SCENE XIII
SAINT- ANGE, un peu à l'écart , LEBON.
LEBON , à part en entrant.
Je suis tranquille; il est là à causer avec sa future. C'est un digne jeune homme. • . Il m'a fait prendre le café et la liqueur j et j'ai gardé trois morceaux de sucre pour madame Lebon , qui n'est point insensible aux douceurs. . . . Mais, quand j'y pense... celte pauvre chère demoiselle qui voulait absolument me confier son écria . . ( Apercevant Saint- Ange qui s'approche. ) Voyons maintenant, monsieur, qu'y a-t-il pour votre service?
SAINT-ANGE
Ne connaissez-vous pas M. Durand?
LEBON
Monsieur Duraud , le négociant?... Oui, monsieur.
SAINTT-ANGE.
N'est-ce pas à lui qu'Edouard a souscrit une lettre de change ?
LEBON , à part.
Une lettre de change , . . ( Haut. ) Oserai-je vous demander, avant tout, pourquoi ces questions?
SAINT-ANGE
Plus bas, monsieur... Il est important qu'Edouard
n'ait plus de dettes ... Et s'il avait encore quelques billet* de par le monde, nous voudrions , en secret, et sans l'en prévenir, les retirer de la circulation.
LEBON
En secret?. . .
SAINT- ANGE
Oui , monsieur.
lebon , à part.
Un rival ! . . . ça ne me paraît pas naturel j et je crois» mon ami Lebon, qu'il faut ici jouer serré... ( Haut. ) Monsieur. . . monsieur Edouard n'a pas de dettes. . . Du moins à ma connaissance.
SAINT-ANGE
Eb bien ! . . . j'en suis fâché ; car j'aurais donné tout au monde pour trouver de lui un seul billet au porteur.
LEBON
Que dites-vous , monsieur ? . . . vous donneriez tout au monde.
Sans doute.
LEBON
Voilà qui est différent; et il y aurait peut-être moyen de s'entendre . . . Combien donneriez-vous ?
SAINT-ANGE
Hein î . . . qu'est-ce que cela signifie ? est-ce que vous auriez ... ?
LEBON
Il ne s'agit pas de cela ; combien donneriez-vous pour avoir entre les mains une lettre de change ?
SAINT-ANGE
Mais,. . . quitte à me faire rembourser plus tard,. . . j'en paierais d'abord le montant.
LEBON
C'est-à-dire que vous la prendriez au prix, coûtant;... ce n'est pas assez:. . . le papier de M. Edouard est trèsrecberché 3 mainlenanl , surtout qu il est rare sur la
place , . . . et j'ai là un effet de lui de mille écus , que je ne donnerais pas pour le double.
SAINT-ANGE
Vous , monsieur ! n'êtes-vous pas l'ami d'Edouard ?
LEBON
Moi , monsieur ! . . . pas plus que vous.
Je comprends alors : . . . vous êtes un créancier ; . . . vous êtes ce monsieur Durand.
LEBON
Peut-être bien.
SAINT-ANGE
Porteur d'une lettre de change.
LEBON
C'est vrai.
SAINT-ANGE
Et pourquoi ne vous présentez- vous pas ?
LRBON.
Si je ne veux pas.
SAINT-ANGE
Vous seriez payé.
LEBON
Je n'y tiens pas.
SAINT-ANGE
Ce n'est pas croyable ! ... et quels sont vos motifs ?
LEBON
Tenez , monsieur , ne cherchons point à pénétrer nos secrets : vous avez vos raisons : j'ai les niienucs. . . Autant que je puis m'y connaître, vous faites uue bonne affaire, et moi aussi : . . . voyez donc si ca vous convient : . . . deux mille écus , sur-le-champ : c'est à prendre ou à laisser.
Y pensez-vous ! . . . un pareil prix ! . . . [A part. ) C'est un Arabe que cet homme-là. [Haut ) Me forcer à acheter six mille francs une lettre de change , dont, après tout, je ne pourrai jamais toucher que mille écus : , . . c'est trois mille francs que j'y mets de ma poche.
LEBON
C'est juste ; mais si cela vous en fait gagner trente fois autant, . . . si cela vous délivre d'uu rival.
SAINT-ANGE
Que dites-vous ?
LEBON
Qu'il n'y a peut-être plus que celui-là en circulation j . . . outre qui! est orné de tous ses accessoires : . . . protêt , jugement, signification ; et puis il est passé en blanc.
SAINT-ANGE
Cest bien quelque chose.
LEBON
Air : d'Ambroise.
Ce billet, vous pouvez m'en croire , Est sur-le-champ exécutoire, En le donnant à quelque huissier , Qui connaisse bien son métier.
SAINT- ANGE
Oui , pour com aincre le beau-père .
11 n'est pas de meilleurs moyens ?
( lîas à Lebon.) Si j'étais bien sur du mystère.
Vos secrets sont aussi les miens.
SAINT -ANGE
Eh bien ! terminons cette affaire.
( Il donne des billets de banque quil tire de son porte-feuille , et prend la lettrée de change. ) Ah ! je la tiens !
LEBON
Ah! je les tiens.
C'est, je crois, une bonne affaire.