II. PARTITEURS
Les partiteurs ont pour objet de diviser entre divers usagers, dans des proportions définies, le volume d'eau courante que fournit un canal , sans qu'il y ait besoin de se rendre compte du débit de ce canal.
S'il s'agit d'un partage en deux parties égales, il suffit d'établir deux canaux partant du canal principal, avec des angles égaux par rapport à la directrice, ayant môme section et môme pente; encore faut-il que le canal principal soit en droite ligne, sur une longueur de 100 à 200 mètres en amont du partiteur, et encaissé dans des berges exactement parallèles. Il n'y a pas de raison dans ce cas pour qu'il s'écoule plus d'eau par l'une des branches que par l'autre. On peut même admettre, les filets fluides étant en pareil nombre, et jouissant d'une vitesse égale, que l'on aurait égalité en partageant chaque branche en deux, de façon à avoir quatre branches égales, etc.
Lorsqu'il s'agit cependant de diviser la portée en deux branches inégales, ou bien en trois, ou plusieurs branches, égales ou non, on n'obtient que des approximations basées
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sur des formules pratiques. Que le partage doive se faire, par exemple, en trois parties égales; celle du milieu recevra plus d'eau que chacune des branches latérales, car l'eau y arrivera plus directement, avec une plus grande vitesse. Il sera possible évidemment, en faisant varier les largeurs, les pentes ou la direction, d'arriver à une répartition plus exacte, mais aucune règle fixe ne sauraitguider ces tâtonnements. Tantôt on augmente la section, tantôt on donne plus de pente aux branches latérales, ou bien on fait un ressaut, sinon une courbure, pour diminuer la vitesse du canal du milieu ; enfin, on fait varier le niveau des seuils fixes pour qu'un même volume d'eau passe par chaque branche. Il en serait de même pour le partage de la portée d'un canal dans le rapport de i à 2 ; la plus grande branche donnerait un excédent notable de débit au préjudice de la plus petite.
Partiteurs simples. — Malgré ces graves inconvénients, les partiteurs simples, c'est-à-dire ceux établis sur le courant, sans barrage avec déversoir et sans évasement du canal aux abords du déversoir, continuent à être employés, parce que ce sont des édifices simples et d'un usage commode. On les construit en maçonnerie, en observant les précautions suivantes : i° de ne les établir que sur des portions" rectilignes des canaux; 20 de régulariser les parois de façon à établir leur parallélisme, en évitant toutes arêtes saillantes de murs, de voûtes, etc. ; 3° de maçonner le profil du canal principal sur au moins 12 à i5 mètres en amont du point de partage ; 40 de donner aux piles du partiteur un angle très aigu, afin d'empêcher que des dépôts ne s'accumulent et n'altèrent le débit.
L'origine de rétablissement des partiteurs coïncide avec celle de l'irrigation elle-même; c'est ce qui ressort des titres remontant au treizième siècle (1204) pour le partage des eaux de Vaucluse entre les branches d'Avi-
gnon et de Sorgues, et plus anciennement encore, à la domination des Maures, en Espagne.
En Italie, les partiteurs sont d'un usage très fréquent, sans le secours d'aucun barrage, pour les canaux domaniaux, comme pour les canaux privés, en cas de partage d'héritage. Les deux exemples que nous donnons se rapportent : (fig. 1 55), à un partiteurde dérivation du canal
Fig. 1 55. — Partiteur de dérivation; canal de la Muzza; tlan.
de la Muzza; et (fig. 1 56), à l'un des partiteurs du canal Marocco qui dessert les territoires de Milan et de Lodi. Le canal des Alpines présente au bassin de Lamanon, un partiteur composé de sept pertuis ayant im,3o de largeur, avec des seuils au même niveau. Ils sont garnis de vannes et séparés par des piles à arêtes pointues qui se prolongent à Favant, les unes avec une épaisseur de om,3o, et les autres avec une épaisseur de om,7o. Les deux pertuis extrêmes alimentent, le premier, la branche de Salon, et le second, la branche d'Eyguiô-
res. La branche d'Arles, près de cette dernière, est alimentée par deux des pertuis, et la branche du Congrès par les trois derniers. Le partiteur est commandé par un bar-
Fig. i56. — Partiteur de dérivation; canal Marocco ; coupe longitudinale et plan.
rage en maçonnerie; un éclusier chargé de la garde, manœuvre les vannes des pertuis pour les quatre canaux. Partiteur à bec mobile. — Les eaux que le partiteur d'Elche est chargé de distribuer, proviennent
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du Rio Vinolapo alimenté par des sources pérennes. Le barrage que nous avons décrit (i) retient au débouché des ravins, à 5 kilomètres de la ville, les eaux qui sont aujourd'hui entre des mains différentes de celles qui possèdent la terre. Il en résulte que l'agriculteur, quand il a besoin d'eau, va en acheter, comme il achète des engrais lorsqu'il veut fumer ses champs.
