‹ Les Invisibles de Paris, vol. 2Chapitre 63 sur 92 · VS · texte numérisé non relu

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Le porte-clefs pouvait s'être ou l'avoir trahi. La situation était terrible pour lui.

Le moindre indice suffisait pour mettre la comtesse sur la piste de ses libérateurs.

Malgré lui, il tremblait d'inquiétude au fond de son âme.

Mais rien ne paraissait sur sa physionomie, masque de marbre sur lequel les émotions venaient se briser comme se brise et s'eniuit la vague mugissante qui vient frapper le pied d'un rocher centenaire.

— Elle ment! se dit-il à part lui, elle ment. Attendons encore. Elle reprit :

— Il dépend absolument de vous, monsieur le comte, dit-elle d'une voix insinuante, de reconquérir votre liberté à l'instant même.

— Je Lai toujours pensé ainsi, madame la comtesse,

La créole frappa du pied avec un commencement de colère indomptable.

— Assez de plaisanteries! On ne recule pas quand on agit comme j'ai agi, vous devriez le comprendre. Répondez-moi sérieusement.

— Comtesse.., faites vos conditions... et tenez-le pour certain... si ces conditions sontpossibles, je veux dire acceptables, j'y souscris aussitôt des deux mains.

— Donnez-moi votre parole d'honneur...

— C'est quelque chose, vous le savez.

— Donnez-moi votre parole..., toute promesse est sacrée pour vous, je le sais... et quelle qu'elle soit, vous la tenez... Donc, vous sortirez librement de...

— De cette prison modèle.

■ — Oui, de cette prison.

— Voyons vos conditions. Et d'abord, combien comptez-vous m'en dicter?

— Deux. Ce n'est pas trop, je suppose.

— C'est assez, si elles sont acceptables.., trop, si vous voulez me les faire impossibles. La première?

— Vous me remettrez le papier que M. le comte de Gasa-Real...

— Votre pauvre mari!

— Mou mari, vous a confié quelques instants avant sa mort. - Je m'attendais à cette demande.

— Vous semble-t-elle acceptable?

— Quien sabe? — qui sait? — comme disent vos compatriotes... Cependant permettez, madame; supposons que je consente à manquer au serment fait à à M. le cotnle de Gasa-Keal, je ne peux vous donner ce papier séance tenante, ne l'ayant pas sur moi: ■

— Je ne vous le demande pas à l'instant... Je ne vous demande que votre parole de me le faire tenir.

— Passons à la seconde condition, s'il vous plaît, comtesse.

— La voici.

— J'écoute.

— Vous me rendrez ma fille.

Le comte baissa la tête avec découragement.

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Hermosa fixait sur lui des regards de feu.

— J'attends, dit-elle.

— Quoi? madame.

— Votre réponse.

— Mon silence en est une.

— Qui ne dit mot, consent.

— Hélas 1 retournez le dicton, et vous serez dans la vérité.

— Ainsi?

— J'en suis désolé, mais... qui ne consent pas, ne dit mot!

— Vous refusez?

— Formellement.

— ■ Les deux propositions que je vous fais?

— Les deux.

— Vous êtes fou.

— C'est possible. Si l'honneur est une folie, je suis fou, fou incurable,

— Vos raisons! Voyons vos motifs pour ne pas accepter, pour risquer votre liberté, votre vie sur un non, s'écria-t-elle, en proie à une agitation impossible à réprimer.

— Ces motifs, depuis longtemps vous les connaissez, madame : j'ai juré sur mon honneur, et cela en votre présence, de venger la mort du comte de Casa- Real. Si je consentais à vous rendre son testament, ses dernières volontés, dont, vous en conviendrez, madame, je n'ai pas fait un usage bien cruel jusqu'à ce jour, si je consentais à cela, je serais lâche et parjure...

— Mais...

— Et, vous le disiez vous-même tout à l'heure..., quand je donne ma parole, je la tiens.

— Le comte a mis une condition à cette vengeance... Souvenez-vous-en, vous ne devez vous servir de ce testament qu'au cas seulement où je voudrais me remarier.

— Eh bien !

— Par tout ce qu'il y a de plus sacré dans ce monde et dans l'autre, je vous jure, monsieur, que je resterai veuve toute ma vie.

— Vous oubliez, madame, que si j'avais voulu, le lendemain même de la mort de votre mari, vous vous engagiez à porter mon nom.

C'était vrai.

La créole ne trouva rien à répondre.

Dans sa rage, il ne lui vint qu'une menace aux lèvres.

— Que, me parlez-vous de vengeance, que me parlez-vous de châtiment, vous qui/etes en mon pouvoir, vous dont l'existence dépend d'un geste de moi ! '*

— Je suis entre les mains de Dieu, madame.

— Dieu t lit-elle impatiemment.

Il continua:

— Contre sa volonté, je vous mets au défi de faire tomber un cheveu de ma tête.

— Pas de sermon, n'est-ce pas? s'écria-t-elle d'une voix railleuse.

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