BIBLIOTHÈQUES DES FABRIQUES ET DES COMMUNES
Réduits à la loi de 1841, si peu efficace par ellemême, les fabricants de Mulhouse lui ont prêté par leur concours l'efficacité qu'elle ne possédait pas. Bien que n'ayant pas à craindre qu'on pût constater les contraventions à la loi, puisque en somme personne n'avait le droit de le faire, ils l'ont appliquée en général avec une religion qui malheureusement a trop souvent fait défaut ailleurs. Les enfants du Haut- Rhin, en entrant dans les fabriques, ne sont pas obligés de renoncer à toute instruction. Tout au contraire, la plupart des patrons exigent rigoureusement qu'ils suivent avec régularité les cours de l'école primaire, et pour que les familles n'aient pas à souffrir de la diminution du travail de l'enfant, presque partout on lui compte comme travail effectif le temps passé à Técole. Ainsi, il reçoit un salaire pour apprendre à lire, et il faut bien le dire, c'est le seul
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enseignement qu'on puisse appeler véritablement gratuit pour des gens qui ont besoin pour vivre des quelques sous qui servent à rémunérer le travail de leurs enfants. Dans toutes les manufactures isolées ou dont l'éloignement aurait fait perdre trop de temps aux enfants qui auraient dû se rendre p-ux écoles communales, on a établi des écoles dans la manufacture elle-même, et l'instituteur est payé par le fabricant. Afin de mieux assurer le succès de cette combinaison, quelques-uns exigent de tout ouvrier qui vient demander du travail l'engagement d'envoyer ses enfants à l'école. Si cette mesure était générale, l'ignorance disparaîtrait bientôt de Mulhouse. Malheureusement il se trouve encore quelques hommes qui ne comprennent pas assez Tutilité de cette entente, et dont Tindifférence suffît, sinon à paralyser, du moins à gêner dans une certaine mesure les efforts des autres.
Cependant le mouvement se propage. L'école communale de Mulhouse est la plus considérable peut-^ être de toute la France. Mais quoique les bâtiments puissent contenir près de trois mille enfants, elle ne suffit plus aux besoins de la population. Le maire de la ville, dont le concours est depuis longtemps assuré à tous les efforts en faveur de l'instruction de la population ouvrière, s'occupe activement depuis quelques années de lui ajouter des succursales dans les prinçip9.ux quartier^ de la ville.
L'établissement, plaeé sous la direction habile et dévouée de M. Riss, comprend aujourd'hui :
r Une École de garçons;
2** Une École de filles;
3** Une École spéciale de filles.
A rÉcole des garçons, le programme des études est calculé et arrangé pour upe fréquentation de 7 années, dont les 3 premières comprennent l'enseignement purement élémentaire^ les 2 suivantes ua enseignement intermédiaire préparant les élèves au l'enseignement primaire supérieur qui comprend les 2 dernières années. — Même organisation pour TÉcole des filles où la durée de la fréquentation est d© 6 années, et de 8 années en comprenant l'École spéciale. Cette dernière diffère de là première en ce qu© l'enseignement, donné par des maîtres, y est plus étendu, que les élèves paient une rétribution plus élevée (4, 6 et 8 fr. par mois), et qu'il n'y est accordé de bourses que par exception.
Les classes sont désignées à l'inverse des collèges : la première est fréquentée par les enfants les plus jeunes et les plus faibles.
Jusqu'en automne 1860, les 3 Écoles étaient réunies (sexes séparés) dans le même enclos. — Mais depuis celte époque on a créé une première École de quartier (chaussée de Dornach); en 1863, on en a ouvert une seconde rue Saint-Michel; enfin en 1865 une troisième, rue Kœchlin *. Tous ces établissements
1. Cette école, seule composée de deux bâtiments, logement pour un instituteur et pour un portier, 2 vastes cours , a coûté 100 000 fr. Elle loge déjà dans 8 salles près de 500 élèves.
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sont placés sous la même direction; tous sont soumis au même règlement, aux mêmes méthodes d'enseignement, et ont les mêmes livres. D'ailleurs les enfants qui suivent les Écoles de quartier n'y restent que 3 ans au plus; dès qu'ils arrivent en quatrième, ils viennent se réunir à leurs condisciples de l'École primaire centrale.
Au 15 décembre 1865, le nombre total des enfants fréquentant les Écoles primaires communales était ainsi réparti :
Garçons 2146 \
Filles. . .•. 1340 1 ^^^^
Par cultes, les enfants sont répartis comme suit :
Catholiques : Garçons 1484
— Pilles 694
Protestants : Garçons 537
— Pilles 525
Israélites : Garçons 125
— Pilles 121
Le nombre des enfants à l'École primaire centrale
est de 2428 :
1414 garçons, 1014 filles.
Aux Écoles de quartier, 1 058 :
732 garçons, 326 filles.
En raison du grand nombre d'enfants, chaque
1. Sept à huit cents filles catholiques fréquentent une école libre de Sœurs de la Providence, établie à Mulhouse depuis plus de 30 ans.
classe est subdivisée en plus ou moins de sections Chaque section, logée dans une salle séparée, est confiée à la direction d'un maître ou d'une maîtresse. — Les 1414 garçons de TÉcole centrale occupent 21 salles. Le nombre total des sections de classes est de 59.
Cette centralisation de tous les enfant», ou d'un grand nombre d'enfants dans un même établissement et sous une même direction offre divers avantages dont le principal consiste en ce que chaque classe^ comme chaque section, n'étant fréquentée que par des élèves de même forecy et généralement de même âge, tous prennent part aux mêmes leçons, et reçoivent pendant toute Tannée le même enseignement donné directement par le même maître suivant le mode simultané pur, c'est-à-dif'e sans l'intermédiaire d'aucun moniteur. Dès lors, il n'y a pour les élèves aucune perte de temps ) une leçon succède à une autre et le même maître peut, au besoin, diriger sans inconvénient une classe homogène de 75 élèves. Dès que ce nombre est sensiblement dépassé dans toutes, lôs sections d^une classe, on crée une section de plus.
Tous les maîtres et maîtresses sont brevetés, la plupart pour l'enseignement pdmaife supérieur; il y a dans le nombre 4 bacheliers et 1 licencié. Le nombre total des maîtres est de 37, celui des maîtresses de 30, plus 1 directeur et 1 sous-directeur; total 69.
L'enseignement est gradué et distribué de manière
à ce que les enfants possèdent un ensemble de connaissances en quittant après la fréquentation d'une classe quelconque^ à Texception de la première et de la seconde où^ en raison du jeune âge desenfants^ les connaissances acquises seraient insuffisantes si l'enfant cessait totalement de fréquenter les Écoles.
A la fin de la 3"" année (9-1 ans) les enfants ont reçu l'enseignement rigoureusement élémentaire. C'est^à^ire qu'ils savent lire et écrire couramment en français et en allemand. En français^ ils savent de plus les parties variables du discours^ la conjugaison des verbes auxiliaires et réguliers^ etc« En calcul les quatre règles avec problèmes nombreux.
4*. Orammaise française.-'^ Calcul : quatre règles; système métrique. — Grammaire allemande. — Dessin linéaire (éléments). — Calligraphie. — Géographie du Haut-Rhin. — <;hant.
5'. Grammaire française (syntaxe). — Style. — Calcul : fractions^ r^le de trois, etc. — Grammaire alle*^ mande. **^ Géographie (France et Europe). — Dessin linéaire. — Calligraphie . — Chant .
6" (1" de l'École supérieure). Langue française. — Rédactions. — Histoire de France. — Arithmétique : rapports^ proportions, racines carrées. — Géométrie plane. — Physique : éléments. — Dessin hnéaire et d'ornement, — Calligraphie. — Langue allemande (rédaction). — Chant.
7* (2* supérieure). Grammaire française. — Rédaction. — Histoire de France. — Géographie. — Arithmétique : racines cubiques, logarithmes. — Géométrie
âtfÔ INSTITOTIONS OUVRIÈRES DE MULHOUSE.
dans l'espace. — Chimie (éléments). — Tenue des livres. — Dessin linéaire et d'ornement. — Langue allemande. — Chant.
