LIVRE PREMIER
doté, tous les officiers et soldats estropiés, vieux et caducs de nos troupes, soient logés, nourris et vêtus leur vie durant dans icelui : que comme ledit Hôtel n'étant destiné que pour le logement, subsistance et entretènement desdits officiers et soldats estropiés et invalides, le fonds ci-dessus mentionné dont nous l'avons doté est suffisant pour y subvenir; nous voulons qu'il ne puisse être reçu ni accepté pour ledit Hôtel aucunes fondations, dons et gratifications qui pourraient lui être faites par quelques personnes et pour quelque cause , et sous quelque prétexte que ce soit. »
Bientôt après la promulgation de ces mémorables édits portant création d'une retraite destinée aux soldats vétérans, on vit surgir un vaste ensemble de constructions monumentales qui reçut le nom d'Hôtel Royal des Invalides l.
La nomination aux divers emplois dans le personnel et l'administration suivit de près la mise à exécution des travaux.
Afin de mettre le comble à sa royale sollicitude, Louis XIV voulut que le commandement de l'Hôtel fût réservé aux généraux dont les services éminents, les actions d'éclat, les nombreuses blessures, avaient marqué leur place à cet insigne honneur.
Le premier gouverneur fut Lemaçon d'Ormoy,
1 Création qui valut à l'habile architecte Bruant le grand cordon de Saint-Michel.
général des bandes à la police du régiment des gardes françaises.
M. de Sennerie eut la place de lieutenant du Roi.
MM. Camus de Beaulieu remplirent les fonctions d'intendant militaire et celles de directeur des services administratifs.
Le conseil fut composé du ministre de la guerre, du gouverneur, des directeurs, du lieutenant du Roi, des trésoriers généraux et du directeur des archives.
L'administration ainsi constituée, Louis XIV vint à l'Hôtel, accompagné des personnages les plus considérables de la cour; il était escorté par un détachement des gardes du corps, qui resta dans la cour d'honneur et fut remplacé par une garde composée d'invalides.
En descendant de voiture, 8a Majesté se rendit à l'église, où elle entendit la messe, à laquelle le cardinal de Noailles ofïiciait.
Après la messe, le Roi passa la revue des invalides, rangés en bataille dans la cour; il y reçut aussi les députations de ceux qui venaient d'être transférés de la rue du Cherche-Midi, et dont l'un d'eux, vieux sergent mutilé, lui témoigna au nom de ses camarades toute la reconnaissance dont ils étaient pénétrés.
Ce jour-là est décédé Lemaçon d'Ormoy, dont la dépouille mortelle repose dans le caveau des gou-