TOUS
Dieu !... quel ami !
M. DE VERNEUIL
Et où vous ètes-vous donc connus ?
EDOUARD
A l'armée ! . . . il n'a pas un air bien guerrier -, . . . au contraire , . . . et cependant , tel que vous le voyez , c'est un gaillard qui , à lui tout seul , aurait arrêté tout un régiment [à part) en détail. . . Comme il était plus âgé que moi , il s'était établi mon guide, mon mentor ; . . . et je me laissais conduire par lui. . . {Riant. ) N'est-il par vrai ?. . avec une facilité . . .
LEE ON , saluant.
Monsieur , . . . monsieur, c'ctait mon devoir.
Oui , . . . le devoir de l'amitié ; . . . car il ne peut vivre sans moi , ... il ne me quitte jamais ; ... au régiment on nous appelait les inséparables.
M. DE VERNEUIL , à Lebon.
Monsieur , les amis de mon gendre seront toujours bien reçus chez nous. . . ( A Edouard. ) Mais tu ne nous dis pas pourquoi hier tu t'es absenté.
EDOUARD, montrant Lebon.
Demandez-lui , ... il vous le dira 5 . . . c'est à cause de lui.. . ( Bas.) Une aventure très-désagréable , où je lui étais nécessaire 5 . . . mas ce n'est pas mon s erct , c'est le sien ; . . . et je vous demanderai la permission de ne pas vous en dire davantage.
AMÉLIE
Je vois en effet que vois avez pour lui une bien grande amitié , puisqu'hicr tout le jour vous m'avez sacriliée à lui.
EDOUARD
Je vous jure que je ne pouvais pas faire autrement; . . . après les services qu'il m'a rendus.
M. DE VERNEUIL
Et quels services, s'il vous plaît?
EDOUARD
C'était autrefois à l'armée ; . . . dans une grande affaire»
M. DE VERNEUIL
En Allemagne ? . . .
Non, c'était une affaire contre des Anglais; . . . j'avais été fait prisonnier , et sans lui j'y serais encore. . . . Sans lui , chère Amélie , je ne pourrais pas jouir aujourd'hui du bonheur qui m'attend.
AMÉLIE
Allons , s'il en est ainsi , je lui pardonne.
( Elle sort. )
M, DE VERNEUIL
Mais nous avons à parler d'affaires , ... et j'aurais deux mots à te dire en particulier.
EDOUARD
Très-volontiers.
M. DE VERNEUIL
C'est au sujet de la dot.
Edouard , à part.
Quel bonheur ! il va me la donner .... et je vais envoyer au diable mon ami intime.
M. DE VERNEUIL
Tu m as promis que tu ne ferais plus de dettes.
EDOUARD
Et je tiendrai parole , je vous le jure.
M. DE VERNEUIL
Alors , les conditions que je vais te proposer ne doivent point t' effrayer.
Parlez , . . » tout ce que vous voudrez.
M. DE VERNEUIL
Sans compter la succession de ton oncle Antoine , qui est à la Guadeloupe, tu as 200,000 francs de fortune. .. (Apercevant Lebon qui s'approche*} Qu'est-ce qu'a donc ce monsieur ? . . . Il me semble que ton ami intime nous ccaute.
EDOUARD
Lui ! . . . c'est par distraction.
(Il fait signe à Lebon de s'éloigner. )
M. DE VERNEUIL
Tu as 200,000 francs qui sont entre mes mains ;- . . . ma fille t'en apporte autant en mariage : ... je les garde . . .
EDOUARD
Ah ! vous les garderez.
Bï. DE VERNEUIL.
Et je vous en paierai les intérêts ; est-ce que cela te contrarie?
EDOUARD
Moi ! du tout ... ( A part. ) Me voilà bien . . . ( Haut. ) C'est que j'aurais voulu, pour entrer en ménage, quelqu argent comptant.
M. DE VERNEUIL
C'est trop juste ; . . . demain , . . . après- demain , je te paierai le premier quartier ; et alors.. . . (Voyant Lebon qui s'approche d'eux. ) Par exemple ! . . . c'est trop indiscret 5 ... et ton ami ne connaît pas les usages.
Si vraiment ; . . . mais l'intérêt qu'il prend à mes affaires . . . el à tout ce qui me concerne.
LEBON
F.st-ce que vous ne donnez pas la dot à mou ami Edouard?
(AmeCie enffî
M. DE VERNEUIL
Non, monsieur, si vous voulez bien le permettre,... et pour des motifs à moi connus, . . . qii2 je lui expliquerai plus au long, quanti nous serons seuls... Je pense que dans ce moment. . . ces jeunes gens seront bien aises d'être ensemble.
LEBON
Certainement.
H. DE VERNEUIL
Moi , je vais aller in habiller.
LEBON
Vous ferez bien ; . . . moi d'abord je le suis.
M. DE VERNEUIL , à part.
Il n'a pas l'air de comprendre. . . [Il appelle.} Marguerite ! ( Marguerite entre. ) Est-ce que le tailleur n'a pas encore apporté mon habit neuf?
MARGUERITE
Non , monsieur.
Je ne sais pas h quoi il pense. . . C'était un habit pour assister à la noce.
MARGUERITE
Eh! monsieur, soyez tranquille. ( Regardant l'habit de Lebon. ) Il y sera. . . à la noce.
M. DE VERNEUIL
En attendant, je vais en mettre un autre. ( A Lebon. ) Monsieur, je suis à vous. . . Si vous voulez passer dans le salon . . .
LEBON
Vous êtes bien bon.
M. DE VERNEUIL
Vous y trouverez de la société.
lebon, montrant Edouard.
Celle de mon ami me suffit.
(ai )
M. de VERNEUIL, bas à Edouard.
Alors j j'y renonce.
Air : Amis , voici la riante semaine
Je fais en vain mes efforts pour qu'il sorte ; Un tel ami devient très-importun.
EDOUARD
Moi , je m'en charge... et puis d'ailleurs , qu'importe! Vous savez bien que nous ne faisons qu'un.
Que diras- tu , d'après ce beau système , Lorsque ta femme aura reçu ta foi , Qu'elle sera comme un autre toi-même , Si ce monsieur ne fait qu'un avec toi ?
( 2/ entre dans L'appartement à droite. )