Un maître de gymnastique est depuis deux ans attaché à l'établissement. L appareil gymnastique est complet^ et les garçons, reçoivent depuis la 4% deux leçons de gymnase par semaine^ soit avant soit après les heures de classes.
L'enseignement ci -dessus est donné également dans les classes correspondantes des filles ^ mais approprié à leurs besoins : on ne leur enseigne ni la géométrie ni le dessin linéaire. — L'histoire n'est enseignée que dans les classes spéciales.
La tenue des livres est conservée dans la dernière année des deux Écoles.
Les élèves de l'École spéciale reçoivent dès la 6* et pendant trois ans^ des leçons d'anglais et de dessin • de figure, d'ornement, de paysage, etc. — En 8*, où les élèves passent souvent deux années, quelquefois plus, il y a des cours de littérature française et allemande.
Bien qu'à l'École spéciale l'enseignement ne soit donné qu'au point de vue d'une éducation intellectuelle générale, les élèves qui se présentent, selon leur âge, six mois ou un an après leur sortie de l'École devant la commission d'examen pour l'instruction primaire, obtiennent généralement le brevet de capacité complet, et souvent avec plusieurs branches facultatives.
Il reste à parler du cours méthodique d'ouvrages
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qui se donne dans les deux Écoles de filles dès la première année et se continue dans toutes les classes. Ce cours comprend tous les genres de tricot et de couture, raccommodage, broderie, etc , travaux d'agrément et de fantaisie, qui sont chaque année exposés pendant trois jours dans une grande salle où les parents et le public sont admis.
Depuis 1857, ces cours ont reçu toutes les améliorations et tous les perfectionnements dont ils sont susceptibles.
La rétribution scolaire et mensuelle est de 2 fr. pour les r% 2* et 3* classes; de 3 fr. depuis la 4% plus 20 c, pour les fournitures. Très-peu d'élèves payent la rétribution en totalité. L'administration municipale a pour principe qu'aucun père de famille ne doit être imposé pour l'instruction de ses enfants au delà de ses moyens; elle accorde en conséquence des bourses ou portions de bourse à toutes les familles qui, en raison de la modicité de leurs ressources, du nombre de leurs enfants ou autres charges, sont dignes de cette faveur. Il suit de là qu'à Mulhouse les Écoles sont ouvertes à tous les enfants sans distinction, que les parents puissent payer ou non. Et s'il y a ici, comme dans tous les centres industriels, beaucoup d'enfants qui ne les fréquentent pas assez longtemps, la responsabilité ne saurait remonter à l'administration.
Au mois de décembre dernier, 683 enfants seulement (et en y comprenant les classes spéciales qui ont peu d'élèves gratuits) ont payé toute la rétribu-
298 lNSTITUTICa9S OUVRIÈRES DE MULHOUSE.
tien; 4 ont payé les 3 quarto; 369 la moitié; 1474 le quart; 117 le 8% et le reste^ plus de 700, joukh sent de la gratuité i^solue ou ne payent que ki fournitures.
Des prix d'honneur^ consistant en liyrete de caisses d'épargnes, pour les filles et les garçons, en étuis de malhémathiques pour les garçons^ ont été institués et fondés depuis de longues années par la Loge maçonnique, en faveur des âèves les plus méritants des hautes classes. Un prix de ce genre a été également fondé par M. de Jancigny, alors sous^préfet de Mulhouse^ aujourd'hui préfet de la Haute- Saônsi qui s'est associé à toutes les œuvres entreprises à Mulhouse.
Le traitement des maîtres varie de 1200 i 2200 fr.) celui des maîtresses de 800 à 1500 fr*, sans accessoires. Les augmentations onVlieu de droit par rang d'ancienneté et facultativement par rang de mérite et sur la proposition du directeur.
Le montant de la dépense pour le personnel seule'ment des Écoles primaires atteint le chiffre d'environ 100000 fr. (Exercice 1865-1866.)
Mais parmi les jeunes gens employés dans les ma^ nufactureS) il y en a beaucoup qui sont étrangers à Mulhouse, et qui y sont venus trop tard pour avoir pu profiter des facilités qui y sont offertes aux parente pour Tinstruction de leurs enfants. Beaucoup d'au'tres) qui ont passé par Técole primaire, resteraient exposés à oublier ce qu'ils y ont appris^ s ils étaient abandonnés à eux-mêmes au sortir de Tenfanee. On
n* PARUE. — LUTTE CONTRE L'IGNORANCE. 299
a écarté ce double danger par rioetitution d'écoles du dimanche et de cours du soir, fondés par des associations particulières. Ces écoles et ces cours sont très'^fféqueûtés, parce qu'on a trouvé le moyen d y intéresser les parents et les enrants, en donnant à ceux-ci^ comme récompenses de l'assiduité et du trayail, des objets utiles^ tels que vêtements^ outils, livrets de caisse d'épargne^ etc.
Depuis un certain nombre d'anfiées, plusieurs manufacturiers ont mis à la disposition de leurs ouvriers des collections de livres qu'ils peuvent emporter pour les lire chez eux. Beaucoup en profitent; mais on re* marque^ sans s en s'étonner^ qu'ils ne lisent guère que les contes et les récits de voyage. Ils ne sont pas
^ encore en état d'aborder des lectures plus sérieuses. 11 faut absolument^ pour qu'ils puissent lire^ qu'ils
. trouvent plaisir à lire. Habitués comme ils le sont à un travail presque purement physique, ils ont peine à suivre des théories et des raisonnements. 11 leur faut des émotions qui les réveillent, des récits qui piquent leur curiosité, et qui les instruisent sans qu'ils s'en doutent. Ce n'est pas à dire qu'il faille écarter des collections destinées aux ouvriers tous les livres sérieux. Quelque restreint que soit le nombre de ceux qui les ouvrent^ il faut qu'ils puissent se les procurer à la bibliothèque commune, car il est bien certain qu'ils ne les achèteront pas. Seulement il importe de ne pas se faire d'illusion à cet égard, et si les fondateurs de bibliothèques populaires tiennent à ce que leurs efforts aillent véritable-
ment à leur adresse^ s'ils veulent réellement répandre le goûl de la lecture parmi la population ouvrière, il faut qu'ils se résignent à commencer par le commencement, c'est-à-dire à lui offrir d'abord des livres plus amusants qu'instructifs, ou tels du moins que l'agrément et l'instruction y soient habilement combinés. Un des meilleurs moyens de répandre l'instruction parmi les ouvriers, sans les effrayer de la tâche de lire des volumes, ce serait de fonder des journaux à cinq centimes qui mêleraient aux récits d'agrément de courts articles sur les points les plus importants de l'économie politique, de l'hygiène, de la législation, des sciences appliquées aux différentes professions, etc. Malheureusement la loi s'y oppose. A force d'«avoir peur des mauvaises doctrines, elle laisse germer et s'invétérer dans les esprits des ouvriers les préjugés les plus absurdes, et les plus dangereux pour eux et pour les autres; par esprit de conservation, par amour de la paix, elle condamne la plus grande partie de la population ouvrière à se considérer comme victime de l'iniquité sociale, et elle entretient soigneusement dans les esprits les idées les plus capables de produire le désespoir et la révolte. Jusqu'à quand durera cette contradiction? c'est ce qu'il n'est pas aisé de prévoir, car les gouvernements ne songent jamais à ces choses-là que le lendemain des bouleversements, et encore n'y songe-t-on pas longtemps. Il est de l'essence des administrations centralisées de préférer à tout le silence, et l'immo-
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bilité à ragitation et à la vie, comme un mécanicien qui s'entêterait à boucher les soupapes de sa chaudière pour empêcher la vapeur de siffler.
En attendant que Tadministration se relâche de sa rigueur à Tégard de la presse populaire, un grand nombre d'hommes intelligents se sont mis à Tœuvre et font d'énergiques efforts pour combattre l'ignorance de leurs ouvriers.
