‹ Les intellectuels; pièce en trois actesChapitre 65 sur 92 · acte deuxieme · texte numérisé non relu

acte deuxieme

Karl, a George.

A vrai dire je ne me suis jamais emballé sur ce qu'il faisait. Mais enfin, ce n'était pas tout à fait mauvais...

Walter (comme torturé par des crampes intérieiiy^es).

Pas mauvais! Cela nous intéresse parce que c'est d'un ami! Pas mauvais! Et la technique, qu'en faites-vous ? Nous ne soupçonnons même pas ce que c'est que le dessin, la peinture; nous sommes des petits malheureux. Nous sommes tous des dégénérés. Pensez à la Joconde maintenant.

Tous.

Ah ! mais, la Joconde !

Walter.

Il faut avoir fait du dessin pendant vingt ans pour commencer à soupçonner ce que c'est qu'une ligne. Mais tous ces gens ont du toupet ! Ils font de la peinture après Botticelli, de la sculpture après Donatello, de la poésie après le Dante. Ils écrivent des romans en oubliant que tout ce qui restait à écrire fût employé par de Balzac ! Ils essayent du théâtre après

Shakespeare ! Avouez avec moi que c'est lamentable. {On se tait. L orateur est un de ceux que Von écoute.) Ce qu'il faudrait, c'est une petite revue indépendante dans laquelle on pourrait leur faire la leçon, à tous, férocement.

James.

Un petit journal mensuel.

Karl.

Ne fut-ce qu'un petit canard de rien du tout.

George.

Que feriez-vous avec votre feuille?

Walter.

Mais démolir tout le monde. Que veux-tu qu'on fasse?

Karl.

Ah oui. dém.olir! Démolir sans pitié. Démolir tout ce -.jui gène!

George {se lève et s'approche de la porte du jardin, restée ouverte).

11 fait doux ce soir, on respire largement.

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