SCENE PREMIERE
SAINT-ANGE, entrant par le fond , M. DE VERNEUIL, sortant de son appartement.
M. DE VERNEUIL
Eli ï bonjour, mon cher St-Auge. . . vous voilà donc de retour? . . Depuis unmois j'ai envoyé au moins quatre ou cinq fois chez vous.
SAINT-ANGE
J'ai trouvé vos lettres en arrivant , et j'accours . . . désolé de vous avoir fait attendre . . . Mais j'étais à Strasbourg pour un héritage que je rapporte. . . un grand parent qui s'est avisé de mourir.
M. DE VERNEUIL
Moi, pendant ce tems, je mariais ma fille à Edouard > mon pupille.
SAINT -ANGE , à pari.
Ah ! mon Dieu !. . ( Haut. ) Un charmant cavalier. . . Mn jeune militaire. . . qui vaut soupesant d'or.
M. DE VERNEUIL
Heureusement qu'il n'a pas cette valeur-là. . . car il se
serait dépense lui-même, ou il se serait mis en gage, pour le moins . . . C'est un garçon qui a un cœur excellent , mille qualités aimables. Du côté de la fortune, il a, en Amérique , un oncle immensément riche , dont il héritera un jour, et par lui-même déjà un fort joli patrimoine; car c'est moi qui étais son tuteur. . . Mais il ne connaît pas le prix de l'argent ; il le dépense à pleines mains ... Il prête h. tout le monde, et il a surtout une facilité à signer de» lettres de change. . . Enfin tout cela méfait trembler pour le bonheur de ma fille , et surtout pour sa dot.
Cependaut , vous n'avez consenti à cette union qu'après avoir mûrement réfléchi.
M. DE VERNEUIL
Mais non, je n'ai pas eu le tems . . . Ces enfans s'aimaient, s'adoraient ; ils se sont jetés à mes pieds en pleurant.
Air : De sommeiller encor, ma chère.
Que voulez-vous que je vous dise ?
Mon cher, c'est un consentement Qui fut enlevé de surprise Et surtout d'attendrissement.
De mon cœur je ne suis pas maître, Jadis , quand ma femme pleurait, Je cédais... ma fille peut-être Aura retenu son secret ; Mon ami , ma fille peut-être Aura retenu son secret.
Edouard a juré qu'il n'avait plus de dettes , et qu'il n'en ferait plus. . . que tout était payé. . . JeFai cru sur parole : mais il me reste encore quelques doutes ; et c'est pour les éciaircir que je désirais vous voir , parce qu'entre jeunes gens , on sait toujours . . .
SAINT-ANGE
Monsieur , je ne connais M. Edouard que pour l'avoir vu quelquefois chez vous, et je n'ai que du bien à en dire.
M. DE VERNEUIL
Oui, oui. . „ c'est une connaissance à vous. . . mais moi,
je suis voire ami : vous êtes un brave jeune homme, et vous ne voudrez point tromper la confiance d'un père de famille. . . Je n'ai pas besoin de vous dire que depuis quelque t< ma je m'étais aperçu de votre amour pour ma fille. . . et que si je n'avais écouté que mon poût particulier et la raison , c est vous que j'aurais préféré.
SAINT- ANGE
Il se pourrait.'
M. DE YER>*EUIL
Mais vous vous avisez départir pour Strasbourg . . .
SAINT- ANGE
Je secs tout ce que j'ai perdu. . . mais enfin, monsieur, votre parole est donnée.
M. DE VERNEUIL
Conditionnellement ... Ce soir , nous nous marions à la municipalité, et à minuit à l'église. . . Mais si d'ici là je découvre qu'Edouard a une seule lettre de change , un seul effet non acquitté. . tout est rompu. . . Ce sont nos conventions: et il n'aura rien à dire.
SAINT-ANGE
Certainement... Mais qui peut vous faire présumer qu'Edouard s'exposerait à un pareil danger?
M. DE VERNEUIL
Je ne sais ; mais sa conduite n'est pas claire . . . D'abord, hier de toute la journée nous ne l'avons p?s vu . . Aujourd'hui même. . . voilà midi ; le jour de son mariage. . iL n'est pas encore ici . . .
SAINT-ANGE , à part.
Allons, le beau-père à raison. . . il y a quelque chose làdessous ; et je ne perds pas tout espoir.