Les bibliothèques particulières^ que plusieurs fa- . bricants avaient mises depuis longtemps à la disposition des employés de leur maison, constituaient nécessairement une sorte de privilège, accessible seulement à quelques-uns. D'ailleurs l'exemple donné par MM. Trapp, J.-J. Bourcart, Adolphe Japy et un petit nombre d'autres chefs d'industrie, n'avait pas trouvé assez d'imitateurs pour que le mal pût être sérieusement combattu par les moyens jusqu'alors employés.
Il fallait rendre les bibliothèques accessibles à un plus grand nombre de lecteurs. Le premier signal du mouvement qui allait se produire est parti d'un petit coin de la France bien ignoré, de Bental, près Tlslesur le-Doubs. C'est là que M. Bretegnier, pasteur protestant, a fondé une revue trimestrielle intitulée : rOrgane des bibliçthèques populaires^ pour en encourager et en faciliter l'établissement. Frappé de cette idée, M. Jean Macé, de Beblenheim, résolut de donner un exemple dont pût profiter toute l'Alsace, et, s'il était possible, la France entière. Au mois de décembre 1862, il établit une bibliothèque publique
dans la petite commune qu'il habite. Cette bibliothèque se composa d'abord de douze volumes , sur le plat desquels il avait fait imprimer en lettres dW: Bibliothèque communale de Beblenhem. Avec ses douze volumes, il s*en alla directement chez le maire; séance tenante, à eux deux, ils choisirent, parmi les habitants de la commune^ ceux dont le concours paraissait d'avance assuré à la nouvelle fondation^ et .la comnaission provisoire de la future bibliothèque communale se trouva constituée.
M. Macé et ses nouveaux collègues se hâtèrent de se mettre en relation avec la Société Franklin^ siégeant à Paris, au Conservatoire des arts et métiers^ et de lui demander son concours en vue d*aider à la fondation de bibliothèques semblables dans les communes voisines.
C'est ainsi que commença la Société des bibliothèques communales du Haut-Rhin. M. Jean Macé, avec une activité et un zèle qu'on ne saurait trop louer, a mis en mouvement toute T Alsace. En quel* ques semaines, il avait recueilli 813 adhésions, qui constituèrent le noyau de Tassociation. Il faut dire aussi qu'il avait partout trouvé des gens tout disposés à accueillir ses ouvertures; car^ dans cet heureux pays, toute idée généreuse et utile est sûre de se faire du premier coup de nombreux partisans. Du moment qu'elle est applicable, et qu'il ne faut pour cela que de lactivité, de l'intelligence et de l'argent, on n a pas à craindre qu'elle ne soit pas appliquée. Le premier à qui M. Jean Macé s'ouvrit de ses projets fut
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M. Engel-Dollfuft^ qui était d'autant mieux en état d'en saisir la portée, qu*il était précisément luimême occupé en ce moment à créer la bibliothèque communale de Dornach. Il s'empresta donc de mettre au service de cette heureuse idée son influence personnelle et ses nombreuses relations de famille et d'amitié avec le monde industriel de Mulhouse et de toute l'Alsace. La presse alsacienne la répandit dans toutes les localités, et presque partout elle rencontra des partisans actifs. ]e trouve danç le rapport de M. J. Macé les noms de ceux qui^ les premiers^ se mirent. à Tœuvre^ et qui, par leur empressement à solliciter et à recueillir les adhésions, ont assuré immédiatement le succès de Tentreprise. Cette initiative est d*un trop bon exemple dans notre pays, pour que J*hésite à transcrira ici les noms de ces ouvriers de la première heure.
<c En tète, dit M. J. Maeé^ il faut mettre M. Léon Landmann, qui s'est oSert le premier jour et qui a recueilli en quelques semaines 402 signatures à Sainte'Croix et à Sainte-Marie^aux-Mines, et M. Fritz Saitzmann, qui a rallié^ dès le commencement, à l'association l'élite de la population de Ribeauvillé.
a II est difficile de faire un choix sur la liste de cwx qui ont accepté la tâche pénible et délicate de faire circuler les listes et sur qui est retombé tout le poids de l'affaire. €e sont :
A Mulhouse, après M. Ëngel-Dollfus , qui a ouvert la souscription, MM. Klenck, Davin, Bader, et Charles Thierry- Mieg,
304 INSnTOTIONS OUVRIÈRES DE MULHOUSE.
A Colmar, HM. Kœppelin, Charles Berdot^Bavelaêr, Fan — del, Ignace Chauffoury de Peyerimhoff, André Riener, Jao* ques Ortlieb. Brand et Standaert.
A Guebwiller, H. Jean-Jacques Bourcart.
A Giromagny, M. Boigeol.
A Belfort, MM. Clerc etThiauIt.
A Altkirch, M. Gilardoni fils.
A Thann, MM. Scheurer et Rissler-Kestner.
A Cernay, M. Rissler.
A Munster, M. Fritz Hartmann.
A Winslzenheim, M. Gilliot.
A Kaysersberg, M. George Scheurer.
A Riquewihr, M. Jôranson.
A Jebsheiniy M. DiehI.
A SundhofTen, M. Kuntz.
A Ostheim, M. Ostermann.
A Hunawihr, M. Zubler.
A Beblenheim, H. Schmidt.
« Qui pourrait mettre Tétiquette, ajoute M. Macé, à .chacun des noms qui remplissent cette liste des travailleurs de l'association, verrait que toutes les nuances de position et d'opinion y sont représentées, et que lie millionnaire y figure à côté de l'instituteur de village, le catholique à côté du protestant, le conservateur à côté du libéral, s'il est permis de rappeler ces nuances-là à propos d'une œuvre aussi libéralement conservatrice. »
La presse de Paris s'est également empressée d'apporter son concours à cette entreprise de civilisation, et presque tous les journaux parisiens sont représentés sur la liste des associés.
Voici quels sont les statuts de la Société. Ils ont été rédigés de manière à écarter toute apparence et toute
n« PARTIE. — LUTTE CONTRE L'IGNORANCE. 305
possibilité de coterie littéraire^ politique ou religieuse^ afin que tous les hommes qui comprennent Tulilité de la lecture pour la classe ouvrière puissent, sans distinction de parti, s'unir à la poursuite du but commun.
, SOCIÉTÉ DES BIBLIOTHÈQUES COMMUNALES DU HAUT-RHiN.
La Société a pour but principal de propager l'idée des bibliothèques communales dans le département du Haut-Rhin et de stimuler l'initiative locale dans toutes les communes où ses membres auront accès. Elle recueillera et publiera tous les ans les renseignements relatifs à ces bibliothèques^ décernera des primes d'encouragement aux communes qui se serotit le plus distinguées et des récompenses honorifiques aux bibliothécaires qui auront montré le plus de zèle, prendra en main la cause des bibliothèques dans les cas de contestations^ et subsidiairement aidera à leur établissement par des dons d'argent^ quand cela sera reconnu nécessaire.
Elle s'interdit tout achat direct et toute désignation officielle de livres, voulant se tenir en dehors des préférences d'opinions et de librairies, ses membres se réservant d'aider de leurs conseils ceux qui s'adresseront à eux.
Un comité de vingt-quatre membres sera nommé dans la première réunion de la Société; il est soumis
tous les ans à la réélection par tiers ^ tiré au sort. Les membres sortants seront rééligibles. En cas de partage des voix, celle du président sera prépondérante.
Il y auVa une réunion annuelle de la Société^ dont le jour sera fixé par le comité, et une réunion mensuelle de son comité.
Chaque membre paiera une cotisation annuelle de 5 fr. Elle sera recueillie dans chaque canton par un délégué de la Société, et versée par lui entre les mains du comité, qui aura seul le droit de disposer des fonds.
Les bibliothécaires seront de droit membres de la Société, sans cotisation. Il sera rendu compte, en séance annuelle, de l'emploi des fonds et de la situation financière de la Société.
La Société s'interdit toute intervention étrangère à la cause des bibliothèques communales, dans l'intérêt exclusif degquelles elle est fondée.
Il importe de définir nettement le but et le caractère de cette Société, car c'est de là que dépend le succès de celles qui voudront se fonder dans la suite. Pour le bien comprendre, il suffit de rappeler ce qui avait été fait auparavant ou plutôt tenté dans le même sens. ^ différence des procédés expliquera suffisamment celle des résultats.
