LIVRE QUATRIEME. -U
grande, puissante, glorieuse et invincible. La France vous voit, hommage vous sera rendu de ce nouveau service. »
L'illustre maréchal Bugeaud, que l'armée et la France entière pleurèrent longtemps, est mort à Paris le 10 juin 1849.
Conformément au décret du président de la République ordonnant que M. le maréchal duc d'Isly serait inhumé à l'hôtel des Invalides, M. le général Petit , ainsi que l'état-major de l'établissement, se trouvait à la grande grille lorsque le 11 juin 1849, à dix heures du soir, y arriva la dépouille mortelle de l'illustre maréchal, suivie du colonel Feray, son gendre; de M. et madame Champlouis; de M. Gasson et de M. de Salvandy, ses alliés ; d'un très-grand nombre d'officiers généraux et supérieurs des armées de terre et de mer; de l'intendance de la première division militaire et enfin de M. l'abbé Plâtrier.
Le cercueil est arrivé à la porte de l'église, où l'attendait M. le curé des Invalides , assisté de son clergé. M. l'abbé Plâtrier, en lui remettant le précieux dépôt confié à sa garde , a dit :
« Chargé d'accompagner les restes du maréchal Bugeaud, de l'homme dont la France entière pleure en ce moment la perte, j'éprouve une véritable consolation à répéter ici que j'ai vu couronner sa
brillante vie par la mort la plus chrétienne; que cet exemple profite aux siens et à tous ceux qui auront la louable ambition de marcher sur ses traces, de l'imiter! L'homme qui, après avoir cent fois affronté les chances hasardeuses de la guerre, courbe son front devant celui du divin Sauveur, a des droits sacrés à la miséricorde de Dieu. Permettez-moi, monsieur le curé, de vous dire que la famille du maréchal Bugeaud compte sur vos prières. »
M. le curé a répondu :
« Xous recevons avec un religieux respect le dépôt que vous nous apportez. La République, l'armée, la patrie, regretteront longtemps celui qui s'est illustré sur tant de champs de bataille, le pacificateur de l'Algérie, en un mot le maréchal Bugeaud d'Isly, qu'une catastrophe inattendue enlève à sa famille et à ses amis. Demandons au Ciel la récompense que lui ont méritée sa vie militaire et sa mort vraiment pieuse. »
Ensuite M. le général Petit a prononcé l'allocution suivante :
« Au nom et par ordre de M. le prince gouverneur des Invalides, frère de notre immortel Empereur, nous recevons le corps que vous nous présentez de l'illustre maréchal Bugeaud d'Isly ; de ce grand homme de guerre et si digne citoyen,
dont un décret du gouvernement a prescrit l'inhumation dans les caveaux de notre église. Les sentiments douloureux que la famille de M. le maréchal, la France et l'armée éprouvent de cette mort cruelle et si inattendue sont vivement partagés par notre gouverneur et tous les militaires invalides, et nous pensons tous que dans ces temps de calamité publique aucune perte plus sensible ne pouvait affliger notre patrie déjà si agitée et qui avait tant besoin de conserver un si digne et si habile défenseur. Honneur soit rendu à sa mémoire ! »
Déposés d'abord dans une chapelle ardente où le De profundis a été chanté , les restes du maréchal ont été ensuite descendus dans un des caveaux de l'église où ils devront rester déposés jusqu'au moment des obsèques. Les prières mêlées de pleurs et les bénédictions de tous les assistants ont terminé à onze heures du soir cette première et touchante cérémonie.
Et aujourd'hui, 4 9 juin, les funérailles du maréchal Bugeaud d'Isly ont eu lieu dans l'ordre apporté ci-après.
La grande entrée de l'Hôtel , le péristyle de la chapelle du dôme et toute l'église étaient décorés par de grandes tentures noires lamées d'argent sur
lesquelles était appliqué l'écusson armorié sur fond azuré de M. le maréchal , composé d'une épée et d'une charrue où se croisaient deux bâtons de maréchal avec cette simple devise : Ense et aratro, exprimant toute la vie de l'illustre défunt. En outre des écussons palmés, également placés sur les tentures dans l'intérieur de L'église , rappelaient les noms de toutes les batailles auxquelles le maréchal a assisté. Au-dessus de la chaire à prêcher et sur un grand écusson palmé se lisait ce seul mot : Isly, bataille dont le nom rend à jamais célèbre celui qui l'a gagnée.
Au milieu de la nef de l'église , s'élevait un magnifique cénotaphe recouvert de velours noir lamé d'argent et éclairé par un grand nombre de bougies et quatorze lampadaires funèbres. Autour du cénotaphe étaient placés cent sous-officiers tous décorés de la Légion d'honneur. Chaque régiment avait fourni son contingent de bravoure et d'honneur. Sous le péristyle de la chapelle du dôme deux divisions d'invalides, ayant tous en main une lance et la flamme tricolore, faisaient le service d'honneur.
A huit heures du matin , le cercueil contenant le corps du maréchal, qui avait été déposé le H juin au soir dans un des caveaux de l'église, en a été retiré en présence du clergé, des parents et amis du défunt et de M. le général Petit. Ce cercueil, au-dessus duquel on voyait l'épée du maréchal et