‹ Les institutions de TaulerChapitre 2 sur 34 · AVERTISSEMENT. VII · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT. VII

II a d'abord tres bien remarqu6, avec toutes les plus grandes lumieres de I'figlise, que rhomme n'a point de plus redoutable ennemi que lui-meme; qu'il est son propre tentateur; qu'il prend plaisir a s'aveugier pour se Jeter avec plus de hardiesse dans le precipice; et qu'ainsi le premier conseil, le plus salutaire qu'on lui puisse doiiner, c'est de faire un saint divorce avec lui-m6me, d'exciter en son coeur une parfaite aversion de tous les desirs de la nature corrompue, et de I'obliger a se renoncer entierement. C'est pourquoi il a etabli sur les ruines et sur I'aneantissement de la volonte propre, comme sur un fondement inebranlable, ce grand edifice des vertus auquel il desire que riiomme nouveau travaille pendant son exil sur la terre.

II recommande partout ce degagement et cette abnegation ; il invite, il exhorte, il sollicite, et onpeut lui appliquerceque saint Paulin dit dans une leltre qu'il ecrit a Severe ; Totus labor et plenum opus in expoliatione cordis est. — Tout noire travail et noire grand ouvrage consiste a depouiller noire coeur de ses affections.

Till AVERTISSEMENT.

II n'a fait en cela que suivre les sentiments du grand saint Gregoire, qui nous apprend : Qu'autant la vertu prend en nous chaque jour son accroissement de I'esprit de Dieu, autant le notre diminue et s'affaiblit, et que notre avancement en Dieu n'arrive a sa perfection que par la ruine entiere de notre vieil homme. Mais comme I'amour-propre qui nous attache a nos inclinaisons nous rend penible la separation de nous-m^mes, sans laquelle nous ne pouvons nous unir parfaitement a Dieu, et que nous ne pouvons, dans la vie de la grSce, mourir aux charmes et aux attraits de la nature que par une espece de martyre spirituelqui, biensouvent, u'est pas moins sensible que celui qui tend a separer I'Sme d'avec le corps dans la vie naturelle, il a fallu nous y accoutumer peu a peu; il a fallu nous apprendre a mourir sans cesse en esprit, comme nous mourons a chaque moment dans le corps, suivant la remarque d'un ancien; et il a et6 necessaire dfi nous former, par une conduite sage et judicieuse, ^ une chose que saint Basile luim6me a regard6e comme tr6s difficile : car I'abn^gation de soi-m6me, dit ce Pere, n'est

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