PLAN ET COUPE TRANSVERSALE
a. Planches simples. — Considérons d'abord le cas le plus simple d'un terrain rectangulaire, en pente douce et régulière (fig. 271), limité au niveau supérieur par un canal d'amenée A qu'alimente le ruisseau L, et au niveau inférieur par un canal d'écoulement/. On choisit deux points / et k, à om,io en contre-bas du radier du canal A, et la ligne tracée entre ces deux points est horizontale. Sur le canal d'écoulement /, on marque
également deux points q et t qui sont les extrémités d'une ligne horizontale.
On divise alors la surface entière, limitée par les points l k t q, en quatre planches longitudinales; et pour cela entre / et q, puis entre k et f , on enfonce des piquets m, m, m, de manière que leurs sommités se trouvent sur deux lignes ayant de haut en bas la même inclinaison. Ensuite, on place des piquets entre / et À* et entre q et f, pour que leurs sommités se trouvent également sur deux lignes horizontales; de telle sorte que l'enceinte des terrains est marquée par quatre lignes de piquets ; haut et bas, deux lignes horizontales, et sur les deux côtés, deux lignes inclinées, déterminant la pente que doit offrir la surface arrosable. En joignant les piquets, on forme un damier dans lequel chacun des carrés peut être construit seul et indépendamment des autres.
S'il s'agit d'un pré, on construit en enlevant d'abord le gazon de chaque carré; on ameublit et aplanit le sol, puis on replace le gazon. Toute la surface étant ainsi dressée, on se sert des piquets qui ont été employés à la confection des carrés pour tracer les rigoles qui comprennent ; de / en k, la rigole principale de distribution, alimentée par le canal d'amenée en b b b; les rigoles verticales de distribution n n\ n ri ; et les rigoles de déversement / k et mm, au nombre de trois.
C'est sans doute là un cas particulier difficile à réaliser parce que les pentes sont régulières, mais auquel on peut ramener les autres cas, en maintenant l'horizontalité des rigoles de déversement et la régularité de la pente, par la division de la surface et la direction brisée des rigoles.
Soit A B C D (fig. 272) un terrain quadrangulairc s'inclinant suivant E F, de façon que les points de la ligne ce9 soient de quelques décimètres plus élevés que les points des lignes extrêmes a a\ et b b\ le nivellement
de ce terrain emploierait inutilement du travail et au temps. Mais en divisant le terrain suivant c cy en deux parties, chacune est traitée à part sous le rapport des rigoles d'irrigation . Une autre disposition (fig. 273) montre la division du terrain en trois parties. ►
Si les rigoles d'irrigation, pour être horizontales,
Fig. 272. — Irrigation en plan incliné sur deux versants.
étant donnée la pente naturelle du pré, devaient être tracées obliquement, ce qui occasionnerait une irrigation irrégulière , les planches n'ayant ni la même forme ni la même pente, on donnera aux premières planches seulement la pente régulière, et on laissera à celles avoisinant la rigole d'écoulement toute l'irrégularité de la pente. Règle générale, on formera autant de divisions dans le plan incliné qu'il y a de pentes, et on établira chaque division séparément. Les planches n'ont jamais plus de
i5 mètres de longueur et 4 mètres de largeur (1). Plus longues, elles seraient plus coûteuses, difficiles à établir et deviendraient l'objet d'une surveillance continue. Plus larges, à moins de disposer d'une forte pente et de beaucoup d'eau, les planches seraient irrégulièrement arrosées et gazonnées. A la tête de chaque planche, c'està-dire de i5 en i5 mètres, une rigole de répartition
Fie 273. — Irrigation en plan incliné sur triple versant.
donne à volonté de l'eau fraîche à chaque rigole de déversement. Pour faciliter l'accès de l'eau, ces rigoles font au point d'intersection un coude de quelques centimètres , et le radier des rigoles de déversement est légèrement plus élevé (om,o3) que celui des rigoles de répartition, arin que le sable grossier, ou la vase n'y pénètre pas. Pour une largeur de ora,i6 les rigoles de déversement ont une profondeur de on,,o3 à om,o4. Plus elles ont d'inclinaison dans les prairies, et plus le gazon
(1) Villcroy et Mûller, loc. cit., p. 141.
croît vigoureusement, sans crainte des gelées en hiver.