En 1850, M. Jules Radu avait fondé, à Paris, une Société de bienfaisance, qui se proposait de fournir gratuitement des bibliothèques à toutes les communes de France. La Société était protégée par le prince
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Louis-Napoléon Bonaparte^ président de la République. Une circulaire de M. Baroche invitait tous les fonctionnaires à lui prêter le plus actif concours. Le clergé s'était empressé de patronner l'idée nouvelle. Le nonce du pape, Mgr Fornari, cinq prélats et une centaine de personnages importants s étaient entendus pour déclarer que la fondation des bibliothèques communales était une œuvre de bienfaisance et d'utilité publique. Le cardinal archevêque d'Arras, La Tour-d'Auvergne-Lauraguais, écrivait pour demander des prospectus à distribuer à ses curés. Enfin, 112 dames patronesses^ choisies parmi les plus grands noms de Paris, devaient assurer à lœuvre le concours des influences les plus puissantes.
Malgré tout cela, l'entreprise, qui, du reste, n'était qu'une spéculation de librairie, échoua pitoyablement et n'eut aucune suite.
Dix ans plus tard, M. Rouland, ministre de Tinstruction publique, ramenait l'attention publique sur la création des bibliothèques ; mais il se bornait, en désespoir de cause, à la question des bibliothèques scolaires, n'osant aborder celle des bibliothèques communales, dont, disait-il, « le besoin se fait chaque jour plus sérieusement sentir.... Mais leur organisation présente des difficultés qu'un concours multiple de volontés et de sacrifices permettrait seul de résoudre complètement. »
M. Rouland avait raison. Il comprenait, chose rare chez un ministre, que si l'administration centralisée peut bien imposer brutalement quelques-uns de ses
caprices, que si elle peut contraindre à certaines formalités et à certains actes extérieurs, elle ne peut rien sur les volontés; or, l'important n'est pas de donner aux communes des bibliothèques, mais de faire que les livres soient lus. C'est là la grande affaire et le point difficile. Il serait vraiment trop commode de pouvoir faire du bien aux hommes sans leur participation et de régénérer les nations par actes administratifs et par décrets.
On n'agit sur les hommes, d'une manière sérieuse et durable, que par la persuasion. Le point capital, c'est de trouver le moyen de les persuader. Quand les gouvernements le comprendront, ils renonceront peut-être à la compression.
Sans vouloir attendre jusque-là, la Société des bibliothèques du Haut-Hhin s'est fondée précisément sur cette idée. Elle ne prétend pas le moins du monde doter les communes; elle songe encore moins à invoquer Tappui de Tadministration et à solliciter des circulaires ministérielles pour inviter les préfets à mettre en campagne leurs fonctionnaires et à user de leur influence sur les conseils lîiunicipaux en vue de leur faire voter des fonds. Tout cela ne persuaderait personne et ne ferait pas des lecteurs. Or, la Société ne veut que des bibliothèques sérieuses, c'est-à-dire des bibliothèques qu'on lise.
Elle n'impose rien, elle ne donne même rien que des conseils et des encouragements. Son moyen unique est de stimuler l'activité locale. « Si Ton veut que l'instruction se répande dans les campagnes, dit avec
autant d'esprit que de bon sens M. Macé, c'est dans les campagnes mêmes qu'il faut travailler, d'homme à homme^ parlant à la personne de ses amis et de ses voisins. » Il faut donner l'impulsion par en bas, puisqu'il est bien démontré que l'impulsion par en haut est impuissante, au grand désespoir des centralisateurs et des papes de toutes les églises politiques. Pour que les communes lisent, il ne faut pas donner des bibliothèques aux communes, il faut qu'elles se les donnent elles-mêmes.
Un point très-grave, sur lequel M. Macé insiste avec grande raison, c'est qu'une Société de cette nature doit s'interdire absolument toute action officielle sur le choix des livres, afin d'éviter toutes les divisions de partis littéraires, politiques ou religieux, qui ne manqueraient pas de se produire dans des discussions de ce genre. « Il ne suffit pas, comme le dit fort bien M. Gilaydoni, qu'une Société comme la nôtre fasse profession d'impartialité, si elle ne se met dans l'impossibilité bien avérée d'y manquer. »
a S'il fallait que la Société allât aux voix sur chaque livre dont l'acceptation lui serait soumise, il se créerait forcément une majorité et une minorité. Ce seraient des occasions de luttes. Or, dans les associations volontaires, les minorités boudent et se retirent. D'ailleurs, il est bon de laisser aux commissions locales le soin et la responsabilité du choix des livres. On ne met réellement son cœur qu'à ce qu'on fait soimême. La nécessité de chercher, de consulter des catalogues, de denaander des conseils, de feuilleter des
liyres et de les juger entre soi, sera un premier éveil et une étude qui sera peut-être aussi utile aux fondateurs que la lecture des livres eux-mêmes aux habitants de la commune.
Tout ce que la Société peut faire utilement, c'est, une fois les livres choisis par la commission locale, d*en payer le port, et d'offrir son intervention auprès des éditeurs pour en obtenir les conditions les plus avantageuses. »
Un détail de pratique que M. Macé signale avec raison, c'est l'importance qu'il y a pour le jsuccès des bibliothèques à ce que chaque habitant de la commune puisse facilement et fréquemment en consulter les catalogues, a Tel qui ne songeait pas à lire sera tenté bien souvent par un titre, et les livres cachés dans les armoires auront bien plus de chances d'en sortir si leur existence est révélée par des catalogues se promenant dans la commune. » C'est presque toujours par Toubli des détails que périssent les conceptions les mieux imaginées. Les fondateurs, tout possédés de leur idée, oublient trop que les autres sont loin d'avoir pour elle la même ardeur. S'il y a des formalités à remplir, des démarchés à faire, du temps à perdre, chacun reste chez soi, et l'entreprise échoue.
Si, au contraire, on sait bien se rendre compte de l'esprit des populations, il n'y a aucune raison pour que le goût de la lecture ne se répande pas en France comme en Angleterre et surtout aux États-Unis, où l'on voit des publications qui ont trois ou quatre cent mille abonnés, et des livres qui se vendent à un mil-
ir PARTIE. — LUTTE CONTRE L'IGNORANCE. 311
lion d'exemplaires. Un autre point qu'il ne faut pas négliger, c'est que les paysans ne tiennent qu'à ce qui se paye. Établir la gratuité de la lecture serait dans la plupart des cas un très-mauvais moyen d'assurer le succès des bibliothèques. Dans l'intérêt même des populations, il faut faire payer la location des livres, puisque, si elles ne la payaient pas, elles ne liraient probablement pas. Il y a encore une raison morale qui a aussi son importance. Le paysan confond toujours un peu la gratuité avec l'aumône, et comme, tout en tenant beaucoup à l'argent, il ne tient pas moins à n'avoir pas l'air de ne pouvoir pas payer, il pourrait trouver dans cette vanité une raison pour ne pas demander de livres. Si, au contraire, il paye la location, quelque abaissée et illusoire qu'en soit le prix, alors il ne voit plus dans l'emprunt des livres qu'un échange de services, comme dans tout autre loyer ; une taxe de cinq centimes par volume ou un abonnement de deux ou trois francs par an suffirait à sauvegarder toutes les susceptibilités des habitants des campagnes, sans en écarter aucun par la crainte de la dépense. C'est la pratique suivie par toutes les bibliothèques communales récemment établies en Alsace, et cette expérience est généralement satisfaisante.
L'initiative de M.Macé et de la Société a porté rapidement ses fruits. A peine les journaux avaient-ils répandu dans les départements la connaissance de ce qui se faisait en Alsace, que déjà du Rhône, du Gers, de la Nièvre, de l'Yonne, de la Haute-Marne, de Seineet-Mame, on écrivait pour demander à la Société ses
Statuts. A Marseille, à Toulon, dans Seine-et-Oise, dans Tarrondissement de Saint-Denis, des personnes s'employaient déjà à les mettre en circulation. M. Vacca, dans les Vosges, M. Bretegnier à Beutal, M. Schnéegans à Strasbourg, commençaient à recruter des adhésions pour fonder des associations semblables.
