ARYAS ET IRANIENS
I l'histoire ne devait être qu'une nomenclature de faits, étiquetés chacun à sa date, et seulement inscrits lorsque le chronologiste en aurait définitivement fixé le classement, un corps d'historiens brevetés pourrait administrer suffisamment cette science, en exposer les résultats. Une histoire ainsi voulue, qui serait privée du stimulant des hypothèses, qui devrait tenir dans le cadre étroit d'un programme, que lierait cette obligation de « dater » tout fait cité, serait condamnée dans son projet même, puisque c'est le propre des commencements historiques d'apparaître à l'historien éclairés d'abord par une lueur d'intuition que des études viennent ensuite fixer.
Faudrait-il exclure d'une famille tel membre qui serait incapable de dire la date exacte de sa naissance? ou d'une nation, tel groupe devenu complètement ignorant
de ses origines? Devrions-nous laisser dans l'ombre l'histoire de nos ancêtres de l'Inde, parce que nous ne savons pas encore la date de leurs premières œuvres historiques ? Et les Iraniens de la Bactriane, faudrait-il feindre de les ignorer, parce que l'historien p'ose pas affirmer, dans le temps, le moment précis où Zoroastre légiféra ? Les auteurs du Rig-Vêda et du Zend-Avcsta ne nous ayant pas dit les heures exactes de leurs inspirations, les chronologistes disputant encore de l'époque vraie de Zoroastre, comme du moment précis où les Aryas du nord-ouest de l'Inde improvisèrent leurs premiers chants, abandonnerons-nous au silence les merveilleux poètes du Sapta-Sindhou et le grand réformateur de l'Iran ? Il en est des Aryas védiques et des Iraniens de la Bactriane, — avec le Rig-Vêda et le Zend-Avesta, — comme des Égyptiens et des monuments de l'antique Egypte, dont on mesure exactement la grandeur, dont on sait les lois architecturales, mais qui n'ont pas encore livré tous les secrets de leur exécution. Pendant que l'ingénieur les étudie, l'historien les lit couramment, et l'histoire en résulte.
De la supériorité de la race Aryenne , de l'influence qu'elle eut, qu'elle a sur le développement civilisateur de l'humanité, nul n'a plus le droit de douter; et cette vérité historique, dont Hérodote eut l'impression, s'affirme chaque jour davantage. Faudrait-il être moins affirmatif , parce que l'origine et les exodes de ces Aryas, de ces Aryens, de ces ancêtres de la famille indo-européenne, sont encoi:e des problèmes discutés ?
Deux faits dominants, incontestés, nous disent les commencements de la vie historique de ces ancêtres. Le Rig-Véda nous livre les Aryas du nord-ouest de l'Inde ; le Zend-Avesta nous éclaire sur les Iraniens de l'Iran oriental; et nous savons que ces deux groupes très importants étaient, dans une large vue, à peu près contemporains. Connaître exactement la vie de ces deux groupes, dans les siècles qui précédèrent l'installation des uns dans le Pendjab, des autres dans la Bactriane, ce serait éprouver une immense satisfaction, mais cela ne détruirait ni une page du Rig-Vêda, ni une ligne du Zend- Avesta, et les Aryas et les Iraniens demeureraient à nos yeux ce qu'ils ont été, naturellement.
Les recherches à la découverte de ces « Aryas primitifs », non encore divisés en Aryas de l'Inde et en Aryas de l'Iran, ont déjà valu à l'histoire des amoncellements d'idées, ingénieuses, bizarres, excessives, ou folles.
Jusque dans nos contes ' populaires, on a trouvé la trace de la grande origine aryenne; les. héros de l'imagination sont devenus les héritiers directs des divinités primitives; tout, un moment, a eu sa parcelle d'aryanisme démontrée. Zoroastre apparaît, avec son Zend- Avesta original, maître d'un groupe, légiférant comme dans l'ignorance de la vie des Aryas védiques; l'on supposera cependant que sa prédication fut la cause de la séparation des Aryas primitifs. Dans l'Inde, les Arvas donnent les hymnes du Rig, en sanscrit; en Iran, Zoroastre donne l'Avesta, en zend; l'on prendra les deux livres, et tandis que les uns, avec Roth et Haug, vou-