CHAPITRE IX
Le pape Paul II était d'une humeur bien différente de celle de ses prédécesseurs; d'origine vénitienne, car sa mère était une Condulmer, il unissait à une grande hauteur, à une ferme volonté, une extrême condescendance envers le peuple. Il ne lui répugnait pas d'être craint et son énergie alla parfois jusqu'à la cruauté surtout quand il eut affaire aux puissants, mais il voulait en même temps être aimé.
Quand il monta sur le trône pontifical, l'anarchie régnait dans la ville et aux alentours car les papes précédents et surtout Pie II s'étaient montrés plus occupés de Belles/ Lettres ou du soin de préparer une nouvelle croisade que soucieux d'administrer leurs États; les crimes se multipliaient, le brigandage sévissait, les barons se faisaient la guerre jusque dans la ville, et la population pâtissait durement. Paul II, par des mesures rigoureuses, rétablit momentanément la sécurité. Sa sollicitude envers ses sujets se manifesta d'autre façon encore; il fit nettoyer les rues, curer les égouts, visiter les aqueducs afin d'empêcher le retour de la peste et de mette un terme aux épidémies qui devenaient déplus en plus meurtrières; pour amuser la foule il donna au carnaval dès la première année de son avènement, un éclat qu'il n'avait jamais eu ; durant sept jours, les Romains jouirent du spectacle
de courses, de divertissements tels qu'on n'en voyait pas même à Venise.
Même en témoignage de sa bienveillance à l'égard du peuple romain et de son désir de lui complaire, il lui décerna la Rose d'Or que le Saint-Siège attribue chaque année à qui a bien mérité de lui ^
Il lui parut utile aussi de transformer l'organisation judiciaire dont la complication était pour les gens de petite condition en particulier une source d'embarras, de vexations et de frais excessifs; ils obtenaient rarement justice et toujours à haut prix. C'est pourquoi, en l'année 1469, par conséquent dans la cinquième année de son pontificat, le pape décida de faire reviser les statuts afin d'en rendre, dit-il, l'application moins compliquée et d'en mettre le texte en accord avec les dispositions qui avaient été édictées depuis sa rédaction.
Mais si cette raison fut la seule qu'il mit en avant, il est permis de supposer que la crainte de voir le peuple prêter son appui à des agitateurs tels que Pomponio Leto et Platina qui venaient d'ébaucher fort malhabilement d'ailleurs une conspiration dans le goût de celle du chevalier Porcari (1468), ne fut point étrangère à sa détermination ; d'autre part, les mots : « populariter edicta » que le pape applique aux anciens statuts dans le bref où il en annonce la revision, marquent assez, ce semble, son sentiment à leur égard. Accoutumé à la forte discipline du gouvernement vénitien, il ne pouvait que difficilement supporter l'allure démocratique de la
I. Pastor, t. IV, liv. VI ; Gregorovius, t. VII, chap. III ; Vito, La Mantia; Camillo Re, Statuti délia Città di Roma\ Cannensius, Vita Pauli II, Pont, Max.
Si
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l66 LES INSTITUTIONS COMMUNALES DE ROME
constitution que s*était donnée le peuple romain dans un temps où la papauté en exil n'avait qu'un semblant d'autorité à Rome et, s'il consentit à accueillir certains des griefs populaires qui lui paraissaient justifiés, il entendait bien, en compensation, profiter de l'occasion pour établir plus solidement les droits du Saint Siège '.
Dans la commission nombreuse nommée par le pape pour procéder au travail de revision ne figurait, il est vrai, qu'un seul ecclésiastique; elle comprenait les trois conservateurs qui représentaient par une rencontre apparemment fortuite, les trois quartiers caractéristiques de la ville, l'Arenula, le quartier pauvre, le Campomarzo, le quartier commerçant, le Transtévère comprenant le Borgo, le quartier pieux; à côté d'eux, siégeaient le prieur des caporioniy le lieutenant du sénateur qui était alors Francesco Aringhieri de Sienne, les docteurs Joachino de Narni, avocat du sacré Consistoire, Pietro Mellini, Lorenzo Petroni, Giovanni Salomonio de Alberteschi, Antonio Simeone, ces deux derniers procurateurs auprès de la Curie du Capitole. Le seul représentant de l'Église désigné pour participer aux travaux de la commission, était l'évèque de Ferentino que le pape affectionnait tout particulièrement ^ Toutefois, les articles controversés devaient être déférés à une commission composée celle-
1 . Voir ce qui est dit plus loin, touchant le sénateur et l'étrange omission, dans le texte imprimé tout au moins, des dispositions relatives à l'élection des magistrats.
2. Le texte dit : Farense; Ferentino s'est, en effet, écrit souvent Farenlino (Eubel, Gerarch. Eccl.). Il s'agit donc de Andréa Lorenzi, évêque de 1453 ^ MÇS; à la mort du patriarche de Venise, Paul II lui confia, à titre provisoire il est vrai, l'administration du diocèse. Lorenzi était vicaire du cardinal Marco Barbo, neveu du pape (Moroni, Dii. d'Eriid.yi. Lxxxii, p. 131).
là uniquement d'ecclésiastiques parmi lesquels les évèques de Feltre, de Tarragone, d'Urbin ' ; le protonotaire apostolique leur fut adjoint. Il semble qu'à Pietro Mellini ^ revint la charge de conduire les débats et l'honneur de leur prompte conclusion . Le conseil de la ville et ensuite le parlement populaire ratifièrent la nouvelle constitution à laquelle le souverain pontife accorda sa sanction par la bulle du 23 septembre 1469'.
Ce n'était point, à proprement parler un corps de statuts entièrement refondu, renouvelé, que les reviseurs offraient au peuple romain, bien qu'ils s'en vantent dans le proème de leur compilation, mais plutôt, comme ils le reconnaissent dans un autre passage, des statuts mis au net, corrigés, expurgés des contradictions que contenait l'ancien texte, ainsi que des prescriptions tombées en désuétude, augmentés aussi de quelques dispositions nouvelles et des modifications apportées par les souverains pontifes. On conserva la division en trois livres, dont le dernier plus spécialement consacré dans son commencement à l'organisation municipale 4.
1. Angelo Faseolo, évêque de 1464 à 1488; Petrus de Urrea, évêque de 1446 à 1489 ; Giov. B. Mellini, évêque de 1468 à 1478, cardinal en
2. Ce même Pietro Mellini, après avoir occupé plusieurs charges publiques, était encore chancelier du peuple en 1524. Le pape s'occupait alors de lui faire rembourser par la ville de Naples une somme d'argent {Aichiv. Seg. Vat.y arm. xxxx, vol. VIII, fol. 474.) Sixte IV, réduit aux derniers expédients, lui avait remis naguère, en nantissement d'une avance de fonds, le « Registre des Bulles ». Cette avance, qui était de mille florins, ne fut remboursée qu'en 1482 (Pastor, t. IV, 591).