Si les pluies ont fait défaut, ce qui arrive fréquemment, et que le barrage n'a pas de réserve d'eau, on ouvre complètement la ventelle; quand, au contraire, il y a une réserve, la ventelle est ouverte de façon à laisser passer un volume d'eau égal au débit moyen de la rivière dans son état normal. Ce volume d'eau, quelque variable qu'il soit, est partagé en douze parties égales, dont Tune est affectée à la ville et les onze autres sont distribuées entre les arrosants. Le débit correspondant à chacune de ces 1 1 portions, pendant une durée de 12 heures, forme l'unité hila ou fil de l'eau, dont la jouissance revient tous les 37 jours.
Ainsi 22 hilas par 24 heures représentent, pendant la période de rotation de 3j jours, 814 hilas. Ces hilas se vendent, de gré à gré, en bourse, par une commission spéciale qui n'admet pas d'autre subdivision que celle du quart de hila; de telle sorte qu'il peut y avoir au plus 88 ventes dans chaque bourse.
Dans le but de faciliter les arrosages de toutes les parties du territoire, 21 rigoles secondaires, munies de partiteurs, s'embranchent sur le canal principal (acequia); mais il n'y a au plus que dix à douze de ces rigoles qui fonctionnent à la fois; souvent moins, car on peut faire passer plusieurs hilas dans une seule rigole.
Les partiteurs des 21 rigoles secondaires, sont cons-
(1) Voir tome I, p. 528.
truits d'après un même type, légué à l'Espagne par les Maures qui ont consigné les dimensions précises et les règles géométriques à observer pour percer les trous de la règle à sceller sur le bajoyer, dans une épure et un manuscrit confiés à la garde du fiel de aguas, ou agent chargé de la répartition journalière des eaux (i).
Sur une longueur de 5 mètres environ , le canal principal est encaissé entre deux bajoyers maçonnés, espacés de 2 mètres, et reposant sur un radier également en maçonnerie. Deux chutes successives de oœ,3o et om,4o, la première située à 2m,5o et la seconde à 4 mètres de l'origine, sont ménagées sur le radier dont la pente est nulle d'abord et insignifiante à l'amont (fig. 157). Les eaux arrivant ainsi sur le premier déversoir avec une vitesse insensible, la lame s'y déverse dans le calme le plus parfait, avec une précision mathématique, c'est-à-dire de façon qu'elle n'éprouve pas de contraction et que le débit soit bien proportionnel à la longueur.
Cela étant, à l'aval de ce premier déversoir, on établit parallèlement aux bajoyers, une cloison en pierre de taille de om,3o seulement d'épaisseur, qui partage la largeur de 2 mètres en deux parties, une de im,40 pour le canal principal, et l'autre de om,3o pour le canal secondaire. A l'amont de la cloison, la pierre taillée suivant un cylindre vertical, arrondi au sommet, sert de pivot à un bec en bois dur de om,5o de longueur horizontale et om,65 de hauteur (voir le plan fig. 157). Ce bec embrasse la tête du cylindre de manière à ne pas s'en échapper et à ne prendre autour d'elle qu'un mouvement de rotation circulaire. La charnière de pivotement empêche, d'autre part, qu'il ne soit soulevé par les eaux.
(1) Voir, dans l'atlas des Irrigations du midi de l'Espagne, par Àymard, la copie exacte de l'épure arabe, planche IX, 1864.
La longueur du bec est calculée de telle façon que, lorsque son axe est dirigé dans Taxe même de la cloison , son extrémité touche presque le premier déversoir; mais il peut prendre toutes les autres positions en pivotant, de manière que, selon la position occupée, la longueur
Fie. 157. — Partiteur a bec mobile d'Elche: coupe suivant l'axe