OU M. JULES N'Y EST PLUS DU TOUT
Au cri poussé par l'ex-chef de la police de Sûreté, le blessé entr'ouvrit les yeux, et, tournant péniblement la tête vers les visiteurs, il demanda à la reli-
gieuse :
— Qui est là, ma sœur ?
Sur un geste impératif du docteur, on ne lui répondit rien.
Le comte de Mauclerc crut s'être trompé. La douleur lui arracha un soupir, et avec l'aide de sa garde, il changea de position et tourna la tête du côté de muraille en murmurant :
— Une viendra pas !
— //... c'est moi..., dit l'ex-agent de police.
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fji - Le docteur Martel renouvela son geste commandant le silencele plus absolu.
;| 4' Gomme si le blessé se fût donné une explication à lui-même, il laissa échapper,
ff : de ses lèvres serrées par la souffrance, les mots suivants :
— Ah ! monsieur Jules, ce sera trop tard !
En entendant prononcer son nom, ce dernier fit un mouvement. p;
||- Il voulait se rapprocher du lit.
Le docteur se plaça entre lui et le blessé, et lui saisissant vivement le H
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bras :
— N'oubliez pas votre promesse ! lit-il tout bas. . ■ .■ 1
— Gré mâtin! répliqua M. Jules, sur le même ton. Il n'y a pas de danger ; fp que je l'oublie. Vous êtes bon à me la rappeler, vous ! |f
— Chut!
— Pardieu! oui! on se taira, mais c'est dur, tout de même !
— Taisez-vous, ou sortez !
— Je me tais, quoi ! v L'obéissance de l'agent suffit au docteur Martel, qui, s'adressant à la reii- f
itl " : - . .gieuse :
— Sœur Agathe, dit-il.
Celle-ci se leva, prit une fiole sur la table, se pencha vers le malade et la ' \
il ■ lui fit respirer. *
'i;4 Mauclerc, dont l'agitation et la fièvre redoublaient, retomba immobile et ne
donna plus signe de vie. ?
Ah çà! mais ils vont me le tuer, pensa M. Jules. C'est un moyen comme ' #
un autre de l'empêcher de parler. *
Le médecin devinait sans doute ce qui se passait dans l'esprit de son visiteur, car il reprit avec moins de précaution :
— Votre ami dort.
— Ahl bien! dit tout haut l'agent, qui pestait à part lui de voirie sommeil , se mettre de la partie pour l'empêcher d'avoir une minute d'entretien avec | Mauclerc. ' |
— Eh bien! mon cher monsieur, ajouta l'homme, de l'art, êtes-vous ( convaincu?
— Convaincu de quoi?
— De l'identité de mon pensionnaire.
— Dame t
— Dame! oui, ou dame! non?
— Mais, docteur, repartit effrontément l'ex-agent de police, je n'ai pas douté un seul instant de votre bonne foi. \
— Est-ce à dire qu'on l'aurait surprise?
— Non pas; tout est comme vous me l'aviez dit.
— Alors pourquoi cette stupéfaction, cette épouvante? interrogea le docteur Martel, qui voulait voir jusqu'où son interlocuteur pousserait l'impudence et le, mensonge.
— Pourquoi?... chercha l'autre, mais parce que... en retrouvant ce pauvre comte dans un si pitoyable état, je me suis senti tout...
— Tout ému?
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— Oui, c'est cela, tout ému, répéta vivement M. Jules... Vous concevez... On quitte un ami plein de vie et de santé, et Ton ne le retrouve pas impunément à deux doigts de la mort...
— Oui, on est homme, quoique agent de police, continua le plus doucement possible son impassible cicérone.
— Voilà ce que je voulais dire.
— Alors c'est à merveille, et nous n'avons plus rien à faire ici.
— Rien.
— Laissons reposer le malade et sortons.
— Sortons, fit machinalement M. Jules.
Et il suivit le docteur, qui quitta immédiatement la chambre de M. de Mauclerc. - -. - *
Mais à peine eurent-ils disparu dans le long couloir sur lequel donnaient toutes les chambres des malades, que la religieuse sortit à son tour.
Elle écouta quelques instants, reconnut la direction qu'ils venaient de prendre, et se précipita à leur suite, marchant avec la légèreté d'un fantôme.
Du reste, elle aurait usé de moins de précautions que l'ex-chef de la police de Sûreté ne se fût pas douté de sa présence.
Il en était encore à chercher l'explication de tout ce qui venait de se passer.
