‹ Les Invisibles de Paris, vol. 2Chapitre 3 sur 92 · SI · texte numérisé non relu

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— Après cela, M me la comtesse m'a demandé s'il serait possible de rencontrer Passe-Partout?

— Et vous lui ayez répondu?

— Que tout était possible à une jolie femme comme elle, .

— Monsieur Charbonneau, je commence à trouver que vous perdez beaucoup de paroles.

— Ne vous inquiétez pas de cela, cher monsieur, répondit modestement l'agent de M. Jules, j'ai un fonds de magasin qui de ce côté-là ne s'épuisera pas facilement.

— Gardez vos rossignols, et marchons droit au but! répliqua sèchement son interlocateur.

— Interrogez-moi, alors, dit Charbonneau., qui tenait, par le fait, à ne parler que le moins possible.

— Soit. Quand faciliterez-vous à M nie de Casa-Real sa rencontre avec l'homme en question ?

— Ce soir.

— : A quelle heure?

— Vers les neuf heures.

— Où?

— Rue d'Angoulême-du-Temple.

— Dans quel lieu?

— Chez un marchand de vin traiteur, à l'enseigne du Lapin courageux.

— Voilà qui est parlé, fit l'inconnu.

— Alors, vous m'autorisez à vous céder la place? s'écria maître Charbon neau.

— Un instant, que diable t répliqua l'autre en le retenant vigoureusement par le collet de sa redingote.

— Sapristi t vous détériorez ma garde-robe, cria l'agent de police, qui avait le faible de tenir à ses moyens de toilette, comme un peintre tient à ses pinceaux et à son chevalet. C'est inutile et c'est de mauvais goût. Que voulezvous encore?

— Je veux vous payer ma dette.

— Quelle dette? répondit Charbonneau à demi ahuri par ces secousses successives et violentes.

— Le prix de vos renseignements.

— Mes cinq cents francs! au fait, je les oubliais.

— Vous êtes généreux! Je ne le serai pas moins que vous. Tenez.

Un instant après, un billet de cinq cents francs, sorti du portefeuille de l'inconnu, allait rejoindre dans le gousset de l'agent les vingt-cinq louis de la comtesse de Casa-Real.

Les relations devinrent alors plus faciles entre les deux hommes.

Puis-je encore vous être agréable? dit Charbonneau avec convoitise...

Pariez, je suis tout prêt à me mettre à votre disposition.

— Je n'attendais pas moins de votre courtoisie, lui fut-il répondu. Non... je ne vois pas trop pourquoi je vous retiendrais pins longtemps.

— Adieu, alors.

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— Adieu î... Aht pourtant... si... une question?

— Faites.

— Y serez-vous ce soir? . ...:

— Où cela? demanda l'agent étonné. :N

— Au Lapin courageux ? ■ i

— Pardi 1 je l'espère bien.

— Où vous tiendrez- vous?

— Oh! repartit Charbonneau avec un sourire qui n'était fin que lorsqu'il ne désirait pas l'être, je ne serai pas difficile à trouver. Je me tiendrai au comptoir.

— Bien. Si je vais là-bas ce soir, je puis compter sur vous, mons. Charbon- " neau?

— Jusqu'à concurrence de la somme versée par vous entre mes mains, répondit solennellement celui-ci. Seulement, comment vous reconnaîtrai~je? Je n'ai seulement pas vu le bout de votre nez.

— Peu importe. Je vous reconnaîtrai, moi, cela suffira.

— Gomme il vous plaira.

— Ainsi c'est entendu?

— Parfaitement

— Et maintenant, avant de vous rendre à la liberté, qui est le plus bel apanage des hommes de votre trempe, un dernier mot, lui dit l'inconnu en se penchant jusqu'à son oreille, faites votre profit de ceci, monsieur Pierre Duhamel, dit Goquilhtrd, dit Char •bonmau, donh\e cheval do retour, Q.gentmtev\o]}e de M. Jules.

— Hein? s'écria en reculant de terreur Charbonneau, tout effaré... Que prétendez-vous?

— Je prétends vous prouver que je vous connais aussi bien que vous vous connaissez vous-même.

— Après ?

— Et que si vous vous conduisez mal avec moi, si vous essayez de jouer un double jeu, ce qui est assez dans vos habitudes, vous serez la première victime de vos procédés.

— Mais je vous assure que mes intentions...

— Sont pures. Tant mieux pour vous 1

— Pourquoi, s'il vous plaît? demandal'un.

— Parce que, répondit l'autre, j'ai entre les mains les preuves nécessaires pour vous faire réintégrer dans les bagnes de Toulon, de Brest ou de Rochefort, à votre chois.

— Merci bien.

— Et cela dans les vingt-quatre heures.

— Je serais curieux de voir cela, repartit avec un tremblement convulsif l'agent de police, qui voulut braver un moment son antagoniste. Je ne crois pasque cela soit aussi facile que vous le pensez ; mais comme, de toutes façons, je n'aurais rien à gagner à cette expérience, j'admets que je me trouve pieds et poings liés dans votre main, et cela uniquement pour vous être agréable.

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— Pas trop mal manœuvré pour couvrir votre retraite,' ricana l'inconnu-. A bon entendeur, salut.

— A ce soir, alors?

— A ce soir.

Charbonneau se retourna pour adresser un dernier geste d'adieu à

l'homme au manteau.

Mais il eut beau regarder, chercher de tous les côtés, la rue était redevenue complètement, déserte.

Il se trouvait seul, sans que nul indice vînt lui faire soupçonner comment et par où sa nouvelle connaissance, qu'il ne connaissait pas, avait pu passer, disparaître, voire s'envoler.

— Allons, allons 1 se dit le malencontreux agent de M. Jules, il y a de la f^ ;:H 'K m agie, de là sorcellerie là-dessous L.« Voilà ce que j'aurais juré par tous les

saints du paradis en Tan de grâce treize ou quatorze cent. Aujourd'hui je dois avoir eu affaire à un saltimbanque, ou à quelque Bosco ou Robert-Houdin en vacance.

Puis, après réflexion, il ajouta en posant la main sur son gousset :

— Enfin de compte, l'argent me reste. Pourvu que ce ne soit pas de la fausse monnaie! Bast! je la passerais à M. Jules.

Cette dernière boutade le mit de bonne humeur.

— Nom d'un tonnerre t comme dit M. Jules, s'écria- t-il sans reculer devant l'absence totale d'un auditoire choisi, nom de plusieurs tonnerres, même... à part quelques torgnoles et pas mal de rebuffades, l'affairé finira par devenir bonne! Seulement il s'agit de se bien tenir, et, sur ma foi, Ton se tiendra bien.

Gela achevé, Coquillard-Charbonneau, reprenant son allure de bourgeois de remise, se mit à arpenter, de son pas le plus rapide, le milieu de la chaussée, afin de voir venir tout à son aise les bonnes et les mauvaises rencontres. Conseil que nous donnerons aux coquins qui sortent de bonne heure, et aux honnêtes gens qui rentrent tard.

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