par laquelle il n'arrive à la généralisation qu'après avoir rassemblé des faits assez nombreux pour qu'il soit permis d'en tirer des conséquences. Puis vient René Descartes, le grand philosophe français et l'un des principaux instigateurs de la révolution scientifique du dix-septième siècle. Dans sa méthode pour arriver à la connaissance de la vérité, il recommande de prendre le doute pour point de départ.

Harvey, anatomiste anglais , célèbre par sa découverte de la circulation du sang, avança le premier que tout être vivant est le produit d'une semence : omne viviim ex opo. Il avait composé un ouvrage sur la génération des insectes; mais cet ouvrage fut perdu dans le pillage de sa maison, à la clfute de Charles I'', dont il était le médecin. Harvey, trop âgé pour recommencer ses travaux, ne put réparer cette perte.

Malpighi, professeur à Bologne et à Pise, l'un des savants qui ont le plus honoré l'Italie, fit faire un pas immense à la science en appliquant le microscope à l'étude de la structure intime des organes. Il publia le premier une anatomie du Ver à soie et de son insecte parfait en 1669, fit connaître que dans les animaux de cette classe la respiration a lieu par des stigmates aboutissant à des vaisseaux contournés en spirale, appelés trachées, et que lair, au lieu de se rendre dans un réservoir commun, est distribué dans toutes les parties du corps. Il suivit avec une patience admirable ce même insecte dans ses métamorphoses, et fit l'anatomie des organes qui se développent successivement dans le Papillon pendant ses transformations. Dissertatio de Bombyce, in-4°. Il en existe de nombreuses éditions, dont quelques-unes in-folio.

Leuwenhoéck (Antony van), né à Delft en i632, s'est rendu célèbre

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par ses travaux microscopiques. Il était doué d'une patience et d'une adresse qui lui permirent de faire les observations les plus minutieuses au moyen de lentilles, qu'il fabriquait et polissait lui-même avec une perfection admirable. 11 a laissé une foule de mémoires sur l'organisation et l'anatomie des insectes, réunis dans son Arcana natiirœ^ publié de 1(395 à 171g en quatre volumes in-4°. On est étonné des découvertes qu'il a pu faire en ce genre, et de l'adresse et de la persévérance qu'il lui a fallu, quand on sait que les simples lentilles de verre dont il se servait , donnaient à peine des grossissements de cent à cent cinquante fois.

Vers le même temps ^ Swammerdam, compatriote de Leuwenhoëck, et l'un des plus habiles observateurs du dix-septième siècle, ^e livra à des études sur la structure intime des insectes, et en suivit les métamorphoses avec une étonnante sagacité. Ses travaux sur l'anatomie du Pou, du Scarabée nasicorne, de l'Abeille, du Taon, etc., sont remarquables, mais ses études sur la chenille et le papillon sont surtout admirables. En suivant les métamorphoses des insectes , il a le premier démontré que la chrysalide existe toute formée dans la chenille, à l'époque où doit s'opérer sa métamorphose, et que le papillon existe dans la chrysalide avec les organes qui lui sont propres. Cette observation eut une grande influence sur les idées relatives à la génération des insectes, et jeta les fondements du système de l'évolution. On doit à Swammerdam une Histoire générale des insectes , in-4°, avec i3 planches gravées, Utrecht 1669, et la Biblia naturœ, magnifique ouvrage in-folio, accompagné de 53 planches dessinées par lui-même. Ce dernier ouvrage ne fut publié que cinquante ans après la mort de son auteur, par le célèbre et riche médecin Boerhaave, son compatriote, qui avait acheté ses manuscrits et ses dessins.