La Société des bibliothèques communales du Haut- Rhin a tenu sa première séance annuelle le 3 novembre 1864, dans la grande salle de la Société industrielle de Mulhouse, sous la présidence de M. Jean DoUfus.
Voici les principaux renseignements que je trouve dans le rapport de M. G. Macé, secrétaire de la société.
J'y rencontre d'abord la| liste des bibliothèques communales créées sous l'influence des membres de la Société, avec la date de leur création officielle^ par le vote du conseil municipal. M. Macé y a ajouté le chiffre des volumes qu'elles possédaient le 3 novembre 1864, pour toutes celles sur lesquelles il a pu se procurer ce renseignement :
Beblenheim décembre 1862
Ostheim ' 5 mai . . . 1863
Malmerspach août
Riquewihr 5 novembre . .
Dornach. 8 novembre . .
Sainte-Croix aux Mines. . 9 novembre . .
Sundhoflfen 15 novembre. .
Hunawihr 30 novembre . .
Mittelwihr 19 décembre. .
Kingersheim 18 janvier 1864.
ir PARTIE. — LUTTE CONTRE L'IGNORANCE. 313
Rixheim 4 février 1864. . . 270
Lutterbach 8 février 264
Bitschwiller 8 février 238
Wittenheim 8 février
Riedîsheim 10 février
Cernay 12 février 601
Illzach 28 février 95
Wlntzenheim février 282
Guémar mai 350
Tagolsheîm 7 mai 136
Spechbach-le-Bas 10 mai 68
Sleinbrunn-le-Bas. . . . mai 98
Ribeauvillé 26 mai 600
Andolsheim. ....... 27 juillet
Heidwiller 7 août
Giromagny . 10 août
Bruebach 20 août
A Altkirch et à Thann, où existaient déjà des bibliothèques communales, des annexes populaires ont été ajoutées par les soins de MM. Gilardoni et Risler- Kestner. La seconde possédait, au 12 août 1864, 215 volumes.
A Sainte-Marie-aux-Mines, une bibliothèque communale, créée en 1848, sous l'administration de M. Muhlenbeck, et depuis négligée, dormait dans les greniers de la mairie. M. Léon Landmann Ta ressuscitée au mois de mars 1864; et en défalquant les ouvrages dépareillés ou hors d'usage, il lui reste 268 volumes.
Au hameau du Gradd-Trait, commune de Lapoutroie, un membre de la Société a fait don d un premier fonds de bibliothèque. Une subvention, votée pstr le comité de la Société, a élevé ce fonds à 87 volumes.
Dès avant l'existence de la Société, M. Hœffely, maire de la commune de Pfastadt, avait créé de ses deniers une bibliothèque communale de 1 36 volumes.
Enfin, à Mulhouse, où existait depuis longtemps une bibliothèque communale de 5000 volumes, M. Jean DoUfus a établi une annexe populaire, au centre de la première cité ouvrière.
En 1864, elle comptait 614 volumes. Elle en possède, en 1865, 3089, dont 1175 en français et 1914 en allemand. Ces volumes proviennent d'achats faits à l'aide d'une souscription pour l'enseignement populaire, d'une subvention de 2500 fr. accordée par la ville et de dons particuliers en livres et en argent, qui attestent l'importance qu'attachent les habitants de Mulhouse à l'instruction des ouvriers. Parmi les donateurs, on trouve des noms de femmes, et une dame bien connue à Mulhouse pour l'intérêt qu'elle prend à tout ce qui touche à l'amélioration du sort de la classe ouvrière vjent encore tout dernière ment de donner à la bibliothèque populaire une somme de 1 000 fr.
Au 1'''^ déc. 1865, il y avait 662 lect. français inscrits. — 1048 — allemands —
Dans ce nombre figurent des ouvriers, des artisans, hommes, femmes et enfants, plus une cinquantaine de soldats de la garnison.
Volâmes franc. Volumes allemands.
11 a été lu la 1" année. . 17 177 29 905 47 082 La 2« année (3 mois). . . 5 827 9 092 14 919
Total en 15 mois 23 004 38 997 62 091
La gratuité de la lecture avait été établie en principe à la bibliothèque populaire de Mulhouse. A dater du l"* janvier 1866 on veut essayer de faire payer à chaque lecteur une cotisation de 1 centimes par mois, quel que soit le nombre des volumes qui pourront être lus pendant ce temps.
Gela faisait alors 33 communes pourvues de biblio-
II faut y ajouter les bibliothèques particulières, fondées par un certain nombre de chefs d'industrie dans leurs établissements, et dont les principales sont celle de M. J.-J. Bourcart, à Guebwiller, composée de plus de 2000 volumes; celle de M. Trapp, à Mulhouse, qui possède 1200 volumes, et celle de M. Adolphe Japy, à Beaucourt, comprenant 800 volumes. A Golmar, à Mulhouse, à Altkirch, et sans doute dans bien d autres endroits, des sociétés religieuses fournissent au peuple des milliers de livres. Dans un grand nombre de communes, les pasteurs et les curés ont depuis longtemps fondé des bibliothèques, qui ne sont pas exclusivement religieuses^ et dont quelques-unes ont pris un développement sérieux. Ainsi la bibliothèque paroissiale de Huningue possède 1300 volumes; celle de Munster, 7 à 800; celle d'illzach^ 400; celles de Riquewihr, de Horbourg, 350; celles de Cernay, de Massevaux, 300; celles de Beblenheim, de Ostheim, 250; celle de Mittelwihr, 200. La liste serait longue, si je les connaissais toutes, ajoute M. Macé.
Il reste encore beaucoup à faire, mais ici, comme
presque en toutes choses, c'est le commencement qui est le plus difficile. Maintenant l'impulsion est donnée, et Ton peut espérer qu'elle se soutiendra et se propagera. Dans presque toutes les communes^ où des bibliothèques ont été établies, le goût de la lecture se développe rapidement. Les livres ne restent guère sur les rayons que pendant Tété, parce qu'alors les travaux des champs absorbent presque nécessairement toute l'attention et tout le temps des habitants. Mais pendant Thiver; les bibliothèques sont vides, et la lecture remplit les longues veillées. Dans un grand nombre de cas, la lecture se fait à haute voix, au milieu de la famille assemblée, et les réflexions qui s'échangent à ce propos donnent à la lecture en commun une animation et un intérêt que ne saurait avoir la lecture solitaire.
On comprend sans peine ce que cet usage doit avoir de moralisant. L'habitude de la réflexion, le développement de Tintelligence sont déjà par euxmêmes des causes de moralité. Mais quand même les enseignements ou les exemples puisés dans les livres n'auraient aucun effet sur les habitudes et sur les esprits, ne serait-ce pas déjà quelque chose que d'avoir retenu les hommes autour du foyer, d'avoir créé à la famille des plaisirs communs, d'avoir balancé l'attrait du cabaret? Qu'on ne craigne donc pas de laisser pénétrer dans les bibliothèques les livres amusants. Ils serviront d'introducteurs aux autres; ils attireront à la lecture une foule de gens qui, sans cela, n y auraient jamais songé. Qu'on se garde de
vouloir aller Irop vite. Pour Youloir éclairer et moraliser trop tôt les populations , on s'exposerait à les rebuter. L'intelligence est comme le corps ; il lui faut d'abord des aliments légers, peu substantiels. Vouloir forcer les habitants des communes à lire uniquement des livres sérieux, c'est imiter la sottise de ces mères et de ces nourrices de campagne qui s'imaginent fortifier leurs nourrissons en leur donnant, au lieu de lait, de la viande et du vin.
