ACTE PREMIER Ç
n'ajoute rien à la gloire de la femme, la gloire d'être belle et quelquefois bonne. Je le constate d'autant mieu.x que te voilà devant moi.
Olga.
En quoi puis-je servir de sujet à tes constatations?
Robert {doucement).
Parce que toi aussi tu es atteinte d'un mal que je déteste. Autrefois, quand tu étais une gamine encore, quand nous jouions constamment ensemble...
Olga.
J'étais une gosse, une petite sotte.
Robert.
Bien heureuses les petites sottes ! En ce tempslà, tu étais un être prodigieux. Tu me faisais l'effet d'une énigme vivante, car jamais je ne pouvais suivre ou deviner tes pensées. Quand tu parlais, chaque mot était une surprise! Tu avais des idées amusantes qui changeaient à chaque instant, des petites idées capricieuses, jolies et surtout bien à toi! Quand je suis revenu il y a un an, je t'ai retrouvée tout autre, toi aussi, tu avais endossé la « livrée intellec-
tuelle )) ! Plus de fantaisies, plus d'imprévu ! Tu ne me disais plus que des choses que j'avais lues depuis longtemps, dans des livres très connus! Ah! diable! Q^uels affreux produits d'imprimerie sont la cause de tout cela? Pourquoi être devenue ainsi, alors qu'il eût été si simple de rester Olga, la petite Olga du temps passé.
Olga.
Mais c'est faux! tout ce que tu me dis là. Ah ! mon pauvre Robert! C'est toi, toi seul qui as changé. Quand nous étions des compagnons de jeu, tu étais un gamin éveillé et plein de dispositions pour tout. Mais, quelle vie as-tu menée depuis? Oh! ne secoue pas la tête. Je sais tout ce que tu as fait. Tes bordées de marin, ton existence décousue! C'est toi qui es revenu changé. Changé à tel point, que je ne t'ai plus reconnu, et que, depuis, tu n'as plus su me comprendre !
Robert.
Ne pas te comprendre! Et tu crois ça, vraiment? Ne pas te comprendre! C'est presque terrible.
Olg.\ {secouant la tête).
Non, non.