VI
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— Bien trouvé! fit Martial Renaud avec une exclamation joyeuse.
— Le chien flaire, reflaire, nous regarde, se met à japper et aboyer.
— Et puis?
— Et puis, nous le lâchons... La brave bête avait, pardi, bien l'air de comprendre ce qu'on lui voulait. Elle n'hésita pas une minute... Vlà qu'elle se met en quête... nous la suivons pas à pas tous les quatre...
;fer : - — Braves amis i
— Laissez-moi finir... Tout ça n'est rien... Hurrah ne resta pas longtemps sans tomber en arrêt.
[|| .'§;. — Il avait retrouvé la trace ? dit le colonel.
!i|ï;;f — La trace du capitaine... oui... Vlà que nous disons : C'est bon, la bête
;<|^ ;;: y est... Et, sacredieut elle y était... Elle commence une course, une chasse
j|ï;i;f- insensée... le museau en terre, trottant la queue basse. Hurrah redescend
dans Paris... Nous redescendons avec lui... Il traverse les boulevards et il
enfile les Champs-Elysées... Nous traversons et nous enfilons à sa suite! Hfcirfe ' - — Bien I
ïlfèîi — A la hauteur de l'allée des Veuves, cependant, il hésite, le bon chien...
j;.p;ï Notre coeur se serre à tous les quatre. — Est-ce qu'il renauderait? que nous
;;||; ; .r nous demandons... Je t'en soigne !... Après avoir trotté deçà et delà, d'un air
^liîi l - inquiet, vlà que la bête reprend sa course. Nous attrapons le pont de Neuilly,
nous le passons. Elle entre dans Courbevoie... Aïe donc! nous la suivons
sans broncher.
fâf — Enfin?
/ftîi. ' — A la fin... eh bien!... à la fin des fins, la bonne bête s'arrête devant
une maison asseulée, en dehors du village.
r — Tu connaissais l'endroit, tu vois? fit le colonel se souvenant que le
j|^;, colosse n'avait pas pu satisfaire tout d'abord à sa demande.
— Au fait, oui... vlà les noms qui me reviennent à présent, mon colonel...
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\$£ C'est votre vin, voyez-vous 1 II était donc six heures du matin . . . sans reproche,
nous courrions comme ça depuis quatre bonnes heures... C'était gentil, déjà 1 ffi- On rattache le chien, et nous nous installons dans une auberge, où les
|i v V autres cassent une croûte et piquent un somme.
'#: . — Et toi?
— Moi, je veillais et je pensais à mon capitaine... Je n'avais ni faim, ni soif, ni sommeil... Ah! cré mâtin, je ne les ai pas laissés se dorloter par trop longtemps, allez.
« Au réveil, le père Pinson nous lâche pour retourner à sa fabrique. Nous gardons le chien. Il tenait la piste, vous comprenez, nous ne l'aurions pas rendu pour son pesant d'or. Le vieux sergent parti, nons reprenons la chasse.
c Parole! ça commençait à m'amuser, en dehors même de l'intérêt que je porte à mon capitaine.
« Il paraît que ses ravisseurs craignaient joliment d'être poursuivis. Les gueux avaient employé tous les moyens pour nous donner le change et nous faire perdre leurs traces. Ils s'étaient donné la peine de croiser leur route, revenant sur leurs foulées, coupant à travers terre et faisant des pointes à droite et à gauche.
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— Scélérats ! murmura Martial Renaud, si jamais... La Cigale, qui ne tenait point à s'arrêter en si beau chemin, l'interrompit
sans le moindre ménagement.
— Malgré toutes ces marches et ces contremarches, ces allées et ces venues, le brave chien ne s'est pas laissé mettre dedans un seul instant.
— Il a retrouvé la piste ?
— Retrouvée? répondit le géant avec une véritable indignation, allons donc, il ne Ta jamais perdue. Il y avait de quoi se mettre à genoux devant ce chien-là, voyez-vous.
— Va toujours, va.
— Nous ne le quittions pas d'un pouce. Mouchette relevait avec soin la route que nous suivions, et prenait des points de repère, comme le Petit Poucet, afin de s'y reconnaître plu?, tard.