Ce qu'avaient si heureusement commencé les travaux de Leuwenhoëck et de Swammerdam, pour renverser la théorie de la génération spontanée des insectes, les expériences d'un médecin italien, Redi, le termina. Cet observateur eut l'idée que les Vers qui fourmillent dans les viandes corrompues et donnent bientôt naissance à des Mouches , proviennent d'œufs déposés par les femelles. Pour s'en assurer, il exposa à l'air un grand nombre de boîtes sans couvercle, dans chacune desquelles

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il avait placé un morceau de viande, tantôt crue, tantôt cuite, afin d'inviter les Mouches, attirées par l'odeur, à venir pondre leurs œufs sur ces chairs. Il varia à l'infini ces viandes, que lui fournit la ménagerie du grand-duc de Toscane, et sur toutes il vit les Mouches venir pondre leurs œufs, d'où sortirent de nombreux Vers, et toujours ces Vers lui donnèrent quatre sortes de Mouches : des Mouches bleues {Calliphora vomitoria), des Mouches noires chamarrées de blanc [Sarcophaga carnavia) ^ des Mouches semblables à celles des maisons {Miisca domestica)^ et des Mouches d'un vert doré [Lucilia cœsar). Non content de cela, il fit une contre-épreuve décisive. Il plaça de nouveau des morceaux des mêmes viandes dans des boîtes, couvertes cette fois de toiles à claire-voie, afin que l'air pût circuler librement et amener la putréfaction, mais de sorte que les Mouches attirées par l'odeur ne pussent y déposer leurs œufs. Redi vit les chairs se corrompre, mais aucun Ver ne s'y développa.

Goedart augmente le nombre des observations sur les métamorphoses; Vallisnieri peint les mœurs de divers insectes, entre autres du Fourmilion; d'autres auteurs débarrassent la science de ce fatras d'érudition médicale dont jusque-là elle était encombrée ; parmi eux Ray décrit les insectes de la Grande-Bretagne; Frich, auteur allemand, traite aussi des métamorphoses des insectes ; ses figures , quoique mal exécutées , ont un caractère d'exactitude frappant, les nervures des ailes y sont étudiées avec tout le soin possible; il avait prévu le parti que plus tard on en pourrait firer. Des peintres habiles attachent leur nom à des travaux entomologiques; Albin, Ladmiral, Blancard, Hœfnagel, Mérian, Rœsel et d'autres consacrent leur pinceau à des ouvrages qui sont pour la plupart des chefs-d'œuvre de dessin et de peinture.

On possédait donc déjà au commencement du dix-huitième siècle des connaissances assez importantes sur le mode de reproduction et sur l'organisation des insectes; mais on n'avait encore que des notions peu étendues sur les mœurs, les instincts et les métamorphoses de la plupart de ces animaux, lorsque Réaumur publia le résultat de ses observafions.

René-Antoine Ferchault de Réaumur naquit à La Rochelle en i683. Maître d'une grande fortune , il put suivre entièrement son goût pour

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l'histoire naturelle. On lui doit une foule de découvertes utiles, telles que l'art de faire de lacier, la fabrication de la porcelaine opaque, le thermomètre qui porte son nom ; mais c'est surtout dans l'histoire naturelle que ses travaux et ses découvertes furent le plus nomhreu.x et le plus intéressants. Nous nous contenterons de citer ses travaux sur l'Entomologie, qu'il publia de 1734 à 1742 en six volumes in-4°, sous le titre modeste de Mémoires pour servir à l'histoire des insectes. Ce magnifique ouvrage

renferme une foule d'observations curieuses sur les mœurs des insectes, sur leur structure et sur leur industrie, et l'on peut dire qu'il a le plus contribué à répandre le goût de l'Entomologie. Réaumur fut un des observateurs les plus sagaces, et personne ne le surpassa pour la patience et l'habileté avec lesquelles il préparait et suivait ses expériences.

Charles Bonnet, de Genève, contemporain et ami de Réaumur, et comme lui contempteur des méthodes, fut un observateur aussi minu-

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tieux, mais penseur plus profond. 11 a consigné dans ses Contemplations de la nature le résultat de ses longues études. On lui doit la découverte de la fécondation des Pucerons sans accouplement pour plusieurs générations. Son Traité d'inseciologie est du plus grand intérêt.