J'insiste sur ce point, parce qu'il est capital. 11 y a là un préjugé presque général, une erreur funeste à combattre, d'autant plus tenace qu'elle s'appuie sur des apparences nobles et généreuses. C'est cette crainte des lectures agréables, trop répandue parmi ceux qui enseignent, qui tue le goût de la lecture chez les enfants. A force de les tenir au régime du sérieux, qu'ils ne eomprennent pas, on leur fait prendre en horreur tous les livres. C'est une chose qui semble convenue que, pour instruire les ignorants et les enfants, il faut tout simplement leur mettre entre les mains les chefs-d'œuvre de l'esprit humain, la fleur de toutes les littératures. Pour moi, je suis convaincu précisément du contraire. Donnez à lire à des paysans ou à des enfants Goethe, Pascal, Bossuet, Fénelon, etc., ils n'en tireront absolument rien, sinon que la lecture est un exercice fastidieux. Molière, Shakespeare leur seront plus accessibles, non pas par les grands côtés mais par les petits, par ceux qui sont à la mesure de leurs intelligences. Ils riront des matassins, des coups de bâton, de tout ce qui se rap-
proche des plaisanteries vulgaires qu'ils auront pu entendre sur les tréteaux des foires. Shakespeare pourra parfois leur plaire par quelques scènes populaires, où ils retrouveront en partie leur langage et leurs idées; peut-être même pourront-ils être saisis un moment par l'épouvante de quelques scènes dramatiques et terribles. Mais au delà ils ne verront rien, ils ne comprendront rien, ils ne garderont rien. On se laisse tromper à cet égard parla justesse desapplaudissements populaires, les jours des représentations gratuites. Mais on oublie que louvrier de Paris a pour se développer mille secours qui ont manqué à la campagne ou même dans la plupart des villes, et que Ton ne peut conclure d'un cas à l'autre. Le théâtre surtout est une passion pour un très-grand nombre d'ouvriers, et beaucoup ont à cet égard une expérience personnelle bien plus considérable qu'on ne le suppose.
Je suis convaincu pour mon compte que des romans comme la Mionnetie, la Case de V oncle Tom, les Nouvelles genevoises^ les livres de T. Souvestre, de ErckmaQn-Ghatrian, les contes du chanoine Schmitt, feront aux paysans beaucoup plus de plaisir et plus de bien que les chefs-d'œuvre les plus renommés du dix-septième siècle. Les récits de voyages leur seront utiles, parce qu'en leur apprenant beaucoup de choses nouvelles et en leur montrant chez des peuples industrieux et civilisés des usages qu'ils ne connaissent pas, ils les déshabitueront de cette absurde superstition de la routine qui paralyse
n« PARTIE. — LUTTJB œNTRE L'IGNORANCE. 319
dans les campagnes presque toutes les tentatives de progrès.
Dans la plupart des communes qui ont établi des bibliothèques, l'instituteur s'est offert pour remplir les fonctions de bibliothécaire, ce qui, dans la plupart, n'a pas été une sinécure. D'ailleurs, presque tous ont pris au sérieux ces fonctions, quoique gratuites, et M. Macé a parlé de plusieurs rapports vraiment remarquables, qui ont été présentés par eux à la Société des bibliothèques. Celui de M. Armbruster, instituteur et bibliothécaire de Cernay, qui est cité tout entier dans le travail de M. Macé peut être pris pour modèle. Il est très-net et très-complet et témoigne d un esprit d'observation peu coçimun. Rien ne peut être plus utile que des rapports semblables pour faire connaître l'esprit d'un pays et son degré de culture intellectuelle. Celui de M. Audran, négociant et bibliothécaire de Dornach, n'est guère moins remarquable.
La Société a eu la bonne inspiration de distribuer des prix et des mentions honorables à ceux des bibliothécaires qui ont montré le plus de zèle. Les bibliothécaires qui ont mérité ces récompenses ont été MM. Alphonse Jœger, greffier de la mairie de Sainte-Croix-aux-Mines ; M. Schmidt, instituteur à Beblenheim; M. Jean -Baptiste Ancel, du Grand- Trait; M. Kuntz, instituteur à Sundhoffen; M. Armbruster, instituteur à Cernay; M. Prévôt, instituteur à Malmerspach; M. Audran, négociant, et M. Diehly, instituteur à Dornachj M. Schuhmacher, instituteur
à Rixheim; M. Oit, instituteur à Kiagersheim ; M. Tabbé Arnold, vicaire de Lutterbach.
Ces récompenses consistent en prix de 50 et de 25 fr., et en médailles d'argent et de bronze. La Société ne pouvait guère faire un meilleur emploi de son argent, car le zèle des bibliothécaires peut être poiir beaucoup dans le succès des bibliothèques.
Les ressources de la Société se composent de la cotisation annuelle de cinq francs, versée par chacun des membres, et des dons en argent ou en livres qu'on veut bien lui faire parvenir. Les recettes de l'année se sont élevées à 6289 fr. 5 c. Les cotisations ont produit 4315 fr. ; 140 fr. en argent ont été donnés pour être distribués en primes à diverses bibliothèques: les communes intéressées ont versé 1658 fr. 5 c, et doivent encore 74 fr. 45 c. Enfin, les sommes placées par la Société ont rapporté un intérêt de 101 fr. 55 c. De plus elle a reçu, pour les distribuer aux bibliothèques, pour plus de 1 000 fr. de livres.
Sur ces recettes, la Société a dépensé 3630 fr., dont 422 fr. 80 c. pour frais de bureau, impression de comptes rendus, frais divers; et 37 fr. 70 c, pour ports de livres, bonifiés parla Société aux communes.
La Société leur a fourni des livres pour une somme de 2403 fr. 65 c, dont 1732 fr. 50 c. ont été donnés par les communes elles-mêmes; 59 fr. 20 c. de dons en argent; et 611 fr. 95 c, donnés par la Société comme primes d'encouragenient aux bibliothèques les plus méritantes. /i00 fr. ont été distribués en
primes aux bibliothécaires couronnes^ et le prix d'achat des médailles a été de 265 fr. 85 e. Enfin, * OO fr. ont été donnés à la Société Franklin, comme témoignage de sympathie envers une société concoui^antau même but, et qui, par sa situation centrale à ?aris et par la haute position de ceux qui la dirigent,
peut faire beaucoup de bien et contribuer à créer
dans les départements des sociétés semblables à celle
du Haut-Rhin.
Ces chiffres quej 'emprunte au rapport deiM. Charles
Thierry-Mieg, le trésorier de la Société, et l'un des plus ardents propagateurs de Tidée qu'elle représente, prouvent, comme il le fait remarquer lui-même, que les bibliothèques créées en moins d'une année dans le Haut-Rhin, ont acheté ou reçu pour plus de 6000 fr. de livres, et, ce qui est à considérer, que la fondation d'une bibliothèque communale n'est pas une chose bien coûteuse. En effet, pour la grande majorité des bibliothèques créées, la dépense n'a pas excédé une centaine de francs, dont en général une moitié a été fournie par la commune, et Tautre, soit directement par la Société du Haut-Rhin, soit par des donateurs auxquels elle a servi d'intermédiaire. Et encore la Société n a-t-elle pas fait tout ce quVUe aurait pu faire, car il lui restait en caisse 2659 fr. 05 c, prudemment réservés, pour le cas où le concours du public et les recettes diminueraient, tandis que probablement les dépenses tendront à augmenter à mesure que s'accroîtra le nombre des bibliothèques qui se créeront.
Sans doute il reste encore beaucoup à faire, et il importe de ne pas se faire d'illusions à cet égard. Mais il ne faut pas non plus en croire les pessimistes, qui ne veuleut voir dans tout ce mouvement qu'un feu de paille, destiné à s'éteindre aussi vite qu'il s est allumé. Tout premier effort intellectuel renferme la promesse d'un effort prochain. Qui a lu lira, et il n'y a qu'à consulter le rapport de M. Macé pour voir que ce mouvement n'a rien de factice. Je ne citerai qu'un exemple qui me paraît suffisant pour montrer ce qu'on doit attendre au moins dans les centres populeux. La bibliothèque établie par le comité d'instruction populaire dans le bâtiment de l'administration de la cité ouvrière s'est ouverte le 1" septembre 1864, avec 614 volumes, dont 396 allemands, et 218 français. Le 9 octobre, elle avait délivré 803 volumes, et à la fin du même mois, le bibliothécaire appelait au secours. Il ne lui restait plus entre les mains un seul volume français, pour satisfaire aux demandes toujours croissantes. Il avait fallu faire une nouvelle commande de livres, et M. Macé prévoyait que ce renfort ne suffirait pas longtemps. Il profitait de la réunion de la Société pour faire un appel au concours des assistants. Du rapport du bibliothécaire, M. Hœlling, il résultait que les lecteurs appartenaient à toutes les conditions, mais que la proportion des ouvriers et enfants d'ouvriers était d'environ les deux tiers. La majorité du chiffre des lecteurs avait été fournie par la population de la cité ouvrière, et la moitié environ se composait déjeunes gens de 16 à 25 ans.