L'irrigation par planches est celle qui consomme la moindre quantité d'eau; mais il convient de raviver l'eau des planches inférieures, au moyen du canal d'amenée. En tous cas, à moins de 4 pour 100 de pente, Villeroy et Mûller considèrent qu'il n'y a pas lieu d'installer un pré pour l'irrigation en planches (1).
Le système des planches simples sert ordinairement à compléter celui des planches en ados que nous décri-
Fie. 274. — Irrigation par planches simples (Vosges); plan et coupe.
vons plus loin, quand certaines parcelles sont trop petites, ou à pente trop prononcée; il est rarement appliqué seul, à moins que le terrain n'offre une série de pentes partielles se succédant sans interruption et susceptibles d'un nivellement continu dans des conditions économiques. M. Boitel n'en fait pas moins la remarque que, dans les Vosges, les planches en ados, à cause des frais de main-d'œuvre qu'elles exigent pour leur établissement, sont remplacées couramment par des séries de planches à une seule pente, disposées suivant l'inclinaison naturelle du terrain. Ces plans inclinés sur
(1) Loc. cit., p. 142.
4a8 LES IRRIGATIONS.
lesquels il importe de répartir l'eau aussi également que possible, sont représentés en coupe et en plan dans la figure 274(1).
*. Demi-planches. — Quand il reste dans un terrain, quelques parties trop peu étendues pour former des planches entières, ou lorsque la pente dépasse 2 à 3 centimètres par mètre, de façon que Ton ne puisse pas établir facilement à l'amont des ailes recevant l'eau par déversement, on a recours aux demi-planches, ou à de véritables planches ayant une seule aile (fig. 275).
L'uniformité de la pente n'est pas nécessaire, comme pour les planches entières, mais le nivellement du terrain est toujours indispensable.
Au lieu d'être placées dans le sens de l'inclinaison, les demi-planches sont dressées perpendiculairement. La rigole de distribution devant déverser Peau sur un seul côté, reçoit une pente légère ; quant à l'aile unique, elle suit la pente du terrain, comprise entre ora,02 et om,io. Comme longueur, les demi-planches, d'après Pareto, ont de 3o à 90 m., et comme largeur de 3 à 25 m. (2).
Les rigoles de déversement et d'égouttement sont tracées en ligne droite ou en ligne courbe, la courbure de la surface du terrain pouvant être plus grande que pour les planches entières. Les rigoles de déversement qui puisent l'eau dans la rigole principale, à l'aide de petites vannes, ont une largeur deom,25, et du côté d'aval, un léger rebord qui force l'eau à se répandre uniformément; pour éviter les pertes d'eau, il faut toujours les tenir à 20 centimètres au moins du bord du talus. Plusieurs rangées de demi-planches peuvent ainsi être placées les unes au-dessus des autres, quoique cette disposition ne soit guère usitée.
(1) A. Boitel. loc. cit., p. 538.
(2) Loc. cit., 1. 1, p. 14Q.
Les colatures, d'une largeur de om,25, commencent à une petite distance des rigoles de déversement; elles suivent d'abord la pente du terrain, puis, avec une légère
Fie. 275. — Irrigation par demi-planches.
inclinaison, le pied de la planche, vers la rigole de distribution la plus proche à laquelle chacune aboutit, en un point qui précède l'amorce d'une nouvelle rigole déversante. Il y a ainsi reprise d'eau, comme pour les
rigoles de niveau ; seulement, dans ce dernier système, les colatures sont normales aux rigoles de déversement, au lieu d'être presque entièrement parallèles.
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