De Geer, entomologiste suédois, mais qui a écrit en français, marcha sur les traces de Réaumur; il l'a égalé comme observateur, et surpassé par son esprit méthodique. 11 a décrit et classé tous les insectes dont il a parlé, et a le premier fait usage des caractères pris de la forme des parties de la bouche. Malheureusement son ouvrage est d'un très-grand prix et excessivement rare.

Avec l'illustre Linné s'ouvre une ère nouvelle pour l'Entomologie. Les insectes sont par lui divisés en ordres qui, presque tous, subsistent encore aujourd'hui. 11 désigne et caractérise pour la première fois d'une manière claire et rigoureuse, les groupes, les genres, les espèces. Le célèbre naturaliste suédois, qui dévoila le système sexuel des végétaux, avait des vues plus relevées que celles des simples nomenclateurs auxquels on a voulu parfois l'associer : il Pie. 453. apercevait, avec une finesse et une sagacité merveil-

Charles Bonnet.

leuses, les rapports les plus délie its de tous les êtres. Le caractère de ses écrits est l'ordre, la concision, l'exactitude. Il débrouilla le premier ce chaos informe que les natur listes avaient laissé subsister parmi les productions de la terre. Dans son zèle infatigable, il entreprit de décrire tous les êtres connvis de son temps, et de les classer suivant une méthode simple qui pût les faire retrouver au besoin. 11 reforma la nomenclature, et substitua à ces longues phrases descriptives, difficiles à conserver dans la mémoire, un double nom, l'un générique, exprimant les caractères généraux qui lient les êtres entre eux, et l'autre spécifique, énonçant les qualités par lesquelles ils diffèrent les uns des autres. Son Systema naturœ, qui apportait dans la science une véritable réforme, eut pendant sa vie douze éditions, et exerça une grande influence sur l'étude des êtres organisés. En entomologie, Linné fonda les ordres à peu près tels qu'on les observe aujourd'hui ; le premier renfermant les

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insectes à élytres, Coléoptères et Orthoptères^ le second les Hémiptères, le troisième les Lépidoptères, le quatrième les Hyménoptères, le cinquième les

ria. 4.'i4. — Lin

Névroptères, le sixième les Diptères ; puis viennent les Aptères qui comprennent, outre les insectes aptères hexapodes, les arachnides et les myriapodes.

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Fabricius, élève de Linné, introduisit une nouvelle méthode l'ondée sur les caractères de la bouche , qui fit grand bruit dans le moment où elle parut; mais elle a le défaut, comme toutes les méthodes rigoureuses fondées sur un seul organe, de réunir des objets tout à fait éloignés naturellement les uns des autres. 11 n'en a pas moins rendu de grands services à l'Entomologie en faisant connaître tout le parti qu'on peut tirer de ces caractères pour la classification. Fabricius joignit à ces travaux systématiques des traités séparés sur chacun des ordres qu'il avait créés, et décrivit un nombre considérable d'espèces nouvelles.

Latreille, presque contemporain de Fabricius, était né à Brives en 1762. Incarcéré en i7y3, comme prêtre réfractaire, et condamné à la déportation, il dut son salut à un petit insecte, le Necrobia riijîcollis , qu'il trouva sur les murs de la prison où il était détenu. 11 envoya cet insecte, alors peu connu, à Bory de Saint 'Vincent, qui parvint à lui faire rendre sa liberté.

Latreille mit à profit l'étude de ses prédécesseurs,' et s'ett'orça de créer une méthode plutôt naturelle que systématique; il imita l'illustre botaniste Laurent de Jussieu, groupant les espèces d'après la somme de leurs ressemblances, cherchant à rapprocher ce que la nature paraissait rapprocher. Son premier ouvrage, publié en 1796, a pour titre : Précis des caractères génériques des insectes disposés dans un ordre naturel, par le citoyen Latreille. C'était un premier essai. Quelques années après il publia son Gênera crustaceoruni et insectoruni (4 vol. in-8°, 1 806-1 807), ouvrage dans lequel il offrit une exposition si exacte des caractères, et presque toujours une si juste appréciation des affinités naturelles, que les travaux postérieurs n'ont amené de ce côté que des rectifications d'ordre secondaire. Bien qu'étranger à l'anatomie, Latreille, par ses aperçus ingénieux, s'est presque toujours trouvé en parfait rapport avec les dissections anatomiques qui ont été faites depuis. Son Gênera est vraiment admirable pour la manière dont les divers genres s'enchaînent dans chaque ordre, et dont les caractères sont présentés. Dans le Règne animal de Cuvier, et notamment dans la seconde édition, dont la partie entomologique fut confiée à Latreille par le grand naturaliste, il perfectionna encore sa méthode.

