‹ Les Invisibles de Paris, vol. 1Chapitre 14 sur 68 · V: If · texte numérisé non relu

V: If

'il'' i . <1 i

Ni":

tapisserie des Grobelins.

Cette tapisserie avait pour sujet Vulcain surprenant Mars et Vénus et les :fy j

enfermant dans un filet forgé de ses propres mains.

Et voyez le hasard !

L'habile ouvrier qui avait tissé, brodé ce chef-d'œuvre, adonné à son dieu boiteux les traits et l'encolure de notre baron désappointé.

Nos lecteurs ont reconnu en même temps que nous, dans la duchesse de Vérone, dans la jeune fille et dans le jeune homme qui se tenait toujours à l'affût derrière elle, les deux femmes et le jeune homme du marché aux chevaux.

La jeune fille s'appelait Thérèse. Pas de nom de famille.

Le jeune homme, Olivier Maskar; il était secrétaire de la duchesse de I'

Vérone.

Pendant que tous ces personnages se séparaient, se dispersaient, pour se rendre les uns dans un salon de jeu, les autres dans un boudoir isolé, ceux-ci dans les galeries réservées aux masques, ceux-là dans le salon de danse, un huissier tenant deux manteaux vénitiens, noirs et courts, et deux masques à longue barbe, s'approcha de deux hommes qui causaient à l'entrée de la galerie des masques.

Ces deux hommes étaient le comte de Warrens et un employé supérieur de la police. Le comte remerciait ce monsieur d'avoir bien voulu assister à sa !f:

petite fête. Celui-ci lui faisait tous ses compliments sur la magnificence de sa %

réception. ^

— Que voulez-vous, mon ami? demanda le comte à l'huissier. f

— Monsieur le comte a ordonné de ne laisser pénétrer personne dans ces salons, sans masque et sans costume.

— C'est vrai, dit le comte en souriant. Il faut que je me déguise, c'est la loi.

— Et je suis convaincu, fit Femployé supérieur, qui ne se croyait pas connu pour ce qu'il était, avec un accent de bonhomie parfaitement joué, je suis convaincu, comte, que cela ne vous gênera pas beaucoup.

— Dame! voyez, répliqua le comte de Warens, qui venait de s'encapu- ;

chonner et de se masquer, en tournant sur ses talons. On dirait que je suis né en pleines lagunes, du xv e au xvr 3 siècle. Le cœur vous en dit-il, cher monsieur?

— Ce que vous ferez ce soir, je le ferai comme vous, cher comte, reprit son interlocuteur, qui se masqua aussi.

— -Je vous plains, alors, du fond de mon âme,

— Pourquoi?

— Parce que je suis maître de maison et qu'il est de mon devoir de ne pas m'amuser autant que mes invités.

— Est-ce pour qu'on vous reconnaisse que vous mettez ce nœud rose à votre. épaule gauche?

— Sans doute; mais mon intendant seul et deux de mes gens savent ce détail. Je vous supplie en grâce de ne pas me trahir.

— Je vous promets de profiter seul de cette découverte, dit-il en riant.

— Mille grâces 1

— A propos, votre intendant, n'est-ce pas un M. Karl Schinner?

— C'est cela même.

— Un charmant homme t

— Un honnête homme surtout, répondit gravement le comte.

Un quart d'heure après, l'employé supérieur de la Préfecture de police, attaqué par un adorable petit domino, dansait en face d'une esclave grecque ayant pour cavalier un masque au manteau vénitien et au nœud rose sur l'épaule gauche.

Rien n'empêchait ce rancunier et haut fonctionnaire de croire qu'il avait pour vis-à-vis, dans le porteur de ce nœud rose, le maître de céans, son ennemi intime, le comte de Warrens.

Page 1