‹ Les inséparables; comédieChapitre 26 sur 38 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CÉCILE, puis LEROY-GRANGER.

CÉCILE, seule.

Comme les heures passent, quand on est heureuse ! Voilà quinze jours que M. Ducourtial est mon fiancé, quinze jours que Gaston nous a délivrés de sa présence... Ce qu'il faisait une tête, Gaston! Ce que j'ai ri ce jour-là! Voilà donc quinze jours que ces événements sont arrivés, et il me semble que c'était hier ! (Cn temps.) Il y a cependant quelque chose qui m'ennuie. Depuis lundi, papa et maman paraissent inquiets ; ils se passent et se râpassent incessamment une lettre de je ne sais qui ; ils se parlent tout bas !.... De plus, ils paraissent moins aimables avec M, D'icourtial.... Qu'est-ce qu'il peut y avoir ?

LERO Y-GR AN GER, entrant, une lettre à la main.

Ma chère enffint, voici la lettre que j'ai reçue avant hier matin de mon vieil ami Livernot. en réponse à celle que je lui adressais pour lui annoncer ton prochain mariage avec monsieur Ducourtial. J'avais voulu qu'il en fut averti le premier. Un ami pareil ! Écoute ce qu'il me dit: « Mon cher vieux, j'ai reçu ta lettre à Paris, où je suis toujours bien patraque ; mon estomac va de mal en pis ; j'ai des névralgies

atroces... » (Parlé.) Tout cela nous est indifTérent, passons! (Lisant.) «Tu m'annonces, sous le sceau du secret, le mariage de ta fille avec M. Ducourtial, en villégiature au Bois-Mouchet, depuis environ un mois. Permets-moi de te donner un conseil : romps au plus vite, s'il en est temps encore. Cet individu est un faiseur de la pire espèce. Il t'a dit qu'il gagnait de l'argent au Palais, c'est faux; il n'y va jamais... au Palais ! Par exemple, ce qu'il ne t"a pas dit, c'est qa'il était criblé de dettes, de grosses dettes, contractées pour soutenir le train d'existence, nécessaire à ses liantes visées, et qu'une part appréciable de la dot de sa femme y passera. Je tiens tous ces détails de son père lui-même, un fort brave homme qui, du reste, est brouillé avec son fils. >> (Parlé.) C'est tout, mais ça suffit. Conclusion : Monsieur Ducourtial nous a tous trompés ; il ne gagne pas d'argent; il a des dettes. Donc, et c'est aussi lavis de ta mère avec qui je ne cesse de causer de tout cela depuis deux jours... tu ne peux pas l'épouser.

CÉCILE, pleurant.

Papa !

LEROY -ORANGER

Voyons... ne pleure pas... puisque je te disque c'est impossible ! Tu sais bien que généralement je ne cherche pas à te faire de la peine. Cécile !... Cécile!... Ah ! que c'est agaçant ! Ta mère aurait bien pu se charger de la commissiini !... 11 faut ([ue ce soit moi qui fasse touL ici !

CÉCILE, à travers ses larme?.

Tant pis ; je féijonserai toiii de môme... Kt puis, imuisieui' Livei'not doi^ se tromper.

LEROY-On ANOER.

Liveriiut ! .laïuais.

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