LIVRE PREMIER
par sa veuve et par ses enfants, avec la permission du Roi, sous le ministère de M. le maréchal de Ségur, son compagnon d'armes.
Le 23 juin 1788, la reine Marie-Antoinette est venue à l'Hôtel. Elle a été reçue par le gouverneur, qui lui a rendu les mêmes honneurs qu'au Roi.
Sa Majesté était accompagnée de Madame, fille du Roi , de Madame Elisabeth et des dames de leur suite.
La Reine est arrivée à dix heures et demie du matin à la hauteur du pont que l'on avait jeté sur le fossé en face du dôme. Le comte de Brienne, secrétaire d'État de la guerre, les membres du conseil de la guerre , et plusieurs autres officiers généraux ont reçu Sa Majesté, qui est entrée par la porte royale du dôme.
Le curé des Invalides, à la tête du clergé, a harangué Sa Majesté , qui lui a répondu :
« Il y a longtemps que je désirais voir cet établissement intéressant ; la manière dont le Roi y a été reçu a bien augmenté mon désir. »
De là Sa Majesté est allée aux réfectoires des officiers et les a traversés au bruit de leurs acclamations; MM. les officiers s'étaient levés en voyant paraître Sa Majesté , qui les a invités avec bonté à s'asseoir et à continuer leur dîner.
Pendant tout le temps de cette visite, la Reine a toujours tenu par la main Madame, fille du Roi, et a
saisi toutes les occasions d'imprimer dans son cœur des sentiments d'humanité et de bienfaisance; l'attendrissement qu'excitait dans le cœur de cette jeune Princesse un spectacle aussi nouveau pour elle s'était vivement empreint sur son visage, et annonçait l'aurore des vertus les plus touchantes.
Avant de sortir de l'Hôtel , la Reine a fait remettre à l'administration une somme d'argent pour être distribuée aux sous-officiers et soldats, et elle a chargé le ministre de la guerre de demander au Roi une gratification d'un mois de solde pour les officiers. La Reine a en outre donné à la sœur Lamague, supérieure des filles de la Charité, une montre ornée du chiffre de Sa Majesté, et dans laquelle étaient gravés ces mots : Donné par la Reine à la sœur Lamague, 1788.
Sa Majesté a fait encore espérer qu'elle donnerait de nouvelles preuves de bienveillance en s'occupant des moyens de procurer des secours durables aux pauvres filles des invalides , auxquelles elle a bien voulu en accorder de momentanés. Sa Majesté a ajouté : « S'il m'était possible de l'oublier, ma fille m'en rappellerait le souvenir. »
Cette mémorable et touchante visite de Marie- Antoinette termine la première période de l'histoire de l'Hôtel et le premier livre de notre ouvrage.