LIVRE PREMIER
chevalier de Beaufort, qui, par testament, avait légué tous ses biens aux Invalides.
A celte époque de revers, d'épuisement et de misère générale, l'Hôtel, qui recevait chaque jour de nouveaux pensionnaires, sans que ses ressources pussent s'accroître, eut aussi sa large part dans les douleurs communes. Peut-être eût-il été permis d'accepter le soulagement offert par le chevalier de Beaufort; mais les invalides, pleins de reconnaissance pour le fondateur, et fidèles aux statuts de leur institution, s'abstinrent de toute sollicitation et attendirent patiemment les secours du Roi.
Enfin vinrent des jours meilleurs. La brillante victoire de Denain , remportée par Villars , et bientôt suivie du traité d'L'trecht, permit à Louis XIV d'achever en paix les dernières années de son règne, et de travailler autant que possible à faire oublier à ses sujets les maux de la guerre. Ses chers invalides, qui pendant plus de quarante ans avaient été constamment l'objet de sa sollicitude toute particulière, ne furent pas oubliés.
En 1714, sentant sa fin prochaine, il voulut encore une fois se faire rendre un compte exact de cette institution, sa création la plus belle, le plus beau joyau de sa couronne. ïl s'enquit de tout et dans les plus minutieux détails : administration, discipline, vivres, habillement, rien n'échappa à sa curieuse investigation. Il voulait, autant qu'il était
en son pouvoir, améliorer les conditions de cet établissement, afin d'en éterniser la durée.
Son testament, dont nous donnons ici l'extrait, nous en fournit la preuve la plus manifeste :
« Entre tous les établissements (pie nous avons faits pendant le cours de notre règne, il n'en est pas qui soit plus utile à l'État que celui de l'hôtel des Invalides; toutes sortes de motifs doivent engager le Dauphin et tous les autres Rois nos successeurs à lui accorder une protection particulière; nous les y exhortons autant qu'il est en notre pouvoir. »
Le 1er septembre 1715 Louis XIV mourut. Il fut sincèrement regretté de tous les pensionnaires de l'Hôtel; chacun d'eux savait que c'était à lui seul qu'il était redevable de l'heureuse et paisible existence dont il jouissait.
Bon nombre d'institutions justement célèbres, de grandes victoires, d'illustres guerriers, des poètes, des artistes, des écrivains de premier ordre dans tous les genres: des Colbert, des Louvois, des Condé, des Turenne et des Villars; des Corneille, des Racine, des Molière; des Mignard, des Lebrun, des Mansart, des Vauban, des Massillon et des Bossuet, ont illustré le règne de Louis XIV et ont fait du dix-septième siècle un des plus grands siècles de l'histoire. Mais toutes ces gloires diverses, qui d'ailleurs n'apparaissent que sous les grands