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Pour l'Avenir
La France sauvée et victorieuse verra son nom rayonner à jamais dans les fastes des générations à venir. Et sa gloire demeurera impérissable. Mais suffit-il que nous sachions cela ? Suffit-il que nos cœurs soient enfin soulagés de l'effroyable cauchemar succédant à un demisiècle de l'angoissante étreinte subie par le vaincu de 70?
Non, cela ne saurait suffire: Aujourd'hui que nous voyons s'ouvrir à nouveau devant notre avenir les immenses espérances d'un futur à jamais glorieux. Nous devons à notre pays ; à la mémoire de ceux qui l'ont sauvé dans la sublimité de leur sacrifice ; à ceux qui, revenus dans leurs foyers, ont été les admirables artisans du triomphe ; à ceux qui, en des heures combien terribles n'ont jamais désespéré du pays ; à ci -uv
ii LES INTÉRÊTS MARITIMES FRANÇAIS
qui ont improvisé dans les circonstances les plus difficiles, en apparence les plus insurmontables, les forces et les outils grâce à quoi s'est forgé le glaive de la victoire ; aux générations à venir appelées à perpétuer dans les siècles le nom et l'éclat de la France : à tous ceux-là nous devons de réparer immédiatement, sans délai, comme un des objectifs les plus pressants, les effroyables pertes subies par nous, aussi bien dans le domaine économique. Nous leur devons aussi de faire une France plus active, plus laborieuse, plus rayonnante à travers le monde, plus forte dans le domaine économique, puisque la capacité de production, la solidité du crédit, l'étendue de l'extension dans l'action et la richesse active, la vitalité démographique sont la base même de la puissance d'un peuple et de la sécurité de son avenir.
Nous avons donc, dès aujourd'hui, le devoir impérieux, absolu, de jeter nos regards au delà de nos frontières, au delà des mers ; d'examiner quelle fut notre situation hier dans ces pays — dont on ne peut même plus dire, avec les immenses progrès de la science appliquée, qu'ils sont lointains, — ce qu'elle est aujourd'hui, ce qu'elle doit être demain. Et comme la marine est l'outil essentielle véhicule obligé de cette action, c'est elle qui, tout d'abord et dès aujourd'hui, est le point vers lequel il importe que tendent, et notre attention, et notre sollicitude, et nos volontés, et nos efforts, en vue de faire de notre pavillon l'instrument si nécessaire aux buts poursuivis.
En effet, — et force m'est bien, parce qu'elles sont imprescriptibles, revenir ici sur des énon-
DANS L'AMÉRIQUE LATINE l .')
ciations cent fois répétées mais s'imposant d'elles-mêmes comme une litanie, dès qu'on aborde ces sujets, — nous recueillerons seulement le fruit intégral de notre victoire si nous possédons désormais la flotte de notre politique et de nos légitimes aspirations économiques.
Or, cette flotte, hier, nous ne l'avions point; nous avons assisté à sa constante régression ; non pas intrinsèque ; relative, devant les progrès supérieurs de nos rivaux : ce qui, quant au résultat, revient au même en définitive.
Notre tonnage atteignait 2.300000 tonnes. Normalement, rationnellement, pratiquement, il doit arriver à ces 6 ou 8 millions de tonnes, envisagés comme un minimum par tous les esprits avertis. Une telle augmentation de tonnage représente, non comme les Allemands l'avaient tenté vis-à-vis de l'Angleterre, un effort vers l'ascension indéfinie, vers une suprématie maritime dressée contre d'autres peuples. Nous ne voulons ni n'avons le pouvoir d'aspirer à de telles fins ; par contre, nous avons vis-à-vis de nous mêmes le devoir d'assurer à notre développement général la pleine ampleur de son épanouissement. En réalité, la marine est un des instruments essentiels de la vie pour toute nation ayant ses volontés tournées vers le maximum d'activité et de rendement dont elle est susceptible. Cet instrument doit être en harmonie constante, en équilibre direct avec les besoins réels, les capacités absolues de ce pays. Elle ne saurait donc êlre, ni un instrument d'empièteminl agressif contre le domaine revenant naturelle-
iv3 LES INTÉRÊTS MARITIMES FRANÇAIS
ment à autrui, et moins encore un outil d'hégémonie mondiale, dirigé contre un ou plusieurs autres peuples.
C'est pour n'avoir pas compris cette vérité que l'Allemagne s'est,par un processus qui n'avait pu échapper à l'œil de quiconque avait parcouru le monde en ces dix dernières années et scrupuleusement observé, trouvée acculée en réalité à l'obligation de faire trancher par les armes la dévolution décisive de l'empire des mers, de cet empire dont elle avait entrepris de déposséder Pentité britannique pour qui, de par sa constitution même, la maîtrise de la mer est une nécessité vitale alors qu'elle ne l'était point pour l'Allemagne.
Si l'on veut deux exemples bien nets de cette assertion, nullement osée, voici :
Qu'on m'excuse de me citer \ En 1913, me trouvant en Extrême-Orient, à Singapore, j'écrivais :
« Dans le Hall de l'hôtel, je lis cette affiche: « Le steamer Deli, du Nord deutscher Lloyd, « partira pour Rangoon le... »
« Gomment les Anglais ont-ils laissé les Al- « lemands se substituer à eux-mêmes dans un « service de cette importance dans ces eaux où, « seuls avec nous, ils possèdent des intérêts. Et « quel audacieux esprit d'entreprise il faut aux « Allemands pour oser, même en tenant compte « des extraordinaires — et parfois excessifs en « apparence — encouragements qu'ils reçoivent