ACTE DEUXIÈME l
Une voix. C'est formidable !
Walter {toujours vert).
Vous riez tous, moi je ne ris pas! Je trouve cela plutôt douloureux, profondément douloureux! Voilà encore une de ces vérités, une de ces réalités cruelles, mise au jour! La beauté existe, mais il n'y a pas dix êtres humains sur mille, qui, en notre abominable époque, soient en état de la comprendre, de la sentir...
George {pontifiant, le geste large).
Des milliers d'êtres vivent sans vivre, sans voir, sans entendre, — c'est vrai et bien triste si vous voulez! Mais par contre quelle joie, quelle gloire même que de pouvoir dire : Nous seuls nous sommes des hommes complets! Nous seuls nous sommes en état d'être grands, d'être bons, d'être beaux ! Nous seuls nous avons un cœur qui sent, une àme qui vibre, un esprit qui comprend ; nous seuls, nous les intellectuels! N ous . . . (Le5 cloches somientau loin.) Qu'est-ce ?
Marie.
C'est la cloche des trépassés, Monsieur. {Elle se signe.)
i36 les intellectuels
George.
Hein ?
Olga {en j-entraiit, très pâle).
C'est lini, il est mort!
George.
Comment ça? mort?
Olga.
Mort! mort! Meurt-on de deux manières différentes? Il est mort! Ah! que c'est triste de devoir mourir. {Elle s'assied et pleure.) Je vous le disais bien qu'aujourd'hui...
George.
C'est affreux ! Pour une fois que nous sommes tous réunis !
Marthe {doucement à Olga).
Où est père, Olga?
Olga.
Là-bas, il a voulu rester : il veille!