Il rae semble qu'il y a là de quoi rassurer les incrédules, d'autant plus que les faits de même nature ne sont pas rares dans l'histoire encore si récente des jeunes bibliothèques du Haut-Rhin. A ceux qui ont besoin de rassurer leur foi dans lavenir de Tinstruction populaire, je ne puis rien recommander de mieux que de lire le livre de M. Macé, qui porte pour titre : la Morale en action. On y trouvera une foule de renseignements utiles que je ne puis faire entrer dans ce chapitre, et je suis convaincu que la lecture de ce livre est ce qu'il y a de plus propre à dissiper les préjugés et les hésitations, dont l'habitude enchaîne l'initiative de bien des esprits généreux.
M. Macé y a ajouté en forme d'appendice les procès-verbaux des séances particulières de la Société, qui se réunit le second mercredi de chaque mois chez M. Jean Dollfus, où elle a élu domicile. La lecture de ces procès-verbaux est très-rassurante pour les amis de l'instruction populaire. C'est là surtout qu'on peut voir combien s'étend le mouvement commencé dans le Haut-Rhin. De tous les cantons du département arrivent les rapports des délégués chargés d'étudier le terrain, de sonder les dispositions des communes, de préparer la fondation des bibliothèques. Des particuliers envoient de France et d'Allemagne des livres qu'ils offrent en primes aux bibliothèques fondées; d'autres demandent des renseignements pour en fonder de nouvelles en offrant leurs services en qualité de bibliothécaires. J y trouve aussi une lettre de M. Léon Lefébure, par laquelle il annonce
qu'il va fonder dans le Haut-Rhin une société de bibliothèques circulantes, dont le but est de mettre des livres à la portée des habitants des communes, qui n'en ont pas ou ne peuvent pas en avoir chez eux. J'ignore si ce projeta été mis àexécution.
Dans quelques-unes des communes, les bibliothécaires se proposent d'organiser pour Thiver des lectures publiques du soir. (Test en effet, à ce que je crois, la meilleure forme que renseignement puisse prendre dans les campagnes. Les observations dont le lecteur devra entremêler sa lecture peuvent être trèsutiles.
Je dirai même que ces lectures me paraissent, au moins dans les premiers temps, un complément nécessaire des bibliothèques, car c'est peut-être le seul moyen d'arriver graduellement à faire aimer aux paysans les lectures un peu sérieuses. Il est évident cependant que ce n'est pas par celles-là qu'il faudra commencer. Pour avoir des auditeurs, il faudra d'abord rendre ces lectures attrayantes ; nous avons trop peur en France de ce qui amuse. Nous nous plaisons i donner à l'enseignement un aspect rébarbatif. 11 noxja faut absolument des programmes, des professeurs « des livres austères, et dès qu'on rit, il semble que to m est perdu.
Sans doute il ne faut pas toujours rire, mais il fa bien comprendre que le pur sérieux n'a d'attrait g^J pour les esprits développés, et que, quand on a affai Ji? à des esprits peu cultivés, il faut faire quelques coacessions à leur faiblesse inlellectuelle. A quoi servir?
votre enseignement, si à force de sérieux il endort votre auditoire ou le fait déserter! 11 faut en tout une juste mesure, et ici la mesure ne peut être déterminée que par Tétat intellectuel de l'auditoire. Il ne faut pas oublier que le but doit être de l'habituer à aimer la lecture : le moyen de réussir n'est pas de refTrayer et de lui faire des lectures sérieuses un épou vantail. Il est toujours facile de trouver, même dans des lectures amusantes, l'occasion de présenter des observations sérieuses, qui sont d'autant mieux accueillies quel'atlention est mieux éveillée. Pour moi, j'ai toujours remarqué que les plus incorrigibles ennemis de la lecture sont ceux qu'on a dégoûtés par un régime trop constamment ou prématurément sérieux. Songez donc à ce que peut être l'intelligence et l'attention d'un homme qui depuis l'école primaire a passé sa vie dans les champs, et qui n'a peut-être pas lu dix pages d'un livre quelconque. Ce qui pour un esprit développé est simplement sérieux exigerait du paysan un travail et un effort bientôt insupportables. D'ailleurs une fois que l'attention est épuisée, et elle l'est vite dans ces conditions intellectuelles, tout ce qu'on ajoute glisse à la surface sans que rien pénètre. Par le fait, la lecture la plus sérieuse devient vite la plus futile, la plus inutile de toutes, et tout se réduit à une sorte de travail machinal d'audition, où les oreilles peuvent bien continuer à entendre, mais où l'intelligence, complètement désintéressée, ne prend aucune part.
Si, au contraire, on a soin d'entremêler ces réu-
326 INSTITUTIONS OUVRIÈRES DE MULflOUSB.
nions de lectures et de causeries sérieuses^ discrètement ménagées, on retiendra l'auditoire par l'agrément, et en même temps on aura Toccasion de le familiariser avec l'expression de sentiments et d'idées qui lui sont peu connus. Le lecteur sera amené à expliquer les termes 9t les locutions dont la nouveauté trop souvent rebute ceux qui cherchent dans les livres Tinstruction qui leur manque. Il ne faut pas oublier^ en effet, qu'il y a un nombre très-considérable de ' mots que l'usage nous a rendus familiers^ mais qui sont absolument inintelligibles à des gens qui n'ont guère lu que le catéchisme et le petit nombre de livres employés dans les écoles primaires. C'est pour eux toute une langue nouvelle à apprendre et dont la nouveauté présente un obstacle à peu près insurmontable à ceux qui sont réduits à s'instruire seuls. Grâce à quelques explications, ces difficultés disparaîtraient^ et quand les lectures en commun qu'on se propose d'établir n'auraient pas d'autres avantages, celui-là suffirait pour qu'on dût en tenter l'essai.
Le rapport présenté par M. Macé à la Société des bibliothèques communale du Haut-Rhin, le 21 décembre 1865, montre que les espérances annoncées l'année précédente n'étaient pas chimériques. Au 21 décembre 1 865, le nombre des communes pourvues de bibliothèques s'élevait à 55. C'est à peu près le neuvième du nombre total des communes du département, mais, dit M. Macé, « si nous regardons au chiffre de la population, nous trouvons que près du tiers des habitants du Haut-Rhin (166, 664 sur 515,
802) jouissent actuellement du bienfait de la bibliothèque populaire. La moitié des villes (7 sur 14) et de beaucoup la plus importante, figure sur notre liste, où nous avons Sainte-Marie-aux-xMines, Ribeauvillé, Guebwiller, Cernay, Thann, Mulhouse et Altkirck, comptant ensemble 92 628 habitants, contre Golipar, Munster, Neuf-Brisach, Ensisheim, RouCEach^ Soultz et Belfort, dont la population totale ne s'élève qu'à 51 036. »
Quelques bibliothèques, dans l'année qui vient de s'écouler, se sont accrues de plus du double. Celle de Ribeauvillé, de six cents volumes a monté à treize cent trente; celle de Sainte-Marie-aux-Mines, de deux cent soixante-trois est allée à cinq cent quarante-trois. La commission de cette dernière ville dispose présentement d'une somme de 1011 fr., produit d'une souscription récente, et qui n'a pas encore dit son dernier mot, à ce qu'écrit le bibliothécaire, M Floquet.
Bibliothèques. En 1864. En 1865.
Hunawihr 165 volumes. 330 volumes.