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Cette époque est riche en matériaux de toutes sortes : voyages, monographies d'ordres, de familles, de genres, tout y abonde. Dans son Traité d'anatomie comparée, Cuvier avait présenté le résumé des connaissances de son époque sur l'organisation des insectes; il fut suivi dans cette voie par Marcel de Serres, Ramdhor, Carus. Strauss publia son beau travail sur l'anatomie du Hanneton, mais c'est incontestablement Léon Dufour qui a produit les travaux les plus complets sur cette matière.

Nous ne pouvons rapporter ici la longue série des travaux spéciaux sur les insectes, des faunes entomologiques, des monographies, etc., le nombre en est immense. Nous nous contenterons d'ajouter que c'est à notre époque qu'appartiennent les applications de l'entomologie à l'agriculture, et que les noms d'Audouin, de Ratzeburg, de Guérin-Méneville, de Nœrdlinger, etc., se rattachent brillamment à cette étude si utile.

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Depuis soixante ans environ, les voyages se sont tellement multipliés dans toutes les parties du monde, et ont fourni une telle quantité d'insectes aux collections des divers musées de l'Europe et même à celles de riches amateurs, qu'il est devenu impossible à un seul homme de faire un inventaire complet des représentants connus de la classe des insectes, ou même des représentants d'un seul ordre de cette classe; quelques-uns l'ont tenté, et y ont renoncé. Il faut donc se contenter aujourd'hui des faunes spéciales, des monographies ou des catalogues pour la détermination et la classification des insectes. Nous avons indiqué dans la Bibliographie les ouvrages les plus récents et les plus utiles à consulter.

TABLEAU DE LA CLASSIFICATION

ORDRE DES ORTHOPT|ÈRES

COUREDRS (Cursoria).

Fam. : Forficuliens .

Genre : Forficula . . .

— auricularia

— minor Genre : Forficesila .

— gigantea

— americana

— longissima Genre : Chelidura ....

Fam. : Blattiens . . . .

Genre : Blatta

— germanica .

— lapponica .

Genre : Kakerlac ....

— orientalis .

— americana .

Genre : Polyphaga ....

— segyptiaca Genre : Polyzosteria . . .

Genre : Polyzosteria cuprea ... 1 5

Fam. : Mantiens 16

Tribu : Éremophilides 17

Genre : Eremophila 11

Tribu : Mantides 17

Genre ; Mantis ij

— religiosa .... 17

— oratoria ig

Genre : Thespis i g

— purpurascens . . 19

— Xiphias .... 19 Genre : Harpax ig

— ocellaria .... 20 Genre : Deroplatys 20

— dessiccata. . . 20

Tribu : Empusides 20

Genre : Empusa 20

— pauperata ... 20 Genre : Phyllocrania 21

— paradoxa . . 21

TABLEAU DE LA CLASSIFICATION

Fam. : Phasmiens

Genre : Cyphocrana . .

— Goliath

— Encelade; Genre : Bacteria ....

— phyllina .

Genre : Bacillus ....

— Rossii

— granulatus Genre : Eurycantha. . .

— horrida

— Tyrrhœa Genre : Phasma ....

— bioculatum — ■ Zeuxis.

Genre : Phyllium . . .

— siccifolium

— Scythe .

SAUTEURS (Saltatoi

Fam. :

Tribu :

Genre :

Tribu :

Genre :

Genre :

Genre :

Tribu Genre

Genre

Genre

Genre

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