SCÈNE VII
Les Mêmes, GEORGES, puis GUIBERT,
ANDRÉ, courant à lui.
Georges! (Lui saisissant la main.) Georges! Est-ce vrai *? ÉVA, folle de colère.
Monsieur de Limours, cet homme prétend qu'en vous aimant, je n'ai vu que votre fortune. Aujourd'hui, il y a quelques heures à peine, la comtesse de Limours m'a déjà... (Elle s'arrête oppressée.) Enfin, de tous côtés, chez vous, chez moi, partout, c'est l'insulte que je rencontre. Eh bien, c'est à vous que je viens demander protection ! Maintenant, si, en face de toutes ces haines, votre-courage faiblit, si votre bras me fait défaut, je partirai! Mais, je vous le jure, vous ne me reverrez jamais !
GEORGES, éperdu.
Éva !
ÉVA
Si l'amitié de M. de Fugères est plus forte que votre amour, reprenez votre parole, reprenez vos serments ! car je veux un entier dévouement quand je me donne tout entière : hésiter, c'est ne pas m'aimer! regarder en arrière, c'est me perdre! (Avec éclat.) Partirez- vqus?... Vous hésitez?... Adieu!
GEORGES
Je partirai, Éva, je partirai!
* Éva, Georges, André.
ANDRÉ
Eh bien , je te dis, moi, que tu ne partiras pas ; je te suivrai, je crierai, j'ameuterai les passants, je mettrai le feu à la gare. Enfin, je ne sais pas ce que je ferai, mais tu ne partiras pas l
GEORGES, furieux.
Prends garde, André! je pourrais oublier notre amitié!...
ANDRÉ
Oublie-la si tu veux; moi, je ne l'oublierai pas! Toi, partir? Et que deviendra donc celle qui porte ton nom, la noble femme abandonnée? Tu lui feras une pension, peut-être? Maïs elle te la jettera au visage ; les Paula n'acceptent pas l'aumône 1
GEORGES
André !
ANDRÉ. I
Parce que les Paula savent aimer; parce que l'amour a ses saintes et ses martyres, comme il a ses bohémiennes chantant pour celui-ci, pour celui-là, et s'en allant chanter pour d'autres, alors que la recette est faite !
ÉVA, dans un paroxysme de rage.
Assez! assez ! monsieur de Fugères !
GEORGES, menaçant.
Une dernière fois, prends garde 1 car je défends la femme que j'aime !
ANDRÉ
Et moi, c'est le berceau de Madeleine que je défends I
ÉVA
Vous voyez bien que vous hésitez! Du reste, je vous comprends, Georges. Écoutez la sagesse de M. de Fugères, et sacrifiez-moi sans crainte et sans remords. Une dernière fois, reprenez votre parole !
GEORGES, éperdu.
Mais, du moins, dites- moi que vous ne par tirez pas?