Guemar 350 — 653 —
Riquewihr. 176 — 371 —
Mittelwihr 97 — 197 —
Ostheim 149 — 321 —
Rixheim 270 — 550 —
L'accroissement a été plus que décuple à 111 zach, neuf cent soixante-dix-huit volumes au lieu de quatrevingt-quinze; presque quadruple à Mulhouse, trois mille quatre-vingt-neuf au lieu de huit cents ; triple
au Grand-Trait, deux cent soixante au lieu de quatrevingt-sept. Beblenlieim s'est enrichi de trois cent quatre-vingt-neuf volumes; Dornach, de trois cent trente-huit; Cernay, de deux cent sept; Malmerspach, de cent dix-sept; Bitschwiller, de cent dix; Lutterbach^ de quatre-vingt-trois.
Parmi les bibliothèques nouvelles, Ufholtz, qui comptait quatre-vingt-dix-neuf volumes au mois de juillet, en avait en décembre trois cent vingt-un; celle deGiromagny, ouverte au mois d'août 1865 avec deux cent six volumes, en possédait six cent soixante-sept au 9 novembre, et sept cent vingt le l^'' décembre. A Malmerspach, une commune de quatre cent quaranteneuf âmes, il a été lu quarante -huit volumes en 1 862 ; deux cent quatre-vingt-neuf en 1863; huit cent trentehuit en 1864, et en 1865, 1443, plus de trois fois le nombre de ses habitants. A Beblenheim, cinquante volumes avaient été demandés dans les six premiers mois de 1863; au 21 décembre 1864, huit cent soixante; au 21 décembre 1865, deux mille trois cent trente-quatre.
A Giromagny, on avait exprimé des doutes sur Tempressement des habitants à profiler d'une bibliothèque, lorsqu'il avait été question de l'établir, et en effet, au commencement les volumes venaient plus vite que les lecteurs. Mais bientôt, écrit le docteur Benoît, délégué de la Société des bibliothèques dans ce canton, « les demandes sont devenues nombreuses, presque exagérées. Chaque dimanche et chaque jeudi, de trois à cinq heures du soir, se fait la distribution
Il* PARTIE. — LUTTE CONTRE L'IGNORANCE. 329
des livres. L'affluence a été telle qu'une barrière a dû protéger le bibliothécaire, assailli chaque fois par soixante ou quatre-vingts lecteurs. » A la fin du quatrième mois, ces gens qui, disait-on, ne voulaient pas lire, étaient venus chercher 1448 volumes.
Et il faut bien le remarquer, le chiffre des volumes emportés ne représente pas du tout celui des lecteurs. Dans les familles^ les volumes se repassent de main en main. On les prête même aux voisins, et les lecture^ qui se font souvent le soir à haute voix permettent aux illettrés de profiter du livre, dont on pourrait croire au premier abord que l'usage leur est interdit. Un rapport du bibliothécaire de Mulhouse, M. Hœlling, signale parmi les lecteurs cinquante militaires. C'est beaucoup pour la faible garnison de Mulhouse, mais le rapport ajoute : « Les livres empruntés par eux sont lus dans les chambrées par un grand nombre de sous-officiers et de soldats. »
M. Macé, dans le rapport que j'analyse, insiste sur la nécessité de faire circuler dans les communes des catalogues des bibliothèques. Cependant, ajoute-t-il, ' « une liste ne suffit pas. L'espèce de curiosité vague qu'elle éveille n'est pas à comparer avec l'intérêt que peut inspirer un livre que l'on a entendu juger et dont on connaît le contenu. Pour les livres d'instruction surtout, livres d'agriculture, de science, d'histore, de littérature, dont le placement demeure encore, au dire d'un grand nombre de bibliothécaires,
assez difficile, un aperçu général de ce qui s y trouve, quelques explications préalables^ une page lue çà et là^ réussiraient bien souvent à faire naître Tenvie de les lire. Il serait facile de passer en revue dans une seule séance plusieurs volumes^ en les choisissant de même nature^ et tous les hommes instruits de la commune, à n'importe quel titre, les agriculteurs, aussi bien que les autres, pourraient venir en aide à l'instituteur dans cette tâche, qui n^e^t pas bieù formidable : rendre compte à ses voisins, le livre à la main, des lectures qui vous ont paru profitables, de façon à les renseigner d'avance sur le profit qu'ils pourraient à leur tour en tirer. Je ne crains pas d'affirmer que partout où s'établiront des conférences de ce genre, les livres d'instruction des bibliothèques cesseront bientôt de dormir sur leurs rayons. » C'est ce que M. Macé appelle la leçon de bibliothèque, et il demande qu'on n'oublie pas de la faire figurer au nombre des cours que l'on se propose de faire dans la plupart des communes.
Le progrès de Tannée se résume par ces deux chiffres : Les bibliothèques communales, qui ne possédaient en 1864 que 10186 volumes, en avaient, en 1865, 20 929. Le nombre des lecteurs inscrits est de 5030 et celui des livres prêtés, de 103 178.
Mais cela ne satisfait pas encore M. Macé. Il trouve que le progrès n'est pas assez rapide; et il a raison, puisqu'il croit qu'il peut l'être davantage. C'est dans cette pensée qu'il insiste sur la leçon de bibliothèque. Pour améliorer l'institution par tous les moyens pos-
siblesy il demande qu'on établisse des conférences de bibliothécaires, où chacun viendrait dire ce qui se fait chez lui, proposer ses mesures, et signaler les livres qui ont eu le plus de succès.
Une des parties les plus intéressantes de son rap^ port, c'est celle où il signale ce qu'on pourrait appeler la contagion des bibliothèques. Il suffit qu'on en établisse une sur un points pour qu'un besoin de lire, jusqu'alors inconnu, se déclare tout autour , et bientôt un cercle de bibliothèques entoure la première. 11 en cite plusieurs exemples dans le Haut- Rhin. Il est vrai que, parmi les membres de la Société des bibliothèques, il y en a un grand nombre qui n'épargnent ni leur temps^ ni leurs dépenses pour en propager l'idée, et qui s'en vont eux-mêmes l'implanter de villages en villages. De plus les souscriptions, les dons particuliers ne font pas défaut à linstitution nouvelle. A Sainte-Marie-aux-Mines, une 'Souscription (non encore fermée) a déjà produit 1100 francs. Le chiffe de la souscription de Thann, pour la bibliothèque et les cours populaires, qui s'était élevée Tannée dernière à 2621 francs, seraprol)ablement dépassé en 1866. Des souscriptions se sont également ouvertes à Fortschwihr, à Horbourg, à Habsheim. Le maire d'Ostheim a donné 100 francs pour la bibliothèque; Mme André Kœchlin a fait un don de 1 000 francs à la bibliothèque populaire de Mulhouse qui, du reste, a été créée, ainsi que les cours populaires, et s'entretient uniquement du produit des dons et des souscriptions. La loge maçon-
nique de Colmar, d'où était venu, au commencement de 1863, le premier encouragement donné à l'œuvre naissante, alors qu'elle débutait à Beblenheim, vient de voler une subvention de 20 francs à cbacune des bibliothèques communales de l'arrondissement de Colmar.
* Mais l'action de la Société ne s'arrête pas aux limites du département du Haut-Rhin. Son exemple agit pour elle jusqu'aux extrémités de la France. Dans le Bas. Rhin, dans le Jura, dans le Doubs, dans le Pas-deCalais, dans la Lozère, dans le Gard, dans le Rhône et jusque dans les Hautes-Pyrénées, elle crée des bibliothèques sans s'en douter, uniquement parce qu'elle en a fondé à Mulhouse et dans les environs. Chacune de celles qui se fondent deviendra à son tour un modèle pour les communes environnantes, et l'on peut compter que dans quelques années l'exemple se sera étendu à toute la France.
C'est ainsi que le progrès appelle le progrès. L'établissement des bibliolhèqufts entraînera nécessairement la création des lectures et des cours du soir; et ceux-ci, à leur tour, en formant des lecteurs, forceront démultiplier et de compléter les bibliothèques. Nous allons voir les deux institutions heureusement réunies et se prêtant un mutuel appui dans la petite ville de Guebwiller.