Et comme sa pensée courait facilement d'un sujet à un autre, tout en cherchant la clef de cette énigme il ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi le blessé l'avait prié de se rendre auprès de lui.
— Ah! les mâtins 1 murmurait-il, ils me donnent du fil à retordre! Tiens 1 par où passons-nous donc? Nous ne prenons pas le même chemin que tout à l'heure.
Eu effet, le domestique qui les précédait, le candélabre à la main, leur faisait suivre une voie plus directe.
En deux fois moins de temps qu'ils n'en avaient mis pour arriver à la chambre du comte de Mauclerc, ils se retrouvaient à l'entrée du salon de réception.
Quelque bouleversé qu'il fût par la scène à laquelle il venait d'assister, l'ex-agent remarqua cette particularité.
Seulement, cette fois, le docteur Martel et M. Jules n'étaient plus seuls dans ce salon.
Deux personnes s'y trouvaient aussi, deux ouvriers endimanchés.
La première, Rifflard, l'ouvrier cambreur, se tenait devant la cheminée.
M. Jules le reconnut facilement; la lumière du Lustre donnait sur lui, en plein visage.
La seconde personne s'était placée dans un angle obscur delà pièce.
Elle disparaissait dans l'ombre.
L'agent, dont toute l'attention était attirée sur son visiteur matinal, ne se donna pas la peine d'examiner ce second personnage.
Il s'avança vers l'ouvrier cambreur et lui dit ;
— On vous revoit donc, vous?
— Si ma présence vous gène, monsieur Jules, il faut le montrer. On s'en ira.
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— Moi? pas du tout. Vous m'expliquerez peut-être...
— A votre service, répondit l'ouvrier cambreur. Quoi, s'il vous plaît?
— Mais... rien du tout, repartit l'ex-agent après réflexion.
— C'est fait, dit Rifflard en riant. Si vous n'êtes pas plus exigeant que cela, il ne sera pas difficile de trouver chaussure à votre pied.
— Oui, ricane, ricane, pensait M. Jules, mon tour viendra.
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M. Jules vient de voir le blessé que vous m'avez ramené cette nuit, mon [fi
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bon ami, dit le docteur Martel, s'adressant à Rifflard. -Ah!
— Oui, je l'ai vu! grommela l'ex-agent.
— Malheureusement, l'état de ce dernier ne lui a pas permis de communiquer avec son visiteur.
— Pas de chance ! fit Rifflard avec une expression de regret qui dut aller S au cœur de l'ex-agent. &
— Je reviendrai, ajouta ce]ui-ci.
— Toutes les portes vous sont ouvertes, à dater, d'aujourd'hui, cher monsieur... Je donnerai des ordres pour que vous soyez admis en présence de M. de Mauclerc, dès que son état lui permettra de vous recevoir.
— Sera-ce long?
— S'il ne se présente pas de nouveaux accidents, j'estime que dans sept | ou huit jours, le blessé sera à même de vous donner tous les renseignements | dessables.
— Huit jours! Enfin !... s'il le faut... Il le faut î n'est-ce pas? |
— Le pauvre diable est joliment accommodé ! murmura Rifflard en manière d'aparté.
— Oh! je le vengerai! s'écria M. Jules, qui posa sa main sur l'épaule de Foavrier cambreur.
Celui-ci se laissa faire le mieux du monde.
— Une confidence? dit-il.
Et il tendit l'oreille, en se faisant un cornet de sa main droite. Avant de lui répondre, l'ex-agent se tourna vers le docteur Martel, comme
pour lui demander la permission de traiter devant lui une affaire qui le concernait aussi peu.
Le docteur fit un geste qui signifiait :
— A votre aise. Agissez comme dans votre propre bureau. M. Jules prit un dernier temps, et cherchant à dominer du feu de son
regard le malheureux artisan qui se trouvait placé sur sa route, il reprit :
— Ecoute, mon petit. . .
— Vas-y, mon gros, répondit avec le plus grand calme Rifflard, qui rendit politesse pour politesse et tutoiement pour tutoiement.
— Hein?
— J'ai dit : Vas-y, mon gros. Ce n'est pas de l'hindoustani, ça. Tu me traites en camarade, mon bon Jules, il parait que nous avons gardé n'importe quoi ensemble. Je ne suis pas difficile, continue.
L'ex-agent se mordit les lèvres et continua :
— Bien. Je suis mouché et remouché 1 II n'y a rien à frire avec vous, l'ami t
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LES INVISIBLES DE PAltîS
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