— Combien de temps a duré cette chasse?
— Quatre jours et presque quatre nuits. À la fin, bète et hommes, nous [\ étions littéralement sur les dents. S'il avait fallu continuer quelques heures encore, nous mourions tous à la peine. Mais pour rien au monde, nous ne nous serions arrêtés.
« Le chien allait toujours.
« Nous faisions comme le chien.
— Achève! dit le colonel.
— Arrivés, vers dix heures du soir, devant une espèce de ferme bâtie au milier d'un bois touffu, et isolée de toute autre habitation, Hurrah demeure subitement immobile comme une pierre. Ses jarrets se mettent à trembler;
cette chère bête devait avoir une émotion!... J'en ai bien encore, moi, en vous \ ; j ":|
racontant nos allées et nos venues. Bref, Hurrah commença par jeter deux ou trois cris plaintifs et contenus, puis il se mit à remuer la queue, et finalement il se coucha.
« Pour Frantz Keller, pour Mouchette et pour moi, il n'y avait pas à , : j
douter, c'est là que se trouvait le capitaine. ■ V |
— Cher frère! dit Martial en chassant une larme qui pointait au bord de [ sa paupière.
L'&^Qigale ajouta :
— Après nous être concertés, entendus... après avoir tenu conseil, v'ià ce à quoi nous avons conclu: Mouchette et Frantz Keller sont restés en observation et suivront le capitaine si on le force à quitter cette maison.
— Et tu les retrouveras, la Cigale?
— Pardinel oui; nous sommes convenus qu'ils me laissent, sur leur route, des signes de reconnaissance pour que je n'aie pas besoin de courir à droite et à gauche, comme une corneille qui abat des noix.
« Moi, on m'a forcé de me coucher et de dormir quelques heures pour reprendre des forces et du nerf.
« Aussitôt réveillé, je retourne à Paris avec ce digne et bon Hurrah, qui nous était devenu inutile, et qui aurait pu éveiller des soupçons contre nous.
« On m'a chargé de vous rendre compte de notre mission.
« J'ai fait ce que j'ai pu, mon colonel, vous ensavez autant que moi mainte-
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Pri-v nant, et ma foi d'honnête marin je vous donne, que si vous n'êtes pas satis-
|'ïf ; " : fait de moi, de nous tous, vous êtes diantrement difficile I
% X • '■..' — Est-ce tout ?
— Pas encore* J'y arrive.
— Vite ! fais vite, pour Dieu !
Le colosse reprit :
~- Tout en causant nous ne perdions pas la ferme de vue. Une fenêtre se
trouvait éclairée au premier étage. Deux ou trois fois, nous avons vu se dessiner sur cette fenêtre une ombre qui nous a bien semblé être celle du
j'fSiL ., .
fyw- capitaine.
|;M| . « Sur les quatre heures du matin, je me suis réveillé.
« J'ai donné tout l'argent que j'avais à Frantz Keller et à Mouchetle.
— Je sais! je sais ! fit le frère du comte de Warrens. -- Je gardai dix sous pour acheter du biscuit à ce pauvre Hurrah, qui ne
se doutait pas de tout le bonheur qu'il venait de me donner. JJg 1 « Et nous sommes partis pour Paris, l'homme et le chien, nous entendant
mieux que si nous avions été deux hommes ou deux chiens.
— Et votre voyage a duré?
— Deux jours. Chaque jour, je faisais quinze lieues... Hurrah aussi, mais lui mangeait et buvait, moi non-; je n'aurais pas touché aux dix sous
||fe\ de la pauvre bête, pour le dîner que vous m'avez servi tout à l'heure. On a
*''''' une parole et un cœur! quoi!
* Enfin, nous sommes arrivés, il y a une heure.
« Vous avez vu, mon colonel, si j'ai bien employé mon temps pendant cette heure-là.
« Franchement, je crois que si j'ai bu vos trois bourguignonnes..., non... vos trois bordelaises..., je ne les avais pas volées.